I. — Torticolis paralytique
Dans cette forme, qui est la plus rare, la tête est inclinée du côté opposé aux muscles qui sont le siège de la paralysie. A
première vue, on pourrait croire à un torticolis dû à la contracture, car l'immobilité de la tète paraît complète, et l'attitude peut fort bien ne guère différer dans les deux cas. Ce n'est alors qu'en prenant la tête entre les mains qu'on constate qu'elle se laisse facilement déplacer, ramener à la situation droite pour retomber dans son attitude vicieuse aussitôt qu'elle est abandonnée ; les parties molles du cou ont conservé leur souplesse ; on n'observe rien de semblable à la saillie ferme et élastique d'un muscle contracture. Nous avons eu occasion d'observer chez une de nos malades, qui présentait d'ailleurs des akinésies des membres, une paralysie des muscles d'un des côtés du cou. La paralysie paraissait siéger également dans le slerno-mastoïdien et le trapèze du même côté. La tête se trouvait entraînée latéralement (sans rotation) par la tonicité des mêmes muscles demeurés sains de l'autre côté où elle arrivait jusqu'au contact avec l'épaule. On pouvait facilement se rendre compte de l'absence de contracture; la tête se laissait déplacer facilement, il n'y avait aucune saillie tendineuse ou musculaire du côté où la tête était entraînée (Obs. I).
Cette paralysie était transitoire. Elle se reproduisit à plusieurs reprises chez notre malade pendant le temps qu'elle fut soumise à notre observation. La malade était prévenue par une sensation d'engourdissement et de faiblesse dans le côté gauche du cou, puis au bout de peu d'instants la tète retombait brusquement sur l'épaule droite : le torticolis était constitué. Plusieurs fois nous avons vu ce torticolis se produire sous nos yeux, par une sorte de transfert, pendant que, sous l'influence de la faradisation du bras gauche, la paralysie dont ce bras était atteint s'amendait. Nous avons toujours eu raison facilement de cette paralysie du «ou par la faradisation des muscles sterno-mastoïdien et trapèze du côté paralysé. Quelquefois même, quelques instants d'électrisation ont suffi pour rendre au cou toute la liberté de ses mouvements.
• II. — Torticolis par contracture.
L'attitude vicieuse de la tête est maintenue par la contracture d'un ou plusieurs muscles du cou. On comprend que cette attitude
varie suivant les muscles atteints: sterno-mastoïdieu, trapèze, splénius, complexus, etc.. Dans le plus grand nombre des cas, plusieurs muscles d'un même côté sont contractures à la fois, la tète est inclinée latéralement sur l'épaule, la face plus ou moins tournée du côté opposé. Lorsque le torticolis est très
Fig. 30. — Torticolis hyslérique.
intense, la tète est en contact avec l'épaule qui est elle-même soulevée (fig. 30) ; la raideur des muscles est telle qu'il est impossible de passer la main entre les deux parties.
Le début du torticolis, comme celui de la contracture en général, est brusque ou graduel. Il est très fréquemment un des apanages de l'hystérie infantile ; lorsqu'il ne se prolonge pas, sa véritable nature est souvent méconnue. En effet, la contracture qui entretient le torticolis revêt plusieurs formes : c'est la contracture permanente, qui persiste pendant des mois et ne disparait que lentement à la suite d'un traitement approprié ; ou bien le torticolis, et cette forme parait particulière à l'enfance, cède brusquement au bout de quelques jours, pour reparaître plus tard sous le môme aspect, céder de nouveau, et ainsi de suite pendant un temps plus ou moins long : c'est le torticolis à répétition. Nous en avons observé deux remarquables exemples. Il s'agissait dans les deux cas de deux petites fdles chez lesquelles cet accident spasmodique se reproduisait tous les mois et durait
de sept à huit jours chaque fois. Chez l'une d'elles, âgée dequatorze ans, le torticolis coïncidait avec l'époque des règles ; l'autre, âgée de douze ans, n'était pas encore réglée.
Enfin nous avons observé chez une de nos malades une forme de torticolis intermittent, et qui, par son mode de production, se
Kig. 31. — Contracture hystérique du cou et du Fig. 3*2. — Contracture hystérique du cou et du memhre" membre supérieur droit. supérieur droit. (Même malade que Gg. 31.)
rapproche de la forme décrite par les auteurs sous le nom de torticolis spasmodique, torticolis par spasme fonctionnel.
Dans le cas auquel nous faisons allusion, le torticolis ne se produisait que dans certaines conditions bien déterminées. Ainsi, la malade étendue dans son lit en décubitus dorsal possédait toute liberté dans les mouvements du cou, elle soulevait la tête, l'inclinait de côté et d'autre. Mais aussitôt qu'elle s'asseyait, dès" que les épaules quittaient l'oreiller, la tête s'inclinait sur l'épaule et s'y trouvait maintenue par une contracture énergique tant que l'attitude verticale du tronc persistait. Cette contracture dispa-
raissait soudainement si la malade reprenait la position du décubitus dorsal, pour reparaître dans les conditions que nous avons dites. Ce singulier accident se reproduisit à deux reprises chez notre malade, mais ne se prolongea pas chaque fois au-delà d'une journée.
Au désordre musculaire s'ajoute souvent un trouble de la sensibilité correspondant. Il existe une plaque d'anesthésie cutanée exactement limitée à la partie des téguments superposée au muscle contracture. Le fait a été relevé par M Gilles de la Tourette qui en cite un exemple absolument typique.
Le torticolis qui apparaît parfois comme manifestation isolée de la grande névrose fait souvent partie d'un tableau symptomatique plus complexe. On voit s'y joindre des contractures de la face, du trismus, des accidents spasmodiques du côté de l'œsophage, enfin des troubles variés de la sensibilité et de la motilité du côté des membres.
C'est la plupart du temps, surtout lorsqu'elle apparaît isolée, une affection qui ne s'accompagne d'aucune réaction fébrile, sans douleurs et sans gravité.
COXALGUE HYSTERIQUE
On a désigné sous ce nom un ensemble symptomatique occasionné par la contracture des muscles de l'articulation de la hanche avec phénomènes douloureux, et dont la ressemblance avec la coxalgie véritable est telle que le diagnostic est souvent entouré de grandes difficultés. Cette affection, dans laquelle l'articulation elle-même n'est pas atteinte, a été pour la première fois bien étudiée par Brodie '. Elle est souvent une des manifestations de l'hystérie de l'enfance et succède fréquemment au traumatisme.
1 Le 0' Gilles de la Touretie vient de publier, dans son Traité de l'hystérie, sur les
Comme dans la coxalgie vraie ou articulaire, il existe une déformation de la hanche ; le membre inférieur est dans la rotation en dedans avec flexion, adduction et raccourcissement apparent. On observe également la cambrure lombaire. Quand on veut faire mouvoir l'articulation coxo-fémorale, on se heurte à une impossibilité absolue. De plus, ces manœuvres sont douloureuses ; la malade ne peut se servir de son membre pour marcher ; elle est confinée au lit, ou bien, lorsque les douleurs ne sont pas trop intenses, elle peut faire quelques pas à l'aide de béquilles. Beaucoup plus rarement l'attitude du membre est différente et l'on observe la rotation du membre en dehors avec abduction, extension et allongement apparent.
Le diagnostic sera fondé sur les signes suivants. Dans la coxalgie hystérique, les signes qui révèlent l'état inflammatoire de l'articulation n'existent pas. Toutefois les pressions exercées de dehors en dedans sur le grand trochanter, ou surtout de bas en haut sur le pied ou le genou, qui le plus souvent ne provoquent pas de douleurs, peuvent en déterminer comme dans la coxalgie vraie; et la chose a lieu lorsque l'hyperesthésie, qui occupe d'ordinaire les. muscles et la peau, s'étend jusqu'à l'articulation. Les souffrances spontanées n'en sont pas moins vives, et elles revêtent même quelquefois un caractère d'acuité que ne présente guère la coxalgie vraie. J'ai eu l'occasion d'observer, avec le D r Grosclande d'Elbeuf, une jeune fille de onze ans confinée au lit pour une maladie de la hanche droite et qui poussait des cris épouvantables chaque fois qu'il s'agissait de la déplacer dans son lit. Bien plus, sous l'influence de douleurs spontanées, qu'elle disait éprouver, elle poussait toutes les minutes les mêmes cris qui s'entendaient des maisons voisines et avaient excité la pitié de tout le quartier. Le cas d'ailleurs était grave, parce qu'il s'y ajoutait une anorexie presque complète, et la petite malade ne vivait plus depuis une quinzaine de jours que d'eau claire et de quelques grammes de poudre de viande qu'on lui donnait à prendre par subterfuge dans des cachets.
Sur mon conseil, la jeune malade fut amenée à Paris, traitée
arthralgies hystériques un excellent chapitre où l'on trouvirn, avec l'historique de la question, un exposé bibliographique des plus complets.
comme il convenait par l'isolement, l'hydrothérapie et la contrainte morale. Sa guérison entière et complète au bout de quelques mois est venue confirmer le diagnostic, et témoigner de la nature purement hystérique de l'affection de la hanche.
L'hyperesthésie cutanée signalée par Brodie est un signe de la plus haute importance sur lequel a vivement insisté M. Charcot.
De même que l'anesthésie, l'hyperesthésie, ainsi que l'a montré M. Gilles de la Tourette, se superpose aux troubles musculaires ou articulaires. En ce qui concerne la coxalgie hystérique, « le tertoire cutané hyperesthésique est représenté par une sorte de triangle dont le sommet serait à la racine des bourses, ou à la naissance du mont de Vénus chez la femme, et dont la base, s'élargissant de plus en plus, parallèlement au pli de l'aine qu'elle a pour centre de direction, contournerait la fesse et irait s'implanter sur le sacrum, empiétant quelquefois assez haut sur la région hypogastrique. » (Gilles de la Tourette.)
Rien de semblable ne s'observe dans la coxalgie vraie.
Dans cette dernière, les phénomènes locaux, la chaleur, le gonflement, la rougeur sont fixes et constants; ils sont au contraire mobiles et fugaces dans la coxalgie fausse, d'apparence congestive plutôt qu'inflammatoire, et se lient à des phénomènes de paralysie vaso-motrice. Enfin la coxalgie vraie s'installe lentement, progressivement chez le sujet. Rien de pareil pour la coxalgie fausse qui a une marche plus capricieuse, moins progressive. Elle peut survenir rapidement, atteignant d'emblée son maximum de développement et présentant souvent des exacerbations subites suivies de rémissions non moins rapides dans les symptômes.
Les troubles trophiques, dont nous avons signalé l'existence plus haut à propos des paralysies et des contractures hystériques en général, peuvent se rencontrer ici. Ils consistent en un œdème de la région déjà signalé par Brodie, en amyotrophies qui peuvent s'étendre sur différents points du membre, et même en une sorte d'ankylose fibreuse analogue à celle qui s'observe aux articulations tibio-tarsiennes à la suite des contractures.
On voit, dans ce qui précède, qu'il est parfois difficile de distinguer la coxalgie nerveuse de la coxalgie articulaire. Mais les difficultés augmentent lorsqu'une coxalgie vraie se déclare chez une
hystérique, ou lorsqu'une coxalgie fausse survient chez une hystérique strumeuse. La pierre de touche du diagnostic réside alors dans les résultats de l'anesthésie chloroformique. On sait que pendant le sommeil du chloroforme la contracture hystérique se résout, et avec elle disparaissent tous les signes de la pseudocoxalgie, tandis que les symptômes articulaires de la vraie coxalgie : craquements, frottements, luxation, etc., sont alors faciles à constater grâce au relâchement musculaire.
Il y a néanmoins une réserve à faire puisque dans la période de début de la coxalgie vraie aucun de ces signes articulaires n'existe encore.
Enfin il faut savoir que les deux affections peuvent coexister, et qu'aux lésions dynamiques de la coxalgie hystérique s'ajoutent parfois les lésions organiques de la coxalgie scrofuleuse. M. le professeur Charcot * en cite trois cas dus à M. le professeur Lannelonque et à M. le D'' Joffroy.
ARTICLE IV
Paralysie. — La paralysie du diaphragme a été observée deux fois par Briquet sur quatre cents cas d'hystérie.
Les symptômes parfaitement analysés par Duchenne de Boulogne sont les suivants : la respiration est très courte, la voix a un timbre étouffé, les malades sont dans un état d'anhélation continuelle ; lors de l'inspiration, les viscères abdominaux sont comme aspirés dans la cavité thoracique, et il se fait un creux très prononcé à la base du thorax et surtout à l'épigastre ; au contraire cette partie fait saillie lors de l'expiration, ce qui est tout l'opposé de ce qui se passe quand la respiration se fait d'une façon normale.
•Leçons sur les maladies du système nerveux, I. III, p. 38$.
Somme toute, la respiration s'opère, il n'y a pas de signes d'asphyxie. Mais tous les actes pour l'accomplissement desquels le phénomène de l'effort est nécessaire sont troublés. La défécation s'opère très difficilement, la voix est changée clans son timbre, elle est sourde, étouffée.
Cette paralysie alterne avec d'autres paralysies, elle coïncide avec des manifestations hystériques variées.
Contracture. — Bien que nous n'ayons pas connaissance d'un seul cas de contracture du diaphragme d'origine manifestement hystérique, nous pensons qu'il y a intérêt à rapprocher du tableau clinique de la paralysie du diaphragme celui de la contracture. C'est à Duchenne de Boulogne qu'on doit cette description :
« Au moment où le diaphragme se contracture, la moitié inférieure du thorax s'agrandit, surtout transversalement; l'épigastre et les hypocondres se soulèvent ; la respiration ne s'opère que dans la moitié supérieure de la poitrine ; elle se compose d'une inspiration brusque et d'une expiration courte. Ces mouvements respiratoires partiels sont très rapprochés, bientôt ils s'affaiblissent, se ralentissent, et apparaissent les symptômes de l'asphyxie. »
Contrairement à ce qui a lieu pour la paralysie qui laisse subsister la respiration, la contracture du diaphragme ne saurait se prolonger au-delà de quelques instants sans entraîner la mort.
Ce seul caractère de gravité nous porte à croire que, si la contracture du diaphragme existe dans l'hystérie, elle y est au moins fort rare dans la forme décrite par Duchenne de Boulogne.
Mais il est fort possible qu'elle entre pour une part dans les accès hystériques de suffocation attribués au spasme glottique seul.
Duchenne rapporte l'intéressante observation d'une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans, atteinte d'une tétanie des pieds et des mains, chez laquelle survint tout d'un coup une contracture du diaphragme qui céda aux applications de compresses trempées dans l'eau bouillante, sur la base du thorax.
La contracture des extrémités, qui avait disparu au moment de la contracture du diaphragme, se reproduisit aussitôt que celleci eut disparu à son tour.