‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 10 sur 68 · À IIS UT PT · texte numérisé non relu

À IIS UT PT

et Ace Yon ile LE

abinaisons te L'Art a, Dieu merci! des tâches plus hautes à rem- Ur : et, de même que le mandataire infidèle se rend » coupable d’abus de confiance, quand il trahit sa mission, 4 de même un homme aussi bien doué que M. Richard Strauss me paraît commettre de vrais « abus de mu-

sique : », lorsqu'il use de son habileté pour de pareilles

D. p AnRuIS de dire le D indie Habilèté de M. ES Becker. Il a tenu, sur son violoncelle, le rôle plus … quingrat du héros de la Manche, en héros du manche | voire du démanché. Peut-être nous a-t-il fait plus de plaisir dans la pièce de Tschaïkowsky; mais il nous en eût causé bien davantage encore, en utilisant son su- 1 perbe talent pour nous jouer autre chose que ces varia- tionsinsipides.

din pardonnez aux virtuoses, car ils ne savent

Test

ce qu ‘ils font !

! Ru | ‘4 24 Mars 1000.

- Une immense acclamation, des bravos répétés vingt is ont salué, dimanche, les dernières mesures de la

L "étralogie, au Théâtre de la République. Ce troisième acte du Crépuscule des Dieux est un monde trop énorme pour que je tente d’en exprimer, même lointai-

| nement, la puissance infinie. Tout, dans ces quelques scènes si variées, si multiples comme situations, tout se + resse, à à nos yeux étonnés, gigantesque de proportions.

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infini de pensée, touchant à l'absolu par le miracle de la forme. Je me demande si jamais poètes et musiciens pourront sonder le fond de ces abîmes sonores, où palpitent tant de mystères, où chantent les émotions les plus ardentes des sens, du cœur et de l'esprit, où déferle un océan de rêves et d’espoirs !.…

M. Risler avait ouvert la séance en jouant le Concerto en mi bémol, pour piano,de Beethoven; fort belle exécution sans doute, où j'aurais souhaité peut-être un peu plus de laisser-aller, surtout dans le finale, d’allure si puissamment populaire, dit avec beaucoup de fougue, mais non sans une certaine rigueur.

La rançon de notre jouissance artistique, rançon payée d'avance, heureusement, fut l’audition de La Folia de Corelli, fantaisie pour violon.

Mais je ne puis cette fois me fâcher pour de bon, l’évidente candeur de M. Jeno Hubay m’ayant tout à fait désarmé. Perdriez-vous votre temps à vous indigner contre un homme à qui vous célébreriez la beauté des gravures de Marc-Antoine, ou des eaux-fortes de Rem- … brandt, et qui vous répondrait que l’édition populaire des romans illustrés renferme aussi de jolies images? Puis, vraiment, la cadence attachée par Léonard à la queue de ce cerf-volant romantique finitpar devenirdrôle, . avec l'interminable défilé de ses papillottes. Enfin j'ai M réfléchi qu’il y a des gens que cette musique amuse, — M or je ne veux contester son plaisir à personne, — je pense tout de même que ce ne sont pas les colocataires du vir- « tuose.. Oh! le bail de trois, six ou neuf au-dessus des 4 cadences de Léonard!!! È

31 mars et 7 avril 1000.

Les grands chefs d’orchestre allemands passent suc- … cessivement à Paris en cette fin de saison musicale. … Celui que nous avons eu le plaisir de couvrir de bravos, … ler‘ avril, mérite plus que tout autre une attention par- ticulière.

… Je ne m'attarderai pas sur les pièces qu’il a jouées … devant nous; leur choix très judicieux formait, en + quelque sorte, une brève anthologie de la musique alle- É mande. Je regrette seulement que, pour nous les présen- - ter, on n’ait pas rigoureusement suivi l’ordre chronolo- | gique.

- Quoi qu’il en soit, M. Weingartner dirigea cette suite de morceaux avec une incomparable maestria, une finesse de nuances qu’il serait facile d'analyser, notam- | ex dans l’ouverture d’Oberon, bissée d’acclamation par une salle enthousiasmée. Mais j'estime qu’une no- - menclature de thèmes définit bien moins exactement le É. talent propre d’un chef d'orchestre, que ne fait une scrun puleuse description de son physique et de ses attitudes. F L’'instrument n’est autre que lorchestre lui-même et — nous n'avons pas à revenir sur les mérites de l’admirable D bare formée par Lamoureux et que M. Chevillard | dirige avec une si parfaite conscience. Constatons pour- | … tant au passage combien M. Weingartner a paru satisfait - de manier cette souple cohorte, capable de suivre ses ® moindres intentions avec tant d'intelligence et d’habileté. —…. Mais le caractère individuel des chefs d'orchestre, ou du … moins ce que l'auditeur en peut saisir tient à l'organisme

corporel; c’est à lui seul que nous devons nous adresser

pour pénétrer le mystère de leur personnalité musicale. M. Félix Weingartner paraît jeune. Grand, la démarche assez souple, le bas du corps très avare de mouvements, par rapport au torse continuellement mobile, il porte une chevelure demi longue sur une tête toute germanique. Dans le masque un peu sévère et froid, aux pommettes larges et plates, à la bouche en coup de sabre, les yeux très francs, plus pénétrants que vifs, . mettent assez de vie et même de charme pour atténuer ce que la physionomie présenterait, sans eux, de domina- |

teur et de rigide.

Toutes les forces expressives de son être, M. Weingartner les emploie tour à tour dans sa direction, non point avec gaspillage, ce serait trop dire, mais avec une prodigalité que facilite au plus haut point sa merveilleuse aptitude à tout mener de mémoire, sans la moindre par- » tition devant lui. Beaucoup de fantaisie dans la façon de « tenir la baguette ; et le bras gauche, dans les passages de grâce, ondule en mouvements insinuants, tandis que les doigts s’effilent au-dessus du pouce recourbé, dans la pose propice à réaliser l'ombre d’un cygne sur un mur. . Très souvent, lorsqu'il faut raffiner, le buste entier se 1 penche, comme pour écouter uneconfidence et se redresse brusquement aux éclats des forte. S'agit-il de conserver quelque part une pédale? La main gauche étendue devant * la poitrine maintient les tenues à un niveau d'intensité. constant, pendant que le reste du corps détermine les reliefs des chants. Tout ceci très surprenant déjà, très” étudié.

Mais dans les grandes lignes, se montre d’une ma-

ni re plus RE aueble encore, voire tout à trale, le développement du geste rythmique. Jamais les | idées ne se morcellent avec M. Weingartner; elles À D. un tout homogène et logique qui se traduit, non par la succession en l’espace de huit ou seize croix pareilles. de tant de triangles ou de tant de coups de bâton identiques, mais bien par une série de mouvements formant une phrase unique, avec ses points et ses vir- | gules, ses accents et ses intonations aux endroits voulus … et, dans tout le cours de laquelle, les mesures apparaissent | moins comme les unités qu'il s’agit de mesurer, que | comme les unités qui servent à mesurer.

. C’est le sacrifice du moyen pour le but, du Drocédé ke pulsatoire en faveur de l’émotion générale. Il en résulte - des gestes assez singuliers, qui, par moments, surtout . on n’y est pas familiarisé, risquent de gêner un - peu l’attention, parce qu'on prend trop de plaisir à les 3 … regarder. Cette mimique excessive serait même la seule … chose qu’au premier abord on pourrait se sentir tenté de - reprocher à l’éminent cappelmeister. On se tromperait, | je crois, en l’attribuant au désir d'étonner le public, et lon reviendrait vite sur un tel jugement en regar- - dant avec soin le visage de l'artiste pendant qu'il conduit.

C’est là qu'éclatent, sous un signe visible, sa force et sa supériorité, dans cette passion pour son art qui se lit | sur tous ses traits et qui les transforme. Rien de plus “ captivant que de suivre les phases d'émotion par les- quelles il parvient à faire passer sa propre âme, les

- suggestions de douleur, de gaîté, de tendresse, de | désirs, d'énergie, de peur, d’orgueil ou de béatitude,

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AVE ù dont il s’impressionne lui-même, afin de déterminer, par une sorte de choc en retour, de contagion mentale, les mêmes volontés esthétiques, chez chacun de ses musiciens. |

On se laisse prendre à l'électricité de ces démonstrations extérieures, qui ne sont, à vrai dire, qu'une effervescence de prosélytisme, le touchant besoin d'ostentation propre aux amoureux ingénus et sincères.

14 et 21 avril 1900.

Le dimanche des Rameaux, je n'ai pu résister à la tentation de retourner rue de Malte, pour y entendre … une seconde fois les musiciens de M. Chevillard conduits par M. Weingartner.

Mais, cette fois, je n’analyserai pas l’ardeur aussi volontaire que passionnée, aussi charmeuse que savante du chef d'orchestre allemand, je me contenterai de noter le plaisir que je pris à entendre sa Symphonie en sol majeur. Comment, en effet, ne pas se réjouir, en voyant un musicien, qui connaît à fond toute la technique de sa profession, et qui conduit avec une aisance magistrale | les productions les plus compliquées de son art, imaginer, lorsqu'il compose à son tour, de la musiquesimple, limpide, aimable, au lieu de se complaire aux stériles boursouflures dont tant d’autres, dans les mêmes circonstances, prétendent nous éblouir. C’est si rare la gaieté, la bonne humeur franche et bien portantel!

Du réste son œuvre, composée de quatre mouve- « ments, tous assez rapides et peu développés, constitue …

| uatre morceaux on songer dans leur teneur te 4 comme forme, au Beethoven de la AeUIÈMNE et de la | quatrième symphonies, comme allure, à la Sy/v1a de | Delibes. C'est dire que l’ouvrage est tout de grâce et x | d'élégance primesautière. On l’écoute après les discours à ampoulés ou les mièvreries maladives de tant d’autres, avec le même agrément que l’on boit, d’une haleine, un Le bol de lait frais dans une villégiature estivale.

| CR 31 mars el 7 ayril 1900.

#4 En attendant que commençät le dernier concert du Châtelet, je crois que j’ai perdu plus d’un quart d’heure à m’apitoyer sur le sort de M. Siegfried Wagner. 3 . Durant toute mon enfance, une commisération si vive … remplissait mon cœur pour les pauvres victimes d’une | naissance illustre ou d’une célébrité précoce ! O faveur | insigne que la sécurité domestique dans une famille | obscure, et que le pacifique développement d’une men- … talité médiocre! Jai connu ce double bonheur, et je Mein encore, à l'heure qu'il est, en songeant à la jeu- | messe anormale des prodiges et des fils de rois ; des | | pauvres Alphonse XIII, ou même des tranquilles Wilx helmine ; de tous les malheureux petits bougres qui ne 4 Don pas comme leurs camarades, et quine doivent - rien comprendre à ce mélange d’honneurs quasi divins publiquement reçus et de fessées intimes.

. C'est précisément comme « dauphin » que Siegfried Wagner m'avait paru jusqu'ici profondément à plaindre:

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