‹ Paralysie agitante: Maladie de ParkinsonChapitre 5 sur 19 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Recueillie à la consultation externe (service de M. le professeur-agrégé Rauzier) à par mon excellent ami, le docteur Espérandieu.

Joséphine Bes.. , 62 ans, cuisinière, vient à la consultation externe le 16 novembre 1898.

Antécédents héréditaires. — Ses ascendants et collatéraux sont morts, sans que la malade puisse nous dire de quelle affection. Aucun, en tous cas, n’a présenté de tremblement analogue à celui qui l’afflige. Sa mère, âgée de 90 ans, est encore vivante et bien portante. |

Antécédents personnels. — Elle ne se souvient pas d'avoir été malade. À 20 ans, elle a fait une fausse couche, dont il nous est impossible de relever la cause.

Il y à deux ans environ, la malade fut fortement impression: née en apprenant une mort. À partir de ce moment, le bras droit, puis la jambe du même côté, furent pris de tremblement. La jambe était déjà atteinte d’un léger degré de raideur depuis près de deux ans. |

Depuis sept mois, le côté gauche s’est pris à son tour. D'ailleurs, aucun trouble n’est signalé par elle en dehors du tremblement. Les fonctions des appareils digestif, respiratoire et urinaire s'accomplissent normalement.

Un facies soudé, rigide, des yeux hagards et un perpétuel tremblottement des lèvres avee un tremblement rythmique des mains et des bras: c'est ce qui nous frappe au premier abord.

Le mouvement des mains est d’une très grande netteté ; c'est un tremblement lent d’une assez grande amplitude. Le pouce se meut en opposition avec les quatre autres doigts. Les mains, dans leur ensemble, paraissent effectuer le mouvement

d’une personne qui Jouerait du tambour. [l y a-environ quatre Cet à la seconde. Les avant-bras sont serrés au corps, un peu en avant, dans une attitude de défense.

La malade ne peut être maitresse de ses mouvements. Si on lui commande un acte, elle l’accomplit ; le tremblement cesse alors; elle a constamment à la main un mouchoir dont elle

S’essuye la figure inondée de sueur ; chaque fois qu’elle répète

cet acte, le tremblement s'arrête ; sitôt qu’elle cesse, dès

qu’elle est au repos, il reprend.

Durant tout l’interrogatoire qu'on lui fait subir, elle répond intelligemment mais sans se départir de son attitude rigide. Si on la prie de regarder à gauche ou à droite, elle se tourne tout d'une pièce. Elle semble ankylosée. Le regard est fixe, les yeux

largement ouverts. Les muscles de la face sont sans cesse en

mouvement, un mouvement bien régulier, bien rythmé; la malade fait la grimace du lapin, suivant l'expression consacrée. - Elle se plaint d’une sensation de chaleur insupportable, son corsage dégrafé, la sueur qui lui coule sur la figure, témoignent que celte sensation de chaleur n’est pas une illusion. De temps à autre, la malade s'’étire, allonge fortement les bras et ne semble pas pouvoir tenir en place. À une de nos questions sur le besoin constant de changer de place, elle répond très catégoriquement éprouver celte sensation à un haut degré. Lorsque nous la prions de marcher, elle avance à pas menus et de plus en plus précipités, de plus en plus rapprochés, le corps légèrement ineliné en avant. L'allure s'accélère progressivement et rapidement, et 1l lui faut s'arrêter sous peine de

choir.

L'examen objectif nous décèle une raideur assez marquée des membres supérieurs. [l semble y avoir un peu d’exagération des réflexes des autres membres.

L'examen soigneusement fait des divers appareils ne nous apprend rien. de plus. Rien à l’auscultalion, pratiquée avec

minutie, bien que rien n'ait attiré notre attention de ce côté. Les urines ne renferment aucun élément pathologique.

Le type si net, si précis que présente cette malade, le tableau, qu'on pourrait dire elassique, ne permet guère de discussion éliminatoire des hypothèses qui pourraient gêner un diagnostic direct. C’est une maladie de Parkinson. On lui prescrit un gramme de borate de soude par jour, des Lptone tèdes suivies de pétrissage musculaire.

La malade, qui habite Cette, revient à Montpalle où elle entre à l'hôpital, le 2 mars 1899, dans le service de M. le professeur Carrieu. ;

Le tremblement a augmenté d'amplitude. On constate l’exagération des réflexes rotuliens. La force musculaire a diminué. La malade a beaucoup maigri dans l’espace de ces quatre mois. Elle est soumise à un traitemeñt par l'électricité qui ne produit d’ailleurs aueune amélioration.

OBsERvVATION [IT (Personnelle) |

Recueillie à la consultation externe de l'Hôpital-Général, (service de M. le professeur -agrégé Rauzier), complétée grâce aux notes obligeamment fournies par M. le D' Vedel, ancien chef de clinique sur un séjour fait il y a deux ans à l'Hôpital-Suburbain. e

Louis M..., 63 ans, pêcheur, entre à l'Hôpital- Suburbain, salle Fhuqueh n° 27, le 28 février 1897.

Antécédents hi Son père est mort à 80 ans d’une affection indéterminée. Sa mère, âgée de 88 ans, jouit d’une santé parfaite et peut travailler pour vivre.Il a eu 7 frères, dont : 6 sont morts: 2 d’affections thoraciques ; les quatre autres après avoir eu du rhumatisme (?) h

Antécédents personnels. — Dans sa jeunesse, a eu la rougeole etles fièvres paludéennes ; à l’âge de 16 ans, la petite vérole) ;

Ds

pas de syphilis: habitudes éthyliques peu marquées ; est marié .

et a trois enfants bien portants.

Le malade se plaint de trembler depuis environ un an, C'est-àdire depuis 1896; mais, comme nous précisons l'interrogatoire, il nous raconte qu’il y a 13 ou 14 ans, il a ressenti une douleur ou plutôt une sensation de pesanteur et de raideur dans le bras et dans la jambe gauches ; cela a débuté par l'articulation du coude, comme un rhumatisme » (sic). Ces phénomènes se sont

peu à peu généralisés et étendus à tout le côté gauche, puis, assez rapidement, au côté droit. Le tremblement, quand il est

survenu, n’a pas suivi le même mode d’envahissement.La main gauche a tremblé la première, puis la main droite ; en dernier lieu, les membres inférieurs. La tête n’a jamais trémiblé.

AA ‘examen de ce malade, en mars 1897, on constate un

aueur des mains, qui est tout à fait typique et justifie pleinement les comparaisons ordinaires de filer de la laine, rouler un crayon ou des pilules ; il est assez ample, rythmique

et lent. Le tremblement porte aussi sur les membres inférieurs, mais y est bien moins accentué.

Les genoux sont constamment en mouvement et les talons battent rythmiquement le sol quand le malade est assis. Dès que le malade accomplit un mouvement volontaire avec l’un de ses membres, le tremblement cesse dans ce membre. L'écriture

.est sinueuse et irrégulière; le malade mange et boit facilement,

il n’a pas de gêne dans la déglutition, son champ visuel est normal ; la parole, lente mais bien articulée. : Comme attitude, il est fléchi, la tête portée en avant, immobile, le regard fixe ; sans expression, l’air soudé, hébété; la démarche est assez pénible, il garde assez bien l'équilibre, pas de propulsion ni de latéropulsion, mais rétropulsion très nette. Le malade se fatigue très vite ; cependant, il éprouve constamment le besoin de changer de place et s’impatiente beaucoup

au lit.

si

Les réflexes tendineux sont exagérés ; le rotulien, notamment, attire l'attention ; il nesemble pas y avoir de trépidation épileptoïde.

Jamais de sensation de chaleur, plutôt une impression de froid.

Aucun trouole du côté des sphineters.

L'analyse des urines ne révèle ni albumine ni sucre. Rien de modifié au point de vue sensitif, ni au point de vue psy-chique.

L’étiologie est peu nette,mais nous avons relevé, cependant, deux émotions violentes : l’une, il ya 20 ans, à la suite d’une chute ; l’autre, deux ans après : il a failli se perdre en mer.

Le diagnostic de maladie de Parkinson, déjà fait à la consultation externe, s'impose.

Le malade est soumis à un traitement par le borate de soude et l'hyoscianime et sort de l'hôpital au bout d'environ un mois, se disant amélioré.

Pendant ce séjour à l'hôpital, un phénomène particulier a attiré l’attention de M. le professeur Grasset ; la main gauche présentait un aspect peu ordinaire, dont nous avons pu nous faire une idée par une aquarellequ’en a fait faire M. le D' Vedel, alors chef de clinique médicale dans le service. Cette main donne tout à fait l'impression de ce que Marinesco a déerit, dans la syringomyélie, sous le nom de main succulente : elle est lisse, grasse, rosée, tirant sur le violet et luisante.

Le 4 mars 1898, M... revient à la consultation externe de l'Hôpital-Général.

Il se plaint de vives douleurs dans tout le corps, d'un mal à la tête presque continu, s’accompagnant de sensation de vertige et d’étourdissement. |

Le tremblemeut des membres n’a pas sensiblement augmenté; il reste lypique et prédomine toujours à gauche; la tête ne tremble pas

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