‹ Paralysies et contractures hystériquesChapitre 10 sur 59 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

paralysie erratique. diminution et suppression complète de l'excitarilité électrique dans certains groupes musculaires, influence de la faradisation sur le retour des mouvements, apparition de la diathèse de contracture.

J... (Alphonsine), vingt-sept ans. — Née à Courspalais dans la Brie, habite Fontenoy depuis deux ans.

A. H. — Nuls.

A. P. — N'a jamais fait de grande maladie. Vers l'âge de douze ou treize ans, elle a eu des atlaques pendant Irois ou quatre ans. Dans ces attaques la malade ne perdait pas connaissance, mais elle ne voyait pas les objets autour d'elle.

Elle s'est mariée à vingt-deux ans et n'avait plus d'attaques depuis quelques temps.

A l'âge de vingt-quatre ans, alors qu'elle était enceinte de sept mois, un incendie éclata dans une écurie de la ferme qui lui appartenait. Sa frayeur fut vive, et son chagrin violent en constatant le dégât matériel qui en fut la suite : le bâtiment détruit et les chevaux brûlés. Toutefois la grossesse fut conduite à terme, mais depuis cette époque la malade était devenue très impressionnable.

11 y a un an, elle fut prise d'accidents qui, d'après les renseignements fournis par la malade, nous paraissent avoir consisté dans des troubles de la sensibilité : anesthésie des deux membres inférieurs, avec hyperesthésie du tronc et des membres supérieurs.

Au bout de quatorze jours, apparition d'attaques plus fortes que celles qui avaient existé antérieurement, à la suite desquelles survint de la contracture qui immobilisa la jambe en flexion sur la cuisse et aussi, mais incomplètement, l'articulation de la hanche. Une autre fois survint un torticolis avec inclinaison latérale de la tète sur l'épaule droite. Des accidents semblables survenus depuis nous font penser qu'il s'agissait alors d'un torticolis paralytique.

Ces accidents (contractures et paralysie) étaient transitoires. Ils

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apparaissaient à la suite d'une attaque, persistaient quatre ou cinq jours, puis une nouvelle attaque venait y mettre fin. Au bout de quatre ou cinq mois les symptômes s'atténuèrent ; la malade eut trois ou quatre mois de calme, et depuis quatre mois les accidents se sont reproduits.

Le 17 décembre 1882, J... présente les troubles nerveux suivants :

Ovaralgie gauche légère. Point douloureux sous-mammaire à gauche.

Accidents paralytiques affectant les membres d'une façon inégale et transitoire. Aujourd'hui l'état de la motilité est le suivant :

Au membre inférieur droit la motilité est intacte. Le membre inférieur gauche est très faible. La malade a de la difficulté pour marcher. Elle se sert d'une béquille qu'elle porte à gauche. Elle peut à peine s'appuyer sur son membre inférieur gauche. Lorsqu'elle est au lit, elle ne le soulève qu'avec beaucoup de difficulté au-dessus du plan du lit. Dans la marche le pied gauche se met souvent en varus équin.

Les deux membres supérieurs sont parésiés. La chute des poignets, qui existe depuis environ deux mois donne a la malade l'aspect d'une personne atteinte de paralysie radiale. Mais, en y regardant de plus près, on constate que tous les muscles sont parésiés.

Il serait plus juste de dire que le membre droit est paralysé. Il retombe flasque le long du corps, et la malade ne peut le soulever. Quant au membre supérieur gauche, tous les mouvements en sont très affaiblis, mais ils persistent.

Les réflexes sont très marqués aux deux membres inférieurs, mais il n'y a pas d'épilepsie spinale. Aux membres supérieurs ils existent sans exagération.

Au niveau des membres le plus profondément atteints, c'est-à-dire du membre supérieur droit et inférieur gauche, il existe une analgésie presque complète. Depuis quelques jours qu'elle est dans le service, la malade a eu plusieurs attaques convulsives. Elle perd quelquefois connaissance pendant ces crises qui, d'après les renseignements qui nous sont fournis par la surveillante, se composeraient particulièrement des phénomènes appartenant à la deuxième période de la grande attaque. L'excitation mécanique des points douloureux ne détermine pas les attaques.

19 décembre. — Hier, à la suite d'une très forte attaque convulsive, est survenu un torticolis qui persiste encore ce matin. La tête est penchée sur l'épaule droite, la face très légèrement tournée à gauche. Le trapèze et le sterno-mastoïdien gauches sont douloureux au toucher. Il y a un peu de gonflement à leur niveau, et la malade se plaint de douleurs spontanées dans tout ce côté gauche du cou. Du côté droit toutes les parties

molles du cou sont flasques et non douloureuses à la pression. On ne sent, ni d'un côté ni de l'autre, de corde formée par quelque muscle contracture. La tête se laisse facilement ramener jusqu'à la situation verticale et se laisse porter même jusque sur l'épaule gauche ; mais elle retombe dès qu'on l'abandonne, et la malade accuse une douleur dans les muscles (paralysés) du côté gauche. On peut également exagérer le mouvement d'inclinaison de la tète sur l'épaule droite, mais cette manœuvre ne se fait pas sans provoquer des douleurs à gauche.

Etat de la inutilité dans les membres. — La jambe gauche est plus solide qu'hier, elle marche avec plus de facilité. La pointe du pied est moins tournée en dedans.

Le bras gauche est libre de tous ses mouvements, comme ces jours derniers, mais la malade dit qu'elle sent les forces de ce membre diminuer. Elle y sent des engourdissements qui, suivant elle, sont précurseurs de la paralysie.

Le bras droit est moins paralysé qu'hier. Elle peut le soulever jusqu'à l'horizontale. Le poignet est toujours tombant. Elle dit que, pendant toute la nuit, ce bras a été le siège de mouvements spontanés et involontaires dans les doigts. Dans ces mouvements les doigts s'étendraient, s'écarteraient, mais ne se fléchiraient jamais.

Examen électrique des muscles. — Faradisation. Membre supérieur droit. — Les muscles de l'avant-bras excités les uns après les autres répondent parfaitement à l'action du courant, à l'exception des muscles suivants : Le long supinateur se contracte faiblement avec propagation de l'excitation aux fléchisseurs des doigts et de la main ; Les radiaux sont complètement inexcilables. L'excitation portée à leur niveau détermine une contraction des muscles fléchisseurs des doigts et de la main ; Le long extenseur du pouce donne une contraction douteuse. Rien d'anormal dans les contractions des muscles de la main. — Les muscles biceps, deltoïde, trapèze, sterno-cléido-mastoïdien se contractent bien. La portion externe du triceps se contracte faiblement : pour la portion interne et médiane du même muscle, réaction nulle.

Membre supérieur gauche. — La. tête est toujours tombante sur l'épaule droite. Le trapèze et le sterno-cléido-mastoïdien se contractent parfaitement. A la suite de leur excitation plusieurs fois répétée, la tête reprend sa position normale et la conserve. Le torticolis paralytique a disparu presque instantanément sous l'influence de la faradisation des muscles paralysés.

Le deltoïde et le biceps se contractent très bien ; mais le triceps ne répond que faiblement.

SYMPTOMA.TOLOGIE 33

Les muscles de l'avant-bras et de la main, excités les uns après les autres, répondent parfaitement à l'action du courant, à l'exception des muscles suivants : Long supinateur, contraction faible. — Radiaux, contracture nulle. — Extenseur du pouce, contracture douteuse.

Galvanisation. — Les muscles qui ne répondent pas à la faradisation ne donnent à l'action galvanique qu'une réaction faible et parfois douteuse. Lorsque les réactions existent, il n'y a pas d'inversion dans la formule.

En résumé, il y a affaiblissement parallèle dans certains muscles de l'excitabilité furadique et galvanique, et disparition complète dans les muscles radiaux.

21 décembre. — Attaque hier au soir à la suite de laquelle le torticolis, qui s'était reproduit, a disparu. L'état de la motilité des membres supérieurs est le même qu'à la précédente exploration ; la malade dit que ses jambes ont plus de force. Un constate à nouveau que les muscles radiaux des deux côtés demeurent complètement inexcitables aux deux sortes d'électricité. Mais on note que la faradisation des troncs nerveux des membres supérieurs donne des résultats tout à fait normaux et que, par l'intermédiaire du nerf radial, les muscles radiaux inexcitables directement se contractent parfaitement bien.

23 décembre. — Le membre supérieur droit s'est amélioré, mais la paralysie du membre supérieur gauche s'est aggravée.

La malade arrive à détacher la main du genou, mais ne peut l'élever jusqu'à l'horizontale. Elle ne peut fléchir l'avant-bras ; le mouvement d'extension existe très faible. Le poignet est tombant sans qu'il puisse être soulevé. Lu flexion des doigts et leur extension sont également limitées. Elle ne peut écarter les doigts que faiblement. Le pouce n'a que des mouvements de peu d'étendue.

Toute la main est gonflée.

Tous les mouvements du membre inférieur droit sont libres, et les divers segments résistent avec force. Dans le membre inférieur gauche la faiblesse est extrême, mais surtout au pied et à la jambe. Le pied est tombant et ne peut exécuter le plus petit mouvement.

Pendant le cours de notre examen la malade est prise subitement du torticolis paralytique qui s'est déjà présenté à plusieurs reprises.

Le sterno-cléido-mastoïdien et le trapèze gauche qui laissait tomber la tète à droite sont faradisés pendant quelques minutes, et tout rentre dans l'ordre.

4 janvier. — Aujourd'hui la paralysie est revenue avec plus d'intensité au membre supérieur droit : impossibilité de relever le poignet; les autres mouvements persistent, mais limités et avec une faiblesse extrême. Excitabilité faradique nulle des muscles radiaux, même avec

PARALYSIES ET CONTRACTURES HYSTERIQUES i

un courant très fort. Par contre, le membre supérieur gauche a recouvré en partie ses mouvements ; un courant faradique modéré amène la contraction des muscles radiaux.

8 janvier. — L'état de la motililé s'est sensiblement amélioré aux ■membres supérieurs, le droit a repris des forces, et le poignet toujours tombant peut être soulevé, très faiblement, il est vrai. Néanmoins la perte de la contractilité faradique des muscles radiaux est complète, qu'ils soient excités directement ou par l'intermédiaire du nerf radial. Mais le bras gauche a retrouvé l'intégrité de ses mouvements. Pression de la main au dynanomètre = 20. Tous les nerfs et tous les muscles, y ■compris le nerf radial et les muscles radiaux, sont parfaitement excitables.

Quant aux membres inférieurs, tous les mouvements sont conservés et s'exécutent avec force à droite, tandis qu'à gauche le pied n'est susceptible d'aucun mouvement spontané; il affecte l'attitude du pied bot varus ; il n'est point raide et se laisse facilement déplacer dans tous les -sens. Les mouvements de flexion et d'extension de la jambe se font avec la plus grande peine et encore d'une façon incomplète. La flexion de la •cuisse sur le bassin peut s'opérer, mais sans force. Les mouvements d'adduction existent, mais n'opposent aucune résistance si on essaie de les vaincre. Les réflexes rotuliens paraissent un peu moins forts que de d'autre côté ; pas de trépidations provoquées.

Le jambier antérieur et les muscles péroniers excités faradiquement •se contractent également bien des deux côtés.

Pendant l'examen le torticolis paralytique se produit, tout d'un coup la tète tombe sur l'épaule droite. La faradisalion des muscles trapèze et •sterno-mastoïdien à gauche remet les choses en ordre au bout de • quelques instants.

Nous constatons aujourd'hui chez notre malade un accident d'ordre ■nouveau que nous n'avons pas encore eu l'occasion d'observer : c'est une •véritable contracture. Hier au soir, à la suite d'une attaque, est survenue une contracture des muscles massélers et temporaux, qui maintient les arcades dentaires exactement appliquées l'une contre l'autre. La malade ne peutdesserrer les dents, elle ne fait entendre que des sons inarticulés et ne peut communiquer avec nous que par signes. Elle indique ainsi que derrière ses dents serrées elle peut facilement faire mouvoir la langue. Rien de particulier dans la face et les lèvres dont les mouvements sont normaux.. Pas de raideur dans les muscles du cou. La malade indique qu'elle souffre dans les régions massétérines et derrière les oreilles suivant une ligne qui descendrait, de chaque côté, le long •du sterno-mastoïdien.

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Les masséters ainsi que les temporaux sont durs au toucher. Ils sont le siège de vibrations parfaitement sensibles sous les doigts. Un tracé obtenu à l'aide d'un myographe appliqué sur le masséter gauche permet de constater que les vibrations sont constituées par des secousses musculaires qui reviennent par séries avec des intervalles de repos plus ou moins longs. Ces secousses se reproduisent tout à fait spontanément, mais on peut les faire reparaître à coup sûr en essayant d'abaisser la mâchoire inférieure. Cette contracture s'est produite immédiatement après l'attaque d'hier, à la suite de laquelle on lui a mis la ceinture compressive de l'ovaire, qu'elle garde encore ce matin. Les attaques ont été suspendues, mais la contracture persiste toujours au même degré.

Les membres sont restés ce qu'ils étaient avant l'attaque.

9 janvier. — Hier à deuxheures de l'après-midi, la malade ayant retiré «a ceinture a eu des attaques, à la suite desquelles la contracture de la mâchoire a disparu.

L'état de la motilité a subi quelques modifications depuis hier. La malade dit que son bras droit reprend de la force pendant que le gauche ■en perd. Elle se sent plus forte de la jambe gauche.

Nous constatons en effet que tous les mouvements du membre supérieur droit s'exécutent avec plus de facilité qu'hier. Le poignet peut être relevé jusqu'à l'horizontale. La flexion du poignet s'exécute. Les mouvements du bras et de l'épaule ont même acquis un peu de force.

Le membre supérieur gauche a conservé les mouvements, mais ils s'exécutent avec moins de force qu'hier. Pression dynamométrique de la main = 11.

La malade remue la cuisse gauche avec plus de facilité, mais le pied est aussi incapable de mouvements. — Le membre inférieur droit •a conservé et exécute tous les mouvements avec autant de force qu'hier.

On constate le retour de l'excitabilité farudique dans les muscles radiaux. Le nerf radial est excitable faradiquement des deux côtés, mais avec un courant fort. Tous les muscles de l'avant-bras se contractent presque normalement des deux côtés, avec celte particularité que, pour amener la contraction des muscles radiaux, il faut notablement augmenter ■la force du courant.

Aux deux membres inférieurs : réactions normales.

Les deux mains ne sont plus enflées comme elles l'ont été au début.

Sensibilité. — Analgésie complète des deux bras et du membre inférieur

: gauche. La piqûre n'est pas sentie ; mais la malade sent qu'on la

touche ; tandis qu'à la face, au dos, à la poitrine, au membre inférieur

droit, la piqûre est parfaitement sentie.

Un aimant est appliqué près de l'avant-bras gauche, et maintenu pendant une heure vingt minutes sans qu'aucune modification appréciable de la sensibilité ou de la motilité se soit produite.

11 janvier. — Le membre supérieur droit a continué à reprendre des forces. Pression dynamométrique de la main = 8 à 10 kilog., tandis que le membre supérieur gauche est redevenu presque impotent. Pression dynamométrique = 0.

Le membre inférieur gauche a presque recouvré toute l'intégrité de ses mouvements. Non seulement la malade peut mouvoir son pied en tous sens, ce qu'elle n'avait pas encore pu faire depuis que nous l'observons, mais elle le fait avec une certaine force, presque égale à celle de l'autre jambe.

La faradisation montre que l'excitabilité électrique est redevenue normale, ou à peu de chose près, au membre supérieur droit ; tandis qu'au membre supérieur gauche aujourd'hui paralysé elle est altérée pour le nerf radial et les muscles radiaux. Avec un courant très fort la réaction due à l'excitation du nerf radial demeure incomplète, le poignet restant toujours fléchi. Portée directement sur les muscles radiaux, l'excitation faradique demeure également sans résultat.

lo janvier. — Le membre supérieur droit a gagné en force (pression dynamométrique = 16), de même que le membre supérieur gauche plus fort qu'au dernier examen (pression dynamométrique = 7). Les mouvements de ce membre les plus faibles sont ceux de flexion et d'extension du poignet.

Les mouvements du membre inférieur gauche s'exécutent avec une certaine force, mais moindre qu'au dernier examen.

Le membre inférieur droit a conservé sa force.

Faradisation, — L'avant-bras droit a recouvré l'excitation normale pour les muscles et les nerfs. Peut-être y a-l-il un peu de diminution de l'excitabilité pour les muscles radiaux.

A l'avant-bras gauche, on constate une diminution notable de l'excitabilité faradique par l'excitation directe et indirecte pour les membres radiaux. Les excitations électriques fortes qu'on vient de porter sur ce membre ont eu pour résultat d'augmenter manifestement l'excitabilité des muscles en défaut. A la fin de l'examen un courant d'intensité bien moindre produit les mêmes résultats qu'un courant très fort au début.

D'ailleurs, la malade dit elle-même que, toujours après les différents examens électriques qu'on lui a fait subir, elle s'est sentie plus forte. Aujourd'hui en effet la main gauche, qui avant l'électrisation donnait au dynanomètre une pression égale à 7 kilog., donne en ce moment une pression égale à 13 kilog.

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La malade a eu une attaque ce matin après avoir retiré la ceinture compressive qu'elle conservait depuis deux jours.

Elle se plaint de souffrir d'une douleur sourde et continue et de tiraillements dans la joue gauche, le cou du même côté et jusque dans l'épaule. Cela depuis l'attaque de ce malin. Les parties douloureuses sont le siège d'un léger gonflement, très appréciable à lajoue.

16 janvier. — Le gonflement de lajoue gauche est plus marqué qu'hier. Les douleurs sont plus vives et ont empêché le sommeil. Elles existent dans le côté gauche de la tète, le long du cou et dans l'épaule du même côté. Elle dit éprouver de temps à autre des tremblements par tout le corps et surtout dans la mâchoire. Elle ne souffre pas des dents. Le pouls bat 84 pulsations par minute.

Il existe un affaiblissement marqué des muscles masticateurs. Elle ne peut serrer les dents avec force et se plaint de ne pouvoir faire aller la mâchoire comme elle peut.

Main gauche. — Pression dynanométrique = 6.

Main droite. — Pression dynanométrique = 12.

18 janvier. — Avant-hier au soir, attaque. Dans la nuit qui a suivi, la malade a senti que son bras gauche se paralysait ; au matin, lorsque nous avons vu la malade, la paralysie était presque complète. Seule l'épaule conservait des mouvements très limités.

Aujourd'hui la paralysie de tout le membre supérieur gauche est complète. Il retombe inprte le long du corps. La main est gonflée et violette. Pression dynamométrique à droite = 16.

La douleur persiste toujours dans la moitié gauche de la tète et le long du cou, du même côté à partir de l'épaule; le bras paralysé n'est pas douloureux. L'anesthésie de ce membre est absolue et existe pour tous les différents modes de sensibilité: piqûre, froid, chaleur, contact, sens musculaire.

\J examen électrique donne les résultats suivants :

Au membre supérieur droit. — Diminution de la contraclilité faradique pour les muscles radiaux et le nerf radial.

Au membre supérieur gauche. — A une première tentative, abolition <le la contractililé faradique dans les deux muscles radiaux et perte de l'excitabilité pour le nerf radial. Mais on constate bientôt, de la façon la plus nette, le retour de l'excitabilité dans les muscles radiaux et le nerf radial, aussi bien avec la faradisation qu'avec la galvanisation.

A la suite de cet examen on remarque que la malade peut faire quelques mouvements avec ce membre auparavant complètement inerte.

Elle l'éloigné du corps de 45 centimètres environ. Elle remue les doigls. Mais elle ne peut toujours pas relever le poignet.

Au fur et à mesure qu'on électrisait son bras, la malade dit qu'elle sentait la faiblesse envahir les muscles du cou à gauche, et que sa tète avait une grande tendance à retomber sur l'épaule droite.

Le membre supérieur droit n'a rien perdu de sa force, au contraire : la pression dynanométrique = 18.

23 janvier. — Retour de la motilité du membre supérieur gauche. Pression dynanométrique : main droite = 19, main gauche = 10. La malade n'a plus de douleurs danslaface ni dans le cou. Le gonflement a disparu.

L'état de la motilité des membres inférieurs est toujours le même, le gauche plus faible que droit.

Sensibilité normale à la jambe droite. Anesthésie de la jambe gauche. Analgésie des deux membres supérieurs, le gauche plus atteint que le droit.

La diminution de l'excitabilité faradique persiste au membre supérieur gauche pour les muscles radiaux et pour le nerf radial.

Depuis que les membres vont mieux, la malade se plaint d'avoir un sommeil très agité: on la trouve debout sur son lit, gesticulant, parlant. On est obligé de lui mettre la camisole. Le matin au réveil la malade est fort surprise de setrouvercamisolée. Elle ne se souvient habituellement de rien. Quelquefois un souvenir très confus persiste, mais elle ne peut reconstituer aucun rêve précis. «Elle se trouve perdue, » dit-elle. Elle se voit dans le feu, dans les flammes. C'est tout ce qu'elle peut dire.

29 janvier. — A la suite d'attaques survenues, il y a quelques jours, le membre supérieur gauche a été paralysé de nouveau. Il élait complètement inerte. Aucun mouvement n'était possible, pas même dans l'épaule. Ce matin, la malade a eu de nouvelles attaques, et le membre supérieur gauche a repris quelques mouvements; il peut être élevé jusqu'à la position horizontale. L'avant- bras et le poignet sont privés de tout mouvement. Les réflexes tendineux ont disparu dans le membre paralysé. Ils sont exagérés au contraire au membre supérieur droit.

30 janvier. — La paralysie du membre supérieur gauche est en voie d'amélioration.

10 février. — Depuis trois jours la paralysie a gagné de nouveau le membre supérieur gauche qui avait recouvré ses mouvements. Aujourd'hui la paralysie flaccide est absolue. La main est un peu gonflée, humide, chaude. La température de la main gauche est un peu plus élevée que celle de la main droite, tandis que c'est le contraire pour la température des avant-bras.

La température a été prise avec un même thermomètre à surface.

Dans la paume de la main gauche 32°, 4 ;

Dans la paume de la main droite 29°,9 ;

Vers le milieu de la face externe de l'avanl-bras: à gauche, 28°, 1 ; à droite, 31°,2.

Au membre supérieur droit : légère diminution de l'excitabilité pour lesmuscles radiaux. A gauche : conservation de l'excitabilité du nerf radia!.. Les muscles radiaux d'abord inexcitables recouvrent peu à peu leur excitabilité sous l'influence de la faradisation. En même temps que ce résultat se produit, le cou se paralyse à gauche, et la tète retombe sur l'épaule droite. La faradisation des muscles sterno-mastoïdien et trapèze du côté gauche ramène bientôt la tète dans la situation normale.

Après la séance la malade peut soulever le bras gauche jusqu'à l'horizontale. Elle remue un peu les doigts.

13 février. — Depuis le 10 février la paralysie du bras gauche est restée stationnaire. Les réflexes tendineux n'existent pas ou très peu dans ce membre, tandis qu'ils sont exagérés au bras droit. Anesthésiecomplèteàla piqûre du membre paralysé.

Application de l'aimant auprès de l'avant-bras droit. Au bout d'une heure aucune modification de la sensibilité. La paralysie gauche n'a pas bougé. La malade se plaint d'un peu de raideur et de quelques fourmillemenls dans les doigts à droite.

15 février. — La paralysie du bras gauche a disparu d'elle-même, maisle membre n'a pas encore repris toute sa vigueur. Les muscles radiaux, se contractent à gauche, mais faiblement.

Un myographe est appliqué sur le groupe musculaire externe (radiaux) du bras gauche, et une excitation faradique est portée à chaque tour ducylindre, du mouvement moyen (appareil de Marey).

L'expérience dure une heure et demie. On remarque que la contraction s'accentue peu à peu. Il y a aussi une certaine irrégularité, et descontractions faibles au milieu de plus fortes.

8 mars. — L'état de la motilité paraît parfaite. Pression dynamométrique : main gauche 31 kilog. main droite = 35 kilog.

Les réflexes tendineux sont très exagérés au bras droit. A gauche ils n'existent pas au poignet et sont très faibles au coude. Réflexes rotuliens : adroite, peu accusés, à gauche à peine sensibles.

L'anesthésie paraît se répartir uniformément du côté gauche de façon à constituer l'hémianesthésie. L'insensibilité à la piqûre existedans la moitié gauche de la tête, du cou et aux membres de ce côté : diminution légère de l'acuité auditive à gauche. Achromatopsie à gauche pour le violet et le vert.

La malade a été sur le point d'avoir ses attaques hier au soir. Elle amis la ceinture compressive qu'elle porte encore ce matin.

Influence de l'excitation mécanique sur l'état de la motilité (contracture'

provoquée). — La répétition du choc tendineux aux deux membres supérieurs ne produit pas la contracture.

L'excitation mécanique du nerf cubital gauche en arrière de l'épitrochlée produit une secousse de peu d'étendue dans les doigts. Au bout d'un certain nombre de froissements du nerf, les doigts se trouvent raidis, sans être complètement immobilisés pour cela. La même manœuvre répétée du côté droit amène également des secousses dans les doigts, et la main finit par se raidir dans une attitude nullement en rapport avec l'action des muscles tributaires du nerf cubital excité. Les doigts sont en extension, le poignet lui-même est raidi.

L'excitation mécanique des muscles de l'avant-bras par un massage énergique portant principalement sur la face antérieure, produit la contracture en flexion du poignet et des doigts, le pouce seul est dans l'extension. Le même résultat s'obtient aux deux membres supérieurs. La contracture cède par le massage des muscles extenseurs.

22 mars. — La paralysie n'a point reparu.

Force dynamométrique: main droite = 30kilog. ; main gauche = 38 kil.

Les deux membres inférieurs ont une grande force.

Hémianesthésie de tout le côté gauche du corps. Perte de la sensibilité au contact, à la piqûre, à la température. Le sens musculaire seul est conservé.

Examen électrique. — Il existe aux deux membres supérieurs une diminution notable de l'excitation faradique pour le nerf radial et les deux muscles radiaux. Cette diminution est plus marquée à droite qu'a gauche.

Les réflexes tendineux sont très marqués au poignet, au coude, au genou des deux côtés.

Contractures provoquées. — Ls choc tendineux très répété à la face palmaire des deux poignets produit de chaquecôté une contracture des doigts en flexion. Cette contracture peu intense se résout facilement, soit d'elle-même, soit sur le massage de lavant-bras.

Le froissement répété du nerf cubital en arrière de l'épitrochlée amène la contracture de la main dans l'attitude classique de la griffe cubitale du côté gauche. Au membre droit, la griffe est moins régulière.

L'excitation mécanique du nerf radial au sortir de la gouttière de torsion détermine la contracture de la main dans l'attitude de la griffe radiale, aussi bien à droite qu'à gauche. Le massage des muscles de la face antérieure de l'avant-bras produit la contracture en flexion du poignet et des doigts aussi bien à droite qu'à gauche.

Ces dernières contractures sont très intenses et cèdent facilement par le massage des muscles antagonistes.

SYMPTOMATOLOGIE 41

■4 avril. — La malade est toujours hémi-anesthésique du côté gauche. La force musculaire persiste ; pas de paralysie.

Comme au dernier examen, la contracture peut être provoquée avec une égale facilité aux deux membres supérieurs, à la suite de l'excitation mécanique portée soit sur les tendons, soit sur les nerfs, soit sur les ma«ses musculaires.

La flexion brusque du poignet, contraction paradoxale, ne produit la contracture ni d'un côté ni de l'autre.

L'examen des yeux a été fait par M. Parin;ind qui nous a remis la note suivante :

« Amhlyopie caractéristique dans les deux yeux, plus prononcée à droite; strabisme convergent de l'œil droit. La malade dit avoir louché de cet œil dans sa première enfance sans avoir vu double. L'œil se serait redressé spontanément.

Le strabisme a reparu depuis qu'elle éprouve des accidents nerveux; il s'y est joint de la diplopie. Il n'y a pas d'hypermétrupie à laquelle on puisse rattacher le strabisme convergent qu'elle avait eu dans son enfance.

Je constate une paralysie de la sixième paire droite qui présente des particularités un peu spéciales. Quand l'œil est f> j rmé et que l'on provoque la fixation de l'œil strabique dans la direction du muscle paralysé, la pupille ne dépasse pas la ligne médiane. Dans la fixation binoculaire, au contraire, l'œil recouvre en partie sa motilité qui reste toute fois assez défectueuse. Ces caractères a;cusent un trouble d'innovation centrale, et non une paralysie périphérique.

Diplopie homonyme caractérisée par la p iralysie de la sixième paire droite. Pupilles égales, réagissant normalement. »

E . — La para lysie hystérique s'accompagne très fréquemment de troubles

de la sensibilité.

11 existe des exemples où la sensibilité a conservé toute son intégrité dans les membres paralysés ; mais, dans le plus grand nombre des cas, les troubles du mouvement s'accompagnent d'une lésion plus ou moins profonde de la sensibilité. L'hyperesthésie est un fait rare.

Lîaneslhésie occupe exactement les parties paralysées comme dans le cas de Jarr... (Obs. I) au début de la maladie. Si la paralysie se déplace, l'anesthésie se déplace avec elle.

M. Charcot a insisté sur cette localisation étroite de l'anesthésie aux membres ou aux segments des membres atteints de paralysie. Nous y reviendrons plus loin au sujet des monoplégies hystériques, qu'il nous suffise de dire ici que ce mode de répartition de l'anesthésie purement géométrique, et nullement en rapport avec la distribution nerveuse, offre un contraste frappant avec la topographie des anesthésies dues aux lésions organiques des nerfs.

D'autres fois, l'anesthésie s'étend davantage et occupe toute une moitié du corps (hémianesthésie) ou bien devient générale. Les sens alors peuvent être aussi affectés. Elle est limitée à la peau ou gagne plus ou moins les parties profondes, envahissant les muscles et même les os. Si la paralysie est incomplète et que quelques mouvements persistent encore dans les membres atteints, cette anesthésie profonde peut, dans certains cas déterminés, être la cause de la suppression momentanée des mouvements. C'est ainsi que, si le sens musculaire est atteint, une malade encore capable de marcher péniblement malgré la parésie d'un ou des deux membres inférieurs lorsque les yeux sont ouverts, ne pourra plus, une fois les yeux fermés, non seulement faire un pas, mais même se tenir debout. Il en est de même pour le membre supérieur dont l'usage peut être complètement supprimé par la simple occlusion des yeux.

F. — États des réflexes.

Les réflexes cutanés persistent rarement, et leur existence ne paraît pas liée à la conservation de la sensibilité. On les voit, en effet, faire totalement défaut chez des malades qui n'offrent pas trace d'anesthésie (Obs. communiquée par M. Charcot).

Par contre, les réflexes tendineux sont le plus souvent exaltés, et la paralysie revêt tous les caractères de la paralysie spasmodique : parmi ces caractères, les plus importants sont l'exagération des réflexes tendineux et la trépidation épileptoïde par le redressement de la pointe du pied.

Il ne nous appartient pas de faire ici une étude détaillée des

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réflexes tendineux sur lesquels Westphall a le premier attiré l'attention au point de vue de la valeur séméiologique qu'ils peuvent acquérir dans les maladies du système nerveux. Le phénomène de la trépidation provoquée, qui est de môme ordre, avait été bien auparavant signalé à l'attention des cliniciens par MM. Charcot et Vulpian. Ces deux signes ont une même signification, mais sont d'une inégale valeur. Fréquemment, tous deux s'observent à la fois sur un même membre placé dans des conditions pathologiques spéciales, mais l'exagération du réflexe rotulien apparaît habituellement à une époque moins avancée de la maladie et alors que la trépidation du membre ne peut pas encore être provoquée. D'un autre coté, le phénomène du genou existe àun certain degré à l'état normal, c'est un fait d'ordre physiologique, et son exagération seule ou sa disparition complète relèvent d'un état pathologique. Il est donc d'une appréciation plus délicate, d'une constatation plus difficile que le phénomène de la trépidation provoquée, qui est toujours pathologique. Il en résulte que. si le premier l'emporte en valeur pronostique sur le second par son apparition précoce, il ne l'égale point en certitude diagnostique, puisque ce dernier ne s'observe jamais à l'état sain. Le caractère spasmodique de la paralysie hystérique peut être plus ou moins accusé depuis la simple exaltation des réflexes tendineux jusqu'à la trépidation épileptoïde la plus prononcée. C'est ainsi que. par degrés insensibles, la paralysie peut se transformer en contracture, et il nous a été donné d'observer dans l'hystérie des cas de paraplégie spasmodique revêtant peu à peu tous les caractères de la contracture permanente des extrémités inférieures et présentant avec le tabès dorsal spasmodique dû à une lésion organique les analogies les plus complètes. C'est là une circonstance qui peut rendre le diagnostic fort embarrassant et d'une importance d'autant plus grande que le pronostic diffère complètement dans les deux cas.

L'abolition complète des réflexes tendineux est beaucoup plus rare que leur exaltation. Cependant le fait s'observe. Il en existe plusieurs exemples.

L'observation I si remarquable déjà à d'autres points de vue est le seul cas de ce genre que nous ayons eu sous les yeux. La paralysie temporaire s'accompagnait de la perte des réflexes tendineux qui

persistaient néanmoins dans les membres non paralysés où ils se montraient parfois exagérés. J'ajouterai qu'un fait rare, que nous observions en même temps chez la même malade, c'était la perte absolue des mouvements dans le membre atteint. Un degré aussi intense dans la paralysie ne se voit pas d'ordinaire dans l'hystérie.

Lorsque la paralysie hystérique s'accompagne de la perte îles réflexes tendineux, il n'y a guère à craindre de la voir se transformer en contracture. Mais la paralysie flaccide peut se modifier par le retour des réflexes. C'est ce que nous avons pu constater chez notre malade dont la disparition de la paralysie erratique s'est accompagnée du retour des réflexes tendineux et en même temps de cet état spécial désigné sous le nom de diathèse partielle de contracture.

Dans un autre cas, nous avons vu une paralysie avec flaccidité absolue guérir peu a peu, et la guérison s'accompagner de la réapparition des réflexes tendineux qui faisaient complètement défaut.

G. — Variations d'intensité.

C'est là un des caractères les plus sûrs de la paralysie hystérique, en opposition avec ce qui se passe dans les paralysies organiques.

D'un jour à l'autre ou même dans un espace de temps plus court, il n'est pas rare de voir l'état des forces d'un membre paralytique se modifier. Les mouvements reprennent un peu plus d'étendue pour disparaître complètement un peu plus tard ; puis retour partiel de la motilité et nouvel affaiblissement. C'est une suite d'oscillations plus ou moins lentes et dont les degrés extrêmes varient. Ces changements se produisent fréquemment sous l'influence des émotions, mais souvent aussi en dehors de toute cause appréciable.

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H. — Marche.

A côté des cas dans lesquels la paralysie hystérique une fois établie dans une partie du corps résiste à tous les modes de traitement, et persiste parfois si longtemps qu'elle fait le désespoir du malade et du médecin, il en est d'autres où la paralysie offre une mobilité vraiment caractéristique.

Ou bien la paralysie d'une partie du corps disparaît pour revenir peu après dans la même région, et cela plusieurs fois de suite — cette forme mériterait le nom de paralysie à répétition; — ou bien la paralysie quitte une région pour envahir un autre point du corps, et se promène ainsi par tout l'organisme. C'est ce qu'on pourrait appeler la paralysie erratique. L'observation I en est un exemple. Les cas de cette espèce sont nombreux, et Briquet les a parfaitement signalés. « Chez quelques sujets, dit-il, la paralysie passe d'un côté du corps à l'autre... On a vu, chez certaines malades, la perte du mouvement affecter successivement un bras, une jambe, les muscles du larynx, le diaphragme, etc. »

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