‹ Parallèle du typhus et de la fièvre typhoïdeChapitre 7 sur 8 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE L IDENTITÉ OU DE LA. NON-IDENTITÉ DU TYPHUS ET DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE.

Les données symptomatologiques, anatomiques et étiologiques qui viennent d’être exposées ont déjà montré que, s’il existe des caractères communs au typhus et à la fièvre typhoïde, il en est quelques-uns aussi qui permettent de distinguer ces deux maladies l’une de l’autre : tel est, par exemple, l’énanthème intestinal, altération propre à la fièvre typhoïde. Mais si l’on considère que, d’après l’aveu de savants cliniciens, cette lésion peut manquer quelquefois et que les manifestations symptomatiques ne sont pas toujours en relation directe d’intensité avec les désordres observés post mortem , on doit se demander quel est le caractère indélébile qui doit séparer ou rapprocher ces deux maladies. En un mot, sur quelle base établir l’identité ou la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde?

«. 11 ne s’agit pas de savoir si toutes les observations de typhus se ressemblent au point d’être identiques ; on sait trop bien qu’il n’est pas deux observations de la même maladie qui présentent ce caractère. Ce qu’il importe d’établir, c’est qu’il y a ou non entre le typhus et la fièvre typhoïde la même différence qu’entre la scarlatine et la variole, par exemple. Ces deux dernières affections constituent, en effet, des fièvres exanthématiques ; mais elles se distinguent : 1° par la différence, dans l’immense majorité des cas, de leurs symptômes généraux ; 2° par la non-identité de l’exanthème ; 3° par la différence des caractères anatomiques; ha et surtout par leur spécificité ou

l’impossibilité pour chacune d’elles d’engendrer l’autre maladie, Lien qu'elles soient toutes deux réputées contagieuses.

(3. Et d’abord une observation préalable trouve ici sa place; elle légitimera l’opinion qui m’a fait confondre dans une seule description deux affections qu’on a jusqu’ici séparées. Ainsi, tandis que Valleix réunit la fièvre typhoïde au typhus des camps* il distingue nettement ce dernier du typhus fever. Or, les observateurs qui ont assisté à la dernière épidémie de typhus ont tous conclu à l’identité de ce typhus et de celui qui a été décrit par Borsieri, Pringle, Huxham et Hildenbrand. De plus, ces mêmes cliniciens comparant leurs faits avec les histoires du typhus fever, ont emprunté aux auteurs anglais et américains la description qu’ils donnent des caractères du typhus fever et avouent qu’il y a similitude complète entre l’épidémie d’Orient (1855) et celle qui est décrite par Jenner. Déjà M. H. Gueneau de Mussy, témoin du typhus fever en Irlande (18/i7), avait été conduit à admettre que cette maladie ne saurait être distinguée du typhus des camps (Grisolle, Op. cit ., p. 59 et 61), contrairement à l’opinion de Yalleix, qui n’admettait pas cette identité. En mettant donc en parallèle les observations citées de part et d’autre et en remarquant que dans toute maladie exanthématique, l’éruption étant semblable, l’affection doit être la même, on peut conclure avec M. Charcot (Op. çit ., p, 75) que le typhus fever n est autre que la fièvre pétéchiale des anciens ; c’est le typhus exanthématique ou pétéchial de quelques modernes.

y . Si l’on arrive à la fièvre typhoïde, on se trouve en présence de deux opinions différentes : la première considère le typhus comme une variété de la fièvre typhoïde (Sydenham, Cullen, Chirac, Stoll ; MM. Chomel, Gaultier de Claubry, Landouzy, et, en Allemagne, Rokitansky et Küchler). La doctrine opposée conacre la non-identité de ces deux maladies; elle compte chaque uur de nouveaux défenseurs à mesure que les faits se produisent, et elle a été soutenue principalement par MM. Gerhard, de Phi*

ladelphie, 1837 ^ Shattuck, de Boston, 1839 ; Stewart, 1840 ; H. Gueneau de Mussy, 1847, et plus récemment Jenner et Upham, 1852.

Or, il y a manifestement différence entre les symptômes généraux , l’exanthème et les caractères anatomiques du typhus et de la fièvre typhoïde. Mais, dans une maladie spécifique, le caractère essentiel de la maladie, c’est la cause ; et la cause morbifique n’emprunte-t-elle pas son cachet de spécificité à la propriété qu’elle possède de se reproduire toujours la même chez les individus soumis à son action? On trouve ce caractère distinctif dans la scarlatine comme dans la variole; le même fait se rencontre dans le typhus et la fièvre typhoïde. 1° Jamais le typhus ne paraît prendre naissance dans les mêmes conditions que la fièvre typhoïde. En effet, dit Jenner ( Op . cit p. 175), durant l’année 1849, 18 foyers de typhus avaient fourni 51 individus tous affectés de cette maladie ; dans le même espace de temps, 4 foyers de fièvre typhoïde avaient fourni 10 malades atteints de cette espèce de fièvre, sans qu’il arrivât une seule fois que deux individus affectés, fun de typhus et l’autre de fièvre typhoïde, fussent fournis par la même habitation. De même, dans le mémoire de M. Godélier, on voit invariablement le typhus donner naissance au typhus, et jamais il ne dégénère en fièvre typhoïde.

2° Une dernière question est celle de l’immunité. Il est généralement admis aujourd’hui qu’une fièvre typhoïde met à l’abri de toute atteinte nouvelle du même mal ; en est-il de même pour cette maladie par rapport au typhus ? Les rapports des médecins militaires nous ont appris qu’un certain nombre de militaires, ayant contracté la fièvre typhoïde, furent postérieurement atteints du typhus, et M. Godélier a produit un fait des plus remarquables dans ce genre : un convalescent de fièvre typhoïde grave contracta le typhus à l’hôpital. La fièvre typhoïde ne met donc pas ceux qui en ont été frappés à l’abri des atteintes du

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typhus, et conséquemment la cause spécifique est diflérente pour chacune de ces maladies.

Quelque nombreuses que soient les analogies qui rapprochent la fièvre typhoïde et le typhus , ces deux maladies ne sont donc pas identiques et ne sauraient à l'avenir être confondues dans une même description .

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