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III. — Influence des divers états morbides

Chez les sujets prédisposés, une affection locale quelconque peut être le point de départ de manifestations hystériques parmi lesquelles les troubles de la motilité n'occupent pas le dernier rang. Ainsi, il n'est pas rare de voir à une conjonctivite légère succéder un spasme orbiculaire tenace; à une laryngite simple, l'aphonie et le spasme de la glotte ; à une bronchite légère, la toux nerveuse; à une inflammation vaginale, la vaginisme, etc. etc.. Dans ce cas, l'affection locale joue le rôle d'épine et provoque l'éclosion dans la partie affectée de phénomènes hystériques variables parmi lesquels la contracture musculaire joue un rôle prédominant.

Parmi les affections générales qui peuvent favoriser le développement des manifestations de l'hystérie, il faut citer les fièvres, le rhumatisme, la syphilis, la chlorose, les intoxications chroniques, etc.

Briquet rapporte une observation de fièvre typhoïde survenue chez une hystérique qui, parmi les accidents pouvant se rapporter à la névrose, présenta de l'engourdissement avec fourmillements des membres supérieurs et inférieurs, et de la contracture en flexion des doigts des deux mains.

Dans le courant de la fièvre typhoïde on a pu observer quelques cas de paralysie motrice, ou d'aphonie, de tympanisme abdominal exagéré, etc.

L'épuisement nerveux qui accompagne la convalescence des fièvres graves constitue une circonstance favorable à l'éclosion des paralysies hystériques. J'ai eu l'occasion de soigner, de concert avec M.Lereboullet, une jeune fille qui fut atteinte à la suite d'une fièvre typhoïde d'une paraplégie de nature hystérique qui

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ne céda qu'au bout d'un an, malgré les efforts combinés de l'hydrothérapie et de l'électrothérapie.

C'est dans la convalescence d'une scarlatine qu'une jeune malade, dont M. Charcot m'a communiqué l'observation, fut prise de paralysie de la main.

Rigal rapporte l'observation d'une malade qui, à peine guérie de la diphtérie et d'une paralysie du voile du palais qui avait succédé à l'angine, fut prise, à l'annonce d'une mauvaise nouvelle, de paralysie des quatre membres avec une hyperesthésie cutanée dont la nature hystérique a été nettement établie.

Le rhumatisme associe souvent ses manifestations à celles de l'hystérie. Les accidents qu'il détermine du côté des membres et des jointures se trouvent parfois combinés avec les symptômes moteurs de l'hystérie, paralysies ou contractures. Il résulte de ce mélange des sortes d'alfeclions mixtes où domine tantôt l'élément rhumatismal, tantôt l'élément hystérique. Nous reviendrons silice sujet au chapitre des complications.

L'action de la syphilis sur l'hystérie a été bien démontrée par M. Fournier. « Il est, dit-il, assez commun que des femmes anciennement hystériques voient tout à coup leurs anciens malaises reparaître dans le cours de la période secondaire... En un mot, l'hystérie, qui chez elles s'était calmée, subit de l'influence syphilitique une exacerbation nouvelle. » Parfois même, d'après le même auteur, la syphilis peut créer de toutes pièces la névrose hystérique qui n'existait pas auparavant. C'est ainsi qu'on peut s'attendre à voir chez des syphilitiques prédisposées survenir des accidents moteurs de contracture ou de paralysie dont il importe au plus haut degré de pouvoir apprécier la nature.

Mais, si la syphilis exerce une action sur le développement des manifestations hystériques, celles-ci ne sont modifiées en aucune façon dans leur symptomatologie parla maladie spécifique.

La chlorose, d'après les auteurs anciens, offre de grandes connexions avec l'hystérie et, en particulier, avec les paralysies hystériques qui, d'après Lebretôn, augmentent et diminuent en même temps qu'elle. Mesnet sur vingt-sept cas de paralysie hystérique, a trouvé vingt-cinq fois la chlorose, et Chevalier la trouve signalée dans huit des vingt et une observations de paralysie hystérique des quatre membres qu'il a pu réunir.

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Il ne faudrait pas exagérer cette relation et, avec Trousseau et Pidoux, l'admettre si intime, que l'hystérie devient, avec ces auteurs, une variété de chlorose. Les observations de paralysie hystérique dans lesquelles la chlorose n'existe pas ne sont pas rares. Notre expérience nous a appris que, dans les cas d'hystérie très développée, dans ceux qui méritent le nom de grande hystérie (hj/steria major), la chlorose est même rare, et nous citerons plus loin un certain nombre de contractures et de paralysies hystériques chez des sujets qui n'ont jamais présenté aucun des attributs de cette affection.

Cependant, il est bien certain que toute cause débilitante agissant sur l'organisme, telles que les pertes sanguines, les sécrétions trop abondantes, les fatigues exagérées, créent un état de faiblesse de l'économie éminemment favorable au développement des accidents hystériques.

Aux diverses manifestations morbides qui précèdent et dont l'influence sur l'éclosion des accidents hystériques est reconnue depuis longtemps, il faut ajouter maintenant toute la série des intoxications chroniques (plomb, alcool, mercure, sulfure de carbone), dont le rôle comme agent provocateur de l'hystérie a été récemment mis en lumière par .M. Chircot et, après lui, par MM. Debove, Potain, Letulle, Dreyfous, Marie et Guinon. 11 résulte des travaux de ces auteurs et, en particulier, de celui de Guinon ', qui présente une exposition complète de la question, qu'à côté des désordres nerveux relevant directement de l'intoxication, tels que les paralysies par névrites périphériques par exemple, il existe un bon nombre de manifestations nerveuses, parmi lesquelles les anesthésies et certaines paralysies tiennent le premier rang, qui doivent être mises sur le compte, non de l'intoxication comme on l'a cru jusqu'à présent, mais de la diathèse hystérique éclose sous L'influence de l'empoisonnement et autrefois méconnue.

1 Guinon, Les agents provocateurs d: l'hystérie, !8S9.

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