‹ ParaîtreChapitre 22 sur 59 · CHRISTIANE, MADAME DEGUINGOIS, JEAN · texte numérisé non relu

CHRISTIANE, MADAME DEGUINGOIS, JEAN

Jean, à madame Deguingois. — Bonjour, madame... Bonjour, Christiane.

christiane. — Et qu'est-ce qui nous vaut le plaisir?...

jean. — Une chose effroyable

christiane. — Votre fils n'est pas plus malade ?

jean. — Non, non, au contraire... J'ai reçu ce matin de meilleures nouvelles... Juliette m'écrit que Pierre va mieux et que l'air du Midi lui a fait déjà beaucoup de bien.

christiane. — Alors, qu'y a-t-il ? Vous no pouvez pas venir ce soir ?

jean. — Il n'est pas question de ça : mais M*16 Houlbec vient de me faire prévenir qu'elle a été prise d'un enrouement subit... complètement aphone... il lui sera impossible de réciter les vers sur ma musique ; alors je suis accouru.

christiane. — Que me dites-vous là?

madame deguingois. — Si l'on jouait votre musique sans dire les vers? C'est surtout Totre musique qui est intéressante.

jean. — Elle n'est que l'accompngnement.

madame deguingois. — Vous êtes trop modeste.

christiane. — Comment faire?

Jean. — On pourrait peut-être demander à MUe Egreth... C'est une jolie personne, elle dit très bien les vers ; en allant tout de suite chez elle la faire répéter, elle sera certainement prête pour ce soir.

christiane. — Voyons, Jean, vous n'y pensez pas? MUe Egreth, la maîtresse de M. Marges, de mon beau-père!

jean. — Et du mien, par conséquent...

oui, je sais bien, mais quel rapport ça a-t-il ? D'abord, les Marges ne seront pas là ce soir.

madame deguingois, avec une gentille satisfaction. - — ■ Non, ils ne sont pas invités.

christiane. — Cest égal, à cause de Paul... songez donc, la maîtresse de son père!

madame deguingois. — On peut être censé ne pas le savoir... ce n'est pas écrit sur le bout de son nez, à cette demoiselle.

christiane. — Non, non, pas de M11* Egreth ici, sous aucun prétexte.

jean. — Alors, on ne jouera pas ma musique.

christiane. — Vous ne me ferez pas croire qu'il n'y a qu'elle dans Paris pour dire ces vers.

jean. — On l'avait sous la main. Il y a bien M1Ie Talmah-Béjard.

madame deguingois. — Ah! oui, Talmah- Béjard, c'est un nom.

jean. — C'e.;t même deux noms... Vous m'objecterez encore qu'elle est la maîtresse de mon frère.

christiane.- — Oh! la maîtresse de votre frère, tant que vous voudrez. D'ailleurs, il la trompe tellement que c'est presque une union légitime.

madame deguingois. — Et puis, elle est à la Comédie-Française.* . nous ne voyons que son caractère officiel.

jean. — Soit... j'iuai chez Talmah-Béjard... il n'y a pas de temps à perdre.

madame deguingois. — J'ai fini d'écrire les cartes... je les mets là, avec les menus. Maintenant, je vais surveiller tes gens, les presser un peu.

christiane. — Tu seras bien gentille.

madame deguingois. — Au revoir, monsieur Jean, à ce soir !

Elle sort

Page 1