PAUL, LE BARON
paul. — Eh bien, vous avez vu Champière*?
le baron. — Oui, je viens de le voir.
paul. — Comment a-t-il été?
le baron. — Tout à fait cordial... ma visite lui a fait plaisir... nous nous sommes rappelé notre jeunesse, nous avons évoqué les vieux souvenirs là- bas, dans le quartier Saint>Paul, l'école du soir...
paul — Oui, mais en ce qui me concerne?
le baron. — Ah! en ce qui te concerne, je l'ai trouvé .. comment dirai-je?...
paul. — Hostile?
le baron — Non, pas hostile, ce n'est pas le mot; je l'ai trouvé intégral, oui, c'est ça, intégral.
paul. — Comme le titre de son journal.
le baron. — Et l'article de ce matin n'est que le commencement d'une campagne qu'on mène contre toi
paul. — Et cette campagne, il n'y a pas moyen de l'arrêter? (Geste du Baron.) Parbleu, il veut empêcher ma réélection et se présenter à ma place, ou présenter un de ses amis.
le baron. — Je ne crois pas... Champière ne cherche pas à s'emparer des pouvoirs publics.
paul. — Alors, qu'est-ce qu'il veut?
le baron — Il te reproche, étant données les idées que tu professes, d'avoir plaidé pour un patron contre des ouvriers.
paul. — Mais avez-vous expliqué à Champière que ma situation est très embarrassante. Je suis l'avocat des Raidzell. Pouvais' je faire autrement jue de plaider ce procès pour un client habituel. D'ailleurs, précisément à cause des idées que je professe, j'ai essayé d'arranger le6 choses... tel autre avocat, en ma place, se fût montré moins conciliant... c'est comme pour ce procès d'héritage qji'on me reproche aussi d'avoir plaidé., avez-vous dit à Champière que cette vieille cousine des Raidzell avait été circonvenue par les prêtres et qu'il s'agissait d'enlever ses millions à la congrégation?
le baron. — Oh! je lui ai dit tout ça... ces argumente n'ont pas paru le toucher beaucoup... ce qui l'intéresse, c'est la question de principe... il reste dans le domaine des idées.
paul. — Oh ! le domaine des idées !
LE baron. — Il prétend que tu ne devais pas, comme socialiste, plaider ces procès, et il ajoute que tu ne défendais pas précisément, comme avocat, la veuve et l'orphelin.
paul. — Ça ne le regarde pas ; je Buia
avocat: j'exerce mon métier. L'essentiel, c'est qu'à la Chambre je réclame les réformes que j'ai inscrites à mon programme.