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CHAPITRE VI

DiaghôStic différentiel dé la paralysie générale à la période d’état.

Début brusque par ictus. — Si la période d'état de là paralÿsie &énérale débute d'ühé façon brusque, par un ictis apopleétique où épileplique, le diâghostic causal de cél décident est d'ütié céflaitie délicätéssé chez les Syphilitiques.

Tout d’aboïd, rien d'empéche ces malades d'être des épileptiqués ël dé se présénlér pour la première fois à l'exaiëh après uné dtlaqué. Si le teimbs d'infection sÿphililiqué est suffisant, si l’oti considère les lroubles mentaux antérieurs révélés par l’interrogatoiré (éritabilité, défiance, altération progréssive dé l'intélligenéé), on peut avoir quélqué hésitation. Là encofe, il faut üne observation plus loigue pour rétontiaitre la Halure des troubles. En atlendätil, On peut së lier à l'exdiien des püpillés et des réflexes. 1 faut savoir égaleinetit, qu'au Moinent des iclus, la polijnucléose béut, daiis le liquide ééphalo-râchidien, rétiplacér la lydiphocylosé (1): tél est particulièrement

(1) Widal et Lemierre. Cytologie du liquide céphalo-rachidien au

cours des poussées congestives de la paralysie générale. Soc. méd. des hôpitaux, 9 juillet 1902.

La 7e

important puisque, dans l'épilepsie essentielle, le liquide céphalo-rachidien ne présente pas de lymphocytose.

De plus, MM. Ceni et Besta (1), étendant sur les paralytiques généraux les recherches que l’un d'eux a récemment effectuées sur les épileptiques, ont voulu voir si le sang possède, dans la méningo-encéphalite diffuse, des propriétés à la fois toxiques et curatives, analogues à celles que présente le sérum des épileptiques. IIS ont conclu que le sérum des paralytiques, inoculé aux animaux, se comporte comme du sérum humain normal et n'entraine pas lapparition de toxines spécifiques, à l'inverse de ce qui se passe avec le sérum des épileptiques. Ils font observer, en outre, que chez leurs malades le degré de réaction aux injections de sérum élait en raison inverse de laltération des conditions somatiques, d'où ils déduisent l'hypothèse que les Iésions de la méningo-encéphalite diffuse sont dues à un agent qui traduit essentiellement son influence en diminuant le pouvoir de réaction de l'économie à l'égard de certains principes loxiques d’origine organique, dont la nature n’est pas encore élucidée,

Enfin, ce diagnostic n’est pas dénué d’un certain intérêt, puisque MM. Charcot, Parinaud, Ballet et Blocq entre autres ont signalé au début de la paralysie générale des accès de migraine ophthalmique, el Von sait les connexions étroites qui unissent ce syndrome à l'épilepsie.

A côté de l’épilepsie essentielle, il faut surtout signaler les troubles convulsifs occasionnés par la syphilis. Ceuxci sont caractérisés par des attaques de petit ou de grand

(1) Rio. Sperim. di freniatr. e di med. leg., XXIX, 1-2. 2

mal, qui peuvent se répéter pendant un temps fort long, et sur lesquelles le traitement spécifique n’a aucune action. Or, si l'absence de troubles moteurs différencie cette épilepsie parasyphilitique de l’épilepsie essentielle, l'absence de #roubles intellectuels et la brusquerie de leur apparition distingue ces phénomènes convulsifs des ictus de la paralysie générale.

Le début par ictus peut surtout faire songer, chez les syphilitiques, aux localisations cérébrales de la syphilis terfaire.

Or, l'observation antérieure à la condition d'avoir été très minutieuse, a pu faire constater des prodromes bien différents. Tandis qu'il est classique de rencontrer ceux dont nous avons parlé au sujet des futurs paralytiques généraux, on ne trouve guère, chez les autres malades, de modifications psychiques. Ou bien les prodromes n’existent pas et le malade est frappé brusquement, ou bien ces prodromes sont dominés par des accès de céphalalqie surtout nocturne, accompagnés de vertiges et d’insomnie (syndrome de Pritchard).

Pour cet auteur, « les maux de lèle varient beaucoup à la fois comme localisation et comme intensité, sans que l’on puisse, le plus souvent, attribuer la moindre signilication diagnostique à l’une ou l’autre de ces particularités. La céphalée exaspérante, qui détermine une excitation quasi-maniaque ou des hallucinations, doit êtré tenue pour suspecte, mais elle milite en faveur de l'hypothèse d'une tumeur cérébrale tout comme en faveur de la syphilis. Le seul caractère réellement frappant, et presque constant, de la céphalée spécilique, est constitué par sa

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périodicité hoctürné ét à persistähce. Sur 160 malades, 141 avaient accusé dés maux de lèle plus où Moins persistänts, et chez 124 d'eñtre eux la céphäalalgié Survénait, par äccès, le soif ët äugiientail d'intensité péhdant la nil, pour cesser cotiplèléient vers 16 miatin. Lorsqu'elle est Slivie de paralysie cérébrale, cétté téphalée dispuratt invariablement, tout au moins pour quelque temps, bi sa réapharition doit étre considérée cohiné d'in prohostic fâcheur èt fatie craindre un Felour dffenstf du mal.

« Le vertige n'a d'importance que dans les cas où il ëst associé à 14 céphälée. Haäbitdellemieht, cést ün vertige « dé pôkilion », 4ggrävé par fout mouvement brüsqüe, coinine l'atlé de sè levèt où de S'arrèler pendant 14 märché. Îl peut aussi êtré provéqué 6u aggravé pär ünëé extitälioh, ainsi que pat l'ékposition à üñë chäleur excessive. En général, il ñe S'Accomipagne ni dé bourdonnéient d'oreilles, ni dé &ürdité, ni dé hauséé: parfois, il pêüt aboülir à üné pérlé molhehlanée de cotitidissanée.

«Le Soniniéil SUbit presque loujoutrs des troubles plus où moins profonds pendant la période de développéitient dé là Sÿphilis cérébrale. D'une Fiçoh générale, ün peut dire que plus le patieül est l&tihe, plis #fañde éstl4 tendärice à l'iisolihie, ét que plus il St vieux, plus Märquéé st la

Sütiholehce orbidé : at-deéssous de cinquätite aûs, l'ap=

pätilioi de linsotihie est une règle qui he souflié que

foël peu d'exceplions ; Au-delà de élhgtiante ais, c'est à

sointiolehte qui ést Häbiluelle. L'insomhié est habituélle=

méhl associée à des troubles môleurs où sensiuts, qu'elle

précède parfois: quänt à [4 Soihnolencé, elle présagerait

düelqjie troublé méhtal iniinent, H6taiithent la démence.

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Comme la céphalée, l'insomhie disparäatt après l'attaque de paralysie, et sa réapparition a la même signification fächeuse que le retour des maux dé téte. »

Nous n'avons tien relevé dé sembläble, üi surtott d'aussi précis daïs l'étude de lä périodé p'ôdromiqüe dés päralytiqués, qui soft frappés après dVoir présenté plutôt des troüblés psychiques.

Quant à la vraie céplialéé et aux hnévralgiés céphaliques, elles sont plus rares dans la paralysie générale, à moins que télle-ci ne soit compliquée de tabés (Patrick).

Après l'ictus, sans suites fréquentes chez les paralytiques, alors qü'il est suivi dans là syphilis cérébrale de tant de complications (symptômes en foyer, hémiplégié, troubles trophiques locaux; tels que ; hévrite optique dvec phénomènes inflammatoires très accusés ; phénomènes spasmodiques avec contraclture, exagération des réfléxes, trépidation spinale, anarthrie; troubles digestifs, respiratoires et cardiaques de la syphilis bulbo-pbrotuübérantielle); la mentalité se modifie dans les deux tas. Chez les syphilitiques cérébraux, on constate surtout de li dépression intéllectuelle avec dimiriution de la mémoire et engourdissement dé toutes les facultés psychiques: Quelquefois, à cette hébélude, s'ajoute une sorte de délire calme; hon systématisé, portant sur tous les détails de la vie et conduisant à üne inicohérence des paroles et des actes; nidis toujours Sur un fond domihañt d'ineptie où d'incapacité. Il y a souvent, sinon des idées fixes, du moins des sujets de prédilection auxquels le malade revient comme par une sorte d'obsession.

On a également observé les troübles psychiques plus

systématisés, affectant la forme de mélancolie ou d’hypocondrie.

D'autre part, à côté de ces formes lentes et dépressives, on peut rencontrer, en même temps alors qu'une invasion plus rapide, des troubles caractérisés par de l'excitation, de l’exaltation et du délire. Ils se rapprochent par bien des côtés de la période d'état de la paralysie générale,

que nous allons maintenant étudier.

Les troubles à la période d'état. — Cette période est constituée par l’exagéralion des signes prodromiques et l'adjonction de symptômes nouveaux: elle forme, à vrai dire, avec ses signes somaliques el psychiques, un ensemble beaucoup plus pathognomonique que la période d'invasion, et sur lequel nous ne saurions {rop nous étendre ici. Contentons-nous de signaler : l'embarras de la parole, le tremblement auquel sont liés en partie les troubles de l'écriture, Vaffaiblissement musculaire et les troubles oculo-pupillaires, tous Signes bien connus.

I faut y adjoindre des /roubles de la sensibilité, à propos desquels nous ne saurions mieux faire que rapporter les conclusions d'une étude très documentée qu'a récemment publiée Giachetli (1) sur ce sujet. Voici les résultats auxquels il est arrivé :

1, De tous les muscles de sensibilité (tactile, thermique,

stéréognostique, douloureuse), la seule qui se soit presque

(1) G. Giachetti. Contribution à l’étude de la sensibilité dans la paralysie générale progressive. Rivista di patologia nercosa e men- «le, décembre 1905, vol. X, fase. 12, p. 550-563.

QT

oujours montrée altérée (20 fois sur 23 cas) est la sensibilité à la douleur :

2° Cette sensibilité à la douleur est diminuée le plus souvent (15 fois sur 20). parlois jusqu'à l'abolition complète. Son augmentalion est plus rare (5 sur 20) et coïncide avec un état d'énervement el d’excitation générale des patients :

3° La sensibilité tacite subit une légère diminution qui u'est pas en rapport avec celle de la sensibilité à la douleur. Le sens stéréognostique est rarement troublé, la sensibilité thermique plus rarement encore :

4° Les altérations semblent plus fréquentes et plus intenses dans les périodes avancées de la maladie, sans préjuger de la question des symptômes précoces auxquels ne s'appliquent pas les présentes recherches ;

5° Les sensibilités olfactive, gustative el auditive sont très rarement altérées. Quant à la vue, dans 9 cas éxaminés, le champ visuel présenta un rétrécissement plus ou moins notable pour le blanc et pour les couleurs ;

6° Le sens musculaire est généralement respecté. Le sens de l'équilibre est presque toujours un peu troublé, comme l'ont noté la plupart des observateurs. La marche est fréquemment trébuchante, quoique l’ataxie, quand elle existe, soit légère :

7 Fréquemment il existe des douleurs rhumatismales, surtout articulaires ; mais les paresthésies sont rares.

Signalons encore les troubles réflexes et ceux des /onctions organiques, enfin et surtout, des roubles de l'intelligence et du moral.

Ces troubles, qui sont d'ordre démentiel et délirant, con-

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tinuent l'affaiblissement psychique esquissé au temps des prodromes. La mémoire, simplement paresseuse jusque-là. se supprime progressivement, non seulement pour les faits généraux, mais pour tout ce qui concerne le malade lui-même. L'allention en souffre, ainsi que le jwgement. Le caractère, l’affectivité s’altèrent de plus en plus. Le sens moral se perd également, et c’est à cette période qu'appartiennent les actes délictueux, toujours en opposition avec la conduite antérieure des malades, et qui ont valu à cette période la dénomination de période médicolégale (Legrand du Saulle).

Plusieurs choses dominent cet état ; c'est, outre la mul-

üplicité, la mobilité, l'incohérence, l’absurdité, la contra-

diction des caractères (Falret), ce fait que le malade « devient un tout autre personnage sans s'en apercevoir » (Schüle), et « surtout sans s’en émouvoir » (Dupré). L'état de conscience persiste, le malade se rend compte de la déchéance de ses facultés, mais il ne s’en préoccupe

pas. Aussi entre-t-il sans s’en apercevoir dans le délire qui.

va devenir constant. L'on sait tous les caractères du délire

expansif, Vexaltation de ces êtres qui se croient au sum-

mum de toutes choses et le disent avec une bizarrerie et

une richesse d'expressions si typiques.

À côté de cette première forme en existe une autre. dif-

férente, dépressive et comprenant: l’Aypocondrie, à laquelle

se ratlachent les idées de persécution et de négation, la manie, la mélancolie, enfin, le délire hallucinatoire, tous phénomènes suffisamment caractéristiques pour constituer

un ensemble qu'on a dénommé la Jolie paralytique (Baillarger). - -

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En même temps s'accentue la déchéance physique : les tremblements sont remplacés par de véritables spasmes, gênant la marehe, empêchant la continuation de toute profession manuelle et troublant surtout l'écriture, entrainant le désordre et l'imperfection des signes graphiques.

La parole subil aussi de profondes modifications (dyslogies, dysphasies, dysarthries, phénomènes dus en partie à la « glosso-atoxie » (Gallopain).

Aux troubles pupillaires que nous avons signalés succédent, d'une façon constante, le signe d'Argylt-Robertson, et plus tard, l'ophtalmoplégie interne totale.

Les réfleres s'abolissent ; on trouve des zones de plus en plus étendues d'hypoesthésie où d'anesthésie.

Les sensibilités spéciales s’affaiblissent : l'anosmie , l’agueuse, l’hypoacousie s’observent habituellement.

L'’amaigrissement général débute par des amyatrophies, - mais il n’est pas rare de constater de la lipomatose plus ou moins diffuse.

Les sécrétions peuvent subir de grandes variations: elles sont, en général, augmentées dans les formes expansives, et diminuées dans les formes dépressives. M. Marandon de Montyel a spécialement étudié ces hypersécrétions multiples. M. Rouillard a noté la glycosurie, et M. Chéron, la peptonurie.

De même, dans les formes expansives, l'appélit, très exagéré, peut se traduire par une véritable gloutonnerie ; dans les autres, au contraire, l’anorexie et parfais la sitiophobie daminent, compliquées d'état saburral, de fétidité de l'haleine et de constipation. L'inipuissance est absolue malgré l’ératisme et le priapisme si fréquents.

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Enfin, la dénutrition amène des modifications profondes de l'état général, la fonte paralytique a lieu et, liée qu’elle est aux troubles démentiels progressifs, elle entraine la cachexie, le gâtisme, et, avec l’impotence des membres inférieurs, le confinement au lit. La mort survient habituellement trois ans après le début des premiers symptèmes.

En général, dès qu’on est entré dans la période d’état de la paralysie, le diagnostic s'impose aisément chez un syphilitique, d'autant plus que l'association des signes somatiques aux troubles psychiques constituera toujours l’argument majeur du diagnostic.

Ici encore, nous ne considérerons que les troubles psychiques.

Neurasthénie. — La neurasthénie, que nous avons pu, avec lant de raison, opposer à la période prodromique, doit maintenant beaucoup moins rester en parallèle, surtout si elle ne va pas jusqu'aux formes intenses et vraiment redoutables qu'elle prend parfois.

Ce qui nous a tout d’abord frappé, dans l'évolution progressive de la paralysie générale, c'est l'apathie des malades. Les neurasthéniques changent eux aussi, quand leur affection s'aggrave, mais ils en ont nettement conscience el c'est même-là la raison de leur tristesse. [ls perdent de plus en plus confiance en eux-mêmes, et se voient à jamais perdus.

Quand il s’agit de formes mélancoliques chez les paralytiques généraux, leur évolution est dominée par la mobi-

lité el l'incohérence que nous avons signalées. Il est rare

dans ces cas qu'un paralytique se suicide ; au contraire, le neurasthénique arrivé à ce degré accuse dans ses préoccupations une remarquable constance, et beaucoup se sont suicidés en déclarant ne pouvoir survivre «aux inquiétudes qui leur rongent le cœur, et aux malheurs de tout genre qui vont fondre sur eux » (A. Fournier).

Toutes leurs obsessions sont parfaitement conscientes. On a relevé chez eux l’agoraphie, la claustrophobie, les topoalqies (Blocq), que les malades assimilent aux douleurs fulgurantes, des obsessions dentaires (Galippe), et une foule d'algies psychiques (Huchard).

Dans tous ces symptômes, absolument inconnus dans la paralysie générale, dont ils s’éloignent en raison du /ond différent de la mentalité des malades, on retrouve avec une origine émolionnelle, lirrésisüibilité de l'idée parfaitement consciente cependant. EL si le sentiment de malaise qui accompagne ces sortes d'accès peut aller jusqu'à l'angoisse, dès qu'ils sont terminés, que le raisonnement ou la persuasion ont pris le déssus, les malades éprouvent un bienêtre des plus agréables et se rentlent compte de l’inanité de leurs craintes.

Or, au grand jamais, l'analyse la plus fine n'a pu faire constater de semblables choses chez les paralytiques géné-

raux.

Formes mélancolique et maniaque de la neurasthénie. — Cependant, comme il n'y a parfois qu'une question de degré entre la mélancolie et certaines formes graves de neurasthénie, celle-ci peut encore se rapprocher de la paralysie générale. C'est d'autant plus possible,

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qu'actuellement la mélancolie, comme la manie, dites essentielles, ne sont plus considérées comme des entités morbides, et que, par ces mots, on désigne certains états syndromiques pouvant toujours être-rattachés à la neurasthénie grave, aux folies toxi-infectieuses, à la paralysie générale, à la démence précoce, etc.

Or, dans ces cas, la neurasthénie se distingue davantage encore de la paralysie générale, même si celle-ci présente les allures les plus mélancoliques.

Ici il ne saurait, en effet, exister de véritable douleur morale ; les troubles respiratoires ne sont pas en rapport avec les préoccupations ; les idées hypocondriaques exprimées n'ont aucun rapport avec les troubles éprouvés, puisqu'il s’agit de choses absurdes où démontrées telles par les faits el gestes du malade lui-même ; somme toute, si les signes somatiques concomitants, si l'examen clinique complet n'étaient pas là pour mettre sur la voie du diagnostice, on trouverait encore aux deux affections une allure psychique suffisamment différenciée pour ne pas les confondre l’une avec l'autre.

Quant aux éfals maniaques des paralytiques généraux, ils se traduisent par une excitation générale à laquelle appartiennent les formes les plus caractéristiques du délire des grandeurs, el surlout la tendance aux actes absurdes et délictueux, le tout dominé par une mobilité et une incobérence sur lesquelles on peut toujours insister quand il s'agit de différencier certaines formes de la paralysie générale d'états similaires.

Au contraire, les accès maniaques des neurästhéniques se produisent toujours sous la mème influence : les ins-

tincts et les sentiments de ces malades, tout en étant profondément troublés, ne sont pas pervertis comme chez les paralytiques généraux. Le raisonnement, la causerie avec le médecin réussit pour un temps à les convaincre, on sait avec quelle difficulté toutefois.

Et à ce dernier point de vue, rien n’est plus instructif que de rapprocher les formes mélancoliques, hypocondriaques ebmaniaques de la paralysie générale de formes superposables observées chez les neurasthéniques. Bien entendu, nous ne faisons pas allusion aux périodes avancées de la paralysie générale, puisque toute faculté de logique et même de réflexion a disparu, mais au moment où une conversation suivie est encore possible. Quand un paraly- - tique général ébauche ses idées de négation de personnalité ou d'organes, par exemple, et qu’on veut le convaincre de leur absurdité, le résultat parait être obtenu aux premières paroles, el le malade est le premier à rire de pensées qu'il exprimera cependant avec la même véhémence et la même constance quelques heures ou quelques jours après. Que sont les idées hypocondriaques de paralytiques généraux prétendant qu'ils n’ont plus d'organes, plus de sang, que leur tube digestif est obstrué, qu'ils sont des « morts-vivants » en putréfaction... que sont leurs hallucinations visuelles, gustatives, psychomotrices, leurs obsessions, leurs phobies, tout ce chaos d’incohérences, à côté par exemple de la redoutable syphilophobie de nos malades arrivés à une période avancée de leurs troubles mentaux ?

Cette phobie constitue tout un raisonnement tenace et

constant à tous les points de vue, capable par là même de

us,

bac

« compliquer la scène morbide et d'en exagérer le pronostic ; cela, en raison même de Fanxiété morale permanente qu'une telle vésanie inflige au patient et de la réaction dépressive qu'elle ne manque guère d'exercer sur l'économie » (A. Fournier).

Ce n’est donc pas autant de la neurasthénie à formes mélancolique ou maniaque que de la manie ou de la mélancolie dites essentielles que la paralysie générale se rapproche le plus.

Il nous a été donné d'observer un cas de mélancolie vraie qui s'en rapprochait par cerlains côtés: voici, en

effet, le résumé de l'observation :

OBSERVATION (personnelle).

MX #o2ans.

Parents arthritiques.

Ne présente aucune affection à signaler dans sa jeunesse, vie sédentaire, sans exercice, sans vacances.

Surmenage général jusqu’à ce moment.

A 28 ans, contracte la Ssyphilis, qu’il soigne rigoureusement, par des pilules et de l'iodure de potassium ; pas d'accidents.

Se marie à 33 ans, ne Contamine pas sa femme, qui n a pas de fausses-couches. Trois enfants naissent, parfaitement sains etencore bien portants à l'heure actuelle.

Le surmenage continue (travail, vie intensive), le malade prend une maîtresse dont il devient éperdument ‘amoureux, mais qui, deux ans après, le quitte brusquement pour se marier. Le malade a alors 53 ans ; sa syphilis date de 22 ans.

La mélancolie l’envahit: insomnie, anorexie, aboulie, crises

EU

de désespoir, idées de suicide, déchéance générale, amnésie, anxiété, troubles vésicaux... É

La syphilis à laquelle notre sujet ne pénsait plus depuis des années revient le hanter. [l est persuadé qu'il commence un tabes ou des accidents cérébraux. et se fait faire une série de huit injections de calomel à une semaine d'intervalle.

Quand nous voyons le malade pour la première fois, nous sommes frappé de sa déchéance, nous avons la confidence de certains actes accomplis de façon assez bizarre, la syphilis antérieure, iés modifications du caractère (égotisme), et le trouble général aidant, nous songerions volontiers à la paralysie générale.

Mais un examen un peu long nous permet d'éloigner cette idée Les réflexes et l’état des pupilles ne sont pas modifiés, la lvmphocytose n'existe pas... enfin, un traitement général tonique fit tout rentrer dans l'ordre progressivement, et nous avons eu la sensation absolue d’assister à l’évolution d’une maladie’

aiguë guérissant bien.

La syphilis n'étail pour rien dans létiologie de celte mélancolie : elle est revenue s'ajouter à litre de cause morale occasionnelle. |

Elle existait néanmoins dans le passé du malade, mais il nous a été donné d'observer un cas à peu près analogue où l'idée de syphilis naquit d'elle-même, sans que celle maladie ail jamais existé, el lon eut bien du mal à em-

pêcher le malade de se gorger de mercure el d'iodure.

Hystérie. — Nous avons vu précédemment de quelle facon la syphilis pouvait réveiller l'hystérie, el consliluer, chez certains individus, tout ensemble de symptômes physiques dont les principaux sont les hé ‘nianesthésies

sensilives et sensorielles, et des paralysies diverses (mo-

noplégies, hémiplégies, paraplégies, elc.). Ghez les mêmes malades, se crée en même temps un é{al mental particulier caractérisé par des modifications du caractère et de l'état moral, par une mobilité d'impressions toute particulière, par des bizarreries, des alternatives de gaité et de dépression, des emportements, des colères, un certain degré d’apathie intellectuelle, et surtout une «suggestibilité singulière » sur laquelle nous n'avons pas à insister.

Aun degré plus avancé, les malades deviennent des agités, des excités, incapables d'exercer leur profession, « d’un élat d'esprit extrèmement inégal, bizarres de tenue, de propos et d'action.

Ils sont pris parfois de véritables crises d'obnubilation mentale, au cours desquelles ils ne savent plus ce qu'ils font, ne sont plus maitres d'eux, ne se rendent qu'un compte très imparfait de.ce qu'ils disent, de ce qui se passe

sous leurs yeux, etc.» (A. Fournier).

On voit donc, par l'exposé de ces symptômes, que lhys-

térie et la paralysie générale se rapprochent par plus d’un côté. Il n’est pas jusqu'aux troubles de la parole et au tremblement qui ne peuvent être communs aux deux affections (Ballet et Blocq). M. Guillain a signalé chez les hystériques un bégaiement dont la constatation peut encore égarer le diagnostic.

I faut donc loujours, en présence de ces cas complexes, recourir à l'examen des organes et se fier aux signes physi-

ques qui, eux, sont différents. Aux troubles réflexes et

pupillaires, à la lymphocytose céphalo-rachidienne doivent.

être opposés les stigmates de la névrose, le rétrécissement

du champ visuel, les troubles sensitifs, sensoriels et mo-

Ur

LE Rens

teurs; enfin, à un point de vue plus psychique, il n’est pas superîlu de dire que les hystériques sentent venir leurs crises, qu'ils en ont nettement conscience, et gardent à ce moment la notion d’un changement de leur personnalité.

Parfois, « l'hystérie peut s'associer à la paralysie générale; ces cas résultent de l'apparition d'accidents hystériques chez des paralytiques généraux confirmés ou du développement de la paralysie chez des hystériques. Dans le premier cas, on observerait, d’après Régis (1), une heureuse modification dans les allures et la forme de la paralysie générale, « dont l’évolution devient rémittente et la durée plus longue. » (E. Dupré).

C’est ainsi qu'on a pu rapporter à l'hystérie certains ictus du début de la paralysie générale.

Enfin, des cas de simulation hystérique de cette affection ont été signalés (Drouet),

Nous ne pouvons insister sur ce fait que la paralysie

générale peut ressembler dans plusieurs de ses formes à des psychoses, qui, parfaitement indépendantes de la syphilis acquise, se rencontrent cependant chez des syphilitiques avérés. Ce serait passer en revue toute la pathologie mentale. Nous ne saurions davantage nous étendre

sur les différences qu'il y aurait à signaler entre la para-

(1) Régis. Note sur les rapports de la paralysie générale et de l'hystérie. Gas. méd. de Parts, 1882.

lysie générale vraie, et les pseudo-paralysies générales toxi-infectieuses survenant également chez les syphilitiques.

Nous avons hâte d'arriver à un parallèle beaucoup plus rationnel, eu égard au sujet que nous lraitons, entre des conséquences absolument directes de la syphilis acquise ; nous voulons parler de la paralysie générale vraie, d'une part, et d'autre partde la pseudo-paralysie générale syphililique.

Pseudo-paralysie générale syphilitique. — Ici

comme lors de l'étude de la neurasthénie, nous ne devons signaler les troubles concomitants de la période secondaire mis suivant les auteurs sur le compte de lintoxication, de la fièvre, de l'anémie, que pour montrer de quelle façon ils sont capables de préparer des troubles plus tardifs.

Le professeur Fournier à spécialement étudié ceux-ci sous le nom de forme mentale de la syphilis cérébrale.

Ce qui domine alors est, dans la /orme dépressive de Fournier, un élat de dépression mélancolique, avec lorpeur, hébélude, incohérence des idées et désordre des actes. L’humeur est instable, le moral affaissé, les sentiments affectifs éleints. Les sujets deviennent en/antins, indifférents à l'égard de leurs proches, quand ils ne les prennent pas en aversion. Ils perdent la notion des conventions sociales, el «à un degré plus avancé, ils refusent de S'alimenter, ou bien ils commettent des actes bizarres, indélicats où immoraux, qui contrastent avec leurs habitudes antécédentes et les exposent à des poursuites judiciaires. » (Raymond)

Il faut encore signaler « l’amnésie plus ou moins marquée et parfois élective dans ses lacunes, le trouble profond de l'association des idées et du jugement, le changement rapide du caractère, l'altération de la. personnalité, qui indiquent la diminution progressive manifeste de l'intelligence et témoignent de la nature démentielle du processus encéphalopathique » (E. Dupré).

Dans la forme expansive, ce qui frappe, c'est un état maniaque avec excitation automalique, incohérente et actes violents. En même temps, peuvent exister des phénomènes d'anémie, de la céphalée persistante, et même de la paralysie dans la sphère des nerfs craniens, se traduisant par du ptosis ou du sérabisme.

Or, à l'encontre de ce qui existe dans la paralysie générale vraie, quelle que soit l'une de ces deux formes, une torpeur caractéristique se joint à l'état vésanique, impri-

-mant aux malades un cachet d’hébétude caractéristique. « Souvent même, le trouble psychique se borne à peu près à cette obtusion caractérisée par une espèce de stupidité extérieure avec perte apparente des idées, des souvenirs et des sentiments, et qui mériterait, par son importance el sa fréquence, de constituer une troisième forme de syphilis mentale sous le nom de forme pseudo-démente ou lorpide » (E. Régis).

Il ne faut pas oublier que ce que l'on a décrit ainsi sous le nom de folie syphilitique, n’est pas autre chose qu'un ensemble de troubles psychiques qui n’est que la conséquence de l'envahissement de l’encéphale par des accidents

tertiaires, entre autres : les noyaux gommeux paren-

chymateux, corticaux ou centraux, la méningite gom-

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