‹ Paralysies et contractures hystériquesChapitre 15 sur 59 · C. — Stabilité · texte numérisé non relu

C. — Stabilité

Contrairement à ce qui s'observe pour les paralysies dont le degré varie d'un jour à l'autre et qui sont d'ordinaire incomplètes,

SYMPTOMATOLOGIE

les contractures, de même qu'elles sont d'ordinaire très intenses, persistent invariablement au même degré d'intensité. On n'observe pas les oscillations qui sont un des caractères des paralysies hystériques.

Le sommeil même n'amène aucune détente dans les membres contractures. L'observation en a été maintes fois faite, et l'on peut, dans certaines circonstances où la simulation est à craindre,

Fie 10. — Contracture du membre inférieur gauche. Type d'extension. Cette contracture est survenue à la suite d'un coup reçu à la partie inférieure et externe de la jambe en E.

trouver dans la présence de ce caractère un signe de certitude indiscutable.

Le sommeil chloroformique en amène la résolution, mais il faut savoir qu'il doit être porté assez loin, et la détente musculaire demande parfois un temps assez long pour se produire. Quelquefois même, dans les cas anciens, elle est incomplète; mais la contracture, en même temps que cesse l'action du chloroforme, se reproduit et recouvre au réveil toute son intensité.

D. — Rareté des troubles de la nutrition.

Le membre conserve d'ordinaire son volume. Les muscles, loin d'être atrophiés, forment des saillies sous la peau. Ils sont susceptibles de se contracter et de donner, sous l'influence de la faradi-

sation, une secousse à peu près semblable à celle des muscles au repos, ce qui indique que la contracture tient en quelque sorte le milieu entre l'état de relâchement et la tétanisation.

Cependant, lorsque la contracture date de longtemps, les membres finissent par s'amaigrir, sans que cependant les muscles présentent les caractères cliniques et anatomiques de la dégénérescence. Au point de vue du pronostic, il est intéressant de faire remarquer que cet amaigrissement n'apporte aucun obstacle à la guérison, qui peut être aussi bien subite que lorsque le membre a conservé son volume. Une fois le retour des mouvements effectué, le membre ne tarde pas à reprendre son aspect normal.

Enfin, il faut savoir que l'atrophie musculaire, avec réaction de dégénérescence, peut être une complication, rare, il est vrai, de la contracture hystérique. M. Gilles de la Tourette en a rapporté récemment un exemple '.

Une autre complication, dont nous parlerons plus loin, et dont l'existence a été mise hors de doute dans ces derniers temps par M. Charcot, c'est la rétraction musculaire, lésion permanente des tissus entraînant un raccourcissement du muscle, survivant aux phénomènes spasmodiques, maintenant la déformation du membre lorsque la contracture a disparu, et nécessitant l'intervention chirurgicale (voyez p. 107 et 152).

E. — Etat de la sensibilité.

Dans la contracture hystérique, la sensibilité n'est que bien exceptionnellement respectée. Dans quelques cas, il existe une hyperesthésie qui modifie le tableau symptomatique, au point que ces faits méritent d'être classés à part, et j'en ferai l'objet d'un chapitre spécial. Mais, dans le plus grand nombre des cas, la sensibilité est considérablement diminuée ou complètement abolie. L'anesthésie est limitée à la peau ou envahit aussi les parties profondes. Elle est localisée aux membres contractures ou occupe une moitié du corps (hémianesthésie). Parfois même elle est générale. La sensibilité spéciale est souvent atteinte.

1 Nouvelle Icooographie, 1889, p. 237.

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Dans la grande généralité des cas, le membre contracture n'est pas un membre douloureux. Si la malade a parfois la sensation d'un tiraillement musculaire, il n'existe rien d'analogue à la souffrance occasionnée par une crampe douloureuse. Il peut cependant exister quelques fourmillements dans les parties atteintes, quelques douleurs à forme névralgique le long des nerfs des membres contractures, sans que ces faits rentrent dans le cadre des contractures douloureuses dont il sera question plus loin.

La température du membre n'a été que rarement recherchée. D'après M. Bourneville, la température des membres contractures n'est pas plus élevée que celle des membres sains. Quelquefois ils paraissent un peu moins chauds l . Dans une expérience délicate sur les contractures provoquées dans l'hypnotisme, MM. Reguard et Biïssaud ont trouvé que la température était plutôt diminuée dans le membre contracture.

F. — Marche.

La contracture hystérique, si tenace parfois qu'elle demeure pendant des années exactement localisée à la môme région sans subir aucune modification, peut, dans d'autres circonstances, présenter une mobilité qui, lorsqu'elle se rencontre, acquiert une grande importance au point de vue du diagnostic. Cette mobilité se manifeste de deux façons : ou bien la contracture disparaît pour reparaître de la môme façon, dans les mômes régions, avec les mêmes caractères : c'est ce qu'on pourrait appeler la contracture à répétition. Cette forme de contracture se montre surtout dans l'enfance et constitue souvent une des premières manifestations hystériques. La contracture apparaît brusquement pour disparaître de même, après une durée de quelques jours. Nous connaissons deux intéressantes observations, dues à M. Charcot, de torticolis hystérique à répétition. Dans les deux cas, la contracture s'est montrée un grand nombre de fois affectant toujours la même forme, et durant à chaque apparition de

1 Dans un cas que nous avons observé, la main contractnrée était manifestement plus froide que l'autre.

huit à trente jours. Chez l'une de ces malades, âgée de quatorze ans, la contracture survenait à chaque époque menstruelle ; l'autre malade, âgée de douze ans, n'était pas encore réglée, mais le torticolis revenait également tous les mois.

D'autres fois, la contracture ne quitte une région que pour envahir un autre point du corps. Les exemples de cette forme erratique sont très nombreux. La durée de la contracture en une même région est fort variable; elle alterne ou coïncide avec des paralysies.

G. — Durée et terminaison.

La durée de la contracture hystérique est fort variable. Elle peut aussi bien cesser au bout de quelques instants que se prolonger pendant des années.

Comme le début, la terminaison est lente ou brusque.

Elle s'opère graduellement sous l'influence du traitement ou sans cause appréciable. La raideur diminue et est bientôt remplacée par un état paralytique qui lui-même s'améliore graduellement. C'est le cas général, lorsque la contracture quitte graduellement un membre, de voir ce membre passer par une période de paralysie avant de recouvrer l'intégrité complète de ses mouvements. Un des caractères de cet état parétique, qui peut se prolonger, est la facilité avec laquelle la contracture réapparaît sous l'influence d'excitations variées. Il existe là, à un degré plus ou moins accusé, cet état de contracture latente que nous avons étudié sous le nom de diathèse de contracture, état transitoire, mais qui, tant qu'il existe, permet de considérer comme incomplète une guérison en apparence parfaite, puisque toute trace de raideur a disparu. Mais cet état d'opportunité de contracture finit par disparaître lui-même, et la guérison peut alors être considérée comme définitive.

Le mode de terminaison brusque est fréquent et peut parfois susciter d'étranges surprises. Il peut donner un démenti éclatant au médecin qui, peu expérimenté en ces matières, s'est laissé effrayer par l'apparence des symptômes et a cru à l'existence

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d'une lésion organique. Il fait crier au miracle les gens étrangers à la médecine, qu'un semblable dénouement étonne à bon droit.

En effet, on voit tout d'un coup, sous l'influence d'une vive émotion ou sans cause appréciable, une contracture, qui jusque-là avait résisté à toutes sortes de traitement et durait depuis des années, cesser subitement, et le membre recouvrer, d'une façon en quelque sorte instantanée, la liberté de ses mouvements. Les exemples ne se comptent plus. M. Charcot en cite trois dans ses Leçons sur les maladies du système nerveux. La contracture de la malade au sujet de laquelle le professeur de la Salpètrière citait les exemples précédents s'est terminée de même.

Dans une observation que nous avons publiée ailleurs ', c'est dans un sanctuaire célèbre, but de pèlerinage, qu'une contracture du membre inférieur gauche qui durait depuis un an a disparu. Ici, l'émotion religieuse paraît avoir été l'instrument de la guérison. Dans d'autres circonstances, les pilules de « mica panis » ont pu produire un effet analogue.

Chez une autre malade, c'est l'effroi d'une opération proposée par un dentiste qui est le point de départ de la guérison, qui, dans ce cas, ne fut pas instantanée. Ce ne fut qu'en rentrant chez elle que la malade qui, depuis plus de quatre ans, portait son membre inférieur droit contracture dans la flexion sentit sa jambe se détendre; le bout du pied descendait jusqu'au niveau de la malléole gauche. Ce n'est que les jours suivants que l'extension fut complète.

La paraplégie spasmodique d'une jeune malade qui offrait la plus grande ressemblance avec les cas analogues de nature organique, céda subitement dans des circonstances que je rappellerai ici. Elle avait déjà subi sans succès un traitement hydrothérapique à xVuteuil. Elle rêve, étant rentrée chez elle, la veille du jour de la présentation de la Vierge, que M. Charcot était présent, et qu'avec un peu d'emportement il lui intimait l'ordre de se lever et de marcher. Au réveil, fortement impressionnée de ce rêve, elle se met à prier mentalement la Vierge, se disant que, si la Vierge voulait, elle marcherait. A dix heures du matin, il n'y

1 Grande hystérie, page 190.

PARALYSIES ET CONTRACTUBES HÏSTÉnlQ'"E3. 6

avait encore rien de changé. Elle se trouvait seule dans sa chambre depuis une heure environ, lorsque les personnes qui étaient dans la chambre voisine l'entendirent crier: « Je marche ! Je marche ! » Et en effet elle marchait sans appui. La contracture avait disparu dans les deux membres.

Le médecin doit donc être averti de la possibilité de ce dénouement.

Mais, en y regardant de près, on voit que la rapidité de la guérison est plus apparente que réelle. Comme dans les guérisons lentes, le membre passe par une phase de paralysie ou de parésie de durée variable et signalée expressément dans quelques observations. Ainsi la malade de Landouzy et Ballet, guérie subitement d'une contracture paraplégique par les pilules de « mica panis », a marché en traînant les jambes pendant deux jours.

Lorsque la parésie est assez peu accusée pour passer inaperçue,, un examen attentif fait reconnaître la persistance du caractère spasmodique, exaltation des réilexes tendineux, trépidation spinale et la présence de la diathèse de contracture.

Chez la malade paraplégique spasmodique, dont je viens de citer la guérison en quelque sorte miraculeuse, les phénomènes, spasmodiques existèrent encore longtemps après la guérison. Plus de vingt jours après, M. Charcot notait que la malade marchait en effet sans appui, mais en traînant le pied gauche sur le sol. De plus, il constatait que les réflexes rotuliens, surtout celui de gauche, étaient exagérés, et que la trépidation épileptokle était très manifeste à gauche. La trépidation du pied gauche existait encore six mois après.

La raideur musculaire, en effet, peut disparaître tout d'un coup et complètement, mais l'état médullaire qui l'entretenait ne disparaît que graduellement, et, tant qu'il persiste, la guérison ne saurait être considérée comme définitive. Les récidives sont à craindre; l'état de contracture latente ou de diathèse de contracture a remplacé la contracture, mais la guérison ne sera complète que lorsque cet état nerveux aura lui-même disparu.

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