II. — Electrisation
La faradisation musculaire peut rendre les plus grands services dans la paralysie hystérique, et Duchenne de Boulogne a guéri par ce procédé environ la moitié des cas traités. Il est des insuccès que rien ne peut faire prévoir.
On doit, en général, localiser l'excitation électrique dans chacun des organes affectés, et continuer le traitement quelque temps après le retour des mouvements afin de fixer, pour ainsi dire, la guérison.
Il a quelquefois suffi d'une seule excitation électro cutanée pour guérir la paralysie hystérique. Duchenne rapporte que, lorsque l'anesthésie était accompagnée d'affaiblissement musculaire, il suffisait presque toujours de rappeler la sensibilité cutanée pour voir reparaître la force musculaire normale. Il est même des cas où elle semble mieux réussir que la faradisation musculaire.
Il n'existe pas de signes qui puissent faire prévoir si la paralysie guérira ou non par la faradisation.
J'ai eu l'occasion d'observer un cas dans lequel l'influence de la faradisation était manifeste, et ramenait parfois les mouvements dans la partie paralysée au bout de quelques minutes d'application. Si le succès n'était pas toujours aussi complet, il y avait constamment, à la suite de chaque séance, une amélioration considérable.
Je rappellerai ici l'influence souveraine de la faradisation sur le retour de la motilité dans les paralysies provoquées pendant l'hypnotisme.
Il ne faut pas, toutefois, employer la faradisation d'une façon inconsidérée, car les exemples ne sont pas rares dans lesquels ce mode d'électrisation a donné lieu à la contracture permanente.
L'étude que nous avons faite de la contracture et de cet état nerveux spécial qui favorise son développement nous permet de nous rendre compte du mécanisme de la production de la contracture par une faradisation trop intense. Il s'agit là, comme dans certains cas de traumatisme, d'une contracture de nature réflexe.
Il ressort de ces faits un enseignement précieux.
Dans le traitement de la paralysie hystérique, il faut agir avec discernement et se méfier des excitations trop vives portées à la surface du membre. Car ces excitations peuvent dans certaines circonstances faire naître la contracture qui constitue une aggravation. Il est des signes auxquels le médecin peut prévoir cette éventualité. Il doit se défier de l'exagération trop vive des réflexes des membres paralysés, des secousses spontanées, de la trépidation, etc.. Ces indices de motilité, parfois bien accueillis par le malade, doivent faire craindre au médecin l'imminence de la contracture.
Dans la contracture, la faradisation est nuisible. De même qu'elle fait naître la contracture imminente, de même elle l'entretient et l'exagère lorsqu'elle existe. Le résultat est le même, que la faradisation porte sur les muscles dont la prédominance d action détermine l'attitude, ou sur leurs antagonistes. On n'en sera pas surpris si l'on se souvient que dans la contracture hystérique les groupes musculaires antagonistes sont également contractures. Duchenne, dont la pratique était grande, ne cite qu'un seul cas de guérison par la faradisation des muscles antagonistes.
Le faradisation cutanée pourrait dans certains cas donner de meilleurs résultats. « Il m'est arrivé de guérir, comme par enchantement, dit Duchenne, certaines contractures hystériformes très circonscrites. »
Les courants continus ont été préconisés contre les contractures par Remak ; les expériences ultérieures de Ptluger montrant, qu'un muscle en contraction est paralysé par l'application d'un courant continu, plaident théoriquement en faveur de ce genre de traitement.
Onimus et Legros conseillent l'emploi des courants continus descendants appliqués soit sur la colonne vertébrale, soit sur le membre contracture.
La franklinisation, remise en honneur depuis une douzaine d'années par M. R. Vigouroux et journellement employée depuis dans le service de M. le professeur Charcot à la Salpètrière, pourra être aussi utilement employée contre les paralysies et les contractures en dirigeant, suivant les cas, le souflle, les aigrettes, ou les étincelles sur les parties atteintes.
En tous cas elle rendra les plus grands services pour la cure de la diathèse hystérique elle-même.