SCENE PREMIÈRE
MADAME DEGUINGOIS, CHRISTIANE.
Au lever du rideau, Mme Deguingois, assise à une table, écrit des menus; on l'entend dire à mi-voix : « Potage à la Reine, filets de sole
. moscovite, truffes au Champagne, glace tsarine, etc. » Quelques secondes, puis Christiane entre, précédant un domestique et un homme qui apporte des chaises et une banquette d'antichambre modem style.
christiane. — Posez ça là. (A sa mère.) Je fais débarrasser l'antichambre pour ce soir... Comprends-tu qu'on vient seulement de m'apporter mes appliques d'électricité... on devait venir les poser avant-hier.
madame deguingois. — Ils attendent toujours au dernier moment.
Le domestique et l'homme sont sortis.
christiane. — Tu écris les menus.
madame deguingois. — J'ai fini. Je rais écrire les cartes, maintenant. Voyons^ que je prenne la liste. Nous disons : le comte do Gravigny et la comtesse, le général Prieur de Lesville et la générale... Mme Humphing, Mme de Bénauge, Bugard, de l'Académie française, Bladru {du Gers), et, naturellement, les R-aidzell. Jean et Eugène, et moi, pour ne pas m'oublier. Il sera très réussi, ton dîner : le menu est sérieux et, comme convives, un académicien, un comte, un général, un ministre et une Américaine; on ne fait rien de mieux.
christiane. — Seulement, on sera obligé de fumer dans l'antichambre, mais on ne peut pas décemment amener ces gens-là ici... tant que Paul s'entêtera à ne pas avoir un autre cabinet... j'aime mieux ne pas y penser ; ça me met en colère.
madame deguingois. — Je te comprends.
christiane. — Enf.n, on établira le vestiaire dans sa chambre et, avec les meubles de ton salon que tu me prêtes et les plantes qu'on va apporter, l'antichambre fera un fumoir très convenable.
MADAME DEGUINGOIS. — Et puis, tu sais,
chez les Ernstein, on fume bien dans la galerie.
christiane. — Oui, niais quelle galerie !
Sur ces derniers mots, le domestique a introduit Jean Raidzell.