DÉFINITIONS
a. Paralysie. — En toute définition, on doit envisager la signification étymologique précise du mot à définir ; on dit ensuite quelle restriction l’usage a porté au sens étymologique, ou, tout au contraire, quelle extension il lui a imprimée.
Etymologiquement, paralysie (rapælvot, rapædveiy) entraîne l’idée de détraquement, de dissolution. Si on s’en tenait au sens vrai du mot, quiconque dirait <mon bras est paralysé»,
entendrait faire comprendre «mon membre supérieur s’est dissous, il n’existe plus.» Néanmoins, nul ne s’y trompe, et.
ponr chacun le mot paralysie entraîne seulement l’idée
d’impotence fonctionnelle : un membre paralysé est un membre hors de tout service, participant plus ou moins à la vie
végétative, mais de nulle utilité pour la vie de relation. Mais encore, les fonctions sont-elles multiples. Le mot paralysie s’applique-t-il à l'abolition de chacune de ces fonctions ? On ne dit pas : il y a paralysie de la fonction digestive, respiratoire ; nul n’a jamais employé le mot «paralysie» - pour désigner la suppression de ces grandes fonctions organiques, dans leur ensemble. Mais on en à parfois usé pour indiquer l’abolition de la sensibilité, voire même du sentiment ; les troubles de l’idéation seraient des paralysies de l’écorce cérébrale (Littré). À ce compte, l’abolition des fonctions d’une des parties quelconques du système nerveux, sur n'importe quel point de l’organisme, entraînerait une paralysie, qui serait, suivant le cas: d’ordre intellectuel, moteur ou sensitif. C’est bien là le sens du mot paralysie.
Mais aujourd’hui l’accord est fait. «Quand on n’ajoute,
rien au mot paralysie, on ne veut parler que du mouvement, dit M. Grasset dans l’art, Paralysie du dictionnaire encyclopédique.» Pour la sensibilité, on emploie le mot «anesthésie» ou l’on ajoute alors paralysie sensitive.
Ea paralysie, au sens universellement adopté aujourd’hui, est donc l'abolition du mouvement, où plus exactement la diminution ou l’abolition du mouvement, car il y a tous les degrés depuis la parésie (simple paresse musculaire) jusqu’à l’impotence absolue.
«Mais, il ne faut pas croire qu'il ÿ ait paralysie toutes les fois qu’il y à diminution ou suppression des mouvements.On confond à tort la paralysie avec l’akinésie (impossibilité de se mouvoir de quelque nature que soit cette impossibilité).
ASE 1e LA
Or, les membres, le corps tout entier peuvent cesser de se
mouvoir, sans être paralysés, uniquement parce que l’im-
pulsion fait défaut , dans la syncope, le coma, l'ivresse, par
exemple : une contraction permanente peut raidir un groupe
de muscles ‘ un membre isolé, unearticulation peuvent être immobilisés par une douleur, une maladie locale (ankylose, tumeur blanche, ostéite, arthrite, carie)» | 4). L'expression « diminution où abolition des mouvements» n’est donc pas suffisamment précise pour définir la paralysie. On ne peut point non plus caractériser la paralysie par la perte de la contractilité musculaire (Bouchut, Racle), car dans quelques paralysies, cette contractilité est parfois exagérée par certainsexcitan(s (réaction de dégénérescence).
«Pour les muscles volontaires, la caractéristique de la paralysie est assez facile à indiquer ; c’est l'abolition ou la diminution de la contractilité volontaire. Ce n’est pas seule-
ment la suppression du mouvement, mais la suppression de
l’action de la volonté sur les muscles.
»Mais le mot paralysie a un sens plus étendu ;il s'applique à tous les muscles de l’économie (volontaires où non, de la
vie anormale ou organique). Il faut étendre aussi la défi-
nition et dire que la paralysie, c’est l'abolition ou la diminution de la contractilité des muscles par lenr stimulant normal. Ainsi, le pharynx ou l'intestin sont paralysés quand leur contraction n’est plus provoquée par les aliments, leur stimulant normal ; de: même pour les muscles respiratoires vis-à-vis de l'air ; pour le biceps vis-à-vis de la volonté, etc. (2).» 0
Ainsi, aux troubles fanctioinels des en muscles, s’appli-
que le inot paralysie ; mais par l’impotence musculaire peu-
(4) Grasset.— Loc. cit.
(2) Grassel.— Loc. cit.
LS a Le vent être troubléts bios des fonctions autres que ‘celles de la vie de relation : les muscles des vaisseaux peuvent être lésés (paralysies vaso-motrices) et, de ce fait, tous les viscères être atteints soit de troubles anémiques (vaso-constricteurs), soit de troubles congestifs (vaso-dilatateurs) : et, suivant les organes atteints, la symptomatologie sera bien différente : divers troubles trophiques relèvent des paralysies de la tunique musculaire des petits vaisseaux. Mais, à ces paralysies, comme aux paralysies intellectuelles, sensi- tives, on ajoute toujours un qualificatif. :
Par suite, dans notre thèse, chaque fois que sera employé seul lemot «paralysie», ilindiquera seulement l’impotence des muscles soumis à l’action de la volonté ; lorsque nous entendrons désigner l’impotence d’une quelconque des autres fonctions, nous ajouterons le qualificatif nsuel : paralysies sensitives dou intellectuelles (psychoses), vasomotrices.
Infection. — Contrairement au mot paralysie, le. mot infection (inficere, gâter, altérer) a bien gardé, dans la littérature médicale, son sens étymologique. De tout temps, on a bien voulu entendre par infection une atteinte portée à l'équilibre normal de l'organisme ; mais, tandis qu’autrefois, on opposait l'infection à la contagion, faisant d'infection le synonyme de maladie primitive, aujourd’hui la contagion disparaît dans l'infection, qui peut être définie «un mode spécial de genèse, de propagation, souvent de transmission d’un nombre considérable de maladies (Nielly)». Ce mode spécial de genèse est caractérisé par l'introduction dans l'organisme, d'agents d’origine diverse, auxquels on a donné le nom d’agents infectieux; ce sont les microbes. Et, d’après la définition de la maladie, acceptée par un grand nombre d'auteurs modernes, l’introduction des microbes, produisant
ee |
EUR: Es une réaction de l'organisme, la lutte qui s'établit entre l'agent infectieux et PORRIRE constitue la maladie infectieuse. NE
L'introduction dans l'organisme d’un agent infectieux, voilà l'infection telle qu’elle est comprise aujourd’hui; la lutte de l’organisme contre cet agent et ses put voulà la maladie infectieuse.
Mais l'agent infectieux, cause immédiate de la maladie, ne vient pas toujours de l’extérieur; la plupart des microbes coupables habitent nos cavités naturelles, et, à l’état normal, n’y sont point gênants Sous l’ influence de causes prédisposantes diverses, ces microorganismes, inoffensifs jusqu'alors, deviennent pathogènes, ayant acquis une virulence spéciale; P ‘organisme réagit; la maladie infectieuse est constituée.
‘On doit done modifier la définition de l'infection donnée ci-dessus, et dire: l'infection est constituée par l'introduction dans l’organisme d’un agent infectieux ou par le développement dans ce même organisme d’un germe jusqu'alors . inoffensif et qui, sous l’influence de causes diverses, a soudain acquis une virnlence spéciale. Et peut-être devra-t-on bientôt supprimer la première partie dé cette définition, de nouveaux agents pathogènes étant tous les jours signalés comme hôtes habituels de nos cavités.
«A coté de ce groupe des maladies infectieuses, il est un certain nombre d'états dits auto-infectieux, résultat de l’évolution dans l'organisme d’une maladie étrangère aux maladies ‘infectieuses proprement dites; telle l’accumulation, à certaines périodes du mal de Bright, des éléments organiques qui ne sont plus éliminés par le filtre rénal.» (Nielly).
De ce groupe, nous n’avons pas à nous en occuper ; pour nous, dans ce travail, infection restera synonyme d'invasion macrobienne; maladie infectieuse, synonyme de maladie mtcrobienne. |
ou
Par alysies consécutives aur r'infections aiguës. — Nous venons de dire ce que nous entendons par paralysie et par infection. : Au sens littéral des mots, dès l'introduction du microbe dans l'organisme, ou encore dès la transformation en pathogène d’un agentjusqu’alorssaprophyte, l'infection est réalisée, et toute paralysie survenant après cet instant est une paralysie consécutive à l'infection. De nos jours, un grand nombre d'auteurs, et avec preuves à l'appui, font, d’un bon nombre de maladies nerveuses, des maladies post-infectieuses. A ce titre, nous devrions nous occuper de tous les états pathologiques qui, parmi leurs symptômes, de premier où second ordre, présentent des paralysies: les paralysies de tous les nerfs, la maladie de Landry, paralysie agitante, paralysie générale, paralysie atrophique de l'enfance, de l'adulte, etc., etc, ; Lane toute la pathologie nerveuse.
Ce n’est point ainsi qu’on entend les paralysies post-infectieuses. Tous les auteurs qui s'en sont occupés ont décrit celles de ces paralysies qui surviennent sous l'influence directe, indiscutable d’une quelconque des maladies infectieuses. aie |
Landouzy, se conformant à la tradition, étudie seulement «celles d’entre les paralysies qui, survenant soit au cours, soit le plus souvent au déclin, durant la convalescence, parfois même après la guérison des maladies aiguës, relèvent évidemment d'elles, sont sous leur dépendance, mais ne sont qu’un accident accessoire, purementcontingent et même assez rare,»
Aujourd'hui, nous devons restreindre encore ce cadre, adopté par l’éminent professeur de la Faculté de Paris.
Bien des phénomènes nerveux paralytiques ou autres apparaissent au cours des infections aiguës. De ces phénomènes nerveux, quelques-uns font partie du cortège habituel de la maladie, au point que, si certains d’entre eux viennent
So
à manquer, le tableau symptomatique change du tout au tout, la forme de la maladie-n’est plus la même. Ceux-là sont des symptômes de la maladie elle-même; sans eux la maladie ne serait pas; ce ne sont pas des phénomènes nerveux post-infectieux, mais bien des accidents infectieux proprement dits ; telle infection survenant, inévitablement ces phénomènes in ront aussi.
De toute autre nature sont les accidents que l'on s'entend
aujourd’hui à dénommer post-infectieux. Ils se montrent à la suite de certaines infections aiguës, non pas d’une facon certaine, inévitable, mais rarement au contraire. À l’état latent, ils profitent de l’infection pour se manifester au grand jour; l’infection n’est pas pour eux une cause déterminante, mais une occasion qu’ils utilisent. À défaut de l'infection, ils auraient choisi un tout autre moyen pour paraître. Et, que ce soit à la suite de l’infection, de l’intoxication, d’un traumatisme, d’excès ou de tout autre cause, ce; phénomènes sont les mêmes, leur symptomatologie est identique; ni l'infection, ni l’intoxication, ni le traumatisme, ne lui impriment un cachet particulier ; de même que l’hystérie survenant à la suite de causes multiples, la paralysie post-infectieuse est une: c’est ce qui ia distingue des troubles nerveux, auxquels chaque infection imprime un cachet particulier, troubles, dépendance obligée de l'infection, justiciables du traitement de l'infection, tandis qu’eux n’en sont qu’une dépendance indéniable, il est vrai, mais purement accidentelle, dépendance sur laquelle le traitement de l’infection n’a aucune prise.
Ce sont des phénomènes de même nature, survenant à l’occasion de la syphilis, que le professeur Fournier baptisait très ingénieusement para-syphilitiques, dans ce livre admirable de philosophie, qu'il vient de publier, il y à quelques mois à peine (1).
(1) Fournier .— Les affections parasyphilitiques, Paris, Rueff. 1894).
Étant
Nous autorisant de ce grand maître, nous nommerons para-infectieuses les paralysies dites jusqu'ici post-infectieuses. Nul mot d’ailleurs n’exprimerait mieux l’idée que nous nous faisons de la nature de ces paralysies, développées tout antour, auprès, à l'ombre de l infection, à Jaquélle elles semblent demander pronorien, pour se manifester a au grand jour.
Cette dénomination a, de plus, l’avantage RS toute confüsion ; post- infectieux, est tout ce qui se passe après ; l'infection ; para, c'est seulement ce qui gravite autour.
Nous verrons les grandes et pratiques conséquences qu’entraîne cette façon d’ envisager les paralysies post-infectieuses pour la pathogénie, et surtout pour l’action thére 0 peutique. Des agents infectieux différents provoquent toujours des lésions de même nature ; les agents médicamenteux guérissent la paralysié post-infectieuse, non point parce qu’elle eët post-infectieuse, mais parce qu’elle est paralysie.
LA
Voilà ce que nous entendons par paralysies consécutives aux infections, aiguës ; tel est le sujet dont nous allons aborder l’étude, maintenant que nous avons bien nettement établi ce que nous entendions par chacun des mots inscrits en tête de notre thèse. à
Nous tenons à faire remarquer que, quel que soit aujourd’hui le rapprochement, la presque synonymie des deux mots intorication et infection, au point de vue pathogénique, cliniquement ces deux expressions sont nettement séparées ; nous ne nous occupons que des infections.
Le qualificatif aiguës ajouté au substantif infections élimine d'emblée les paralysies développées à l’occasion de la syphilis, des accidents chroniques dela tuberculose et de la puer- se péralité.
Nous ne nomimerons point ici les maladies recounues
comme infectieuses, ce serait nous exposer à des redites inutiles : leur tour viendra au chapitre consacré à la clinique.