‹ Paralysie vaso-motrice des extrémités ou érythromélalgieChapitre 2 sur 7 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Joseph Moody, âgé de 29 ans. Ce malade fut reçu au Royal Free Hospital, en décembre 1878, avec les symptômes d’un trouble vaso-moteur particulier à la jambe droite.

On ne trouve pas d’antécédents héréditaires se rapportant à son cas. Son père et sa mère sont vivants, mais son père n'est pas bien portant.

Un frère mourut idiot à l’asile d'Earslwood. Il ne connaît dans sa famille aucune histoire de goutte, de phthisie ou de névroses, si ce n'est le cas d’imbécillité que nous venons de mentionner. Il est marié, père de deux enfants ; un autre enfant est mort de convulsions. Sa femme n'a jamais fait de fausses couches. Il a toujours joui d’une bonne santé jusqu’à la maladie actuelle. 11 a eu une blennorrhagie mais semble n’avoir jamais eu la syphilis. 11 a toujours été sobre et depuis quelques années n’a jamais fait aucun excès.-

Son affection présente a commencé il y a environ quatre ans et demi. Neuf mois à peu près avant le début bien défini il eut une attaque de douleur et de gonflement dans le gros orteil droit, survenant graduellement pendant une semaine, s’augmentant par la marche et s’accompagnant d’un peu de rougeur. Le repos et l’application d’un onguent le guérirent en quelques semaines. Il resta alors libre de toute espèce de troubles pendant quelques mois, au bout desquels il commença à ressentir une sensation de chaleur irritante dans le gros orteil, chaleur qui survenait lorsqu’il commençait à marcher. Cette sensation s’accompagnait d’un peu de gonflement de l’orteil. Il ne l’éprouvait nullement lorsqu’il était couché pendant la nuit. Peu de temps après la sensation de chaleur pendant l’exercice s’étendit sur le pied tout entier qui devint enflé, écarlate et chaud au toucher. Toutes les fois qu’il marchait il ressentait dans le pied une chaleur subjective si intense qu’il lui semblait marcher dans de Veau bouillante. Toutefois, pendant un temps fort long, cette affection ne l’empêchait pas de travailler, et même de se tenir debout sur sa jambe, pendant douze ou quatorze heures par jour. Il n’y avait pas d’autre troubles, d’autre douleur que cette brûlure. Le pied était si chaud, à la fois objectivement et subjectivement, que même par les températures les plus froides il lui était impossible de supporter une chaussette et qu’il marchait le pied nu dans sa bottine.

Il avait toujours travaillé à la mer comme pécheur ou matelot sur des yachts de plaisance ; aussi, comme tous les autres marins, avait-il l’habitude de rester les pieds nus dans l’eau de mer et d’y travailler pendant plusieurs heures de suite, à toutes les saisons de l’année. Souvent aux époques rigoureuses de l’année il avait eu les pieds constamment froids pendant des mois presque entiers, et ceux-ci ont été fréquemment si engourdis par le froid qu’il ne les sentait plus du tout. Dans ces circonstances la réaction fit souvent rougir ses pieds, mais il ne pense pas que ce fût d’une manière plus marquée qu’il n’est naturel.

Graduellement la tendance à la rougeur et au gonflement s’étendirent jusqu’à mi-chemin du genou et la condition du pied lorsqu’il marchait devint si insupportable qu’il fut obligé, environ dix-huit mois après la première attaque, d’abandonner tout travail. Le pied restait toujours à l’abri de tout trouble tant qu’il se reposait, mais la congestion se montrait presque aussitôt qu’il se tenait debout sur ses jambes ou qu’il plaçait son pied près du feu.

Six mois avant de quitter son travail, alors qu’il se servait encore de sa jambe droite presque aussi bien que de la gauche, il remarqua que le mollet droit était décidément plus petit que le gauche, et depuis cette époque la différence entre les deux jambes n’a fait qu’augmenter.

11 y a environ deux ans et demi un médecin qu’il avait consulté, pensant que la cause de l’affection était dans le gros orteil qui, d’après lui, aurait contenu quelque fragment d’os nécrosé, amputa cet orteil . Plus tard le malade

apprit que l’on n’avait pas trouvé d’os nécrosé. La plaie devint très enflammée et fut longtemps à se cicatriser. Depuis cette époque l’état du pied fut pire qu’ auparavant, la rougeur et la chaleur s’étendirent à la cuisse et jusqu’à la fesse. Quelquefois l’attaque commence dans le pied et s’étend par en haut, d’autre fois elle commence par la fesse ou le genou et s'étend vers la partie inférieure. Il ne passe pas une journée sans avoir d’attaque, et celle-ci vient maintenant aussi bien la nuit que le jour, même lorsqu’il ne laisse pas pendre son pied, et dure pendant des heures entières à chaque fois. Dans l’intervalle des attaques le pied est très froid objectivement et subjectivement.

Pendant les quelques derniers mois il a commencé à ressentir des attaques de chaleur dans le pied gauche et la jambe du même côté. Cette sensation est accompagnée de rougeur et d’un peu de gonflement, mais beaucoup moins étendus qu’à la jambe droite.

Elle survient généralement un peu avant l’attaque de la jambe droite et ne dure pas à beaucoup près aussi longtemps que cette dernière. Il trouve que toute excitation amène une attaque très sévère; enfin il pense que sa jambe est beaucoup mieux lorsqu’il a une quantité suffisante de nourriture fortifiante.

Dans les intervalles qui séparent les attaques, le pied droit offre le même volume que le gauche. Les tendons sont bien marqués sur le dos du pied avec de petites dépressions bien nettes entre chacun d’eux ; la peau quoique un peau rouge d’une façon permanente est ridée comme sur un pied sain. Le pied est ordinairement très froid à la main, mais lorsque l’attaque arrive il devient rapidement très chaud, en commençant par la cicatrice de son amputation; les dépressions qui séparent les tendons s’effacent et la peau devient tendue et unie.

Température comparative. — Une série d’observations faites avec le thermomètre à surface de Steward donna les résultats suivants :

Pied droit. — Durant les attaques, la température du pied varie de 91 à 94 degrés F. ^32, 7 à 34,4 C.), la température du dos du pied étant toujours un peu inférieure à celle de la plante (1° à 1 1/2 F. = 0,45 à 0,6 ou 0,7 C.). Dans l’intervalle des attaques la température du pied était toujours trop basse pour être enregistrée par le thermomètre qui n’était pas gradué pour des températures au dessous de 75° F. (24° C.).

Pied gauche. — Après que le malade était resté quelque temps auprès du feu et que son pied commençait à ressentir une bonne chaleur sans avoir été exposé au rayonnement direct du foyer, le pied donnait une température de 90,4 F. (32,4 C.) et une autre fois de 83° F. (28,3 C.).

Dans une autre circonstance, alors qu’il éprouvait dans le pied gauche une légère sensation de brûlure la température fut trouvée de 91.5 F. (33° G.).

Lorsqu’il avait parcouru une certaine distance dans la rue, ce qui pro-

duisait une forte sensation de brûlure dans le pied droit, le thermomètre marquait 96,8 F. (36°).

Il y a une atrophie excessivement marquée des muscles de la jambe droite ainsi qu’il résulte des mensurations suivantes :

Droite. Gauche.

Circonférence au milieu

de la cuisse 14 1/4 pouces =0m, 384. 16 1/2 pouces = 0m, 445

Circonférence maxima du

mollet 9 3/4 pouces = 0m,263. 11 pouces = 0m,297

Il y a une augmentation marquée de l’excitabilité réflexe dans les muscles de la jambe droite : ainsi lorsque la plante du pied est légèrement piquée il se produit une flexion du pied beaucoup plus accusée qu’à gauche dans les mêmes circonstances. Lorsqu’on place la main derrière la tête du tibia et qu’on suspend la jambe de cette façon, il se produit un spasme clonique du membre assez léger.

Toutefois il n’y a pas d’augmentation apparente dans le réflexe tendineux du ligament rotulien.

Une investigation minutieuse des muscles de la jambe droite permit de

I constater qu’ils avaient subi une modification appréciable dans leurs réactions électriques. Avec le courant induit, lorsque les rhéophores étaient placés sur les muscles eux-mêmes, on observait une diminution très marquée de l’irritabilité s’élevant jusqu’à quatre ou cinq divisions de la règle de la batterie de Stôhrer. Le même phénomène se montre pour tous les muscles de la jambe.

Si les rhéophores sont placés sur les troncs nerveux, la diminution es beaucoup moins marquée et ne s’élève pas à plus de 1 à 2 1/2 division de la règle.

Avec l’électricité voltaïque on obtint un résultat analogue. Lorsque les rhéophores étaient placés sur les muscles du côté droit, aucune réaction n’était produite par un fort courant de 20 éléments (Stôhrer). Lorsque les muscles du côté gauche étaient traités de la même façon, la contraction était produite par 8 éléments.

Lorsque les rhéophores étaient placés sur les troncs nerveux la contraction était produite à droite par 8 éléments, à gauche par 6 seulement.

La sensibilité générale, la sensibilité à la chaleur et au froid, le sens musculaire étaient presque absolument intacts.

Cette observation de M. Sturge nous semble fort instructive au point de vue de la symptomatologie des accidents, de leur marche, de leur extension. Nous appellerons l’atten-

tion sur ce fait que le malade avait été amputé d'un orteil le chirurgien ayant cru avoir affaire à une nécrose d’une phalange : il est à remarquer que la congestion et le gonflement commençaient au niveau de la cicatrice résultant de cette opération.

Les observations thermométriques sont également très intéressantes à notre point de vue, et il en est de même des réactions électriques que Sturge a étudiées avec grand soin et qui semblent indiquer fort nettement que l’atrophie des muscles dépendait d’une cause locale plutôt que d’une cause spinale.

Dans la discussion qui suivit la lecture de cette observation àla Société clinique de Londres, M. Stephen Mackensie dit avoir observé un cas que l’on pourrait peut-être rapprocher des cas plus graves dont nous avons rapporté deux exemples d’après W. Mitchell. Il s’agissait d’un conducteur de machines que son travail même exposait à de grandes variations de température : ses pieds étaient toujours glacés, tandis que les cuisses et l’abdomen étaient continuellement exposés à une chaleur intense. Depuis deux ans et demi ce malade souffrait dans les pieds pendant la marche et cette douleur avait augmenté au point de l’empêcher de marcher ou de se tenir debout pendant plus d’une demi-heure par jour. Il était forcé de rester au repos en maintenant ses pieds élevés, les muscles étaient amaigris, mais le réflexe patellaire n’était aucunement aboli. La seule différence qu’il y eut consistait dans le peu de rougeur que prenait la peau dans la position debout, bien que les veines fussent considérablement gonflées.

M. le professeur Vulpian a rapporté dans ses leçons sur les vaso-moteurs un cas qu’il avait observé avec M. Alphonse Guérin et qui, malgré sa brièveté, est un bon exemple de

cette dilatation des vaisseaux des extrémités, de la douleur et de la congestion qui l’accompagnent.

Observation VI.

Il s’agissait d’une femme âgée de 35 à 40 ans environ, névropathique, qu était tourmentée depuis plus d’un an, d’une façon très pénible, par des accès de chaleur douloureuse se produisant dans les quatre membres, i mais surtout dans les jambes et les pieds. Ces accès avaient lieu tous les i jours sans régularité périodique : les pieds et la partie inférieure des i jambes se congestionnaient alors; la peau y devenait rouge sombre et très -i chaude ; les artères pédieuses dont on sentait assez difficilement le pouls dans l’intervalle des accès battaient avec force et paraissaient dilatées. Il V avait en même temps un sentiment d’engourdissement très douloureux et : la marche, exaspérant ces troubles morbides, était impossible.

La malade ne trouvait de soulagement qu’en plongeant ses pieds et la i partie inférieure de ses jambes dans l’eau froide. Diverses médications (entre autres le bromure de potassium, le seigle ergoté, les courants gali: vaniques continus) ont été employées pour chercher à améliorer l’état de U cette malade, mais elle n’ont eu aucun succès.

Dans ce cas les accès de congestion douloureuse des quatre extrémités n’étaient jamais précédés par une période d’anémie. On pouvait cependant t compaver les phénomènes qui se manifestaient à ceux qui succèdent à l’état i exsangue lorsque les doigts sont frappés d’onglée.

Il faut rapprocher de ce fait l’observation recueillie par M. Sigerson à la policlinique de Duchenne (de Boulogne) et que nous reproduisons ici telle que nous la trouvons dans le Progrès médical de 1874.

Observation VII.

C.,., âgé de 50 ans, a été ébarbeur de cuivre. C'est un homme très vigoureux, au teint coloré, jouissant d’une bonne santé. Il n’a pas eu de coliques, üe toux, ui aucun des symptômes qu’on attribue ordinairement à l'influence

du cuivre, pas plus du côté du cœur que du côté des voies digestives et respiratoires. Aux mains on ne remarque que les traces d’un panaris ancien à l’indicateur gauche. Il venait réclamer des soins pour cause d’impuissance, c’était la seule chose dont il se fut plaint au commencement ; mais on n’a pas tardé à s’apercevoir de plusieurs autres accidents dont quelques-uns remontaient à une distance de plusieurs années. En l’interrogeant avec soin, voici les faits qu’on a constatés :

En 1872, il s’est aperçu d’une faiblesse aux bras et aux jambes, mais surtout aux genoux. Cependant cette sensation ne s’était pas localisée et n’était pas constante ; elle lui semblait parcourir les membres. En 1873, il l’a sentie surtout au genou gauche. Ce malaise qui ne lui causait aucune douleur et qui était passager, paraissait monter le long de la jambe depuis le mollet jusqu’à la cuisse ; et, ce qui prouve que ce n’était point une sensation purement subjective, c’est que la faiblesse de la jambe devenait telle qu’il lui fallait s’asseoir. Toutefois, il se remettait en quelques minutes et pouvait travailler comme auparavant. Pendant la marche, point d’aggravation. Au contraire, la promenade lui faisait du bien, et après avoir marché au pas gymnastique pendant une demi-heure il éprouvait une sensation de bien-être très prononcée.

Comme on le voit, ces troubles étaient intermittents et revenaient par accès. En janvier, il a été frappé aux quatre membres, mais la sensation de faiblesse se montait surtout au bras gauche et à la jambe droite. Tandis que d’abord il ne pouvait soulever plus de 1 kilogramme lorsque le malaise s’aggravait, il ne pouvait même tenir l’avant-bras fléchi sur le bras. Bien qu'il conservât toujours le pouvoir de le fléchir, il ne pouvait pas le garder dans cette position au bout de quelques secondes l'avant-bras retombait par son propre poids. Pendant que durait cette faiblesse, il accusait au dynamomètre de M. Duchenne (de Boulogne) une force moyenne aux mains de 43 kilogrammes.

La couleur des mains était devenue rouge, et cette coloration remontait le long de l’avant-bras. Ajoutons d’ailleurs que malgré les troubles que présentait la circulation, il n’existait aucun symptôme pouvant se rattacher à la sclérodermie.

Le malade accusait une sensation de grande chaleur, et cette augmentation de la température était d’ailleurs perceptible à tous ceux qui lui touchaient les mains. Fait très remarquable, la sensibilité s’était augmentée d’une manière telle que tout ce qu’il touchait, ses outils, le bois, le papier, lui paraissait glacial. Il éprouvait dés fourmillements à l’avant-bras qui augmentaient encore lorsqu’il se frottait les mains en les lavant. La chaleur aggravait ces symptômes et le froid les faisait diminuer, ce qu’il observait facilement en se lavant les mains avec de l’eau froide ou chaude.

Quant aux membres inférieurs ils offraient d’autres phénomènes. Il y avait bien de la faiblesse, comme il a été dit, mais ici elle se montrait

sous forme croisée à la jambe droite. A la place de l’hyperesthésie qu’on

rencontrait aux mains, il y avait au pied droit obnubilation très notable de la sensibilité, de sorte qu’il ne sentait pas bien le sol en marchant. Le pied lui semblait endormi, il y avait des fourmillements légers à la jambe droite et très peu à la jambe gauche. L’hyperthermie ne s’y montrait pas non plus. Bien que la température de la plante des pieds lui parût normale pendant la journée, on remarquait que lorsqu’il était couché et pendant la nuit 1 cette région donnait au contact la sensation d’un froid glacial.

Aux lombes, il avait éprouvé une démangeaison très vive comme s’il eût été frappé par des orties. Ce fait n’était pas constant, il ne s’est présenté que cinq ou six fois en tout, et alors seulement le matin ou le soir, lorsque le malade s’habillait ou se déshabillait, phénomènes qui se retrouvent quelquefois chez les sujets atteints d’urticaire. Au reste, on n’a point reni contré chez lui de plaques saillantes à la peau. Il est fort remarquable que i dans les moments où cette démangeaison se déclarait, le malade constatait que les fourmillements disparaissaient aux membres supérieurs.

Comme il y avait lieu de soupçonner l’existence de troubles oculaires, j on interrogea ses souvenirs et on trouva qu’il avait observé comme un brouillard devant les yeux, surtout le soir. Enfin, ce trouble était arrivé à 1 tel point, au mois de janvier 1874, qu'il ne pouvait plus lire. A l’œil gauche,

. on voyait un ptérvgion inoffensif. A l’ophthalmoscope, M. le Dr Panas con- I stata que le fond de l’œil droit était normal, tandis qu’il y avait excavation i pathologique très marquée de la papille de l’œil gauche, dont le fond était i un peu congestionné.

Notons enfin que pendant la durée de son malaise il se trouvait très I altéré et qu’après avoir mangé il s'endormait d’une manière insolite.

Traitement. — M. Duchenne (de Boulogne) a cru devoir essayer, chez ce sujet, la faradisation des membres supérieurs et ce traitement a réussi j d’une façon complète et rapide. Le malade dit avoir éprouvé du soulage- ! ment dès la première séance. Après sept séances on a constaté : 1° disparii tion presque totale de la couleur rouge foncé, et retour de la chaleur naturelle ; 2° disparition de la faiblesse et retour de la force musculaire. Tan- » dis qu’auparavant il ne pouvait soulever un poids de 1 ou 2 kilogrammes sans éprouver une fatigue excessive, il a pu soulever un poids considé- I rable sans en ressentir aucune. La force dynamométrique s’est augmentée de 2 kilogrammes environ ; les fonctions génésiques se sont améliorées ; la soif insolite a disparu, il ne dort plus autant après ses repas, la vision i est devenue plus distincte, et, bien qu’elle ne soit pas parfaite, il peut • lire.

Les deux observations qui suivent sont encore empruntées à W. Mitchell ; elles se distinguent des précédentes par la

localisation de la maladie aux membres supérieurs ; pour tout le reste l’analogie est frappante.

Observation VIII.

M. S..., âgé de 29 ans, marchand. Il a eu la syphilis avec quelques légers symptômes secondaires en 1867 ; il fut traité par le mercure et les iodures et n’eût aucun retour de la maladie. Son père mourut de phthisie tuberculeuse. En 1875, il eut une légère attaque de fièvre rhumatismale, mais la guérison fut rapide et complète. Trois mois plus plus tard il remarqua que 1 usage d'une plume rendait la pulpe du pouce douloureuse, et bientôt après il observa une douleur semblable de toute la face palmaire après avoir enfoncé quelques clous dans un mur. Peu de temps après, sans cause connue, il fut atteint dans la pulpe de tous les doigts de la main gauche d’une douleur aiguë et brûlante qui dura seulement peu de jours. Puis il eut une sévère attaque dans la main droite à l’éminence thénar, et depuis cette époque la douleur a rarement manqué un seul jour.

Il me consulta quelques mois plus tard, je le trouvai dans la condition suivante: il est coloré et de bonne apparence, n’a pas de dyspepsie ni de désordres d’aucun viscère. Les deux mains souffrent d’une douleur aigue et brûlante qui affecte des régions limitées et varie dans son siège et son intensité. Lorsque je le vis pour la première fois, les extrémités de ses doigts étaient fortement congestionnées ; sur les éminences thénar et hypothénar de la main gauche et sur cette dernière partie seulement à la main droite il y a des taches distinctement limitées d’une rougeur sombre. Dans les parties affectées la douleur avait un caractère brûlant et aigu, était exagérée par la moindre pression, celle-ci amenant elle-même la douleur ou l’augmentant ; et lorsque je pressai moi-même avec mon pouce sur la face palmaire qui en ce moment était exempte de douleur, il se produisit une zone bien définie et limitée de congestion avec une sensation de brûlure intense. Les nerfs du bras n'avaient pas une sensibilité exagérée et la température des parties brûlantes n’était supérieure à celle des autres parties du membre que d’une façon insignifiante.

Le jour suivant il me sembla de nouveau qu’il n’avait pas de douleur; mais il portait ses bras d’une curieuse façon en tenant ses mains croisées sur sa poitrine, et il m’assura que de marcher en les laissant pendre à son côté ferait reparaître la douleur. Lorsque, à ma requête, il en laissa pendre une, elle devint complètement rouge et enflée en quelques minutes, puis devint plus pâle, tandis qu’il restait quelques larges taches d’une rougeur sombre qui devinrent douloureuses seulement quelques

minutes plus tard. Ensuite il appuya son corps sur l’autre main celle-ci reposant sur une table ; les mêmes changements se montrèrent aussitôt, la douleur devint intense, les doigts à leur extrémité surtout devinrent brûlants etanimés de battements et présentèrent une apparence d’un rouge sombre et uni.

La chaleur aggravait son état et il voyait venir l’été avec appréhension, car chaque retour du temps chaud le faisait souffrir, tandis que le froid de l’hiver lui avait toujours été favorable. Une longue immersion dans l’eau froide mais non glacée le soulageait énormément et parfois même faisait disparaître ses douleurs.

Il n’avait ni maux de tête ni vertige, mais au niveau de la troisième vertèbre cervicale existait une douleur sourde toutes les fois qu’il faisait des mouvements exagérés de la tête ou du cou. Parfois il avait de l’engourdissement des mains, plus communément la nuit, mais je ne trouvai pas d’amoindrissement du sens du toucher quoique je ne fusse pas bien sûr de cela, par ce fait que la moindre pression avec le compas amenait de l la douleur et de la congestion.

Avec les attaques survenait toujours une augmentation très marquée de la perspiration. En un mot, cette singulière maladie faisait de sa vie un long tourment, et, comme exemple des ennuis auxquels il était soumis, je puis dire qu’il était forcé de plonger ses mains dans l’eau froide lorsqu’il voulait se couper les ongles. Il pensait qu’il y avait parfois une légère sensation de brûlure dans ses pieds, mais comme ceux-ci ne montraient aucune trace de congestion et qu’il pouvait faire plusieurs milles par tous les temps, je suis porté à croire qu il se trompait. Après de nombreux traitements locaux ou généraux, antisyphilitiques ou autres, il fut considérablement amélioré par une succession de larges vésicatoires sur le cou.

11 se rendit peu à près en Europe, et je le perdis de vue pendant longtemps. J’ai appris depuis que la douleur avait diminué, mais qu’ayant trouvé que les stimulants à hautes doses le soulageaient, il s’était adonné à l’ivrognerie et avait complètement détruit sa santé. Je ne puis dire s’il avait conservé ou non sa douleur en forme de brûlure.

Je puis ajouter que dans ses moments de bonne santé les mouvements du poignet et des doigts ne faisaient apparaître aucune douleur, et que la souffrance semblait être dans le tissu sous-épidermique et non à la sur* face de la peau.

Observation IX.

Je fus consulté il y a trois ans pour un cas en quelque sorte semblable à celui de M. S.,., mais j’ai perdu mes notes, si bien que je me contentera

de dire que dans cette circonstance l’affection avait suivi une attaque presque mortelle de fièvre rémittente et semblait avoir pour cause directe un long usage d’un petit marteau employé pour briser des pierres dans un but d’études géologiques; du moins c'était à cela que le malade rapportait son affection. Sous tous les autres rapports ces cas étaient semblables, si ce n’est que dans le dernier les taches étaient plus larges et les attaques duraient pendant des semaines consécutives; il y avait dans ce cas un peu de raideur du cou et parfois un léger manque d’équilibre, mais pas de vrai vertige, pas de troubles de l’oreille et de la vue.

Les attaques étaient aggravées par la pression qui d’ailleurs pouvait les produire. La sensation de brûlure était intense, et lorsque les attaques disparaissaient il y avait souvent pendant plusieurs heures un abaissement de température et une pâleur notable des deux mains.

Les deux observations de Graves que nous avons signalées dès le début de notre travail présentent un bon exemple quoique un peu irrégulier de la maladie que nous venons de décrire ; elles sont d’ailleurs remarquables par la date à laquelle elles ont été recueillies, et, comme le fait remarquer Mitchell, la valeur personnelle de l’observateur leur donne une importance particulière.

Observation X.

Une jeune femme d’environ 16 ans, dont la santé avait été assez mauvaise auparavant, dont les règles avaient disparu et qu’une diarrhée intense avait grandement affaiblie, éprouva dans la plante du pied des accès de chaleur et de picotements qui bientôt atteignirent le dos du pied, le cou-de-pied et la jambe jusqu’au milieu du mollet. Persistant d’un côté puis débutant de l’autre, la sensation de chaleur devint extrême et la douleur qui l’accompagnait presque insupportable. Ces symptômes augmentèrent, la congestion vasculaire et le gonflement devinrent plus intenses en même temps que tous les vaisseaux devenaient proéminents. L’attaque durait huit ou neuf heures, la laissant ensuite avec un sentiment de malaise dans les membres, avec quelque engourdissement ou sensations morbides mal définies. La période de soulagement journalier ne dépassait pas trois heures. F

La congestion des capillaires sanguins rendait la peau rouge et cette

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coloration devenait très foncée. Le pied devenait gonflé, tendu, brillant, comme une cerise noire presque mûre, et excessivement sensible au toucher. Lorsque l’accès de chaleur cessait ces phénomènes disparaissaient lentement, la partie affectée devenant graduellement pâle, d’un froid cadavérique, mais comparativement libre de toute douleur. Les mêmes phénomènes apparaissaient alors dans l’autre pied et dans l’autre jambe.

(Les attaques commençaient chaque jour à 7 heures du matin et duraient jusqu’à 4 heures du lendemain matin. Durant tout ce temps il lui était impossible de dormir. Elle était obligée de rester assise ou couchée pendant tout le jour, car lorsqu’elle essayait de marcher la douleur et la chaleur survenaient immédiatement.

Les règles reparurent après six mois; sa santé générale semblait bonne eu égard à ses souffrances presque incessantes et à la perte de sommeil.

Tous ces phénomènes augmentèrent d’intensité, si bien qu’un an plus tard ses membres étaient toujours gonflés et, qu’ils fussent chauds ou froids, également douloureux. Les stades de chaleur et de froid étaient tous deux suivis d’une douleur aiguë et d’une décoloration très accusée. Seules les applications d’eau froide lui donnèrent quelque soulagement.

Trois mois plus tard il survint une tendance aux palpitations sans cause connue et il lui sembla éprouver des pulsations semblables dans les jambes. Un peu de constipation disparut aisément sous l’influence d'un peu de magnésie; l’urine était rouge, peu abondante, laissant déposer un sédiment blanc ou rouge assez considérable.

Les courses en voiture amenaient de la douleur dans le côté gauche, les maux de tête devinrent plus fréquents, l’état général changea.

Cette affection des pieds ne s’accompagna toutefois d’aucun dérangement dans la circulation générale ou dans l’état de la peau.

Trois ans après le début les périodes de rémission duraient de 11 heures du matin à 7 heures du soir, si bien que la malade jouissait de beaucoup plus de repos.

Il est curieux, ajoute Graves, qu’un trouble aussi permanent dans la circulation de ses extrémités inférieures, qu’une souffrance aussi extraordinaire que celle qu’endurait cette malade depuis six ans, n’ait produit ni paralysie, ni perte de pouvoir musculaire, ni épaississement de la peau, ni induration du tissu cellulaire sous-cutané, ni raideur des articulations. En considérant à quel degré une portion considérable de chaque membre était rouge, chaude et gonÜée, pendant de longues heures chaque jour, on est tout surpris

qu’aucune altération de structure n’en ait été le résultat. Ce fait est extrêmement intéressant au point de vue physiologique et pathologique, car il prouve d’une façon indiscutable que les changements de textures sont influencés par des causes complètement indépendantes de l’état de la circulalation locale.

Quoique presque tous les remèdes de la pharmacopée eussent été employés, il n’y en eut aucun qui eut le moindre effet, son état s’améliora graduelllement, en dépit, pourraiton dire, de la médecine.

Observation XI,

Mme X..., âgée de 82 ans, toujours bien portante, d'une robuste constitution et d’apparence florissante, eut, en février 1839, une légère affection paralytique du bras et de la jambe gauche, précédée et accompagnée de maux de tête, de vertige, d’éblouissements, etc. Un mois plus tard environ elle éprouva une sensation de froid dans le pied droit qui, lorsqu’elle eut frotté la place, fut suivie de chaleur et de picotements; en regardant elle vit que la moitié antérieure du pied était rouge et gonflée. Trois semaines environ après la première attaque, la sensation du froid continuant, la douleur devint extrêmement pénible et c’est alors qu’elle demanda les conseils d’un médecin.

Août 1839. La malade se plaint d’une douleur très vive dans la partie antérieure du pied droit qui est gonflé et rouge ; il y a un œdème très marqué du coude-pied et de la partie inférieure de la jambe, les extrémités des orteils sont d’un rouge sombre, un peu livides. Sa santé générale est bonne à l’exception de quelques maux de tête et d’un peu de vertige de temps à autre. L’appétit est bon, les fonctions intestinales régulières, le pouls très régulier.

Des sangsues et un Uniment procurèrent quelque soulagemeut.

Deux semaines plus tard comme la douleur, la rougeur et le gonflement offraient régulièrement des exacerbations tous les deux jours, le quinine fut essayé de diverses manières sans aucun résultat. La douleur avait maintenant un caractère excrutiant. Quelquefois un orteil, quelquefois deux ou même davantage étaient pris simultanément, et, en proportion de la douleur, les parties atteintes devenaient gonflées, rouges, puis d’une coloration pourpre et brillante.

On lui ordonna alors 25 grammes de vin de colchique trois fois par jour dans une once d’eau de camphre et on lui appliqua des cataplasmes contenant 15 grammes d’extrait de ciguë et 10 grains (0 gr. 65) d’extrait aqueux d’opium dans une décoction de pavot blanc. Cela la soulagea beaucoup et en deux mois son pied avait repris son apparence normale. La douleur changea de caractère, son pied lui semblait endormi , les applications antérieures devinrent intolérables, même les emplâtres de ciguë.

Deux mois et demi plus tard le pied n’était plus douloureux et son aspect était absolument normal. Une nouvelle attaque qui survint peu de temps après l’emporta rapidement.

Le bon effet, dit Graves, qui suivit dans ce cas l’emploi du colchique pourrait faire croire que cette inflammation était de nature goutteuse ; et cependant le début graduel de l’affection, la violence remarquable de la douleur, les changements de couleur de la peau qui accompagnaient chaque paroxysme, offraient un caractère si frappant, présentaient des analogies si étroites avec le cas de la jeune femme que je viens de rapporter, que j’ai dû rapprocher ces deux cas l’un de l’autre.

L’absence de dyspepsie et de tout symptôme local ou général de goutte jusqu’à l’âge de 82 ans, l’absence de dépôt goutteux dans les urines pendant toute la maladie de cette dame; certaines circonstances que j’ai rapportées et qui n’ont pas échappé à votre attention, rendent plus que douteuse l’hypothèse de la nature goutteuse de cette affection ; ce doute est encore augmenté par la façon progressive dont la maladie disparut sous l’influence du vin de colchique et par le type tierce qu’elle conserva jusqu’à la fin.

J’ajouterai que la douleur du pied et des orteils était si pénible, la coloration pourpre si intense, que j’ai craint un instant la gangrène sénile.

Sir James Paget a publié une observation (1) qui mérite

(1) Sir James Paget. A case illustrating certain nervous disorders (St- Bartholomew’s hosp. Reports, p. 67, 1871).

Lannois. 4

d’être rapportée malgré qu’elle diffère sensiblement des cas précédents. On remarquera que la poussée congestive et la chaleur ont plutôt ici un caractère de réaction. De plus, tandis que dans tous les cas cités la marche amenait la douleur et la congestion, ici au contraire elle produisait une constriction des vaisseaux.

Observation XII.

Le malade qui appartenait à la clientèle privée de sir James Paget était un gentleman âgé de 28 ans, jouissant d'une bonne santé générale, mais possédant un tempérament nerveux, un caractère émotif qui chez une femme aurait certainement été qualifié d’état hystérique.

Il y a huit ans, sous prétexte qu’il était sujet à prendre froid pendant l’hiver, il essaya de s’endurcir en prenant des bains froids et des douches, et pendant huit jours successifs il resta tous les matins dans l’eau froide jusqu’au genou, tandis qu’il recevait une douche sur les épaules. Le huitième jour en sortant ses pieds de l’eau il constata qu’ils étaient engourdis, froids, blancs comme du marbre et qu’ils présentaient absolument le phénomène du doigt viort. Les troubles circulatoires qu’il éprouva depuis lors occupèrent primitivement le pied gauche ; quelques années plus tard ils s’étendirent au pied droit où ils se manifestèrent même avec une plus grande intensité. Dès qu’il avait marché pendant quelques minutes ou pendant une demi-heure au plus, les pieds devenaient froids, engourdis, blancs comme du marbre, et il survenait une douleur parfois très intense, qui occupait le pied et une partie de la jambe 5 s’il s’arrêtait les pieds devenaient en quelques minutes gonflés, rouges et chauds, les veines se gonflaient et la douleur diminuait peu à peu.

Lorsque sir J. Paget vit ce malade pour la première fois, les pieds n’étaient ni froids ni pâles, mais le malade accusait de l’engourdissement et de la douleur. Pendant qu’il l’examinait, la peau du pied droit se recouvrit rapidement d’une rougeur qui devint graduellement très intense. En même temps le pied droit devint chaud et peu à peu les veines sous-cutanées du pied et de la jambe se remplirent de sang. Cet aspect diminua peu à peu et le pied reprit son apparence normale.

Tous les traitements essayés, notamment les bains et l’électricité, n’amenèrent aucun résultat favorable. Un soulagement momentané lui fut seulement procuré par des applications de cataplasmes d’herbes irritantes.

Sir James Paget fait remarquer que malgré ladurée de ces accidents (huit années) qui atteignaient àla fois les vaisseaux et les nerfs, il ne se produisit aucun changement dans la structure des tissus fait, qui montre bien, ajoutet-il, que les troubles vasculaires et nerveux qui existent toujours dans l’inflammation n’occupent qu’un rang secondaire dans le processus.

Le cas de Grenier offrait la douleur, la congestion, l’élévation de température habituelles, mais il se distingue immédiatement par le gonflement persistant et l’épaississement du tissu cellulaire sous-cutané. Nous ne donnons cette observation que comme une forme très-irrégulière de la maladie. .

Observation XIII.

G. P..., 22 ans, boulanger, d’un tempérament lymphatico-sanguin, jouit habituellement d’une bonne santé. En 1854 il eut un écoulement blenuorrhagique qui ne fut complètement gnéri qu'au bout de dix-huit mois. Deux ans plus tard il constata un chancre qui à son dire n’était pas induré mais, qui fut suivi trois mois plus tard d’accidents secondaires ne laissant aucun doute sur sa nature spécifique.

Au milieu du mois d’octobre 1858, aprè3 un travait excessif, le malade ressentit dans les orteils, surtout dans le gros orteil, ainsi que dans les mains une douleur aiguë avec gonflement, rougeur et élévation très marquée de la température. Il entre le 3 novembre 1858 à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, service de M. Gaubric.

Rien de spécial à noter du côté des organes viscéraux ; traces de chancre sur la verge. Les pieds et les mains sont d’un rouge écarlate et offrent une augmentation de chaleur très sensible au toucher, ils sont le siège tantôt d’une douleur sourde ou lancinante ; tantôt d’engourdissement et de fourmillements. Gonflement énorme dû non à un simple œdème, mais bien à un endurcissement du tissu cellulaire. Dès qu’il est couché et que la chaleur du lit commence â se faire sentir, il est pris de douleurs intolérablesqu’il ne peut calmer qu’en plongeant ses pieds et ses mains dans l’eau froide ou en courant nu pieds dans les galeries.

Le 12 novembre il revint à l'hôpital dont il était sorti en voyant qu’on n’avait pas soulagé immédiatement son mal. L’état était le même, mais la rougeur, la chaleur et le gonflement qui auparavant n’occupaient que les orteils et les doigts s’étendent maintenant jusqu’au poignet et au cou-de-pied.

En même temps on voit quelques rares pustules de la grosseur d’un pois renfermant un liquide purulent et des gerçures occasionnées par l’emploi continu de l’eau froide. En certains endroits la peau offre des plaques violacées.

Tous les moyens thérapeutiques, la saignée générale, les cataplasmes émollients, la poudre d’amidon, l’huile de jusquiame laudanisée, n’ayant amené aucune amélioration, le Dr Gaubric demanda l’avis de ses collègues de l’hôpital qui, tout en restant indécis sur la nature de cernai, conseillèrent encore le traitement antiphlogistique.

Le malade ayant contracté une bronchite et n’ayant pas pu par suite se lever pour plonger les mains dans l’eau froide, éprouva bientôt un soulagement marqué ; la chaleur et le gonflement diminuèrent d’une façon très sensible. L'amélioration continua les jours suivants, mais le 1er décembre il eut une crise douloureuse très pénible, après laquelle les symptômes disparurent peu à peu. 11 ne persista qu’un peu de faiblesse et d’insensibilité des extrémités, phénomènes qui disparurent sous l’influence de la faradisation pratiquée pendant un mois avec l’appareil de Duchenne (de Boulogne). Le malade sortait complètement guéri le 10 janvier 1859.

L’observation suivante, communiquée à W. Mitchell par le Dr IL Stillé, de Guerrero (Mexique), s’accompagnait également de phénomènes trophiques très accentués.

Observation XIV.

La malade est une femme âgée de 29 ans ; elle est brune, bien développée et de bonne apparence. 11 n’y a pas d’antécédents héréditaires ; pas de phthisie, de scrofule, ni de syphilis; pas de maladies du cœur ou des poumons. Toutes les fonctions natureJles se font régulièrement, si ce n’est les règles qui sont tantôt profuses, tantôt peu abondantes et s’accompagnent toujours de vives douleurs.

Il y a trois ans, pendant ses règles, elle tomba dans une rivière. Le jour suivant l’écoulement s’arrêta et ne reparut pas de plusieurs mois. Une semaine après leur cessation, elle nota un picotement particulier ou brûlure de la surface palmaire des deux mains, depuis la deuxième phalange jusqu’aux extrémités. Cela continua jusqu’à l’invasion de la surface dorsale de la même portion des doigts. Vers le temps où elle attendait le retour de ses règles, elle eut des poussées intermittentes de chaleur sur toute la face excepté le front et elle observa que les extrémités de ses doigts étaient

devenus livides et hyperesthésiques. Ces symptômes existent actuellement et en outre les doigts sont en massue, les ongles ont trois ou quatre fois leur épaisseur naturelle et se recourbent sur l’extrémité dos doigts. On dirait que les parties musculaires et graisseuses ont disparu et aussi que les dernières phalanges ont été résorbées. La couleur de la peau sur les parties affectées est bleuâtre, et le manque de force dans les doigts rend impossible pour cette femme la couture ou tout autre travail; le picotement et la sensation de brûlure sont constants mais augmentent à chaque période menstruelle où ils sont aussi sentis à la face. Il n’y a ni fièvre, ni < maux de tête et la malade mange et dort bien. L’examen du vagin et de 1 l’utérus ne donne que des résultats négatifs.

Mills, de Philadelphie, a rapporté une observation (1)

! qu’il serait peut-être possible de rapprocher des faits de Grenier et de Stillé. Elle semble intermédiaire entre ces faits et l’asphyxie locale de M. Raynaud dont elle se rapproche davantage. Malgré quelques analogies avec l’affection que nous décrivons, le cas de Ch. Mills n’offre pas assez de similitudes avec la paralysie vaso-motrice des extrémités pour que nous lui donnions une place. Nous te~

inions seulement à le signaler à cause du grand nombre et de l’exactitude des mensurations thermométriques qui ont été prises.

Zunker (2) a publié deux cas de névrose vaso-motrice, et Mader (3) deux cas remarquables et angionévrose que nous

Ine ferons que signaler, l’affection ne s’étant pas limitée aux extrémités. Un des cas de Mader est cependant fort curieux: il a trait à un serrurier, âgé de 43 ans, qui était venu à Rudolfspital pour des coliques et dont le bras gauche était atteint d’une affection que l’auteur qualifie de pseudo-érysn gèle. L’avant-bras est rouge, gonflé, la peau est tendue et

(1) Mills. Vaso-motor and trophic affection of the Angers (Amer. Tourn. of med. sc., oct. 1878, p. 431r

(2) Zunker. Berl. klin. Woch., 1876.

(3) Mader. Wiener med. presse, nos 23 24, 1878.

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infiltrée, et la rongeur et le gonflement s'étendaient à toute la main et semblaient évidemment avoir une origine artérielle, car il n’existait pas de stase veineuse. Le malade raconte que cette rougeur et ce gonflement étaient passagers et 11e persistaient pas toujours à la même place. Il semblait y avoir un rapport étroit entre l’apparition de la rougeur et du gonflement et les crises de coliques douloureuses dont se plaignait le malade.

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