IL. — PARALYSIES ÉTUDIÉES DANS CHACUNE DES INFECTIONS AIGUES
Il est impossible d'établir sur des bases scientifiques une
classification des maladies infectieuses : ce sont, toutes, des.
maladies générales ; et, si chacune affecte une localisation un peu spéciale, pour la plupart d’entre elles cette localisation n’est pas toujours fixe; cette variété dans la localisation constitue les formes de la maladie.
On pourrait baser une classification sur la tendance plus ou moins grande des infections à provoquer des paralysies. Mais l’ordre ainsi établi ne serait exact que pour les quelques premières (diphtérie, fièvre typhoïde, paludisme, fièvres éruptives, etc.), les akinésies étant tout aussi rares après chacune des autres infections aiguës. Aussi renonçons-nous à légitimer une classification quelconque. |
Néanmoins, comme il est nécessaire d'adopter un ordre pour l’exposé ci-dessous, nous suivrons celui qu'a choisi Landouzy, qui tient compte de cette idée de tendance plus ou moins grande qu'ont les infections aiguës à produire des paralysies, idée qui nous paraît être la base la plus rationnelle dans le cas particulier.
Diphitérie (1)
Fréquence. — De toutes les infections aiguës, la diphtérie est celle qui provoque le plus fréquemment des paralysies.
(4) Lorain et Lépine. — Art. diphtérie du nouveau dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques.
Sur 1382 cas, 155 fois il y a en paralysie (1 sur 9, Sanné) ;
(1 sur 6, Roger) ; (1 sur 4, Lépine). En somme, la paralysie est relativement fréquente dans lé cours ou à la suite de la
diphtérie, que la maladie soit grave ou bénigne. Boissarie (1)
a même vu, au cours d’une épidémie diphtérique, survenir des paralysies indépendamment de toute manifestation apparente de l'infection.
Epoque d'apparition. — « Le plus fréquemment, les trou-
bles paralytiques débutent pendant la convalescence de 8 à
15 jours (jasqu’à 30 jours) après la guérison. S'ils sont précoces, au contraire, ils apparaissent pendant l'évolution locale de la diphtérie, du cinquième au onzième jour de la maladie, quelquefois du second au troisième.
»Dans le premier cas (apparition tardive), les organes qui doivent être atteints par la paralysie sont ordinairement pris presque tous à la fois. Dans le second cas, au contraire (apparition précoce), il s'écoule souvent un temps assez long entre la paralysie d’un organe et celle d’un autre plus ou moins éloigné. » (Grasset-Rauzier).
… Symptlômes.— Lies prodromes sont variables : c’est le plus souvent le début orageux que nous avons déjà décrit, avec
Magne.— Th. Paris, 1878.
Déjerine.— Arch. physiol., 1878.
Sanné.— Traité de la diphtérie, 1877 el art. du dict. encyclopédique, 1884. Landouzy.— Th. d'agrée.
Jacoby.— Traité New-York, 1890.
Rendu.— Leçons de’clin. médicale, 1890, p. 326). Bourges.— Traité de la diphtérie, Paris, 1892. : Pitres et Vaillard.— Archiv. de Neurologie, 1886, n° 337. Grasset el Rauzier.— Traité des maladies du système nerveux. Montpellier, 1894, tom. [T, pag. 996 et suiv.
(4) Boïssarie.— (Gazette hebdom., 1881, n°° 20 et 21.
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- phénomènes cérébraux et accidents du côté du pouls (ralentissement faiblesse) (1).
La paralysie du voile du palais est très fréquente au cours ou à la suite de la diphtérie : sa symptomatologie est si connue que nous jugeons inutile de la reproduire ici.
La dysphagie et toutes ses conséquences indiquent la paralysie du pharynx el de l'œæsophage. WE
Quand le /arynx est atteint, les parcelles alimentaires s'engagent sans être perçues par le malade; la respiration est souvent gênée, la voix dure et rauque, ou même tout à fait éteinte ; la toux a un timbre caverneux et étouffé.
La paralysie des péérygoïdiens et des antres muscles maslicateurs a été observée (2).
Il y a parfois un tableau analogue à celui de la paralysie labio-glosso-laryngée (paralysie de la déglutition, aphonie, dypsnée, agitation, sueurs, Cyanose, accélération du pouls, vomissements aqueux), c’est la LOCALISATION BULBAIRE de l’infection (3).
La paralysie faciale uni- ou bilatérale a été observée ; jointe à celle du voile du palais, elle rend la face du malade assez remarquable au point de vue esthétique : ce tableau a été bien décrit par Boyer (4).
Le diaphragme est pris quelquefois, manifestant sa parésie, d’abord par des crises de suffocation pouvant aboutir à la syncope respiratoire, surtout si les muscles de Reissessen sont aussi affectés. Landouzy, à la page 85 de sa thèse, rapporte une très intéressante observation de paralysie du diaphragme
(4) Voir Dabney.— Symptômes nerveux du premier stade de la diphtérie, In méd. News, 16 janvier 1892.
(2) Dundas Grant.— Brit, laryng. Assoc., 9 déc. 1692.
(3) Guthrie.— Lancet 13-25 toril 1891.
(4) Boyer.— Par. dipht. du voile du palais, diplégie faciale; déformation de la bouche en museau. Rev. mens. de laryng., 1884.
et des muscles de Reissessen, où la mort fut évitée grâce à l’électrisation faite par Duchenne, de Boulogne. |
C’est à la paralysie du pneumogastrique qu’on attribue généralement aujourd’hui les accidents cardiaques graves, pouvant aller jusqu’à la syncope et la mort, que présentent certains malades atteints de diphtérie (1).
Les TROUBLES VISUELS sont assez fréquents dans la diphtérie ; ils sont dus à une paralysie de l’accommodation (2). En même temps que la pupille est dilatée, on observe des troubles variables, suivant que le malade-est emmétrope (vision. éloignée nette, vision rapprochée confuse), myope (vision plus nette), ou hypermétrope (vision impossible sans verres convexes). |
Les muscles moteurs de l'œil peuvent aussi être paralysés (paralysie bilatérale des droits externes (Morton) (3), strabisme, diplopie).
Le goût, l'ouie, sont quelquefois frappés. |
Quand les muscles de la nuque sont atteints, la tête tombe en avant, sans que le malade puisse la relever.
La vessie, le rectum peuvent aussi participer à la paralysie ; il en résultera de la rétention ou de l’incontinence, suivant que le trouble parétique portera sur le réservoir musculaire ou son sphincter.
Enfin les membres sont, eux aussi, assez fréquemment trappés. C’est surtout la paraplégie qu’on observe : mais on remarque aussi des monoplégies, des hémiplégies. (4), des paralysies généralisées (5).
(1) Gulal.— (Th.Paris, 1881). Paralysie dipht. du pneumogastrique. Hénoch.— In Rev. Sciences méd., tome 30, p. 218 (9 août 1886). (2) De Wecker et Masselon.— Maladie des yeux, p.929. 3) Morton.— Trans. opht. Soc. mit Kingdon, XI, p. 106. (4) Jows.— (Med, Nerus, 21 oct. 1892) ct Seijfert (Neurol. centr., 15 fév. 1895). (©) Damaschino.— Journ. de méd. et chim. prat., 1882). Delphin.— Archiv. de méd. et pharm. milit., janv. 1889.