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sance du neurasthénique est psychique; celle du paralytique général est organique.
La difficulté des mictions et de la défécation liée, chez le neurasthénique, à l’asthénie musculaire des r'ÉSELVOIrS, présente une assez remarquable constance, les mêmes troubles, chez le paralytique général, subissent ordinairement les variations les plus opposées, et se voient, d'ailleurs, assez rarement à la période que nous étudions.
Différences que présente la paralysie générale avec les mêmes affections. — Quant aux différences, elles existent pour les phénomènes psychiques comme pour les symptômes somatiques.
Phénomènes psychiques. — Tout d’abord, le sens moral des neurasthéniques n’est pas altéré: ils ne commettent jamais ni les larcins ni les exhibilions qui signalent les autres malades à l'attention. Leur volonté n'existe pour ainsi dire plus, de sorte que la lecture, la conversation et, à plus forte raison, la décision, deviennent impossibles, alors que chez les paralytiques généraux la décision est extrêmement prompte, trop le plus souvent, puisqu'elle pousse ces malades à accomplir tous les actes quels qu'ils soient. Les neurasthéniques deviennent extrémement sensibles et émotifs, tandis que les brusques accès de colère des paralytiques ne sont ni raisonnés ni durables. Les premiers ne perdent jamais, au contraire, le souvenir des accès d'humeur dus à leur irritabilité et les modifications qu ils apportent à leur caractère s'ajoutent à la tristesse déjà existante. La méfiance qu'ils éprouvent leur parait toujours justifiée.
Et, puisqu'il s’agit beaucoup ici de mémoire, nous
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dirons qu'elle est troublée dans les deux cas, mais pas de la mème facon. Les souvenirs perdus par les neurasthéniques sont tout de détail: ils oublient les chiffres, les dates, les petits faits, mais l'ensemble de la mémoire est intact; les paralyliques généraux, au contraire, gardent des faits de minime importance, oubliant, par contre, les grands événements qui les touchent de près, fait à rapprocher de l’incohérence générale que présentent leurs fonctions intellectuelles.
Mais ce qui établit surtout la différence entre les deux affections, c’est, d’une part, l’optimisme, ou tout au moins l’insouciance de la majorité des futurs paralytiques, même en présence de symptômes inquiétants et, d'autre part, le pessimisme des neurasthéniques. Nous avons vu comment ceux-Gi interprétaient certains de leurs troubles, comment ils s’alarmaient de leur céphalée, de ce qu'ils appellent leur « amnésie », de leurs douleurs, de leurs troubles
k organiques et fonctionnels, alors que les autres malades n’en liennent aucun compte. Jamais un neurasthénique ne perd de vue sa spécilicité : il lui attribue tout, alors que
bien peu de syphilitiques ont dù se sentir envahis par la paralysie générale. Somme toute, s'il fallait résumer d’un mot les deux mentalités, on dirait: La neurasthénie enel traine des modifications profondes dans la pensée du ma- ‘ lade; la paralysie générale fait continuer en un réve heu-
reux la vie antérieure et l'exagère en tout vers le mieux..
Evolution. — Mèmes différences quand on envisage aussi l’évolution des deux affections. Le: neurasthénique a des périodes d’accalmie : il suffit d’une belle journée,
d'une nuit moins mauvaise, d'un calmant médicamenteux où physique tel que l'exercice modéré, l'hydrothérapie, un bon repas bien digéré, pour le faire revivre, oublier momentanément ses souffrances et le porter à lutter. Le raïisonnement, les nécessités de l'existence peuvent l’inciter à surmonter son asthénie.
Si, après l'amélioration que nous signalions chez les neurasthéniques, ceux-ci se laissent aller à nouveau, si la réapparition d’un symplôme momentanément oublié fait revenir la désespérance, c'est avec un redoublement de tristesse dont la plupart se plaignent sans cesse, ou à la suite duquel d’autres gardent un impénétrable mutisme, el il semble que le désespoir des malades soit d'autant plus grand que leur intellect a été plus développé antérieurement.
L'angoisse, qui ne traduit jamais autre chose que la peur, peut, dans ces cas, être aussi caractérisée que dans la mélancolie vraie ; il en est de même de la stupeur.
Si de tels symptômes existent dans la paralysie générale, ils font déjà partie de sa phase inconsciente ; le moral des malades n’en est pas autrement changé, tandis que leur disparition amène, chez le neurasthénique, un état de bien-
être conséculif, et de bienfaisante détente.
Passé des malades. — Si cerlaines différences s-observent dans l’évolution, il en est d’autres qui concernent le passé des malades. Il existe bien, pour la paralysie générale, une série de causes prédisposantes (nous les avons signalées dans la pathogénie de l'affection), mais
nous ne pensons pas qu'on puisse signaler de vérilables
causes occasionnelles. Un syphilitique devient paralytique général plutôt qu'un autre en raison des conditions de son existence antérieure, mais c’est toujours d’une façon lente el progressive.
Le professeur Raymond a insisté, dans de récentes communicalions à l’Académie de Médecine, sur le rôle de l'hérédité dans la genèse de la paralysie générale ; il à montré qu’elle « survenait d'habitude sur des terrains préparés par une moindre résistance du cortex cérébral ». Pour le professeur Joffroy, «le paralytique général vient au monde avec un mauvais axe cérébro-spinal » : Nocke est du même avis, puisqu il range les paralyliques généraux parmi les dégénérés; c'est également l'idée que le professeur Tanzi, de Florence, défend dans son 7raité des maladies mentales.
À vrai dire, les neurasthéniques présentent souvent les mêmes lares, mais on retrouve de plus en eux l'épine causale. Chez nos malades, c’est l’idée de syphilis qui domine loules les causes occasionnelles, qui est le facteur le plus puissant de l'épuisement nerveux. En venant se grefler, à la manière d’une émotion vive, d’un deuil, d’une déceplion, d'une mauvaise affaire, sur le terrain héréditairement préparé ou antérieurement déprimé, elle. va reten- Ur d'abord sur les centres cérébraux, puis sur le système nerveux (out entier. À l'encontre de ce qui se passe dans la neurasthénie banale au cours de laquelle s’effacent l’idée pénible et le trouble émotionnel qu'elle comporte, la crainte des accidents syphilitiques, créatrice de l'état morbide va persister. Elle restera concomitante de ce qu'elle
créé, de la dépression cérébrale, de la dyspepsie atonique,
de l'insomnie, de l’asthénie neuro-musculaire, et grâce à tous ces troubles, grâce à la dénutrition générale qui est leur conséquence, elle germera davantage, elle progressera encore.
Alors, des formes plus graves se constitueront : l'agitalion intérieure prolongée outre mesure, l'appréhension constante de ces individus extrèment déprimés se traduiront d'abord.par des crises d'anriété, qui deviendront, avec le temps, une prédisposition permanente, et la mélancolie sera conslituée, Dans ce cas, la douleur morale, tout en prenant corps davantage, fera perdre de vue au malade le point de départ causal, et plus rien ne différenciera cet élat des aulres lypémanties.
Ce qu'il faut également bien savoir, c'est que plus d'une - paralysie générale à débuté par des phénomènes neurasthéniques (Ballet) (1). Ces formes sont caractérisées par une période prodromique très longue, au cours de laquelle on constate du nervosisme, de l'irritabilité insolite en même temps que la préoccupation dominante de la santé, de Ta céphalée, mais au lieu de l’insomnie des neurasthéniques, de la somnolence très fréquente.
Outre cette différence, qui est capitale, l'évolution n'est pas la même: il se produit d’un moment à l'autre des modifications brusques : parfois « le paralytique oublie tout à coup ses douleurs, et cela, sous l'influence d'un incident,
d'une conversation qui l’intéresse ». Enfin, une observa-
(1) G. Ballet. Clin. de l'hôpital St Antoine. Période prodromique à forme neurasthénique de la paralysié générale. Sem. méd., 22 nov.
Mars Me
tion attentive et patiente pourra faire saisir des nuances
suffisant à démarquer les deux variétés d’affections.
| Nous venons de voir que la période de début de la para- , lysie générale différait, par certains signes, de l’envahissement neurasthénique, que l'examen clinique reste, au point de vue du diagnostic différentiel d'une extréme importance, puisque les symptômes de neurasthénie, « quand on les analyse à fond au lieu de les regarder en surface, sont, à tout prendre, très différents de ceux de la paralysie générale ». | Or, nous n'avons rien dit encore ni de l'examen des réflexes, ni de l'état des pupilles, ni du liquide céphalo-
rachidien.
Examen des réflexes. — Dans cinquante observa- Lions inédites, dont nous pourrions donner le détail, et qui portent sur 36 cas de paralysie générale au début chez des syphilitiques, et 14 de troubles mentaux survenus de cinq à douze ans après le chancre, voici les résultats que nous avons obtenus chez les 36 premiers malades :
12 d’entre eux présentaient de l'inégalité des réflexes patellaires et achilléens; ces réflexes, très exagérés d'un seul côté, droit ou gauche, n'étaient que très peu diminués de l'autre côté. Cette inégalité n’existait pas aux membres supérieurs, où l’exagéralion était notable des deux côtés ;
il en était de même du réflexe massétérin
12 présentaient des réflexes uniformément exagérés.
Il en était de même de 3 autres, chez qui se constatait de plus de la trépidation épileptoïde.
Enfin, 7 avaient à peu près perdu complètement leurs réflexes.
Le même examen, pratiqué chez les 14 autres malades, ne montra d’abord pas une seule fois l'inégalité des réflexes d'un côté par rapport à l’autre, non plus que des troubles du réflexe massétérin. Nous avons constaté 8 fois des réflexes normaux (patellaire, achilléen, membre supérieur), 4 fois de l’exagération et 2 fois de la diminution.
On voit donc que dans plus des quatre cinquièmes des cas de paralysies générales au début, nous avons trouvé de l’inégalité et surtout de l’exagération des réflexes, ce qui concorde pleinement avec des observations similaires, entre autres, de Gilles de la Tourette, Joffroy, Renaud, Briand, Autheaume et Trénel.
En effet, M. Renaud a pu relever l’exagération des réflexes dans 482 cas à leur début.
Pour M. Briand, voici comment se répartit l’altération des réflexes :
Réflexe rotulien : altéré, 84 fois sur 100 ; exagéré, 60, aboli, 24 ;
Réflexe des membres supérieurs : altéré, 82 fois sur 100; exagéré, 60 ; aboli, 22;
Réflexe cutané plantaire : altéré, 65 fois sur 100; exagéré, 30 : aboli, 35;
(1) 24 de ces malades, dûment suivis, sont tombés dans la démence paralytique, les autres n'ont pu être retrouvés.