BAUON. — I! y a là une dualité fâcheuse
paul. — Je défends qu'on s'occupe de ma vie privée. Alors, à ce compte-là, Champière peut parler demain dans son journal du diner que je donne ce soir et même en publier le menu.
le baron, entre haut et }><is. — Truffes au Champagne... glace tsarine... ce serait drôle. paul. — Encore une fois, cV-st nia vie privée.
le bauon. — Privée de rien.
paul. — Au fond, vous trouvez que Champière a raison; si c'est dans ce sentiment-là que vous vous êtes acquitté de la mission que je vous avais coufée, il n'est pas surprenant que vous n'ayez pas réussi.
le baron. — Tu es injuste, mon petit Paul... j'ai pris ta défense le mieux que j'ai pu, mais j'avoue que j'étais souvent bien embarrassé pour répondre à Champière... j'ai trouvé un homme simple, convaincu, aimant sincèrement le peuple dont il est sorti et au milieu duquel il vit, là-haut, dans un ite appartement du boulevard de l'Hôpital.
paul. — Tl n'est pas nécessaire de vivre dans le quartier des Gobelins pour aimer le peuple; moi aussi, je l'aime.
le ji.vnoN. — De loin, tandis que Champière l'entend respirer et le sent souffrir... lui-même a souffert... Alors, il a pour le peuple un amour fraternel. Toi, tu n'as qu'un amour électoral... Vous n'êtes séparés que par un abîme.
paît.. — Bref. Champière est un saint... t le treizième apôtre.
>n. — N'exagérons rien... disons qu'il est l'àpôtfe du treizième. Je n'admire pas Champière .-ans réserves... La société qu'il rêve serait un peu plane... on n'y mourra peut-être pas de faim et c'est déjà beaucoup, mais on n'y mourra certainement pas de rire. Pa*. moins, il est respectable; c'est un homme dont les actes ne sont jamais en contradiction avec les paroles. •
PAUL. — 11 a de la chance, tout le monde no peut pas se payer ce luxe-là.
• ; baron. — Ah! oui; pour ça, il faut êtïe pauvre.
paul. — Ou très riche... Et puis, Champière est un homme d'un autre âge.
le baron. — De mon âge.
PAUL. — C'est une vieille b... arbe.
le baron. — J'ai eu peur.
paul. — 11 en est resté au socialisme sentimental d'Owen et de Fourier ; mais le socialisme n'est plus une religion, il apparaît comme un système économique; ses chef- ae sont pas des prêtres et n'ont pas à prononcer des vœux de pauvreté.
le baron. — D'accord, mais ces chefs, dont tu fais partie, doivent au moins donner l'exemple d'une vie simple. Tiens, Champière préfère des gens comme les Raidzell, qui sont carrément des jouisseurs, à ceux qui n'ont que des contours socialistes.
paul. — Et il me range parmi ces derniers.
le baron. — Tu t'y ranges tioi-inême... permets-moi de te parler en ami.
paul. — Vous ne faites que ça le baron. — Tu es plein de contradictions ; à ce point de vue-là, ton cabinet de travail est très symbolique. Il est sombre et sévère ; pas une image, pas un bibelot ; les naïfs compagnons qui viennent parfois te rendre visite, tu t'imagines qu'ils s'en vonl fiés par tant de simplicité; mais tu ne réis, naïf toi-même, que c'est un valet de chambre qui les a introduits et que si, par hasard, cette porte s'ouvre, ils peuvent apercevoir un élégant salon Louis XV avec des meubles dorés et des portraits de belles dames à poudre et à paniers. (Le Baron va
on. Un homme gi sur un d'essayer
l licite.) L'homme qui, en ce moment, essaye l'électricité, dirait des choses curieuses si on Tinter . il n'en pense pas moins et
cet . ! i est un électeur.
i. — Naturellement, c'est ma femme qui arrange son salon comme elle l'entend... Ah! si ce n'était que moi... je vous assure que je ne tiens pas à ces raffinements. le baron. — Oh! je le sais bien.
paul. — Mais vous connaissez Christiane; ces choses-là sont sa vie, toute sa vie! Alors, je suis entraîné. Croyez-vous que je n'ai pas eu de scrupules '■ .plaid procès pour les
Raidzell? Je savais bien qu< mais Christiane m'y a /..-ur ainsi dire forcé. Tenez, ce procès d'héri âge, quand les Raidzell, m'en ont parlé, c'était au mois de juin
lire par; ie du minisl je n'en ai pas fait partie. Christiane en a éprouvé une vive déception qu'elle s'est aplée à ne p simuler. Ah! ne pas
savez pas quel grief contre un homme cela peut-être pour une femme ambitieuse et quelle humiliation pour l'homme qui aime cette femme,
<jo
oui. qui l'aime L.. 1 ce sont les ré-
oriminations aigres, les allusions perficb se oui est pie i
qu' tombent méthodiquemenl sur L'amourpropre et onissent par faire >1>\ ier la voi répondre a âne femme
qui voua répète sans ce&>e : il tant vivre. 1.1 baron. — Oh! vivre, vivre, ce n'est pas t... dis plutôt qu'il faut représenter,
paraître faire plus quoi ne peut, éclabousser le voisin; à ce point de vue du paraître, s époques de corruption deviennent presque idylliques si on [es oompare
LE BiRON. — On ! vivre, vivre, ce n'est pas