‹ Parallèle du typhus et de la fièvre typhoïdeChapitre 2 sur 8 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A. Définition.

Pour éviter les erreurs qui sont souvent la suite d’une interprétation vicieuse des mots, il est nécessaire de préciser ce que Ton entend par typhus ; car, si l’on en croit le savant Borsieri, « tam varia multiplexque est febris hujus ratio, utvix » satis cum omnibus suis variationibus eam delineari liceat. »

« Les anciens, disent MM. Littré et Robin, donnaient le nom de typhus à diverses maladies qui n’avaient d’autre caractère commun qu’un état de stupeur (ru^oç) • aussi, rien de plus vague que le sens attaché à ce mot. Pourtant, aujourd’hui, on attribue la dénomination de typhus à une pyrexie à type continu, contagieuse, produite le plus souvent par des influences miasmatiques, et dans laquelle on observe un trouble du système nerveux, un état morbide des membranes muqueuses, et presque toujours une éruption pétéchiale. » (Nysten, Dict. de méd ., édition de MM. Littré et Robin ; art. Typhus.)

D’après Hildenbrand, « le typhus contagieux est une fièvre essentielle, dont la marche offre une constante uniformité. C’est une fièvre d’une espèce particulière , comme la petite vérole, par exemple. Elle est contagieuse, puisque, au moyen d’une matière propre qui se développe durant la maladie, elle se transmet et se communique à ceux qui y sont disposés. A raison d’un exanthème qui lui est particulier, elle appartient à la famille des fièvres exanthématiques, parmi lesquelles les fièvres contagieuses trouvent ordinairement leur place. Elle a un cours déterminé dans des périodes mesurées, ainsi que des

caractères différents dans scs différentes périodes, mais avec un symptôme constant pendant toute la maladie, qui est la stupeur avec délire ou la typhomanie. » (Hildenbrand, Du typhus contagieux, traduit de l’allemand par Gasc, 1811, page 23.)

Quelque vague que soit encore le mot typhus pour certains auteurs, il a été consacré depuis la plus haute antiquité pour désigner toutes ces variétés ou espèces qu’on a décrites tour à tour sous les noms de fièvre pétéchiale , fièvre hongroise, nosocomiale, fièvre des camps, de siège, des prisons, des vaisseaux, etc.; le typhus fever des Anglais doit aussi trouver sa place dans ce chapitre. Cette multiplicité de dénominations n’indique-t-elle pas déjà les dissidences qui ont partagé les observateurs? Et pourtant ce n’est pas que l’occaèion d’approfondir la question ait fait défaut aux cliniciens, puisque Ozanam nous a laissé l’analyse de deux cents épidémies de typhus (voir Histoire médicale des maladies épidémiques, 1823, t. IV). Je ne rechercherai pas ici la cause de cette incertitude ; il me faudrait passer en revue chacune de ces descriptions, et indiquer la source des erreurs commises par chaque historien ; tel n’est point le but de ce travail. Que cette incertitude soit, d’ailleurs, la conséquence d’une observation incomplète, de connaissances anatomiques insuffisantes, ou bien encore des variations inhérentes à toute épidémie, pour arriver à une analyse exacte du typhus, on ne saurait négliger ici l’observation directe. C’est donc à nos contemporains que je demanderai les éléments de ma description, et principalement à M. Godélier, à mes honorables compétiteurs, MM. Chauffard et Tholozan, et enfin au docteur Jenner (de Londres), qui a étudié le typhus fever sur une large échelle.

Observation lre. (Chauffard, Étude clinique du typhus contagieux, 1856.)

Un militaire du premier convoi expédié de Constantinople le 13 février, entra le 27 de ce même mois à notre hôpital. Il était un peu amaigri, nous dit qu’il avait eu la diarrhée en Orient, mais que depuis longtemps déjà il

était guéri, et que présentement il se trouvait bien portant, avait de l’appétit et digérait bien. La langue était naturelle, le ventre souple et indolore, le pouls absolument calme. Comme à tous les soldats dans cet état, je prescrivis seulement une alimentation suffisante, attendant tout du temps, du repos et d’un bon régime pour remettre ces corps fatigués. Quelques jours passèrent, pendant lesquels se déclarèrent les trois premiers cas de typhus. Ces premiers cas, on le sait, ne nous frappèrent que par une expression insolite de maladie ; nous étions devant l’inconnu, non encore fixés sur le genre de l’affection et la nature du mal. Nous enregistrions les symptômes s’offrant à nous sans les rattacher d’ailleurs par une idée préconçue à aucune espèce fébrile ; surtout nous ne savions à peu près rien sur les prodromes réels de cette fièvre. Pendant donc que nous observions les premiers typhiques, ce malade, huit jours après son entrée, se plaignit d’embarras de parole, d’un bégaiement qui le fatiguait beaucoup ; en même temps il entendait du bruit dans les oreilles, avait même l’ouïe dure ; il ne pouvait s’empêcher de trembler des mains lorsqu’il voulait s’en servir. Cependant l’appétit se conservait, le sommeil était paisible, et surtout la chaleur de la peau naturelle, le pouls normal, ni ralenti, ni accéléré. Cet état, au dire du malade, était récent, ne datait que de l’avantveille ; et au fait, en l’interrogeant les jours précédents, je n’en avais pas perçu trace. Je ne trouvai pas là des signes assurés d’une affection cérébrale, ni d’un ramollissement lent, ni d’une compression par épanchement séreux à la surface des méninges. L’invasion récente, les antécédents, l’âge du malade, et surtout le caractère particulier des symptômes, m’éloignaient de toutes ces conjectures. Après réflexion, je ne conseillai au malade que le repos; aucune indication ne me parut pressante ; je crus devoir maintenir le régime alimentaire que le malade désirait et supportait bien, et, à mon sens, nécessaire pour la restauration des forces. Les jours d’après, le mal n’avait pas empiré ; le malade s’était presque habitué aux sensations incommodes qu’il éprouvait, et s’en plaignait moins. Cependant la sœur de service me dit qu’il était silencieux et un peu abattu dans la journée. Le pouls restait normal. Après cinq ou six jours d’expectation pure, sans traitement particulier, tellement l’affection me paraissait douteuse et incertaine, le malade, au milieu de son repas du matin, assis sur son lit, pâlit tout à coup et tomba comme foudroyé. 11 perdit aussitôt connaissance, fut saisi de convulsions générales, sans qu’un côté fût plus affecté que l’autre ; la respiration devint stertoreuse ; un râle comateux et apoplectique s’empara de lui et ne le quitta plus. Je le vis dans cet état à ma visite de l’après-midi ; le matin même, rien ne m’avait frappé dans son aspect. Malgré les soins appropriés donnés par l’interne de service et par moi ensuite, le malade expira dans la soirée. A l’autopsie, injection des méninges, épanche-

ment séreux à la surface des hémisphères, et dans l’intérieur des ventricules cérébraux; lésions ultimes et provoquées par l’exaspération subite d’une activité morbide obscure jusque-là, et par sa concentration sur les milieux encéphaliques.

Nous avons examiné avec soin la muqueuse de l’intestin grêle ; on devine que nous voulions y constater l’état des plaques gaufrées. Ces plaques, minutieusement étudiées, et dans une grande largeur, à partir de la valvule iléocæcale, n’ont présenté aucune trace d’altération. Les caractères autopsiques de la fièvre typhoïde manquaient donc ici entièrement.

Observation II. (Godélier, Mémoire sur le typhus, 1856,)

Viguier, soldat au 50e de ligne, âgé de 26 ans, entre au Val-de-Grâce le 18 janvier.

C’est un homme vigoureux, de tempérament mixte. Il n’a pas été malade en Crimée. On peut résumer en un mot l’étiologie de son affection : il était à bord du Monarque (1).

Il ressent, le 11 janvier, les premières atteintes de la maladie : céphalalgie, courbature générale, douleurs plus vives du dos et des jambes.

Le 15, il s’alite ; le délire survient pendant les nuits.

Le 19, cinquième jour de l’invasion, je note les symptômes suivants : Teint rouge-brun, vertiges, bourdonnements d’oreilles, céphalalgie frontale, stupeur du visage, d’ailleurs réponses nettes, a rêvassé toute la nuit, grande prostration, douleur des jambes. Langue poisseuse, sans enduit, aucun symptôme abdominal, pouls moyen à 95, chaleur assez vive, pas de trace d’éruption. (Pot.: ipéca stihié.)

Sixième jour. La potion a produit des vomissements considérables. lia déliré dans la soirée la veille, mais il prétend avoir dormi. Faciès triste, prostration plus marquée, parole hésitante, langue sèche, pouls irrégulier à 100 pulsations, peau très chaude. On aperçoit quelques taches morbilliformes sur la poitrine, le cou et les poignets. (Pot. avec acétate d’ammoniaque, 10 gram.; lavement avec sulfate de quinine, 1 gram.)

Septième jour. Stupeur notable, délire, agitation très grande pendant la nuit; pouls petit, dépressible, à 75. Langue couverte d’un enduit blanchâtre, moins sèche que la veille. L'éruption exanthêmo-ecchymotique est complète. (M. p.)

Huitième jour. Délire bruyant pendant la nuit; le malade s’est échappé de son lit. A la visite : immobilité d’une masse inerte, réponses difficiles, assez

(1) On verra plus loin les conditions antihygiéniques que présentait ce vaisseau.

justes pourtant. Soubresauts des tendons; le ventre toujours naturel. Pouls à 100, variable d’ailleurs en force et en fréquence. (M. p.: Sinapismes aux extrémités inférieures ; infusion de café, 125 gram.)

Neuvième jour. Même état, un peu de toux; l’éruption a pâli. Urines involontaires.

Les lavements des jours derniers ont été gardés quelque temps, puis rendus parfois avec quelques matières. (M. p.)

Dixième jour. Nuit agitée par un délire violent ; langue plus chargée, molle et humide d’ailleurs; pas de diarrhée; urines involontaires. Pouls petit, de 65 à 70; température du corps un peu abaissée. (On suspend le sulfate de quinine.)

Onzième jour. Coma complet, yeux fermés ; si l’on soulève la paupière, on voit le globe de l’œil en haut, dimension normale de la pupille ; coloration rouge brique des pommettes, bouche entr’ouverte. Viguier ne répond plus et ne fait pas le moindre signe d’intelligence aux questions qu’on lui crie. Contractions cloniques des muscles de la mâchoire et des bras ; soubresauts; parfois le malade se gratte. Un certain nombre de taches ont disparu ; celles qui persistent ne pâlissent pas sous le doigt ; on aperçoit un commencement de desquamation au cou et sur les flancs. Au milieu de cet état comateux, il chante et vocifère de temps à autre. Pouls à 70, assez large mais facilement dépressible, ondulant ; chaleur halitueuse; urines involontaires, ventre rétracté. Pronostic prochainement fatal.

Trois heures du soir. Changement inexplicable et presque miraculeux dans l’état du malade. 11 est éveillé, calme ; ses réponses sont nettes, son regard intelligent, son pouls lent, mais égal II ne souffre pas, mais se trouve très faible. (Vin sucré, 125 gr.)

Douzième jour. Le délire est revenu dans la nuit, mais modéré. Viguier est d’ailleurs ce matin aussi bien que la veille au soir ; plus de contractions, ni de soubresauts ; ni céphalalgie, ni diarrhée ; la langue se nettoie. Pouls à 60, petit, faible. (Quelques cuillerées de bouillon ; vin sucré ; potion avec extraitde quinquina, 2 gram.)

Treizième jour. Sommeil mêlé de rêves pendant la nuit. D’ailleurs, même état que la veille; le visage est de plus en plus expressif; un peu de surdité.

Quatorzième jour. Amélioration soutenue. (Potage matin et soir.)

Quinzième jour. Appétence marquée, urines encore involontaires; d’ailleurs convalescence confirmée.

Vingtième jour. Viguier mange le quart; il s’est levé une heure, mais il éprouve des vertiges et des bruissements d’oreille ; faiblesse des jambes. Pouls faible et lent.

Vingt-troisième jour. Môme état. Le sommeil et l’appétit sont très bons. Viguier mange la demie, boit la portion de vin, continue l’extrait de quinquina ; mais la faiblesse persiste, ainsi que les vertiges.

Trente-troisième jour. Les forces reviennent de jour en jour ; l’appétit est excellent, le pouls assez développé, mais conservant encore de la lenteur et de la rareté (55 à 60).

Viguier sort le 13 février.

Observation III. (Godélier, ibid.)

Grossiort (Antoine-Eugène), soldat au 50e de ligne, âgé de 23 ans, entré le 16 janvier au Val-de-Grâce.

Passager du Monarque , il s’est senti malade le 9, et il s’est alité le 12. Pas de maladies antérieures, constitution robuste, tempérament sanguin. Depuis le 12 frissons récurrents, céphalalgie intense, avec délire et rêvasseries nocturnes ; fièvre, bronchite, diarrhée, a eu une épistaxis au quartier, douleurs vives du dos et des jambes.

Cinquième jour, 17 janvier. Symptômes énoncés plus haut. Faciès caractéristique avec une coloration rouge bistre ; grande prostration. Pouls petit, faible, à 120; chaleur vive, voix enrouée, râles bronchiques; langue sèche, poisseuse, prête à se fendiller ; ventre un peu météorisé, deux selles pendant la nuit ; pas de gargouillement ni de sensibilité dans la fosse iliaque. Éruption morbilliforme générale, très confluente sur la poitrine et les flancs, où l’on observe presque l’érythème de la scarlatine. (Pot. avec ipéca stibié.)

Sixième jour. Le malade a vomi deux fois. Épistaxis considérable hier dans la soirée ; délire et agitation extrême pendant la nuit. Figure morne et abattue, yeux injectés, demi-fermés, larmoyants; chaleur vive ; pouls à 115 ; langue fuligineuse. (Lim. gom., sinapismes, applications froides sur le front.)

Septième jour. Même agitation et délire pendant la nuit. L’état du ventre est aussi le même. Trois selles involontaires dans les vingt-quatre heures; urines involontaires et abondantes ; réponses hésitantes, mais assez nettes ; aphonie, toux fréquente; un peu de dysphagie. Pouls toujours fréquent et variable. La teinte érythémateuse de l’éruption a disparu, mais il reste une très grande quantité de macules ecchymotiques dont la coloration varie du violet pâle au rouge vineux. (M. p.)

Huitième jour. Somnolence plus marquée, selles involontaires, respiration fréquente et sifflante. Râles typhoïdes, teint veineux. (Pot. avec ipéca stibié, illico . Pot. avec acétate d’ammoniaque, 10 grammes à partir de midi.)

Neuvième jour. Coma complet, peu de délire, réponses nulles. Pouls petit,

à 90; peau chaude; immobilité d'un corps pétrifié; confluence notable de l’éruption sur les membres; les taches pétéchiales sont d’un rouge pourpre, surtout au bras droit. (Pot. avec acétate d’ammoniaque ; café ; applications froides sur le front.)

Dixième jour. Coma moins complet ; le malade répond un peu, n’a plus de diarrhée ; langue toujours sèche et brune. Pouls à 150 ; peau chaude ; l’éruption a pâli. (M. p. ; lavement avec sulfate de quinine, 1 gramme.)

Onzième jour. Prostration extrême, réponses à voix basse et très incertaines; inégalité, irrégularité du pouls, moins fréquent que la veille. Dyspnée très grande; yeux fermés et enfoncés, soubresauts des tendons, hoquet se reproduisant à de longs intervalles. Au mollet gauche, les plaques pétéchiales sont absolument confluentes, et forment une plaque d’un violet foncé, noire au centre, où se trouve une petite eschare. (M. p.; large vésicatoire à la base du thorax.)

Douzième jour. Agitation très grande pendant la nuit. Ce matin , coma presque complet. Il paraît saisir par instants certaines questions, mais il ne fait aucune réponse. Yeux fermés, traits tirés, bouche entr’ouverte ; langue sèche, noirâtre ; ventre dur, pas de selles, urines invblontaires. Respiration suspirieuse, hoquet. Pouls large, irrégulier, dépressible, de fréquence médiocre. L'éruption a pâli. On observe une desquamation furfuracée générale. (M. p.)

Treizième jour. Même état. Faciès hippocratique, pouls très dépressible à 90; taches livides d’un rose fauve sur la peau ; éruption miliaire, surtout aux bras. Mort à deux heures de l’après-midi, le 25 janvier.

Autopsie vingt- cinq heures après la mort ;

Rigidité cadavérique complète. La peau est couverte de macules ecchymotiques, et porte les traces de la desquamation. Les parties déclives du cadavre sont d’un violet sombre.

Cerveau . Les sinus veineux sont gorgés de sang. Un peu d’œdème sousarachnoïdien à la partie antérieure et supérieure, infiltration séreuse plus marquée à la partie postérieure. Point de sérosité dans les ventricules. Coloration et consistance normales de la substance cérébrale.

Poumons. Aspect normal. Quelques rares ecchymoses sur la plèvre pulmonaire ; les parties postérieures et inférieures, surtout au poumon droit, sont gorgées de sang ; quelques lobules sont splénisés ; leur tissu, consistant mais non friable, plonge sous l’eau. Point de mucosités dans les bronches, dont la muqueuse des gros tuyaux est un peu injectée.

Cœur. Tissu plus pâle et moins résistant qu’à l’état normal. Caillot ambré assez volumineux dans l’oreillette gauche.

Estomac. Aspect mamelonné. Quelques ecchymoses sous-muqueuses dans le grand cul-de-sac. Muqueuse un peu friable dans cette région.

Intestins. Le duodénum et le jéjunum sont à l’état normal. L’iléon offre, de distance en distance, des plaques vivement colorées par une injection sanguine; elles ont de 10 à 15 centimètres de longueur. La muqueuse n’est point ramollie à leur niveau ni dans leur intervalle. Elle présente une psorentérie blanche de plus en plus abondante, à mesure que l’on approche de la valvule Iléo-caecale. Les plaques de Peyer sont marquées d’un pointillé noir, mais ne sont ni saillantes ni ramollies.

Dans le gros intestin, l’orifice des follicules isolés est agrandi et noirâtre. A 30 centimètres au-dessous de la valvule, il existe dans une étendue égale une coloration rouge intense, avec des taches pétéchiales. Même altération entre le tiers moyen et le tiers inférieur du gros intestin. La muqueuse a dans les places rouges, comme ailleurs, sa consistance normale. Les ganglions mésentériques sont parfaitement intacts.

Rate augmentée d’un tiers de son volume, d’une coloration normale, mais très friable à l’intérieur.

Foie * Augmentation de volume du lobe droit, un peu ramolli. Bile noirâtre, épaisse, sirupeuse.

Reins très tuméfiés, surtout le rein gauche. Il pèse 230 grammes, le droit 218. La substance corticale, doublée d’épaisseur, est d’un gris rouge et très friable.

Vessie. Elle présente une injection générale de la muqueuse, sur laquelle, en regardant de très près, on aperçoit un grand nombre de pétéchies très fines.

Les psoas ont une coloration pâle analogue à la chair de veau ; les muscles du mollet droit sont moins colorés qu’à l’état normal.

Observation IV. (Jenner, De la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde , traduit de l’anglais par Verhaeghe, 1852. Bruxelles.)

J. M., serrurier, âgé de soixante à soixante-dix ans, fut admis à l’hôpital des fiévreux de Londres, service du docteur Tweedie, le l,r janvier 1849. L’extérieur du malade indiquait un vieillard maigre à cheveux gris. Il occupait une maison vide confiée à ses soins dans London-Street, 14, Islington. Il avait rendu souvent visite à une famille du nom de Penny, qui demeurait à un mille de son habitation et dont deux membres avaient été à cet hôpital, il y avait peu de temps, offrant des symptômes bien marqués de typhus. Le

père de cette famille, âgé de quarante-six ans, mourut, et l’on trouva à l’autopsie les plaques de Peyer, ainsi que les glandes mésentériques, dans un état normal. Le fils, âgé de quinze ans, se trouve encore à l’hôpital en ce moment : lui aussi avait eu une éruption mûricolore bien marquée. Notre malade nettoya la maison des Penny, qui était extrêmement sale, la semaine qui avait précédé sa maladie. Il est sobre, mais il a eu beaucoup de misère.

Le 25 janvier, il fut pris soudainement, vers trois heures de l’après-midi, de lassitude, de douleurs dans les membres, de céphalalgie, de frissons et de sentiment de froid. Comme il était constipé, il prit dix grains de calomel en deux doses, une potion purgative et du jalap. Il se mit au lit dès le premier jour de sa maladie et ne l’a plus quitté depuis. Sa femme, qui donne ces commémoratifs, avait remarqué qu’il délirait trois jours avant son entrée. Il n’y avait pas eu d’épistaxis.

Voici maintenant l’état dans lequel ce malade se trouvait le premier jour où je pris son observation, le onzième de sa maladie : il avait passé une nuit très agitée, ayant peu dormi ; il était assoupi au moment de la visite, parlant pendant son sommeil. Il y avait de petites contractions ou plutôt des tiraillements des muscles de la face, du cou et des bras, pendant le sommeil. Au réveil, son esprit paraissait très confus ; il n’avait point l’idée de se trouver â l’hôpital, ni depuis combien de temps il y était ; cependant il reconnaissait les personnes qui l’entouraient. Son teint était particulièrement sale, terreux ; la face était pâle ; les conjonctives n’étaient pas injectées et les pupilles étaient naturelles ; il n’était pas capable de se lever sans aide, et ne se tournait dans le lit qu’avec difficulté. Les lèvres étaient sèches ; la langue aussi était sèche et recouverte d’une couche d’un brun foncé. Il y avait de la constipation datant de deux jours avant son entrée ; mais, depuis, il y avait eu deux selles produites par de l’huile de ricin; point d’appétit; un peu de soif; point de tension du ventre, pas de résonnance, pas de sensibilité ni de gargouillement de l’abdomen; le pouls était à 120 pulsations par minute et très faible. Il y avait beaucoup de toux; la respiration était à 30 par minute et tranquille; il y avait expectoration d’un peu de mucus écumeux et tenace.

Un peu de matité existait en arrière dans les parties les plus déclives des poumons, et aux mêmes endroits on entendait un râle sous-muqueux, rude et inégal ; le bruit respiratoire paraissait comme voilé.

La peau était chaude, sèche et tachetée. Les taches étaient très nombreuses, et en même temps il existait aussi une éruption sous-cuticulaire abondante ; quelques-unes des taches pâlissaient sous la pression du doigt ; d’autres ne changeaient point de couleur, aucune ne disparaissait entièrement et aucun e n’était élevée au-dessus du niveau du reste de la peau. Elles étaient plus fon-

cées en couleur au dos qu'ailleurs. Le dos aussi était partout très congestionné ; il n’y avait point de vésicules miliaires.

Prescriptions : quatre onces de genièvre. Mixture de carbonate d’ammoniaque à prendre toutes les quatre heures. Bouillon de bœuf.

Le douzième jour, le pouls était monté à 160 et très faible ; la respiration était à 26. Le malade avait passé une nuit fort agitée ; il restait jour et nuit les yeux ouverts, marmottant des paroles inintelligibles. La prostration des forces était bien plus marquée ce jour-là, et ce n’était qu’avec la plus grande difficulté qu’il pouvait se tourner dans le lit. Lorsqu’on lui disait de faire voir la langue, il ouvrait la bouche, mais ne faisait aucun effort pour pousser cet organe. Les soubresauts des muscles continuaient; les conjonctives étaient notablement plus injectées que dans l’état normal.

La dose du genièvre fut porté à 6 onces. Le malade mourut à trois heures après midi, le U février, c’est-à-dire le treizième jour de la maladie.

L’autopsie fut faite trente-six heures après la mort. La rigidité cadavérique était en partie disparue dans les extrémités supérieures, mais elle était encore assez marquée dans les genoux et les orteils. L’abdomen était concave ; un peu de coloration verdâtre existait sur les parois abdominales et dans les flancs. Un grand nombre de taches pourprées (celles qu’on avait remarquées pendant la vie) étaient semées sur toute la surface du tronc et des extrémités. La surface postérieure du corps était fortement colorée : les taches y étaient plus foncées en couleur qu’ailleurs.

Tête. — Il y avait un épanchement sous - arachnoïdien considérable. L’arachnoïde était épaissie et opaque, surtout dans la partie qui recouvre les lobes antérieurs. La pie-mère était congestionnée. L’arachnoïde et la piemère se séparaient en masse des circonvolutions et sans entraîner la plus petite partie de substance grise. Il y avait un peu de sérosité dans les ventricules latéraux, et une once environ du même liquide à la base du cerveau. Le pointillé dans toute l’étendue de la substance grise et blanche était plus marqué que d’habitude. La substance cérébrale était partout ferme.

La langue était recouverte de mucus sec et brun. Le pharynx était pâle, et il y avait un peu de sang liquide épanché au-dessous de la membrane muqueuse de la luette. L’œsophage était d’une couleur pourpre foncé. Les cartilages du larynx étaient ossifiés; la membrane muqueuse de cet organe était pâle. Celle de la trachée-artère aussi était pâle et saine.

Il n’y avait point de liquide dans les plèvres.

Le poumon gauche avait des adhérences anciennes avec la plèvre costale, vers le sommet, et contenait plusieurs masses crétacées. La partie postérieure du lobe inférieur contenait beaucoup de sérosité écumeuse, rougeâtre et sale.

plus abondante là que dans les parties les plus déclives. La texture de cette partie était ramollie et sa couleur d’un rouge brunâtre foncé.

Le poumon droit avait d’anciennes adhérences, dans toute son étendue, avec la plèvre et ressemblait généralement à celui du côté gauche.

Les tuyaux bronchiques contenaient beaucoup du mucus écumeux : leur membrane muqueuse était d’un rouge foncé; sa consistance et son épaisseur paraissaient normales.

Le péricarde contenait un drachme environ de sérosité jaunâtre et transparente. Le cœur était un peu plus volumineux que dans l’état normal ; l’endocarde des cavités droites avait perdu son brillant. Les valvules étaient saines, et toute la substance de l’organe flasque.

Beaucoup de sang noir et fluide mêlé de quelques caillots mous s’échappa à l’ouverture des veines caves et pulmonaires. Les cavités droites, ainsi que l’oreillette gauche, élaient distendues par du sang noir en petits caillots. Le ventricule gauche contenait un peu de sang liquide. Dans l’artère pulmonaire, ainsi que dans l’aorte, se trouvait un caillot uni et moulé sur les valvules sigmoïdes.

Estomac. — La membrane muqueuse de la portion pylorique était recouverte d’un mucus épais : elle n’était point mamelonnée ; son épaisseur et sa consistance étaient naturelles : sa couleur était d’un rouge légèrement foncé.

La couleur, la consistance et l’épaisseur de la membrane muqueuse de l’intestin grêle, ainsi que du gros intestin, étaient partout à l’état normal. Les plaques de Peyer n’étaient point visibles. Les glandes mésentériques n’étaient point engorgées.

Le foie était flasque, mais autrement sain ; la vésicule biliaire était remplie de bile épaisse et d’un vert foncé ; sa membrane muqueuse paraissait saine.

Le pancréas était sain.

La rate pesait 8 onces et était très ramollie ; son contact à l’air la faisait tomber rapidement en déliquium.

Les reins étaient sains en apparence.

La vessie urinaire ne fut pas examinée.

Observation V. (Jenner, loc. cit.)

Georges W., quarante-neuf ans, natif de Londres, ouvrier du port, fut admis au London -F ever -Hospital, le 15 août 18Zi9. Le malade est un homme maigre, à cheveux blonds et à peau blanche. Sa femme fut reçue à l’hôpital en même temps que lui, affectée aussi du typhus bien marqué, dont elle mourut le vingtième jour. D’après le dire du malade, il avait joui jusqu’alors

d’une très bonne santé, n’avait jamais été obligé de garder le lit ; il dit aussi avoir des habitudes de tempérance, mais ceci est très douteux.

Le vendredi, 10 août 18Û9, vers trois heures de l'après-midi, il est pris de céphalalgie frontale. Le jour suivant il perdit l’appétit et le mal de tête s’accrut beaucoup. Le troisième jour, il éprouva un sentiment de froid tellement fort, que, d’après ses expressions, il se serait couché sur le feu. En venant à l’hôpital le 15, il perdit quelques gouttes de sang par le nez. Les selles étaient régulières depuis le commencement de la maladie, et il n’y avait pas de vomissements.

Le 16, septième jour de la maladie, les notes suivantes furent prises : « Il a bien dormi la nuit précédente (la première qu’il passa à l’hôpital) ; son intelligence paraît libre ; l’expression de la face est presque naturelle ; il se plaint d’une forte céphalalgie frontale ; il y a un peu de vertiges ; les fonctions des sens ne sont pas affectées ; les conjonctives sont un peu plus injectées que d’habitude; les pupilles sont normales.

» Hier au soir, il monta seul l’escalier ; il peut encore se lever sans aide aujourd’hui ; sa position au lit est libre.

» La langue est blanche et un peu sèche au milieu ; il y a eu quatre selles naturelles depuis hier. Le malade se plaint d’une légère douleur autour de l’ombilic. Il n’y a pas de tension, pas de résonnance, pas de sensibilité ni de gargouillements de l’abdomen.

» Le pouls est à 96, plein et mou; il n’y a pas de toux; la poitrine ne présente pas de signes physiques anormaux.

» La peau est sèche, chaude et tachetée. Les taches ne sont pas très nombreuses sur le tronc, mais existent en plus grand nombre sur les extrémités. Elles ne sont pas élevées au-dessus de la peau environnante ; quelques-unes disparaissent et d’autres pâlissent seulement sous la pression du doigt. Celles qui existent aux avant-bras et au dos de la main sont plus larges et d’une couleur plus claire qu’ailleurs; le plus grand nombre disparaissent momentanément sous la pression. » (Mixture avec acétate de plomb ; bouillon.)

Le huitième jour , la somnolence se montra, et en même temps l’intelligence devint obtuse ; la mémoire était défectueuse : le malade crut le temps plus long qu’il ne l’avait été réellement ; la somnolence et la confusion mentale augmentèrent. Le dixième jour, il paraissait au malade qu’il avait «voyagé des milliers de milles pendant la nuit. » Il ne délirait pas au moment de la visite. 11 se rappela le nom du jour de son entrée à l’hôpital; mais il se figurait qu’il y était depuis huit jours, tandis qu’il n’y. en avait que cinq. Les conjonctives étaient fortement injectées et la somnolence était presque constante. Le onzième jour, le délire était continu toutes les fois qu’on tirait le malade

de son assoupissement ; les selles et les urines étaient lâchées involontairement.

Le douzième jour, la somnolence était moins continue ; le pouls, qui était à 96 le huitième jour, était monté à 108 le neuvième et à 120 le dixième. Il conserva cette fréquence jusqu’à la fin.

La langue continuait à rester sèche et brune. Le neuvième jour, le malade ne put se lever sans aide qu’avec beaucoup de difficulté ; et, au onzième, il pouvait à peine se mouvoir seul. Le douzième jour, il paraissait y avoir un peu d’amélioration ; il y avait moins de somnolence et un peu plus de sensibilité ; il ne laissait pas couler sous lui et pouvait se mouvoir dans le lit sans être aidé. Il y avait régulièrement deux selles naturelles par jour.

Les notes suivantes furent prises l’après-midi du^ treizième jour de la maladie, qui était la veille de la mort : « Le pouls est à 120 pulsations et extrêmement faible ; le malade transpire abondamment : tous ses effets sont trempés par la sueur ; la peau cependant est fraîche ; les taches sont très apparentes, et celles du dos ne cèdent que peu à la pression du doigt. Le dos de la main a une teinte un peu livide. Il a dormi un peu la nuit, mais il reste assoupi la plus grande partie de la journée. Il y a du délire pendant les moments de réveil. Les conjonctives sont encore injectées, mais celle du côté gauche l’est beaucoup moins que la droite. Le malade ouvre la bouche quand on lui demande de montrer la langue, mais il ne fait aucun effort pour pousser cet organe. Il reste couché, immobile. Il y a des soubresauts des tendons et un peu de carphologie. Il a eu deux selles liquides involontairement. »

Le traitement avait été stimulant. Au huitième jour de la maladie, on administre 8 onces de bière de porter , et la dose en fut portée à une pinte le neuvième. On y ajoute lx onces de genièvre le dixième, et en même temps on administra cinq grains de carbonate d’ammoniaque toutes les quatre heures, le onzième jour.

Le malade s’affaiblit graduellement et mourut à dix heures du matin, le 23 août, quatorzième jour de la maladie.

Le cadavre fut examiné vingt-neuf heures après la mort.

La rigidité cadavérique était bien marquée. De nombreuses taches, les mêmes qui avaient existé durant la vie, étaient répandues sur la surface antérieure du corps. Les surfaces postérieures avaient une couleur de vin de Porto et étaient parsemées de taches encore plus foncées en couleur. Cette coloration faiblissait par degrés à mesure qu’on approchait des surfaces antérieures. Les parois abdominales, aux fosses iliaques, avaient une couleur vert pâle. Le ventre était concave. Les muscles étaient d’une couleur foncée, et il y avait à peu près un demi-pouce de graisse dans l’épaisseur des parois de l’abdomen.

T(Ue. — La dure-mère paraissait saine. Dans la partie de la cavité arachnoïdienne correspondante à la convexité de l’hémisphère cérébral droit, près du point de jonction des lobes antérieur et moyen, à un pouce et demi environ de la scissure longitudinale, se trouvait un caillot sanguin, dont la couleur variait du rouge au noir, à mesure qu’il devenait plus épais ; il était aplati, mince, et du diamètre d’un pouce. Un second caillot semblable existait entre la faux du cerveau et le lobe antérieur.

Dans la cavité de l’arachnoïde, du côté gauche, et parsemés à la surface convexe de l’hémisphère cérébral, se trouvaient six petits caillots du volume de pois coupés en deux. Un peu de sérosité sanguinolente s’écoulait lors de l’incision de la dure-mère. L’arachnoïde de la convexité, surtout la partie correspondante aux lobeS moyens, était notablement épaissie et avait un aspect laiteux semi-opaque. Il y avait un peu de sérosité incolore au-dessous de l’arachnoïde, soulevant légèrement cette membrane dans quelques endroits, et s’infiltrant aussi dans la pie-mère. Celle-ci était fortement injectée, surtout dans les circonvolutions. On pouvait enlever les deux membranes, l’arachnoïde et la pie-mère, en masse, sans entraîner une partie de la substance grise de l’encéphale. Cette substance offrait une teinte rosée plus marquée près de la substance blanche qu’à sa surface libre. Le pointillé de la substance blanche était plus nombreux qu’à l’état normal. Les ventricules latéraux contenaient environ un drachme de sérosité transparente et incolore. Les vaisseaux des plexus choroïdes et les veines des corps striés étaient distendus par du sang. La substance cérébrale, la commissure molle, comme les autres parties centrales, étaient de consistance normale. Une demi-once environ de sérosité était répandue à la base du cerveau ; mais il ne s’y trouvait pas de caillots sanguins.

La langue , d’un brun pâle, était recouverte, ainsi que le voile du palais , d’un mucus épais.

Le pharynx, l’œsophage, le larynx et la trachée étaient sains en apparence ; mais il n’y avait plus de traces d’épithélium dans l’œsophage, et le larynx contenait un peu de mucus épais.

Il n’y avait pas d’épanchement dans les plèvres. Le sommet du poumon gauche, adhérant à la plèvre, renfermait plusieurs masses d’une matière ressemblant à du mortier. La partie postérieure du lobe inférieur était d’une couleur pourpre très foncée, et il s’en écoulait, à l’incision, une quantité considérable de sérosité rougeâtre peu aérée. Ce liquide en jaillissait sous la pression. Le tissu pulmonaire était cependant crépitant et surnageait dans l'eau. Les parties les plus déclives étaient les plus foncées en couleur et aussi les moins crépitantes. La partie antérieure du poumon était pâle et emphysémateuse.

Le poumon droit ressemblait au poumon gauche, à l’exception que la congestion des parties déclives y était plus marquée. On y enlevait des morceaux qui ne surnageaient pas, mais qui allaient au fond de l’eau. Il n’y avait pas de ligne de démarcation tracée entre le tissu solidifié et celui qui ne l’était pas. Celui-ci allait aussi au fond de l’eau après qu’il avait été pressé.

Les tuyaux bronchiques contenaient très peu de mucus; la membrane muqueuse y était d’une couleur rouge foncé. Les ganglions bronchiques n’étaient pas engorgés.

Le péricarde était sain, et contenait environ trois drachmes de sérosité jaunâtre et transparente.

Le cœur était légèrement hypertrophié et très flasque. L’endocarde était tacheté en rouge blafard. Les cavités droites contenaient un caillot fibrineux noir et mou. Les cavités gauches étaient vides. Les valvules étaient saines. Du sang liquide et deux ou trois petits caillots noirs et mous s’échappèrent de la yeine cave et des veines pulmonaires, lorsque le cœur fut enlevé.

La membrane muqueuse de Yestomac était mamelonnée dans toute son étendue, à l’exception d’une bande étroite le long de la petite courbure. 11 y avait beaucoup de rugosités le long de la grande courbure. La consistance de la membrane était normale, mais elle était un peu épaissie. Sa couleur était d’un gris rouge-jaunâtre. On pouvait enlever de petites bandes d’un demipouce de largeur de membrane muqueuse dans la partie antérieure, ainsi que dans les sept huitièmes du grand cul-de-sac.

Les intestins étaient sains ; la membrane muqueuse se laissait enlever par bandelettes. Les plaques de Peyer étaient à l’état normal. La muqueuse qui les recouvrait avait sa consistance naturelle. Les glandes mésentériques étaient à peine visibles.

Le foie était flasque et se laissait déchirer avec facilité. Il était aussi un peu pâle. La vésicule biliaire contenait environ une demi-once de bile excessivement épaisse, formant une masse verte. Sa muqueuse était saine.

La rate pesait 7 onces et demie. Son tissu était évidemment ramolli.

Le pancréas était pâle et sain.

Les reins aussi étaient sains. La substance mamelonnée laissait couler sous la pression un fluide laiteux. La muqueuse vésicale était un peu injectée en arrière. L’organe contenait environ une demi-once de liquide laiteux.

L’aspect trouble du liquide exprimé des reins et de celui que contenait la vessie était du au grand nombre de lambeaux d’épithélium qu’il contenait. Ceux du fluide trouvé dans la vessie s’étaient évidemment détachés de la muqueuse de cet organe.

Telles sont les observations à l’aide desquelles j’essayerai de reproduire d’une manière rapide les traits caractéristiques du typhus. J’aurai aussi maintes fois l’occasion de recourir aux travaux de Corrigan [Lectures on the nature and. treatment of fever . Dublin, 1853) et de W. Stokes ( Clinical lectures on fever. Medic. Times and Gaz., 1854-55), tlont l’interprétation se trouve nettement établie par M. Requin ( Path . méd., tome dernier), par mon compétiteur et ami M. le docteur Charcot (cet ouvrage est actuellement sous presse).

B. Symptômes.

11 est nécessaire de diviser la marche du typhus en trois périodes : 1° prodromes, 2° invasion, 3° augment. Les autres divisions d’Hildenbrand me paraissent purement scolastiques et spéculatives.

a. Prodromes. — Le typhus peut survenir d’une manière lente, sans qu’il soit facile d’annoncer l’époque de son début, ou bien il se développe, mais plus rarement, à la suite d’un ou de plusieurs frissons violents se succédant à vingt-quatre heures de distance. La lassitude des membres, de la céphalalgie, l’obtusion de l'intelligence, des vertiges et des bourdonnements d’oreilles (Hildenbrand, Chauffard), de l’hésitation dans la parole, du tremblotement de la voix, quelquefois de l’aphonie et une incertitude dans les mouvements volontaires, caractérisent cette période. C’est alors qu’on voit se manifester certains symptômes propres au stade suivant (1),

(1) Douze sœurs de charité ont été atteintes du typhus à Marseille; chez toutes, sans exception, l’éruption périodique ou irrégulière des menstrues a eu lieu dans les deux premiers jours de la maladie. Ce fait communiqué par M. Maillot, inspecteur du service de santé militaire, est très remarquable à cause de sa fréquence comme phénomène initial (Godélier, Op.cit . , note delà page i 5) .

g. Période d’invasion. — La céphalalgie augmente; c’est une douleur vraiment pertérébrante. Même aggravation des vertiges et des bourdonnements d’oreiSles. Les mouvements s’accompagnent de douleur, et le malade ne peut plus quitter son lit.

Fièvre continue et intense; le pouls est fréquent : 130 à 140 pulsations ; les épistaxis sont rares ; la physionomie exprime la stupeur; la face est rouge et tuméfiée, la conjonctive injectée; la peau est brûlante, le tremblement des lèvres et la gêne de la parole prononcés.

La perturbation des fonctions intellectuelles est très marquée : il y a confusion dans les idées, somnolence, « affaissement des sens extérieurs, désordre de l’entendement et stupeur » (Hildenbrand) ; enfin la typhomanie devient manifeste.

L’abdomen est souple ; point de gargouillement, lors même qu’il y a de la diarrhée (Godélier). La constipation est la règle.

La bronchite, si fréquente dans la fièvre typhoïde, n’a été observée au Val-de-Grâce que dans la moitié des cas, et dans le typhus fever, en Irlande, elle serait très fréquente (Stokes, H. Gueneau de Mussy).

C’est dans cette période qu’on voit apparaître, du quatrième au huitième jour, un exanthème sui generis tellement remarquable, qu’il constitue un signe pathognomonique du typhus et, en raison de sa nature, on l’a désigné sous les noms d z pétéchial et semi-pétéchial . Cette éruption, appelée encore mulberry rash (éruption mûricolore) par le professeur Jenner, sera l’objet d’une étude particulière (chapitre troisième). Quelquefois, pourtant, l’exanthème ne se présente pas. Au Val-de-Grâce, il a manqué 9 fois sur 63, mais jamais dans les cas graves ; il en a été de même en Orient. (Commun, orale de M. Tholozan.)

y. Période d’augment . — On constate une aggravation de la plupart des symptômes précédents en même temps qu’il s’en présente de nouveaux. Le visage a pâli, mais la conjonctive n’a pas changé d’aspect. La céphalalgie, moins vive, est rem-

placée, du huitième au douzième jour, parla typhomanie. « Les impression-s qui viennent des sens externes étant imparfaitement perçues par le sensorium, il arrive que les malades qui s’exercent sur ces impressions rêvent sans dormir (d'où résulte la tijphomanie ), et lorsqu’ils sont à demi endormis, ils gesticulent sans cesse, ils délirent avec une singulière incohérence sur des objets extérieurs, au milieu d’occupations continuelles, d’impressions intérieures, confondant les unes avec les autres-, ils ne délirent pas toujours, mais ce qu’ils font de raisonnable passe comme un songe; je ne crains pas de comparer cet état au somnambulisme, et je pense que l’insomnie continuelle des malades, jointe à la stupeur ou au demi-sommeil non réparateur, sont les causes principales de ce phénomène et de beaucoup d’autres. » (Hildenbrand, op. cit ., p. 70.)

La fièvre est intense, le pouls très faible ; le cœur a une impulsion peu énergique et qui souvent même n’est plus perceptible ; ses bruits ressemblent à ceux d’un cœur de fœtus (Charcot, d’après Stokes). L’exanthème cutané a pris une teinte violette, puis presque noire, principalement sur les parties déclives qui paraissent uniformément congestionnés.

L’état de la langue ne présente rien qui soit caractéristique; le ventre est distendu par des gaz, et souvent la diarrhée annonce le terme de cette période. Jamais d’entérorrhagie. Il faut encore noter la contraction spasmodique des muscles du cou, de la mâchoire et de la glotte, d’où résultent probablement la dysphagie et l’aphonie communes à cette période. Enfin, on voit quelquefois le relâchement des sphincters avec de la tendance aux eschares dans toutes les parties qui supportent le poids du corps.

Je n’insisterai pas ici sur certaines complications* : érysipèle de la face (Godélier), variole (Jenner), que l’on ne saurait considérer comme faisant partie intégrante de la maladie dont on vient de parcourir l’histoire.

o. Marche et terminaisons. — Le typhus peut marcher d’uuc manière très rapide, comme on l’a remarqué en temps d’épidémie, et le malade succombe dans le cours de la période d’invasion. A la suite du frisson initial, les extrémités restent froides, la respiration anxieuse, l’affaissement extrême, le pouls petit et fréquent, et la mort ne se fait pas attendre ; c’est une véritable sidération. Mais, dans les cas ordinaires, la maladie est plus lente dans sa marche, et c’est seulement dans la période d’augment qu’on voit survenir la mort au milieu du coma, ou bien à la suite de convulsions ou encore d’une syncope.

Dans les cas heureux, un sommeil profond remplace le coma et dissipe complètement le délire. La face reprend son aspect normal, l’éruption pâlit, le pouls perd sa fréquence et l’appétit reparaît peu à peu (Godélier) ou d’une manière rapide (Jenner).

Quand le typhus se termine par la mort, il dure, en moyenne, 1 h jours, ou seulement 11 jours d’après d’autres observateurs. Je n’oserais fixer ici la durée de la maladie dont l’issue est heureuse ; car il arrive souvent que le typhus, s’éloignant de son type primordial, ne conserve plus son allure et se trouve remplacé, d’une manière lente et insidieuse, par une nouvelle série d’états pathologiques, comme on a pu le voir récemment en Orient (Tholozan).

e. Etat du sang. — Le sang de six malades atteints de typhus fever a été analysé par M. Rodier en 18/Ï7. La densité était normale, ou elle occupait les limites inférieures de l’état physiologique, ou bien elle était diminuée ( Chimie path ., Becquerel et Rodier, p. 128). Le sang extrait de la veine, au début du mal, ne présente pas de couenne; à une période avancée, il présente en général un caillot foncé en couleur, mou, diffluent.

Page 1