‹ Paralysies et contractures hystériquesChapitre 38 sur 59 · VII. — Hypnotisme · texte numérisé non relu

VII. — Hypnotisme

Malgré l'extension donnée dans ces derniers temps au traitement par l'hypnotisme 1 , nous persistons à croire que les cas qui relèvent du traitement hypnotique sont relativement restreints,

1 II faut citer parmi les nombreux auteurs qui se sont plus particulièrement adonnés à l'iiypnothérapie : MM. Liébault et Beruheim, à Nancy; Bérillon et Luys, à Paris;. Lloyd Tuckey, à Londres; Mol), à Berlin; Van Renlerghem et F. Van Eeden, à Amster-

et que c'est justement parmi les manifestations de l'hystérie qu'ils se rencontrent de préférence, car, à notre avis, c'est dans l'hystérie et dans les névroses en général que l'hypnotisme peut être employé sans danger.

Je n'ai pas à insister ici sur les inconvénients du sommeil provoqué ; il suffit de le signaler et de rappeler que l'hypnotisme doit être rangé parmi les agents provocateurs de l'hystérie.

Mais, ceci étant bien établi, il est évident que, chez les hystériques, les manœuvres hypnotiques peuvent être utilement employées contre certaines manifestations de la névrose, parmi lesquelles les paralysies et les contractures tiennent le premier rang.

Maintenant comment doit-on procéder et quelle est la méthode? M. le professeur Pitres donne les sages conseils suivants :

« 1° Il ne faut en aucun cas endormir les malades sans avoir au préalable obtenu leur consentement formel ; en général, il vaut mieux ne pas solliciter ce consentement, et attendre que les malades en aient eux-mêmes la première idée ; 2° s'il s'agit d'une femme, il ne faut jamais l'hypnotiser sans témoins; 3" il ne faut jamais donner aux malades que des suggestions utiles à leur guéri son. »

Je ne m'étendrai pas ici sur les moyens de provoquer le sommeil et sur les manifestations symptomatiques du sommeil hypnotique lui-même. Ce sont pourtant des points indispensables à bien connaître pour celui qui désire manier l'hypnotisme. Mais nous ne pouvons entrer ici dans les développements qu'exigerait une semblable étude, et nous renvoyons le lecteur à nos Études cliniques sur l'hystérie où ces questions sont traitées avec détail.

C'est sur la propriété qu'a l'hypnotisme de déplacer et de concentrer toute l'activité des centres nerveux sur un point déterminé que repose le traitement hypnotique, et c'est à la perturbation qu'il jette dans le fonctionnement normal du système nerveux que l'on demande la guérison des désordres fonctionnels antérieurs et spontanés qui constituent la maladie.

Cette simple remarque fera comprendre toute la prudence que

dam; Ollo G. Weilerstrad, à Stockholm, elc. M. le professeur Pitres, de Bordeaux, dans ses remarquables Leçons sur l'hystéiie et l'hypnotisme, a exposé fort judicieusement l'état de la question. On y trouvera une liste bibliographique complète dss très nombreux ouvrages auquels elle a donné lieu.

commande l'application d'un semblable procédé, en même temps qu'elle rend compte de ses insuccès et de ses dangers.

Jusqu'à présent c'est à la seule suggestion, c'est-à-dire à l'influence du moral sur le physique, de l'idée sur le corps, qui dans une certaine période de l'hypnotisme acquiert une si grande puissance, qu'on a demandé l'action curative. Il y aurait peutêtre lieu de chercher à se servir dans le même but, et particulièrement dans le traitement des paralysies et des contractures, des propriétés neuro-musculaires si remarquables qui se développent dans d'autres phases du sommeil nerveux. Il n'en est pas moins vrai que la suggestion restera toujours la grande et principale ressource du traitement par l'hypnotisme. Mais la suggestion elle-même, dont les nombreuses expériences d'hypnotisme ont surabondamment démontré la puissance, constitue-t-elle un moyen certain de guérison de la contracture et de la paralysie hystérique? Et suffira-t-il au médecin de plonger son malade dans l'état de somnambulisme hypnotique pour voir ces accidents prendre fin sous l'action d'une intimation un peu ferme ?

L'expérience nous répond qu'il est loin d'en être ainsi. Nous savons, pour l'avoir dit un des premiers, que la somnambule hypnotique n'est pas un pur automate, et qu'elle peut opposer une résistance souvent grande, parfois insurmontable, aux injonctions et aux suggestions de l'expérimentateur. Mais nous avons fait remarquer également qu'il n'en était pas de même lorsque la suggestion pouvait avoir lieu pendant l'état cataleptique, comme cela arrive chez certains sujets, et que, s'il y avait un « moi » somnambule, il n'y avait pas de « moi » cataleptique, le sujet cataleptique étant une parfaite machine '.

On peut donc trouver là une indication utile pour le traitement par la suggestion. D'autre part, nous avons vu dans plusieurs de nos expériences que la suggestion devenait impuissante contre les contractures et les paralysies artificiellement provoquées par des moyens autres que la suggestion, tandis qu'elle réussissait toujours dans les cas où le trouble moteur avait été provoqué par ce même procédé. Il y aurait donc lieu d'établir des distinctions, et les quelques tentatives que nous avons faites plus haut

1 Voyez Etudes sur la grande hystérie, p. 789.

pour établir le siège de la lésion dynamique qui entretient la paralysie ou la contracture pourraient aider dans cette voie. C'est ainsi que le trouble moteur relèverait plus particulièrement de la suggestion hypnotique lorsque son siège est cérébral ou r pour mieux dire encore, cortical.

Quoi qu'il en soit, malgré les statistiques brillantes fourniespar un certain nombre d'observateurs, je crois sage de ne pas fonder sur la cure hypnotique, même dans les cas qui paraissent devoir être les plus favorables, de trop grandes espérances.

En ce qui concerne les troubles moteurs hystériques qui nous occupent plus particulièrement ici, les résultats obtenus peuvent se résumer de la façon suivante :

Exceptionnellement la guérison a été obtenue à la première tentative. Le plus souvent les hypnotisations ont dû être répétéesun certain nombre de fois. Dans de nombreux cas, la disparition de la paralysie ou de la contracture sous l'influence suggestive n'a été que temporaire, le mal se reproduisant quelques heures ou quelques jours après, et nécessitant à nouveau l'emploi de la suggestion.

C'est ainsi que des malades ont été traitées pendant des années,, délivrées à la vérité de leur mal, mais à la condition d'être endormies et suggestionnées tous les jours ou même plusieurs foispar jour.

Enfin, M. Pitres signale, pour l'avoir observé d'une façon trèsprécise, un inconvénient de la méthode hypnothérapique, qu'il, est utile de connaître. « Il arrive parfois, dit-il, qu'un accident supprimé par suggestion est remplacé par un autre accident plus, désagréable que le premier, de telle sorte que les malades, qui ont en somme perdu au change, viennent demander en grâce au médecin de leur rendre le mal qu'ils avaient primitivement. »

En faisant entrer en ligne de compte tous ces cas qui, à proprement parler, ne sauraient être considérés comme des guérisons, ceux dans lesquels la suggestion a été entièrement impuissante, ceux enfin qui sont réfractaires non seulement à la suggestion, mais à l'hypnotisme lui-même — et ils sont encore nombreux même parmi les hystériques, — nous pouvons conclure, sans crainte d'exagération, que les cas de contractures ou de paralysies hystériques guéries par l'hypnotisme sont relativement peu nombreux.

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