I. — Paralysie hystérique des muscles du larynx
L'aphonie hystérique est toujours associée à quelque trouble de la sensibilité de la muqueuse laryngienne dont l'anesthésie est le plus commun. La perte de sensibilité s'étend souvent jusqu'au voile du palais et à l'arrière-gorge.
Thaon a démontré (Congrès de Milan, 1880) que l'anesthésie du larynx s'accompagnait d'une plaque d'anesthésie cutanée sus-hyoïdienne et d'une autre plaque sous-hyoïdienne.
Le début est brusque le plus souvent. La paralysie hystérique des muscles du larynx succède aux causes les plus diverses, aux fortes émotions morales, ou aux inflammations les plus légères de la muqueuse. La durée en est fort variable, d'un jour à une année et même davantage. Elle coïncide parfois avec d'autres manifestations de la névrose, ou se montre à l'état d'isolement.
Les signes fonctionnels sont les suivants : la malade est aphone ; elle ne peut parler à haute voix, mais elle a conservé le pouvoir de s'exprimer à voix basse. Il n'y a en aucune façon perte de la fonction du langage (aphasie) , ni paralysie des muscles de la langue et des lèvres qui servent à l'articulation des mots. L'organe pho-
nateur seul fait défaut. La respiration s'exécute normalement, et, malgré la perte de la voix, la toux est sonore.
La paralysie disparaît pendant le sommeil. L'expression vocale des rêves subsiste (Gougenheim). Gerhardt,de Wûrtzbourg, insiste beaucoup sur la conservation de la voix pour certaines fonctions. C'est ainsi que quelques-unes de ses malades pouvaient chanter à pleine voix un air dont il leur était impossible de dire les paroles d'une façon intelligible. Il signale de plus la persistance de la contractilité électrique mise en jeu par l'électrisation directe ou par l'application cutanée. La malade peut, sous cette influence, faire entendre quelques mots.
A l'examen laryngoscopique, on constate un écartement plus ou moins grand des cordes vocales qui ne peuvent se rapprocher ; nous devons ajouter que, dans des cas plus rares, le rapprochement des cordes vocales a été constaté. Dans la grande majorité des cas, la paralysie est bilatérale ; la muqueuse laryngée est normale ; les cordes vocales ont leur aspect habituel blanchâtre, mais, si parfois elles présentent un aspect rosé et comme congestif, il ne faut pas l'attribuer à un état inflammatoire, mais plutôt à un épaississement de la corde vocale et de la muqueuse qui, étant revenue sur elle-même, augmente ainsi d'épaisseur (Poyet).
Quelle est la raison de l'écartement des cordes vocales signalé plus haut? Sur quels muscles porte la paralysie?
L'explication suivante qu'en donne le D r Gougenheim nous paraît parfaitement plausible et concorde avec nos observations:
" La paralysie est probablement dans l'aire du laryngé supé- <( rieur, ce qui entraine à la fois l'anesthésie de l'organe, et la « paralysie des muscles crico-thyroïdiens qui sont adducteurs, « comme on le sait. Le larynx se trouve alors livré à l'action « isolée des récurrents, et l'abduction résulte de la prédominance « des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs sur les adducteurs « plus faibles innervés par le même nerf. Les auteurs expliquent « l'abduction dans la paralysie hystérique en disant que la para- « lysie porte seulement sur les adducteurs. Cette dissociation me « parait arbitraire. Je sais bien que, chez les mêmes malades, le « fait inverse peut se présenter et que l'on peut trouver les cordes « rapprochées dans l'adduction. On dit alors qu'il y a paralysie « des abducteurs, et il semble au premier abord que ces cas
« légitiment bien la dissociation admise. Mais ici encore une « autre explication me semble plus plausible. Je n'admets pas « dans le second cas qu'il y ait paralysie des dilatateurs, et je crois « plutôt que les mêmes muscles qui sont ordinairement paralysés « (les crico-thyroïdiens) sont alors contractures ». *
Cette théorie, qui fait remonter aux modifications variées d'un même muscle les deux formes de l'aphonie hystérique (aphonie avec adduction, aphonie avec abduction), est très ingénieuse et s'accorde parfaitement avec ce que nous avons vu des troubles moteurs des membres. Nous savons, en effet, que la paralysie et la contracture alternent souvent sur un même muscle: le larynx rentrerait ainsi dans la loi commune.
La paralysie peut disparaître brusquement alors que les médications employées ont échoué. Parfois, un autre accident hystérique la remplace.
Diagnostic. — Elle sera facilement distinguée de la paralysie par compression des récurrents. Cette dernière est ordinairement unilatérale. Quand elle est double, les cordes sont dans l'adduction immobiles, écartées de 2 à 5 millimètres, non tendues, la phonation est moins troublée, la voix fausse plutôt qu'éteinte. Entin, on devra rechercher la tumeur qui comprime le nerf (anévrisme de l'aorte, adénopathie bronchique, etc.).