‹ Paralysie générale et psychoses dans la syphilis acquiseChapitre 10 sur 31 · CE RS TE VE · texte numérisé non relu

CE RS TE VE

MS OR Re

philis s’attestent par sa fréquence au cours de cette affection, son invasion concomitante des manifestations spécifiques, par l'absence fréquente de toute autre cause, enfin, parce que la syphilis aide à cette pathogénie par sa nature même : c'est, en eflet, une maladie « infectieuse, dépressive, anémiante, exerçant sur le moral une réaction parfois des plus intenses », et de plus « particulièrement disposée à porter ses alteintes sur le système nerveux ».

Tous ces auteurs ont noté l’action déprimante de la syphilis, l'hypocondrie, les accès de manie manifestes surtout par les éxagératlons dans le traitement et dans l'observance de l’hygiène, les faillites de l'intelligence, de la volonté et de la mentalité, la démence même, et surtout, la perpétration d'erreurs qui ont fait de ce mal l'objet d'une terreur dont souffre le monde civilisé, jusque, parfois même, dans les individus qui sont indemnes de

atteinte spécifique.

Neurasthénie secondaire. — Ues troubles, qui peuvent être tellement précoces que cerlains auteurs ont songé à les mettre sur le compte de, la fièvre d'infection, consistent surtout en une asthénie générale avec périodes transitoires d’excitation, s'accompagnant de vertiges, de douleurs névralgiques, d’élancements douloureux, el surtout de céphalée et d’insomnie. Puis, outre les troubles de la sensibilité (analgésies plutôt qu'hyperesthésies partielles), on note encore des troubles digestifs liés à l’asthénie

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gastrique ou intestinale, des modifications du rythme cardiaque (arythmie) et de la pression artérielle (mollesse, dépressibilité du pouls), de l’asthénie musculaire, des bourdonnements d'oreille, et des troubles de la vue (éblouissements, taches, mouches volantes).

Que le point de départ de toutes ces anomalies soit spécifique ou psychique, il n'en est pas moins vrai que ces troubles en entraînent d’autres, que leur réunion constitue un tout de caractère essentiellement déprimant et qu'on ne tarde pas à assister à des phénomènes graves de dénutrition. Les malades amaigris, anémiés, rompus par leur courbature musculaire et leur insomnie, deviennent incapables de toute pensée suivie et de tout effort, et, conscients de leur mal, s’acheminent vers une véritable déchéance.

Il faut ajouter à tout cela la pensée constante de la syphilis, la façon dont elle est envisagée par ces êtres tombés dans le plus noir pessimisme, hantés par cette idée que l'avenir est à jamais compromis et, ce qui est vrai à ce moment, qu'ils sont contagieux, que le mariage leur est défendu et, s'ils sont mariés, que leurs enfants mourront en naissant ou seront voués aux suites les plus funestes. Toute érosion banale, toute douleur, toute anomalie fonctionnelle est d’origine syphiliäque…

Beaucoup d’entre eux se gorgent de mercure et d’iodure, el ajoutent ainsi, à la cause spécifique, un élément toxique qui n’est pas sans influence sur le cerveau, ainsi que nous le verrons. Les accidents buccaux, toxidermiques, gastrointestinaux, rénaux, sont, par ignorance, mis sur le compte de la vérole et augmentent la dénutrition et l’hypocondrie. Chez d'autres malades, à la syphilophobie peut.

ou

au contraire, s’adjoindre, comme vésanie connexe, la crainte des médicaments antisyphilitiques, en particulier celle du mercure, au sujet duquel règnent encore tant de préjugés. Le médecin est alors désarmé, puisque, ainsi que nous le verrons, le traitement mercuriel guérit la neurasthénie syphilitique; l’avenir mental de ces prédisposés est donc de plus en plus compromis par la neurasthénie constituée ou la paralysie générale ultérieures.

Ce tableau symptomatique ne se déroule guère qu’en vertu des prédispositions, acquises ou héréditaires, d’un éréthisme antérieur des centres nerveux tout préparé à la germination des idées hypocondriaques.

Hystéro-neurasthénie. — D’autres fois, à ces Symptômes neurasthéniques s’en joignent d'hystériques. La syphilis devient une amorce d’hystéro-neurasthénie, et cela, parce qu'au point de vue mental, l’hystérie est caractérisée par la sensibilité, l'impressionnabilité des centres psychiques, auquel il ne faut pas manquer d’ajouter ni le prétexte incessant de l’auto-suggestion, ni le névrotraumatisme qu'a constitué l'invasion de la syphilis. Dans ce cas, aux troubles organiques que nous avons énumérés plus haut, il convient de joindre des troubles un peu différents des précédents. C’est ainsi qu’à l’insomnie habituelle des neurasthéniques se joignent les rêves et les cauchemars des hystériques, et qu'à la dépression habituelle s’associera une impressionnabilité particulière. Du côté de

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la vue, c'est le champ visuél qui est diminué, phénomène pouvant s'accompagner de spasme oculaire, L'ouïe, le goût, l'odorat sont amoindris ; les zones d’anesthésie sont plus franches : il peut y avoir hémianesthésie totale, Enfin, au point de vue mental, si des inquiétudes bien nettes dominent d’abord la pensée, bientôt elles perdent leur fixité, on constate un manque absolu d'équilibre de l'être psychique, ou bien des idées fixes sub-conscientes : somme toute, on abandonne peu à peu la neurasthénie primitive (causale peut-être), pour entrer dans la grande névrose, dans son délire et ses symptômes caractéristiques.

Neurasthénie parasyphilitique. — La neurasthénie peut apparaître plus tard, à la sixième et même à la dixième année qui suivent le chancre. Il reste à se demander alors quelle part revient à la syphilis dans sa produclion. Pour le professeur Fournier, elle «n'a pas besoin d'une escorte d'accidents syphilitiques pour que son origine spécilique puisse être légitiment affirmée » ; dans ce cas, elle doit traduire encore la déchéance organique due à la syphilis, mais il est également possible d’incriminer la syphilis à un autre point de vue plus psychique.

L'apparition de cette neurasthénie coïncide, en effet, avec la période des grands accidents nerveux. Bien des malades n'en sont plus à ignorer le moment de l'échéance tertiaire, ni celui où un syphilitique devient tabétique ou paralytique général. Que ces malades soient des prédisposés, qu'ils

aient déjà fait de la neurasthénie secondaire, qu'ils aient lu, souvent en linterprétant fort mal, ce qui a trait à la syphilis, qu'ils soient médecins surtout, et une nouvelle forme de neurasthénie se constitue.

Ce n'est plus leur peau ou leurs muqueuses que ces malades surveillent, ce sont leurs réflexes, leur stabilité, leurs pupilles. La céphalée la plus banale est mise sur le compte d’une gomme encéphalique, les troubles gastrointestinaux ne sont rien moins qu'une forme de crises viscérales du tabes, la lenteur et la difficulté des mictions sont l’indice des troubles vésicaux les plus graves, la polyurie nerveuse, souvent très marquée, leur fait songer à la néphrite : pour ces malades, l'asthénie génitale (diminution des désirs sexuels, éjaculation prématurée) est une preuve d'impuissance. Si l’on voit parfois la neurasthénie secondaire prendre des formes maniaques où mélancoliques, le fréquence de ces caractères d’accentuation est beaucoup plus fréquente ici. M. Marchand (1) à noté la forme maniaque 7 fois sur 23 : 8 fois la forme mélancolique, et a vu 3 fois celle-ci s'accompagner de stupeur. Ia également noté chez des neurasthéniques de cette provenance du délire hallucinatoire, el rappelle que OEbecke a signalé chez eux des cas de folie systématique.

Le tout s’exagère par la dénutrition générale et souvent aussi par l’anémie due aux excès de mercure, car les premiers scrupules ont trait à l'insuffisance du traitement et

les excès médicamenteux recommencent.

(1) Marchand. Loc. cit.

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