CHAPITRE II
Cette affection, qui s’observe très fréquemment à Paris, semble être aujourd’hui connue de tous les pathologistes ; aussi la description qui va suivre sera-t-elle très concise.
A. Définition.
La fièvre typhoïde est une pyrexie caractérisée par une alté ration spéciale des glandes de l’intestin et des ganglions mésen-" tériques, et par une éruption particulière sur la peau de taches
rosées. Celte définition résume à peu près les opinions de MM. Cliomel et Louis.
B. Symptômes.
«. Prodromes. — Dans les deux tiers des cas le début de la maladie est brusque; et les phénomènes précurseurs, dans les autres cas, sont constitués par du frisson, de la faiblesse des membres, de la tristesse, delà céphalalgie frontale avec épistaxis et de la diarrhée.
A partir de ce moment M. Chomel divise la marche de cette maladie en trois périodes ou septénaires.
(3. Première période. Elle est caractérisée par les phénomènes suivants: céphalalgie contusive, obtusion de l’intelligence, quelquefois du délire; vertiges, éblouissements et tintements d’oreilles. Les malades sont, en général, couchés et dans la plus complète immobilité. On rencontre des hémorrhagies nasales qui peuvent donner lieu à des crachats noirâtres. Point d’appétit, soif vive, quelques nausées. L’abdomen est sonore, douloureux au niveau de la fosse iliaque où la pression détermine du gargouillement. Diarrhée presque constante. — La rate est augmentée de volume.
Peau chaude, présentant ou de la sécheresse ou de la moiteur; le pouls est ordinairement à 100, mou, dépressihle.
Il y a souvent delà toux; râles sibilants et ronflants dans toute la hauteur de la poitrine ; résonnance normale.
C’est à cette période qu’apparaît l’éruption typhoïde caractéristique dont il sera parlé plus loin (Chap. III, B , a).
y. Deuxième période. — A la fin du premier septénaire, la céphalalgie a diminué ou cessé : les autres symptômes se sont aggravés. Il y a alors stupeur, soubresauts des tendons, carphologie, délire et surdité. Une certaine paralysie des muscles du pharynx et de l’œsophage gêne la déglutition; le ventre est de plus en plus distendu par des gaz au point de refouler le dia-
phragme et de rendre la respiration difficile. Les seLJes sont involontaires.
Le pouls, irrégulier, tombe quelquefois au-dessous de sa fréquence normale.
A cette époque on voit se manifester à la peau des sudamina, une tendance à la nécrose.
Troisième période. — Si l’issue est funeste, les accidents augmentent constamment de gravité; la face hippocratique se dessine; des sueurs visqueuses et le coma annoncent la fin.
Dans le cas contraire, la stupeur cesse peu à peu, la bouche et la langue se dépouillent de leurs enduits, les eschares se détachent.
c . Marche. — La fièvre typhoïde est ordinairement régulière dans sa marche ; mais quelquefois, et surtout dans la deuxième période, elle présente des exacerbations et des améliorations successives.
Essentiellement continente, la fièvre peut offrir des redoublement vers le soir.
La convalescence ne s’établit jamais avant la fin du deuxième septénaire, et elle peut varier du douzième au quatre-vingtième jour (Grisolle).
C’est généralement dans le deuxième septénaire que survient la mort.
r,. État du sang. — Dans la première période, le sang peut présenter une couenne, mais jamais un retrait du caillot. Dans la période suivante, on a un caillot diffluent, mêlé à une sérosité trouble, rarement recouvert d’une couenne sans consistance et comme graisseuse (Bouillaud). A mesure que la maladie augmente d’intensité, la fibrine diminue et descend jusqu’à 0,9 sur 1,000 (la moyenne physiologique est 3); la quantité de globules augmente, mais vers la fin de la maladie elle diminue sensiblement (Piorry, Andral etGavarret).
G. Lésions cadavériques.
a. Tête. Le plus souvent on ne trouve qu’un peu de piqueté et une diminution de consistance du cerveau; généralement il y a de l’infiltration séreuse sous-arachnoïdienne, dont l’abondance est en rapport direct avec la longueur de l’agonie.
(3. Abdomen. — Les intestins sont, en général, distendus par des gaz; ils présentent la lésion caractéristique de la fièvre typhoïde vers la fin de l’iléon et à la face opposée à l’insertion du mésentère. Les follicules agminés de Peyer et les follicules isolés sont le siège d’un exanthème particulier auquel succède une ulcération. Cette éruption de fintestin sera, plus loin, l’objet d’une étude particulière; aussi je ne m’y arrête pas (Chap. III, A, y, 2°).
Les ganglions mésentériques, aussi constamment lésés que les follicules de l’intestin, sont d’abord simplement gonflés, puis ramollis, très rouges, quelquefois même infiltrés de pus. Les plus malades sont ceux qui avoisinent le cæcum.
L’estomac, souvent sain, présente quelquefois un ramollissement de la membrane muqueuse.
La rate est dans tous les cas, à de très rares exceptions près, ramollie et gonflée au point d’offrir quatre ou cinq fois son volume.
Le foie a perdu sa consistance normale; les reins sont quelquefois enflammés et parsemés de points purulents (Rayer).
y. Thorax. — On rencontre, dans les poumons, l’engouement, la splénisation et l’apoplexie pulmonaire, quelquefois de l’inflammation lobulaire.
Le larynx présente des ulcérations.
Le cœur est flasque, l’endocarde imbibé de sang fluide.