MÉCANISME DES CAUSES PSYCHIQUES
Nous savons maintenant dans quel cadre nosologique faire rentrer les affections psychiques ; nous savons, en outre, que leur développement est subordonné à l'existence préalable d'une idée fixe, c'est-à-dire d'une suggestion. Nous allons rechercher en quoi consiste l'état mental, l'état psychique de nos malades.
Or, nous connaissons un état névropathique que l'on peut développer chez certains hystériques et dans lequel on peut provoquer également, par suggestion étrangère, des paralysies, des contractures, des hyperesthésies. Je veux parler de l'hypnotisme. Nous allons étudier ces troubles moteurs et sensitifs provoqués par suggestion chez les hypnotiques, et si nous arrivons à démontrer qu'il y a identité entre les phénomènes objectifs de l'hypnotisme et ceux de nos malades, nous pourrons en conclure que l'état mental, psychique de nos malades, peut être comparé à l'état mental de l'hypnotique, et cette notion nous aidera à comprendre le mécanisme des affections psychiques.
Or, l'hypnotisme engendre, chez les sujets qui y sont prédisposés, une disposition toute particuUère à tomber en léthargie, en catalepsie ou dans cet état particulier qu'on désigne sous le nom de somnambulisme (i). Dans
(i) J.-M. Charcot. — Essai d'une distinction nosographique des divers états nerveux compris sous le nom d'iiypnotisme {Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1883).
ces conditions, nous savons que le sujet devient un véritable automate, obéissant servilement à la volonté de l'opérateur qui peut provoquer chez lui, par suggestion, les actes les plus variés, des illusions sensorielles et sensitives, et même des hallucinations complètes. Ce qui caractérise l'état mental de l'hypnotique, c'est l'affaiblissement considérable de la conscience, des facultés coordi- 'datrices (volonté, attention, jugement), avec conservation et même exaltation des facultés Imaginatives et sensorielles qui fait que le sujet possède une aptitude toute particulière à transformer, sans contrôle intellectuel, l'idée reçue en acte (i).
M. le Professeur Charcot, étudiant les paralysies provoquées par suggestion dans l'hypnotisme, et les rapprochant des paralysies psychiques, est arrivé à démontrer la similitude des caractères objectifs dans les deux cas, et à assimiler l'état mental des malades atteints d'affections psychiques à l'état mental des hypnotiques. Ces ingénieuses recherches cliniques ont une telle importance pour le sujet qui nous occupe, que nous ne pouvons nous dispenser de les résumer (2).
(1) L'hypnotisme en tant que maladie, en tant que névrose, n'a réellement reçu sa consécration scientifique que dans Cds dernières années. Ce qui pendant longtemps détourna de ce sujet les esprits sérieux, ce furent les audacieuses folies du mesmérisme et du charlatanisme, leur prétention au merveilleux, comme la prévision de l'avenir, la vision intérieure, la lucidité, la vision à travers les corps opaques, la transposition des sens, l'instinct des remèdes, " Ces insanités et le charlatanisme, dit M. le Professeur Bernheim, ont jeté le discrédit sur les folles conceptions du mesmérisme. Aujourd'hui, le magnétisme est mort comme l'alchimie; mais la suggestion hypnotique est née du magnétisme, comme la chimie est née de l'alchimie. "
(2) Tout ce qui suit est le résumé des savantes leçons de M. le Professeur Charcot sur les paralysies psychiques aux quelles nous avons déjà fait tant d'emprunts (Progrès médical, septembre et octobre 1885), voir aussi MM. Biuet et Féré, (Les paralysies par suggestion, Revue scientifique, 12 juillet 1884).
Or, nous savons que, chez un hypnotique, quand on a provoqué l'état somnambulique, on peut, à volonté, produire des troubles de la motilité et de la sensibilité. C'est ainsi que, par suggestion, on peut produire une monoplégie brachiale qui présentera les mêmes caractères objectifs que l'on observe dans les paralysies psychiques. L'impuissance motrice est complète, absolue. La sensibilité a disparu dans toute l'étendue du bras, et ses limites supérieures sont absolu oient celles que nous avons notées chez les malades Pin... et Perc..., c'est-à-dire que l'anesthésie envahit toute l'épaule et gagne même en avant et en arrière, du côté de la poitrine. Cette anesthésie occupe le membre dans toute sou épaisseur (peau, muscles, nerfs, tendons, surfaces articulaires). Il existe, comme chez les malades, une abolition complète du sens musculaire. Les réflexes du bras sont tantôt diminués, tantôt exagérés (i) avec trépidation spinale.
Mais au lieu de provoquer, par suggestion, une paralysie complète du bras, nous pouvons ne produire qu'une paralysie inconaplète et la limiter à l'épaule. Dans ces conditions, le sujet ne peut plus remuer l'épaule, bien que les autres segments du membre restent libres. Alors, l'anesthésie recouvre l'épaule, et se termine vers la partie moyenne du bras, par une zone circulaire perpendiculaire à l'axe du bras. Si, poussant l'analyse plus loin, nous suggérons au sujet qu'il ne peut plus remuer le coude, que son coude est paralysé, nous voyons la paralysie gagner le coude et l'anesthésie descendre alors jusqu'à la partie
(i) MM. P. RicHBR et Gilles de la Tourette. — Note sur les caractères cliniques des paralysies psychiques expérimentales (paralysies par suggestion). Progrès médical, 29 mars 1884.
inférieure de l'avanl-bras, où elle se termine également par une zone circulaire, un peu au-dessus du poignet. Or, cette tendance de l'anesthésie à se limiter par des zones circulaires, nous la retrouvons chez Perc..., dont la monoplégie brachiale avait respecté la main, et, plus tard, chez le même malade, lorsque, sous l'influence du traitement, les mouvements ont reparu dans l'articulation du coude.
Chaque fois que M. le Professeur Charcot a produit une paralysie par suggestion chez une hypnotique, cette paralysie s'accompagnait d'anesthésie ; de même que, dans tous les cas de paralysie traumatique psychique qu'il a observés, il y avait aussi de l'anesthésie. Cependant, les conditions mentales dans lesquelles se développent ces paralysies permettent de comprendre la possibilité d'une paralysie suggestive sans anesthésie de même que l'on peut observer des paralysies psychiques sans anesthésie (i).
Du reste, dans l'hypnotisme, on peut dédoubler ces deux états en persuadant au sujet que son membre est paralysé pendant qu'on lui fait remarquer qu'il est encore sensible.
Nous voyons donc qu'en somme les paralysies provoquées dans l'état somnambulique chez les hypnotiques présentent les mêmes caractères que les paralysies psychiques, avec cette différence que dans, le premier cas, nous les avons produites par suggestion verbale, tandis que chez les malades elles ont suivi le traumatisme. Or, cette différence même on peut la faire disparaître.
(i) Voir entre autres l'observation de S. Tschirieff (A/ed. Wiestnik. 18S4). Parésie et contracture des extrémités sous l'influence de riniagination, et Revue de Hayeni, janvier 1884.
M. le Professeur Charcot, chez des hystériques hypnotisées, a reproduit la paralysie, « non plus cette fois au moyen d'une injonction, mais en faisant intervenir un agent analogue à celui qui a occasionné la monoplégie aussi bien chez Porc... que chez Pin... Il s'agit d'un choc appliqué sur la partie postérieure de l'épaule et déterminé tout simplement en frappant brusquement cette région à l'aide de la paume de la main.... Immédiatement, la malade tressaille, pousse un cri... accuse une sensation d'engourdissement de pesanteur, de faiblesse dans tout le membre supérieur. Il lui semble que le membre frappé ne lui appartienne plus, qu'il lui soit devenu étranger. Et aussitôt la paralysie se réalise » (i).
Il est à peine nécessaire d'ajouter ici que, de même qu'on peut, dans l'hypnotisme, provoquer des paralysies, de même on peut provoquer des contractures, des coxalgies offrant les mêmes caractères que nous avons reconnus aux contractures etcoxalgies de cause psychique. (2)
Une seule chose diffère, c'est que les sujets en expérience, sont plongés dans le sommeil hypnotique, tandis que les malades paraissaient jouir d'une santé parfaite. Mais ces hypnotiques sont des hystériques et, d'autre part, nous savons que les sujets prédisposés aux accidents psychiques sont également des hystériques. Or, nous pouvons nous demander avec M. le Professeur Charcot, si l'état mental occasionné chez ces malades par l'émotion, par le choc nerveux (nervous shok) éprouvé au moment de l'accident, n'équivaudrait pas, dans une certaine mesure, à l'état cérébral que déterminent, chez les hystériques, les pratiques de l'hypnotisme.
( 1 ) Progrès médical, 1885, p. 250.
(2) L'hypnotique chez lequel on a provoqué une coxalgie accuse même cette douleur du genou qu'on retrouve dans les coxaigies organiques et psychiques.
« Dans cette hypothèse (i), la sensation particulière accusée par nos femmes hystériques dans le membre soumis au choc, et qu'on peut supposer s'être produite au même degré et avec les mêmes caractères chez nos deux hommes en conséquence de la chute sur l'épaule, cette sensation, dis-je, pourrait être considérée comme ayant fait naître, chez ceux-ci comme chez celles-là, l'idée d'impuissance motyHce du membre. Or, en raison de l'obnubilation du moi produite dans un cas par l'hypnotisme, dans l'autre cas, ainsi qu'on l'a imaginé, par le choc nerveux, cette idée une fois installée, fixée dans l'esprit et y régnant seule, sans contrôle, s'y serait développée et y aurait acquis assez de force pour se réaliser objectivement sous la forme de paralysie. La sensation dont il s'agit aurait donc joué dans les deux cas, le rôle d'une véritable suggestion (2), »
Un fait qui démontre encore plus le rapprochement que l'on peut faire entre l'état hypnotique et l'état psychique, c'est la possibilité de provoquer, à l'état de veille, chez certains sujets hypnotisables, des paralysies par suggestion, comme le fait remarquer M. le Professeur Bernheim, de Nancy (3). M. Bottey (4) a montré, en outre.
(1) M. Charcot. — Progrès médical, 1885, p. 250.
(2) En ce qui concerne les sensations produites par le choc, nos deux hommes sont incapables de nous renseigner. L'un d'eux. Pin..., a perdu, en tombant, connaissance un instant; l'autre, Porc..., assure être resté conscient. Ni l'un ni l'autre ne savent dire exactement ce qu'ils ont ressenti dans le membre affecté au moment de l'accident et les quelques jours qui ont suivi. On sait qu'au réveil, pour peu que l'hypnose ait été profonde, les sujets hypnotisés paraissent le plus souvent ignorer absolument les phénomènes qui, dans l'état de sommeil, ont été provoqués chez eux.
( 3 ) Bernheim. — De la suggestion dans l'état hypnotique et dans Vétat de veille, 1884, p. 47.
( * ) BoTTBY. — Société de biologie, 15 mars 1884.
que chez certains sujets qui n'ont jamais été soumis aux pratiques de l'hypnotisme, on peut provoquer des paralysies par suggestion. M. le Professeur Charcot, chez une hystéro-épileptique, a démontré que l'on pouvait, à l'état de veille par simple traumatisme, reproduire les paralysies, les contractures que nous avons étudiées plus haut dans l'état psychique. Je crois indispensable de reproduire ce passage des leçons de ce savant maître parce qu'il est le couronnement de tout ce que nous venons de dire et parce qu'il démontre expérimentalement l'identité des phénomènes hypnotiques et psychiques.
« Il est des sujets, et peut-être sont-ils plus nombreux qu'on ne le pense, chez qui la plupart des manifestations tant psychiques que somatiques de l'hypnotisme, peuvent se rencontrer à l'état de veille sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir les pratiques d'hypnotisation. Il semble que l'état hypnotique qui, pour d'autres, est un état artificiel, soit pour ces singulières créatures, l'état ordinaire, l'état normal, si' tant est qu'en pareille circonstance, il puisse être question d'état normal. Ces gens-là, passezmoi le mot, dorment, alors même qu'ils semblent parfaitement éveillés; ils procèdent, en tous cas, dans la vie commune ainsi que dans un songe, plaçant sur le même plan la réalité objective et le rêve qu'on leur impose, ou tout au moins, entre les deux, ils ne font guère la diflPérence. J'ai fait placer sous vos yeux, à titre d'exemple, un sujet de ce genre : il s'agit d'une hystéro-épileptique bien connue de vous par nos études antérieures, la nommée Hab... (i). Elle est atteinte depuis de longues
(0 J.-M. Charcot. — Lezioni cUniche, etc., Redatte dal D' Miliotti, Lez XX .., p. 159. Bello stato di malo istero-épilettico.
années d'anesthésie généralisée, complète, permanente et chez elle, les attaques répondent de tout point au type classique. Vous voyez qu'ici , bien qu'on n'ait employé aucune manœuvre d'hypnotisation, par conséquent à l'état de veille, nous pouvons obtenir à la fois et la contracture par la pression exercée sur les masses musculaires, les tendons ou les troncs nerveux (contracture des léthargiques), et l'immobilité cataleptique des membres placés dans les attitudes les plus diverses, et aussi à l'aide de légers frottements ou de mouvements à distance, la contracture somnambulique. Tous ces phénomènes somatiques se trouvent donc chez ce sujet en quelque sorte mélangés, coexistant au même moment, sans distinction de périodes contrairement à ce qui a lieu dans le grand hypnotisme. Mais au point de vue psychique, ce sont évidemment les caractères de l'état somnambulique qui dominent. Eh bien ! si, opérant par suggestion verbale, nous affirmons à cette malade, non endormie je le répète, que son bras est paralysé, qu'elle ne peut plus le mouvoir, volontairement, nous voyons immédiatement se produire effectivement la monoplégie flasque, douée de tous les caractères que nous avons appris à connaître ; après quoi la simple affirmation qu'elle peut mouvoir son bras, tout à l'heure paralysé, suffit pour que les mouvements volontaires se rétablissent. Enfin, et c'est là le point qui nous intéresse spécialement en ce moment par la mise enjeu de cette espèce de suggestion traumatique dont je vous ai rendus témoins il y a un instant et qui consiste en un choc brusquement appliqué sur l'épaule, vous voyez immédiatement le membre se paralyser de nouveau. Cette fois, l'identité entre la monoplégie artificiellement produite et la monoplégie survenue chez Porc... et chez
Pin..., en conséquence d'un traumatisnae, n'est plus guère contestable, ce me semble ; tant au point de vue symptomatologique qu'au point de vue pathogénique, elle est parfaite ou peu s'en faut, car ni dans un cas ni dans l'autre l'hypnotisation n'est intervenue ; tout s'est fait à l'état de veille. La démonstration, si je ne me trompe est suffisamment probante et je ne crois pas que dans une recherche quelconque de physiologie pathologique expérimentale, il soit souvent possible de reproduire plus fidèlement l'aâection que l'on s'est donné pour but d'étudier » (i).
L'analyse clinique nous permet donc maintenant de comprendre l'état mental de nos malades. Il est caractérisé par un affaiblissement des facultés supérieures de l'intelligence, que l'on désigne sous le nom de facultés coordinatrices, la volonté, le jugement, l'attention, par une obnubilation plus ou moins complète de la conscience, * qui livrent les centres psychiques aux caprices des facultés Imaginatives et aux idées erronées qui régnent sans contrôle.
Chez nos malades, c'est le traumatisme ou l'émotion qui ont développé cet état mental que certaines manoeuvres provoquent chez l'hypnotique. Et, dans ces conditions, si une idée de p^aralysie ou de douleur prend naissance dans le centre psychique, elle s'y fixe, elle s'impose au sujet, et finit bientôt par se transformer en véritable paralysie ou en véritable douleur.
(i) M. Charcot. — Des paralysies psychiques, leçon recueillie par MM. Marie, chef de ciiaique et Guiaon, interae. Progrès médical, 3 octobre 1885.
Mais comment s'accomplit cette transformation, comment une idée de paralysie peut-elle devenir paralysie motrice ?
Avec M. le Professeur Charcot, avec la plupart des psychologistes modernes, nous admettrons que, pour que l'idée du mouvement se transforme en mouvement, pour qu'un mouvement volontaire s'exécute, il est absolument indispensable que, préalablement, l'image, la reproduction du mouvement à exécuter naisse dans le cerveau. « Si l'idée (i) tend à produire le fait, dit M. Bain (2), c'est que l'idée est déjà le fait, sous une forme plus faible. Penser, c'est se retenir de parler ou d'agir. » « Dans l'acte volontaire, dit M. H. Spencer (3), nous ne pouvons rien trouver de plus qu'une représentation mentale de l'acte, suivie de son accomplissement, une transformation de ce changement psychique naissant, qui constitue à la fois la tendance à l'acte et l'idée de l'acte, en un changement psychique positif qui constitue l'accomplissement de l'acte, en tant qu'il est mental. La diflPérence entre un mouvement volontaire et un mouvement involontaire de la jambe, c'est que tandis que le mouvement involontaire se produit sans aucune conscience antécédente du mouvement à faire, le mouvement volontaire ne se produit qu'après qu'il a été
(1) Toutes ces citations sont extraites de l'appendice mis par M. Charcot à la suite de ses Leçons sur les paralysies psychiques. Progrès 'médical, 3 octobre 1885.
(2) M. Bain. — Les sens et l'intelligence, trad. Gazelles, 1874, p. 298.
(3) H. Spencer. — Principes de psychologie, t. I, trad. Ribot et Espinas, p. 539.
représenté dans la conscience. Et coname cette représentation n'est rien autre chose qu'une forme faible de l'état psychique qui accompagne le mouvement réel, elle n'est rien autre chose qu'une excitation naissante de tous les nerfs affectés à cette fonction, qui précède leur excitation actuelle (i). »
Cette représentation motrice, cette image du mouvement à exécuter, se produit, se localise dans les cellules nerveuses des centres moteurs, c'est-à-dire dans les cellules nerveuses des deux circonvolutions frontale et pariétale ascendantes de la face externe et dans le lobule paracentral qui les continue sur la face interne, de sorte que nous comprenons parfaitement le mode de production de l'impuissance motrice dans les cas de destruction de ces cellules consécutivement à une lésion de ces circonvolutions motrices (thrombose ou embolie).
« J'ai été conduit à admettre, dit M. le Professeur Charcot, avec bon nombre d'auteurs, que les représentations motrices qui précèdent l'accomplissement d'un mouvement volontaire , s'effectuent dans les centres moteurs corticaux, où elles trouvent leur substratum organique, et plus précisément, dans les cellules nerveuses motrices de ces centres ; elles seraient principalement constituées par le « sentiment d'innervation y>, de « décharge nerveuse », comme on l'appelle encore, et auraient, je le répète, une origine centrale. »
« Les actions mentales, dit M. Bain (2), s'accom-
(1) Voir aussi, à ce sujet, les recherches dynamométriques de M. Féré démontrent expérimentalement que l'idée du mouvement, c'est déjà le moi ment qui commence. Revue philosophique, octobre 1885, Sensation mouvement.
(2) Loc. cit., p. 305.
plissent dans les mêmes cercles (centres ?) que les actions
psychiques Il suâSt d'ordonner une volilion pour les
porter au point où elles mettent en jeu les muscles. »
« Comme les nerfs reçus par les muscles sont principalement des nerfs moteurs qui y conduisent le stimulus
émané du cerveau , nous ne pouvons mieux faire que
de supposer que la sensibilité concomitante du mouvement musculaire coïncide avec le courant centrifuge de la force nerveuse, et ne résulte pas, comme dans la sensation proprement dite, d'une influence transmise par les nerfs centripètes » (i).
« D'après Wundt (2), le siège des sensations de mouvement ne paraît pas être dans les muscles, mais bien
dans les cellules nerveuses motrices Nous n'avons pas
seulement la sensation d'un mouvement exécuté, mais celle d'un mouvement à exécuter. La sensation du mouvement est donc liée à l'innervation motrice, c'est pourquoi nous l'appelons sentiment d'innervation ( innervations gefiïhl). »
« M. H. Jackson (3) adhère à l'idée de Bain, Wundt et autres, que notre « conscience de l'activité musculaire » est, en grande partie, initiale, centrale et réalisable, dans les centres moteurs. »
« Suivant M. Maudsley (4), il paraît que c'est dans la partie frontale des circonvolutions (centres moteurs corticaux), que sont emmagasinés les résidus des sensations musculaires, dont nous tirons nos intuitions motrices... »
(1) M. Bain. — Loc. cit., p. 59.
(2) M. "WuNBT.. — Physiologie, trad. française, p. 447.
(3) H. Jackson. — [CUnical and phisiol rexarches on the nervous svstem 1876, p. XX — XXXVII).
(4) Maudslby. — {Physiolog. de l'esprit, trad. Herzen, p. 249, 250).
u Les parties de la surface du cerveau qui agissent comme centres moteurs, sont le siège... de la conception du degré et de la qualité de l'innervation musculaire, c'est-à-dire de ce qu'on a appelé inductions musculaires. » Voici enfin comment, sur ce même sujet, s'exprime M. Ferrier (i). « De la même manière que les centres sensitifs forment la base organique de la mémoire des impressions sensitives et le siège de leur résurrection idéale, de même les centres moteurs des hémisphères, outre qu'ils sont le siège de mouvements différenciés, sont aussi la base organique de la mémoire des mouvements correspondants, et le siège de leur réexécution ou reproduction idéale. Nous avons ainsi une mémoire sensitive et une mémoire motrice, des idées sensitives et des idées motrices; les idées sensitives étant des sensations ravivées, et les idées motrices étant des mouvements ravivés ou idéaux. Les mouvements idéaux ne forment pas un élément moins important de nos processus mentaux que les sensations ravivées d'une façon idéale. — Contrairement aux vues qui viennent d'être exprimées, M. Bastian (Le Cerveau organe de la pensée, t. II, 1882, pp. 209; 165 et appendice) émet l'opinion que « les centres moteurs où qu'ils soient situés, sont des parties dont l'activité paraît absolument libre de phases subjectives concomitantes : Il ne semble pas que des reproductions idéales aient jamais lieu dans ces centres... » « C'est le changement de conditions du muscle excité et des parties contiguës, changement occasionné par le mouvement, qui engendre un groupe d'impressions centripètes dont le terminus est le centre kinesthétique (centre
(i) M. Fbrribr. — {Fonctions of the Brain, cap. XI).
du sens du mouvement)... Celui-ci est donc un véritable centre sensitif, et des mouvements idéaux peuvent être ravivés en lui, soit isolément, soit associés à des impressions visuelles qui s'y rapportent... Cela ne saurait produire que la plus grande confusion, si l'on attribue l'activité de ce centre sensitif à celle des centres moteurs... Le substratum cérébral de l'esprit ne comprend donc en aucune manière les processus qui ont lieu dans les centres moteurs du cerveau, où qu'ils puissent être situés. En d'autres termes, on ne peut regarder légitimement les opérations mentales comme étant en partie immédiatement dues à l'activité des centres moteurs. »
Quant aux notions fournies par le sens musculaire (sens kinesthétique de Bastian), elles résulteraient des impressions venant de la périphérie, de la peau, des muscles, des apophyses, des tendons, des surfaces articulaires, et ces impressions s'emmagasineraient dans les centres sensitifs corticaux où pourrait avoir lieu leur rappel idéal.
« Seules, les premières de ces représentations (i) seraient véritablement indispensables à la mise en jeu du mouvement voulu ; les secondes interviendraient , eu général, seulement d'une façon consécutive, mais très efficacement cependant, en complétant, dirigeant, perfectionnant pour ainsi dire, le mouvement déjà en voie d'exécution. On sait d'ailleurs par de nombreux exemples que l'image visuelle d'un mouvement volontaire qui s'exécute, contribue puissamment à ce dernier résultat. D'après cela, si les représentations soit kinesthétiques, soit visuelles persistant, les représentations motrices
(1} M. Charcot. — Progrès médical, octobre 1885, p. 254, appendice.
proprement dites venaient à faire défaut, en conséquence d'une lésion survenue dans les cellules nerveuses du centre moteur cortical d'un membre, ou dans les prolongements qui les mettent en rapport avec les centres d'idéation, il s'en suivrait nécessairement une paralysie complète des mouvements volontaires de ce membre. Dans un livre oublié qui m'a été obligeamment signalé par mon éminent confrère, M. le Professeur Janet, Rey Régis, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, avait déjà, en 1789, reconnu l'existence do paralysies motrices dépendant de la perte du souvenir de la force motrice, causée par la lésion de certaines parties du cerveau. [Histoire naturelle de Vâme, Londres 1789, p. 26 à 28). On comprendrait par ce qui précède que la suggestion d'impuissance motrice puisse, ainsi qu'on l'a dit (p. 249), déterminer chez quelques sujets, une paralysie motrice complète sans accompagnement d'un trouble quelconque de la sensibilité cutanée ou profonde, et plus particulièrement sans perte aucune des notions fournies par le sens musculaire. Mais souvent, comme nous l'avons fait remarquer, la suggestion de ce genre, en tant du moins qu'elle s'adresse à des hystériques préalablement hémianesthésiques et qu'elle ne s'accompagne tl'aucune injonction relative à la sensibilité, cette suggestion, dis-je, est suivie, d'après nos observations, non seulement delà paralysie du mouvement, mais encore de la perte de la sensibilité dans tous ses modes, y compris les notions du sens musculaire. On pourrait dire que, dans ce dernier cas, la paralysie de l'appareil fondamental du mouvement volontaire entraîne avec elle, en quelque sorte, la paralysie de l'appareil de perfectionnement. Il est vraisemblable, de plus, que dans ces faits de paralysie
par suggestion hypnotique, comme dans bon nombre de cas de paralysie hystérique avec flaccidité reconnaissant d'ailleurs peut-être également un point de départ psychique, les noyaux gris sous-corticaux et bulbaires ainsi que les cellules nerveuses spinales qui, dans l'état normal, sont en relation directe ou indirecte avec les centres corticaux moteurs, peuvent être affectés plus ou moins profondément, en conséquence d'une diffusion de la lésion de ces centres. C'est ce dont paraissent témoigner et la perte des mouvements automatiques quelle que soit leur origine et aussi l'abolition ou la diminution des actes d'ordre purement réflexe, qui, en pareille occurrence, s'ajoutent à la paralysie des mouvements volontaires.
« A l'appui de cette théorie, on peut rappeler ce
qui s'observe chez certains sujets, hystériques pour la plupart, qui, privés de tous les modes de la sensibilité dans un membre, ont conservé cependant en grande partie la faculté de mouvoir ce membre librement, alors même qu'ils ne peuvent avoir recours, les yeux étant fermés, à l'influence à la fois directrice et dynamogène de l'image visuelle du mouvement. Notre malade Pin... offre aujourd'hui un bel exemple du genre. Chez lui, comme on l'a vu, la sensibilité cutanée et la sensibilité profonde sont complètement éteintes dans toute l'étendue du membre supérieur gauche, et lorsque ses yeux sont fermés il ne possède aucune notion des mouvements passifs imprimés aux divers segments de ce membre, non plus que de la position que ceux-ci affectent. Les yeux étant ouverts, les mouvements volontaires généraux et partiels du membre, tant pour la variété que pour la précision, présentent tous les caractères de l'état normal.
Ces mouvements persistent, en grande partie, lorsque les yeux sont fermés, seulement ils sont plus incertains, comme hésitants, nullement incoordonnés toutefois ; ils s'opèrent, en un mot, comme à tâtons. Pin... peut encore, les yeux clos, diriger ses doigts avec une certaine précision vers son nez, sa bouche, son oreille, ou encore vers un objet placé à distance et réussir à atteindre le but. Il le manque cependant le plus souvent; il ne peut, en général, lorsqu'on l'y invite, fléchir un de ses doigts isolément; habituellement tous les doigts se fléchissent alors simultanément. Parfois il ne sait dire s'il a oui ou non fléchi son poignet, etc., etc. Je ne parle pas de la pression dynamométrique qui, pour la main, accuse par exemple 30 k., lorsque les yeux sont ouverts, tandis qu'elle donne seulement 15 k. lorsqu'ils sont clos. Ces modifications qui se produisent dans l'exercice des mouvements, chez les malades de ce genre, lorsque le concours des représentations kinesthétiques et visuelles est supprimé, nous permettent de discerner jusqu'à un certain point en. quoi consiste normalement le jeu de l'appareil fondamental des mouvements volontaires. Par contre, l'étude des cas de paralysie psychique portant uniquement sur le mouvement, fera reconnaître le rôle vraiment secondaire, tout important qu'il soit, des représentations visuelles et kinesthétiques, dans l'accomplissement normal des mouvements volontaires. Peut-être, d'ailleurs, existe-t-il, à l'état normal, des variétés à cet égard. Il est possible, en effet, qu'au moment où il s'agit d'exécuter un mouvement prémédité, les uns éveillent exclusivement les représentations motrices proprement dites, • d'autres les représentations kinesthétiques ou visuelles; d'autres, enfin, mieux doués sous ce rapport que les précédents, tantôt l'une, tantôt l'autre de ces repré-
sentations ou encore les deux à la fois. Des différences dans l'éducation, l'habitude ou la prédisposition héréditaire peuvent rendre compte de ces variétés. On comprendrait par là qu'une lésion de môme nature, de même étendue et de même localisation puisse, chez divers sujets, se traduire par des phénomènes cliniques différents, suivant qu'il s'agira d'individus appartenant à l'une ou à l'autre de ces catégories. »
Maintenant que nous connaissons comment l'idée de mouvement se transforme en mouvement, et comment, par conséquent, l'idée de douleur peut se transformer en douleur, nous allons comprendre facilement le mécanisme des paralysies et des affections douloureuses de cause psychique.
Pour la douleur, nous nous expliquons facilement son mode de production. Nous avons dit plus haut que ce qui caractérise l'état mental de nos malades, comparables en cela aux hypnotiques, c'est l'exaltation, dans certains cas, de l'excitabilité réflexe idéo-sensitive. Lorsque le malade se trouve dans cette disposition psychique, il suffit d'un choc produit n'importe où, par exemple, pour que la douleur, si légère qu'elle soit, transmise, par les nerfs sensitifs aux centres sensitifs cérébraux correspondants, fasse naître l'idée de douleur, qui, s'extériorisant, peut donner le change avec les affections douloureuses si nombreuses que nous avons signalées plus haut.
Quant au siège cérébral des centres sensitifs, nos connaissances à ce sujet sont encore imparfaites, mais il résulte des recherches de MM. Exner, Pétrina, Tripier et, plus récemment, de M. Starr (i), que les centres sensi-
(l) ChARCOT et PiTRBS.
— Etude critique et clinique do la doctrine des
tifs occupent les mêmes zones que les centres moteurs correspondants, avec cette différence, cependant, qu'ils s'étendent en arrière, vers les parties adjacentes du lobe pariétal.
La paralysie résulte d'un phénomène d'inhibition produit sur les centres moteurs corticaux par l'idée de paralysie (i). Il s'agit donc là d'un trouble fonctionnel, dynamique, dont la localisation cérébrale dépend du siège périphérique du traumatisme ou de la lésion quia provoqué l'émotion. Le trouble dynamique des cellules cérébrales corticales produit les mêmes effets que la destruction de ces cellules par ramollissement ou hémorrhagie. Ce trouble dynamique peut porter sur la portion moyenne de la frontale et de la pariétale ascendantes et se manifester par les signes objectifs de la monoplégie brachiale. La lésion peut diffuser par en haut et provoquer une hémiplégie, mais, chose curieuse et sur laquelle nous avons insisté déjà, c'est que, jamais, dans les cas de monoplégie ou d'hémiplégie psychiques, le trouble fonctionnel n'atteint le pied des deux frontale et pariétale ascendantes, de sorte que l'on n'observe pas de paralysie faciale.
localisations motrices dans l'écorce des hémisphères cérébraux de l'homme. Revue de médecine, 1883, N»» 5, 6, 8 et 10.
G. Ballet. — Le faisceau sensitif et les troubles de la sensibilité dans les cas de lésions cérébrales. Archives de neurologie, t. IV, 1882, et Thèse de Paris, 1881, p. 67. — Article sensibilité du Dictionnaire encyclopédique.
Allen Starr. — Cortical lésions of the Brain, a collection and analysis of the american cases of localised cérébral disease, p. 48 et 49. The american Journal of the médical sciences (extrait), 1884. — The sensory tract in the central nervous System, p. 78. Reprinted from the Journal of nervous and mental diseases. Vol. VI, N" 3, july 1884.
(i) Brown-Séquard. — Recherches expérimentales sur l'inhibition et la dynamogénie. Application des connaissances fournies par ces recherches aux phénomènes principaux de l'hypnotisme, de l'extase et du tranfert. Gazette hebdomadaire, 1882.
Dans certains cas, l'inhibition peut porter sur la partie postérieure de la troisième frontale et occasionner du mutisme absolument comme la lésion destructive des cellules corticales do cette région produit l'aphasie.
Nous avons vu, dans nos observations, que presque toujours la paralysie psychique se compliquait d'anesthésie. Cette anesthésie tient certainement à une diffusion du trouble fonctionnel sur les centres sensitifs correspondants aux centres moteurs. Or, les recherches de M. Starr nous ont appris que ces centres sensitifs sont superposés aux centres moteurs. Mais ce phénomène de diffusion, quoique très fréquent, nous permet de comprendre pourquoi, dans certains cas , on peut observer des paralysies psychiques sans anesthésie. Enfin, la diffusion peut gagner plus loin jusqu'aux cellules nerveuses spinales, et ce fait explique l'absence de réflexe et d'opportunité de contracture chez ces paralytiques.
Quant aux contractures, nous nous expliquons également bien leur mécanisme chez les sujets exposés aux affections psychiques ; nous dirons même que nous ne comprenons pas comment on ne les observe pas plus fréquemment. Il est bon de remarquer cependant qu'elles sont signalées plus souvent que les paralysies et les affections douloureuses comme accidents consécutifs aux collisions de chemin de fer.
Et, en effet, nos psychiques sont des hystériques, et M. le Professeur Charcot a signalé cette disposition à la contracture, cette sorte de diathèse de contracture (i) qui peut être mise en jeu par un traumatisme banal chez
(i) J.-M. Charcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux, t. III, fascicule, page 104.
certains sujets : « J'avais observé depuis longtemps, dit M. Charcot, que certaines hystériques, à la suite d'un mouvement busqué, en jetant une pierre, par exemple, restaient avec le bras en contracture. Nous pouvons reproduire le même phénomène sur la nommée M.... (hystéro-épileptique) que je vous présente : vous me voyez, en redressant brusquement le pied, déterminer un piedbot équin qui ne cédera qu'à un massage prolongé.
« Remarquez que cette contracture se produit à l'état de veille, et qu'elle se présente avec la même intensité que celle que nous avons provoquée grâce à l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, dans le sommeil hypnotique. » Dans d'autres cas, en frappant avec un marteau à percussion, à petits coups répétés sur les fléchisseurs des doigts au niveau du poignet, on voit la main et les doigts se placer dans une flexion exagérée et rester fixés en contracture.
L'observation suivante de M. Debove (i), est encore un exemple curieux de la disposition à la contracture que l'on observe chez certains névropathes.
G..., âgé de 23 ans, père bien portant, la mère a eu de fréquentes attaques d'hystérie, sa sœur est très nerveuse, son frère a eu quelques hémoptysies.
A l'âge de 16 ans, G... commença à mener une existence irrégulière, veillant tard, jouant, et abusant des plaisirs de l'amour. Sous l'influence de ces fatigues, il s'afiaiblit, devint anémique et présenta des accidents nerveux ; il était très irritable et entrait dans de violentes colères pour des motifs futiles.
Un jour, à la suite dune discussion vive avec son frère, il saisit ce dernier par le collet de l'habit, mais
( 1 ) M. Debovk. —
Société médicale des Hôpitaux, 1883.
ses doigts se fermèrent convulsivement, il ne put les ouvrir et garda plus d'une heure l'étoffe qu'il serrait ainsi; puis, subitement, ses doigts se détendirent. Pendant tout ce temps, les mâchoires furent serrées convulsivement et il ne put les ouvrir.
A la suite d'une attaque de nerfs, il resta trois mois au lit et il eut une douzaine de nouvelles attaques »
M. le Professeur Charcot a pu, chez des hystériques, reproduire avec l'électrisation localisée par la méthode de Duchesne (de Boulogne) les variétés de contractures de la main que nous avons signalées plus haut. C'est ainsi qu'il a pu reproduire la déformation de la main-bot que nous avons décrite chez la jeune fille de 16 ans : « Je vous présente, dit M. le professeur Charcot (i) la nommée Bl... hjstéro-épileptique hémianesthésique gauche. Nous avons marqué un point noir en dedans du tendon du cubital antérieur : c'est le point d'élection pour la faradisation du nerf cubital au niveau du poignet. Vous voyez que la faradisation produit une griffe cubitale 2Ja.rtielle qui rappelle celle de notre malade, et dans laquelle les interosseux et l'adducteur du pouce entrent seuls enjeu. Si, au contraire, nous excitons le cubital au niveau de sa gouttière au coude, nous déterminons une griffe cubitale totale, avec flexion des deux derniers doigts : ce dernier mouvement étant dû à l'action de la partie cubitale du fléchisseur profond.
Ces mêmes faits sont plus facilement étudiés encore chez les sujets que l'on peut plonger dans la léthargie hypnotique. Nous pouvons, en eff'et, profiter de l'hype-
(i) J.-M. Charcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux t. page 102.
rexcitabilité neuro-musculaire dont sont doués ces sujets, pour provoquer les mêmes mouvements, en irritant le nerf avec un corps dur quelconque, avec un simple bâton sans faradisation. L'avantage, dans ce mode d'expérimentation, c'est que ces mêmes attitudes sont permanentes, comme vous le voyez sur cette malade, chez laquelle vous nous voyez produire par simple attouchement du cubital au niveau du poignet, la griffe interosseuse; ou si nous voulons agir au niveau de la gouttière du coude, la griffe cubitale totale. Après avoir ramené la griffe interosseuse, vous nous voyez reproduire exactement la déformation de notre malade en excitant le muscle opposant dans la paume de la main. Je vous ferai remarquer que sur ce sujet hyperexcitable, la main contracturée en flexion, présente tous les caractères de la contracture spasmodique ; l'attitude est fixe, les fléchisseurs et les extenseurs entrent en jeu, il y a donc une action évidente de la moelle. »
Or, cette action de la moelle existe aussi chez nos sujets dont l'état mental, au moment du traumatisme, est comparable à l'état mental des hypnotiques. Dans ces conditions, les fonctions cérébrales sont sinon abolies, du moins fortement affaiblies, et le sujet se trouve, au point de vue des réflexes, dans les mêmes conditions que l'animal décapité. Les propriétés réflexes de la moelle sont exagérées et c'est manifestement sous l'influence de cette exaltation que se produit la contracture brusque, subite, de nos malades. Nous rappelons ici que si, dans tous les cas de traumatisme, il ne se produit pas de la contracture, si, dans certains cas, on observe de la paralysie, cela tient, comme nous l'avons dit plus haut, à ce que le trouble dynamique produit par inhibition a diffusé jusqu'aux cellules des cornes antérieures de la moelle et.
par conséquent, supprimé cet état d'hyperexcitabilité qui crée la diathèse de contracture.
Pour terminer ce chapitre, nous signalerons en quelques mots l'hypothèse émise, dans une thèse récente, par M. Batault, pour expliquer là nature des troubles dynamiques de la cellule cérébrale dans l'hystérie (i). On sait que Hœckel (Essais de psychologie cellulaire) désigne sous le nom de plastidules, les dernières particules vivantes en lesquelles se réduit la molécule organique. Or, tous les processus biogénétiques qui se passent dans la cellule vivante tiennent au mouvement ondulatoire, rhythmique des plastidules. La périgénèse est la cause première de ces mouvements ondulatoires, rhythmiques. Or, pour M. Batault, la lésion dynamique, fonctionnelle, qui occasionnerait tous les troubles moteurs et sensitifs d'origine psychique, tiendrait à un rhythrae anormal de ces mouvements plastidulaires dans les différents territoires de l'encéphale. Je n'insiste pas sur cette hypothèse transformiste, mais j'ai cru devoir la signaler à cause de l'autorité de Hœckel qui l'a émise le premier.
(i) D' Emile Batault. — Contribution à l'étude de l'hystérie chez Vhomme. Thèse Paris, 1885.
Conséquences pratiques.