II. — Mutisme hystérique
On ne confondra pas l'aphonie avec le mutisme hystérique. Dans le mutisme il y a suppression complète de la fonction du langage, aussi bien à voix basse qu'à haute voix. Il y a là un désordre qui s'étend au-delà de la sphère du larynx pour intéresser tous les organes qui concourent à la fonction si complexe du langage parlé. La muette hystérique n'émet aucun son. Elle s'exprime par geste et a conservé le pouvoir de correspondre par l'écriture avec la plus grande facilité. D'autre part, si la langue et les lèvres ne peuvent plus articuler une seule syllabe, elles ne sont en aucune façon paralysées et exécutent tous les mouvements. L'impuissance
1 Des névroses du larynx par le D r Gougenbeim. Prog. Méd., 1883, n°" 2, 3 et 6.
n'existe que pour les mouvements spécialisés pour l'émission de la parole. Le mutisme hystérique est donc une paralysie systématique qu'on doit rapprocher des paralysies psychiques que nous avons étudiées plus haut, telles que l'abasie et l'astasie. C'est une véritable aphasie motrice dont M. le professeur Charcot a nettement mis en lumière, en mains endroits de ses Leçons cliniques, les signes caractéristiques, et qui a été pour la première fois décrite avec précision par le D' Cartaz '.
a) Le début est en général soudain, qu'il suive une attaque ou survienne à la suite d'une émotion ou sans cause bien appréciable.
6) Il y a impossibilité absolue d'émettre le moindre son, et de plus la parole à voix basse est complètement supprimée.
c) L'intelligence est conservée dans toute son intégrité. « Sitôt qu'on l'interroge, et c'est là un signe bien caractéristique, le malade, conscient de son incapacité, ne cherche pas à répéter le mot, à essayer une articulation impossible. Il saisit rapidement la plume, le crayon, et rédige par écrit, à la demande, des réponses toujours très nettes, très précises. » (Cartaz.) Dans les aphasies de cause organique, l'aspect du malade est bien différent. Il fait un effort pour saisir et répéter le mot, il balbutie, et on le voit répondre par un autre mot et souvent par un mot toujours le môme ou un son sans signification et invariable. Enfin, si l'écriture est conservée, ce qui est loin d'être fréquent, elle ne l'est jamais aussi complètement et avec cette vivacité de l'intelligence, comme nous l'observons chez l'hystérique.
d) La guérison est subite le plus souvent. Mais le retour complet de la parole est d'ordinaire précédé d'une période de bégaiement qui peut durer de quelques jours à plusieurs semaines.