C. — Rareté des troubles de la nutrition
Le membre paralysé conseï ve d'ordinaire ses reliefs musculaires et l'atrophie des muscles ne s'observe qu'exceptionnellement.
De récentes observations dans le service de M. le professeur Charcotont mis hors de doute l'existence de l'atrophie musculaire dans la paralysie hystérique '. Il s'agit dans ce cas d'une amyotrophie simple, sans réaction de dégénérescence, survenant assez rapidement, pouvant atteindre un degré assez profond, mais susceptible de se restaurer en peu de temps. De nouveaux faits dus à MM. Dutil et Gilles de la Tourette tendent à faire admettre que l'atrophie hystérique peut fort bien dans certains cas s'accompagner de la réaction de dégénérescence.
Les troubles dénutrition de la peau sont également fort rares. Je considère comme exceptionnels les signes relevés par Lejamptel • chez deux malades et qui consistaient en un développement exagéré des poils et des ongles, et dans un léger épaississement de la peau donnant lieu à un état rugueux parfaitement appréciable au toucher.
Les troubles vaso-moteurs sont moins rares. On observe des
1 Cbarcot (Œuvres complètes, t. III, Appendice). Babi.nski, De l'Atrophie musculaire dans les paralysies hi/Slériques, Archives de neurologie, juillet 1886. » Thèse, Paris, 1872.
rougeurs par place ou bien une coloration générale violacée, et je signalerai comme un phénomène fréquent la production de sortes de plaques d'urticaire sous l'influence des excitations variées de la peau, piqûre, pincement, frottement, etc..
C'est là, d'ailleurs, un phénomène fréquent dans l'hystérie relevé par M. Dujardin-Beaumetz dans une observation bien connue, et dont M. Bourneville a cité dans son Iconographie de nombreux exemples.
C'est ici le lieu de citer un trouble trophique consistant en un œdème dur, bleuté, indolent ou douloureux, désigné par M. Charcot sous le nom iï œdème bleu des hystériques et sur lequel, bien que connu déjà de Sydenham, l'attention n'a été attirée que dans ces derniers temps. Cet œdème accompagne le plus souvent la paralysie ou la contracture se surajoutant aux troubles de la sensibilité. Nous avons eu l'occasion d'observer quelque chose de semblable chez notre malade qui fait l'objet de l'observation I. Une étude complète de ce symptôme a été faite par MM. Dutil et Gilles de la Tourette '.
La température des membres paralysés, d'après la plupart des auteurs, subit un léger abaissement. Mais les recherches entreprises à ce sujet n'ont pas toujours donné des résultats identiques. Lejamptel a constaté peu de différences dans la température des membres paralysés et de leurs congénères sains. C'est, suivant cet auteur, tantôt une légère différence en plus, et tantôt un léger degré d'abaissement. Chez une de nos malades, nous avons vu sur le membre supérieur paralysé la température inégalement répartie, l' avant-bras étant plus froid de 3 degrés et la main plus chaude à peu près d'autant que les parties correspondantes du membre sain.
Dans nos expériences de paralysies provoquées pendant l'hypnotisme, avec persistance delà paralysie après le réveil, nous avons noté un refroidissement très sensible à la main du membre paralysé.
i Contribution à Ictude des troubles Lrophiques de l hystérie, Dutil et Gilles de la Tourette (Nouvelle Iconographie, 2" année, n° 6).
SYMPTOMATOLOGIE 29
D. — Conservation de la confractilUè électrique.
Duchenne a beaucoup insisté sur les signes fournis par l'exploration électrique des muscles paralysés. On constaterait toujours, suivant lui, la conservation de la contractilité faradique de tous les muscles du membre atteint, quel que soit le degré de l'impuissance motrice. Il a signalé un autre signe tiré de la perte de la sensibilité électro-musculaire. Le muscle paralysé se contracte, et sa contraction n'est pas douloureuse; quelle que soit l'intensité du courant, elle n'est pas sentie. La réunion de ces deux caractères suffit, d'après cet auteur, pour établir le diagnostic de la paralysie hystérique, et la distinguer des autres sortes de paralysies.
La conservation de la contractilité faradique est, en effet, un signe précieux pour le diagnostic : mais il n'a pas la constance que Duchenne lui a attribuée. Des auteurs, entre autres Briquet, Bénédikt, Lebreton, Hélot, ont cité des exemples de paralysies véritablement hystériques qui s'étaient accompagnées de diminution notable ou même de perte absolue de la contractilité électrique. Nous-mème avons eu l'occasion d'en observer un exemple que nous avons longuement étudié et dont l'histoire est rapportée tout au long plus bas. Il s'agissait de paralysies transitoires, affectant tantôt un membre, tantôt l'autre, et l'impuissance motrice qui était absolue s'accompagnait, dans la plupart des muscles du membre, d'une diminution notable et même, dans quelques-uns, d'une perte absolue de la contractilité faradique et galvanique. Les réactions galvaniques étaient affaiblies ou anéanties, mais la formule n'a jamais présenté les caractères de la réaction de dégénérescence. Le retour de la contractilité électrique ne se faisait pas toujours parallèlement avec le retour des mouvements volontaires. Ces derniers réapparaissaient avant le retour de propriétés électriques des muscles. La rareté du fait nous engage à donner ici l'observation de cette malade intéressante d'ailleurs à d'autres titres.