SCÈNE Y
JEAN, MADAME HURTZ
jean. — Vous n'êtes pas folle d'arriver à des heures pareilles !.. voilà des siècles que je suis là, moi.
madame hurtz. — Vous êtes chez vous, vous.
jean — J'y suis resté pour vous... Si vous croyez que je m'amuse.
madame hurtz. — Mon cher, ne me grondez pas. J'ai eu une journée effroyable : une interview ce matin, séance chez Helleu après déjeuner ; rentrée chez moi, un tas de visites, entre autres Satolas, qui est venu m'inviter à dîner ce soir au Bois, dans l'île, avec quelques amis II a organisé ou plutôt improvisé ce dîner pour fêter l'apparition de mon roman et à cause qu'il y a un chapitre qui se passe précisément dans l'île. C'est une idée très délicate Vous viendrez à ce dîner ?
jean — Mais je ne suis pas invité. madame hurtz — Quelle plaisanterie ! Je vous invite... je suis chargée de vous inviter.
jean. — D'ailleurs, je ne pourrai pas venir.
madame hurtz. — Pourquoi ?
jean. — Parce que je dois dîner ce soir avec ma femme.
madame hurtz. — Eh bien, venez avec votre femme.
jean. — C'est aujourd'hui l'anniversaire de nos fiançailles... ça ne serait pas la même chose.
madame hurtz. — Ah ! alors.
jean. — Comment faire ?
madame hurtz. — Je ne sais pa9... tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il m'eût été agréable et très doux de vous avoir auprès de moi ce soir.
jean, avec un peu d'énervement. — Ah ! tenez, vous auriez mieux fait de ne pas me parler de ce dîner.
madame hurtz. — Vous l'auriez appris et vous m'auriez fait une scène épouvantable. jean. — Vous savez bien que je n'ai pas le droit de vous faire de scène.
madame hurtz. — Vous ne l'avez pas, mais vous le prenez.
jean. — Et puis vous êtes libre, vous. madame hurtz. — Et vous ne l'êtes' pas. jean. — Quand vous me répéterez toujours ça ! Vous avez la chance d'être
veuve ; vous avez été mariée, vous aussi ; vous devriez comprendre.
MADAME hirtz. — Allons, ne faitos pas vette tête-là... Qu'est-ce que vous voulez ail juste... le savez-vous, seulement ?
JEAN. — Je le sais parfaitement. Je dois dîner avec ma femme et je voudrais passer la soirée avec vous... voilà.
madame hurtz. — Eh bien, puisqu'il existe un moyen de concilier votre devoir et votre désir, c'est si rare. Voyons, oui ou