CHAPITRE II
Anatomie et Physiologie du Grand Oblique Signes de la Paralysie de ce Muscle
Nous avons cru devoir réunir dans le même chapitre l'anatomie et la physiologie du muscle grand oblique, ainsi que les signes de sa paralysie; car ces trois parties sont intimement liées. La physiologie du muscle découle de son anatomie, de la connaissance de ses points d'insertion et de sa direction ; et de même une fois connue l’action normale de ce muscle, il nous sera facile de comprendre les symptômes que présente un malade atteint de paralysie de ce muscle, et les signes qui nous la feront découvrir.
a) Anatomie. — Dans le chapitre précédent nous avons décrit, d’après les recherches de Stanculéanu, la fossette où s’insère la poulie du grand oblique, et noté sa situation exacte sur la paroiinterne de l'orbite. Nous allons maintenant donner quelques détails sur le muscle grand oblique lui-même et sur sa poulie.
Le muscle grand oblique s’insère au bord du trou
Bousseau 2
optique, et, suivant d’arrière en avant l’angle dièdre supéro-interne de l'orbite, arrive à sa poulie de réflexion. Cette poulie, dont la situation nous est connue, se compose : 4) d’un fourreau fibro-cartilagineux ayant une longueur de 3 à 4 millimètres dirigé de bas én haut, d’arrière en avant et de dedans en dehors ; b) de fibres tendineuses qui forment un plan profond et s’insèrent en rayonnant, sur l'os. La capsule de Tenon, en outre, engaine le tendon du muscle grand oblique par une expansion aponévrotique qui vient se terminer sur sa poulie.
Après son passage à travers cet anneau fibro-cartilagineux, le tendon se réfléchit en arrière à angle aigu et se rend au globe oculaire en passant sous le droit supérieur. A cet endroit, le tendon s’épanouit en éventail, et s’insère au niveau de la moitié supérieure du globe, à peu près dans le méridien vertical, derrière l'équateur.
b) Physiologie. — La poulie de réflexion du grand oblique pouvant être considérée comme l’origine physiologique de ce muscle, pour comprendreson action, il nous suflira de considérer la portion de ce muscle qui s'étend entre la poulie et le globe oculaire.
La principale action du grand oblique consiste à produire une rotation de l’œil, de façon que l’extrémité supérieure du méridien vertical se déplace en dedans, Mais, puisqu'il s'insère sur la moitié postérieure du globe oculaire, et que son point d’insertion est situé plus bas que sa poulie, il s'ensuit que sa contraction a pour effet de relever la moitié pos-
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térieure du bulbe et par conséquent d’abaisser la moitié antérieure, c’est-à-dire la cornée. En outre le grand oblique produit une abduction, puisqu'il s’insère derrière le centre de rotation de l'œil, et qu’en se contractant il attire la moitié postérieure du bulbe oculaire en dedans, par conséquent la cornée en dehors. Quand le grand oblique se contracte, il produit donc :
La rotation,
L'abaissement,
L'abduction du globe oculaire.
c) Paralysie. — Voilà donc connue l’action normale de ce muscle. Si, pour une cause ou pour une autre, il est paralysé, l'équilibre dans l'orbite du globe oculaire, qui est maintenu par l’antagonisme des différents muscles qui lui forment une sorte de gaine, sera rompu, et l’œil sera dévié. De plus les mouvements propres à ce muscle seront abolis, et ceux qu'il produit combiné avec d’autres muscles seront considérablement gênés.
Voyons donc maintenant les symptômes que présentera un malade atteint de paralysie du muscle grand oblique.
Le premier symptôme perçu par le malade sera la diplopie. Il se plaindra de voir deux images du même objet. En couvrant l’un des yeux, la diplopie disparaît, c’est donc une diplopie binoculaire.
Faisant ensuite fixer au malade un crayon, que l’on déplace dans différentes directions, on observe si les deux yeux le suivent uniformément. Dans le
cas quinous occupe, on remarque que l'œil accompagne le crayon dans toutes les directions, sauf cependant dans le regard en bas. Quand on abaisse le crayon, on remarque en effet que l’œil gauche ne descend pas aussi bas que l’œil droit, qu’en outre il est légèrement dirigé en convergence.
À ce moment même le malade accuse une diplopie plus accentuée. Des deux images, celle de droite est claire, verticale et la plus haute. L'image de gauche au contraire n’est pas distincte, elle est située plus bas que l’image droite (diplopie verticale) et elle est oblique de telle sorte que son extrémité supérieure est inclinée vers l’image droite.
De ces premières observations on va déduire qu’il s’agit d'une paralysie d’un des muscles abaisseurs de l'œil gauche, c’est-à-dire du droit inférieur ou du grand oblique.
Le champ de nos recherches est dont restreint. Il faut reconnaitre maintenant quel est celui des deux muscles abaisseurs du globe qui est paralysé.
Pour cela, couvrant successivement l’œil droit ou l’œil gauche du malade on demande au malade laquelle des deux images disparaît à chaque expérience. On apprend ainsi:
1° Que l’image voilée (image fausse) correspond à l’œil gauche, ce qui confirme l'hypothèse de paralysie d’un des muscles de l’œil gauche ;
2° Que l’image de l’œil droit (image vraie) se trouve à droite, et que l’image del’œil gauche (image fausse) se trouve à gauche, c’est-à-dire que les deux images