II. — Contracture permanents douloureuse
Dans la forme non douloureuse que nous venons de décrire, la-, malade, surtout si la contracture est partielle, ne s'inquiète que modérément de son état. Elle n'en souffre point et s'habitue à se passer des services que son membre lui rendait. La guérisom peut se faire attendre, elle n'est point réclamée avec grande insistance. La situation, même dans les cas de contracture généralisée, si pénible qu'elle soit, est toujours tolérable. L'état général reste bon. Mais la scène change si le membre contracture est le siège de douleurs intenses et continues : le malade bientôt épuisé par des souffrances qui ne le quittent pas, même la nuit, et le privent de sommeil, ne tarde pas à tomber dans un état d'exaspération extrême. L'état général souffre, la nutrition languit, la fièvre survient. Et, même lorsque la contracture est localisée, il peut en résulter un état grave auquel il faut à tout prix mettre un terme.
Briquet range parmi les complications de la paralysie certaines contractures peu communes, puisqu'il n'en a observé que cinq cas, mais remarquables par leur caractère douloureux. « Pendant tout le temps qu'elle (la contracture) existe, dit Briquet, lesmembres affectés sont le siège de douleurs pongitives et de fourmillements très pénibles. » Cet état douloureux s'accompagne toujours d'une céphalalgie violente, d'insomnie, de troubles des voies digestives et de fièvre.
Cette forme pourrait mériter également le nom de contractureaiguë, et il y a lieu de la rapprocher de ces contractures généralisées, qui suivent parfois la grande attaque hystérique, et se font remarquer par les cruelles souffrances qu'elles indigent aux malades, mais ne se prolongent pas d'ordinaire au-delà de quelques heures.
Nous avons observé deux cas se rapportant à cette forme spéciale de contracture hystérique.
Dans l'un il s'agissait d'une jeune fille prise, à la suite d'attaques-
convulsives, d'une contracture douloureuse à forme hémiplégique. Cette contracture résista pendant plusieurs mois à toute tentative de traitement, puis disparut subitement à la suite d'une attaque '.
L'autre a trait à un homme de trente ans, un nommé B..., atteint de contracture de la main gauche à la suite d'une brûlure, et dont la situation devint tellement intolérable à cause des douleurs qu'il supportait, qu'en présence de l'impuissance des moyens de traitement ordinaires (aesthésiogènes) on eut recours à l'élongation des nerfs du bras 2 .
Les douleurs que supportent les malades sont localisées aux parties contracturées. C'est parfois une hyperesthésie exquise de la peau, qui ne permet pas le plus léger contact. Des douleurs plus profondes peuvent exister en même temps. Elles siègent dans les muscles contractures, dont la pression est douloureuse, ou autour des articulations où elles siègent vraisemblablement dans les ligaments tiraillés. Elles sont extrêmement vives et continues, mais avec des exacerbations qui s'accompagnent fréquemment d'exagération passagère de la contracture. On voit, en effet, à ces moments les tendons et les muscles former de nouveaux reliefs sous la peau. Ces douleurs profondes peuvent exister sans l'hyperesthésie de la peau, et même avec un certain degré d'anesthésie. Le membre douloureux est le siège d'une chaleur manifeste. Parfois, la peau devient luisante et rouge comme s'il existait un certain degré d'inflammation.
Comme ces contractures ne cessent point pendant le sommeil, les douleurs qui les accompagnent persistent également toute la nuit, et ont pour conséquence l'insomnie la plus cruelle.
Dans les cas les plus accusés, les fonctions générales ne tardent pas à s'altérer. L'appétit se perd, le malade maigrit. Il est dans un état d'inquiétude et d'agitation perpétuelles. Un de nos malades ne se trouvait soulagé, et encore faiblement, que par des doses
1 L'observation a été rapporlée dans mes Eludes cliniques sur la grande hystérie, page4!4.
- On pourrail aussi rappniter à celte forme les observations suivantes :
1" Observation ilu Ruslpgleo, rapporlée par MM. bourneville et Voulet. Delà contracture hy>tèri<iue permanente, p. 25'.
2° Observation do Brii|uel ( Trialc de l'hystérie, p. 435). l.a contracture occupait tous les muscles du cùlé gauche du corps.
considérables d'opium. Il peut survenir alors un état fébrile inquiétant. Un malade de Briquet, au bout de six semaines d'insomnie complète, présentait une assez grande fréquence de pouls, de la chaleur à la peau, et enfin un véritable état de fièvre hectique s'accompagnant d'un dépérissement notable.
Un autre caractère de ces contractures douloureuses est leur résistance à la plupart des moyens de traitement. En effet, une série d'expériences nous a démontré que les aesthésiogènes n'avaient d'influence sur la contracture que lorsqu'elle s'accompagnaitd'anesthésie. Toutes les fois qu'il y avait de l'hyperesthésie cutanée ou des douleurs profondes, les mêmes procédés sont demeurés sans résultats.
Le médecin peut se trouver alors dans une grande perplexité, en face de l'insuccès du traitement employé et de la nécessité où il est d'intervenir. Notre malade B... en était arrivé à demander comme une grâce l'amputation de son membre. M. Charcot se décida alors pour l'intervention chirurgicale, et conseilla l'élongation du nerf médian qui fut pratiquée par M. Terrillon. Le résultat immédiat fut la disparition des douleurs. La contracture également disparut, mais elle fit place à un état parétique du membre qui persistait encore six mois après.
Dans l'observation de Rustegleo, la contracture et les douleurs cessèrent peu à peu sous l'influence de l'emploi de fortes doses d'opium.
Chez la malade de Briquet, les contractures douloureuses qui avaient résisté aux opiacés, aux applications chloroformiques, cessèrent sous l'influence d'applications de ventouses scarifiées.