OBSERVATION VI
Prise à la consultation externe de l'Hôpital-Général (service de M. le professeur-agrégé Rauzier), le malade a fait un séjour à l'Hôpital-Suburbain dans le service de M. le professeur Grasset, salle Fouquet, n° 20.
Ulysse Const, 45 ans, gantier, vient à la consultation le 9 mai 1896.
Antécédents héréditaires. — Son père est mort, en quelques
goût.
heures, d’une affection aiguë. Sa mère et ses collatéraux sont bien portants et n'ont jamais eu d’affections nerveuses. Antécédents personnels. — Pas de maladies antérieures. Il y a huit mois, il a éprouvé de l’affaiblissement dans le bras droit et dans la jambe du même côté ; deux mois plus tard, est sur-
venu, dans ces mêmes membres, un tremblement continu au
repos, mais qui disparaît totalement au cours des mouvements volontaires. Ce tremblement à débuté par le bras, a gagné :
ensuite la jambe. Au moment de l'examen, il nous apparait
rythmé, à grandes oscillations, plutôt lent.
Le malade peut boire facilement. Il éprouve dans le côté droit une sensation de raideur, en particulier dans le bras. D'autre part, il a l'attitude soudée, la tête immobilisée en avant, bien qu'en réalité, il puisse la mouvoir à sa volonté:
La démarche du malade ne présente rien de caractéristique; il n’éprouve aucun des phénomènes de propulsion, de rétropulsion ou de latéropulsion.
La contractilité des muscles de la face et des muscles ocu-
laires est à peu près normale ; la tête ne tremble pas, la langue tremble légèrement; la parole est un peu hésitante, mais
fort nette.
La sensibilité dans tous ses modes (contact, douleur, température) est bien conservée. Le sujet accuse une perpétuelle sensation de chaleur qui s’exagère pendant la nuit.
Le champ visuel semble un peu rétréci des deux côtés. Aucun trouble à signaler du côté de l’ouie, de l’odorat ou du
Les réflexes tendineux sont normaux; les sphincters fonctionnent bien.
Aucun trouble trophique, seulement un peu d'œdème des membres inférieurs.
La mémoire est bien conservée, l'intelligence intacte.
L'examen des urines n’y révèle aucun élément pathologique.
LT 06e
Comme notion étiologique, nous ne trouvons pas d'ictus, pas de traumatisme, pas d'émotion signalée.
Quel diagnostic peut-on poser en présence de ces phénomènes ? |
Une hémorragie cérébrale pourrait expliquer une hémiparésie accompagnée de tremblements, mais alors il y aurait les commémoratifs d’un ictus et une évolution différente.
Une lésion envahissante, comme un néoplasme de l’encéphale, pourrait peut-être produire ces effels par compression progressive des zones motrices, mais il nous en manque les sigaes caractéristiques : vomissements, troubles oculaires, céphalée. : |
L'absence de trépidation épileptoïde, de troubles trophiques, etc., font éliminer les lésions médullaires.
La paralysie générale progressive se signalerait par des
troubles intellectuels.
- Les tremblements d’origine toxique sont également à éliminer. Notre malade a, ilest vrai, dans son métier de gantier, manié le plomb et le mercure, mais il ne présente aucun des stigmates de ces intoxications. |
Il nous faut en arriver à invoquer la névrose.
En faveur de l'hystérie, nous avons un certain degré de nervosisme el d’émolivité et un peu de rétrécissement du champ visuel. Mais pas de zones hystérogènes, pas d’abolition du réflexe pharyngien ou conjonctival; jamais notre sujet n'a eu de crises, enfin son affection n’a jamais rétrocédé, mais a eu une évolution progressive. |
Nous sommes donc bien plutôt porté à estimer que nous sommes en présence d'un cas de paralysie agitante portant sur un seul côté ; en effet, les caractères du tremblement, la raideur, la sensation de chaleur, sont des signes suffisants pour
que nous nous rattachions à ce diagnostic. À