PARAPHRASES MUSICALES: M
rins, un trois temps battu d’une dextre monotone, aux inflexions infiniment ténues, cependant que le bras gauche pend inerte; et cette seule main suffit à soulever les soupirs du motif de componction; puis, quand les violons prennent leur essor, sa distribution de l’intensité sonore garde encore beaucoup de réserve et d’économie.
Au Venusberg le système change radicalement, et la palpitation spasmodique et très brève des avant-bras qui planent, imprime une crispation nerveuse à l’orchestre, pour s’amollir en larges ondulations sur les courbes voluptueuses de la bacchanale,
L'hymne à Vénus s'impose sur un rythme brutalement carré : je vous jure qu'avec M. Straussle chevalier … fait bien ce qu'il fait, sans hésitations, ni réticences ! | Quant au désarroi des puissances mauvaises, il reste … très prudemment indiqué, afin de permettre au thème pieux de croître jusqu’à la fin, et d'en ménager, sur les « toutes dernières mesures, l'épanouissement triomphal.
Tout ceci me paraît remarquable; mais passons au compositeur. M
Je n’ai pas l'intention de vous analyser ici la Vze d'un Héros. Cependant, si vous me permettez de juger … cet ouvrage en quelques lignes, j’y ferai la part du » feu. [Il renferme, ce me semble, de l'exquis et du. pire. Les antagonistes du héros, par exemple, sont : « crevants » ; il n'y a pas d'autre terme pour dé- “ signer les sautillements de flûte et hautbois qui prétendent représenter ces ennemis d’une belle âme. . Les passages de violon solo frisent le grotesque, et … si, par malheur, M. Sechiari les avait choisis de plein -
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vir dans. un concert, vous verriez j’arrangerais le jeune artiste.
ais, jt côté de cela, certaines parties du poème posdent, une réelle grandeur ; les ensembles y sonnent avec ane ampleur merveilleuse ; la partie intitulée la com- | pagne du Héros est d’une venue moelleuse et sobrement alaçante qui me séduit vivement; et quand, j'aurai encore concédé aux détracteurs de M. Strauss que ses | thèmes sont indigents, et que ses coups de grosse caisse ne me font pas peur, oh! mais pas peur du tout! je ( ; ourrai célébrer sans arrière-pensées son tour de main | De sa verve et ses nobles tendances.
. Malheureusement ce cerveau de qualité supérieure n est pas sans présenter quelques fissures. La mesure, le tact, le sentiment des proportions, la personnalité lui - manquent évidemment. Son esthétique reste vacillante autant His sa volonté s'affirme précise, et ses goûts le portent à de singulières mixtures de pittoresque et de Fe sentimentalité, à d’étranges salades, où des feuilles # d émotion baignent dans du vinaigre de charivari. — Tel quel ce compositeur semblait mis au monde pour | évoquer, dans la mesure du possible, le sympathique halluciné que fut Don Quichotte : oyez ce qu'il en fit! ne Mais d’abord voici le programme :
4 Do) Introduction.
14 Jon Quichotte perd l'esprit en lisant les romans de chevalerie et veut devenir lui-même un chevalier errant.
1 AN Thème.
Don Quichotte, le chevalier de la triste figure. — Sancho Pança. À “os »
Ils NET Ont enthousiasmés à la pensée de la belle orne à +240
rl aventure avec le moulin à vent. 44
d)2° Variation.
Combat victorieux contre l’armée du grand empereur Alifanfaron. #
e) 3° Variation.
Dialogue entre le chevalier et son écuyer. Demandes, exigences et proverbes de Sancho Pança. Enseignements et promesses * de. rassurantes de Don Quichotte. }, V0
f) 4° Variation.
Malheureuse aventure avec une procession de pénitents.
g) 5° Variation.
La veillée des armes. Invocation à Dulcinée.
h) 6° Variation.
Rencontre avec Dulcinée métamorphosée en paysanne.
1) 7° Variation.
Chevauchée à trAvérs les airs our le TE enchanté. Î) 8° Variation
Fâcheuse traversée dans la barque enchantée.
k) 9° Variation.
Combat contre deux sorciers.
Duel avec ke Pétulice de la Blanche-Lune. Don Quichotte vaincu renonce à la vie de chevalier errant. Il songe à devenir berger, retourne chez lui et recouvre la raison.
Woum) 11° Finale.
Mort de Don Quichotte. £
‘À Je vous avoue sans fard que toute mon attention n’a pu me permettre une seule minute de savoir à quel É endroit on en était rendu, pendant l'exécution. J'ai bien | remarqué, à certain moment, des clameurs sembla- … bles aux gémissements d’une escouade de boulangers #3 pétrissant leur pâte; cela devait peindre l'agitation des : . flots, à moins que ce ne fût la description d’une bataille, où la chevauchée sur le dos de Chevillard, — Chevil- . lard-léger, le coursier mécanique. Aïlleurs j'ai failli disx | tinguer une longue mélodie filandreuse ; elle pouvait . représenter indifféremment l’invocation à la dulcinée, 4 . ou la procession, ou bien encore autre chose... Bref, je | renonce à suivre la comédie pour n’écouter que la mu- | sique, et mon amour-propre ne me permet pas de croire - que je sois le seul dans ce cas.
4 Ne me demandez donc pas d'analyser systématique- ment l'ouvrage.
si | J'ai reconnu pourtant le thème chevaleresque; il n’est ÿ leurs pas aussi chevaleresque, je vous assure, que br auteur veut bien le prétendre, et la muse de nos fabri- | cants d'opérettes leur en dicte souvent de semblables. 1108 En jouant à rebrousse-poils, avec un pianista, la Czarine ou la Marche Lorraine, vous obtiendriez à peu près ce
dessin de mazurque vaniteuse.
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Mais voici les bois qui nasillent sous le ronflement des cordes, et tout de suite le sérieux frise le cocasse, et la farce se perd dans l’abstrait. Croyez-vous que ce soient des blagues à faire, cet alto solo qui prétend jouer de la trompette, pendant qu'un grand escogriffe de violoncelle radote longuement, ou se rue à l'assaut des autres cordes, et que les cuivres inoccupés, (puisque les archets se chargent des fanfares), inventent de miauler comme chats qu'on échaude ? Cela commence par des gémissements timides, cela s’enfle ainsi que, sur les toits, les raouts nocturnes, et le tout finit, comme chez Pezon, par des baillements de fauves.
Vrai, là ! c'est assez inquiétant; et je me demande, à l'heure qu’il est, si je n’ai point eu la berlue ?... Mais non, car le diable d’alto recommence à sonner, telle une demi-douzaine de clairons, interrompu soudain par un
nie formidable ffft! ffft! de matou rageur, — sans doute 1 quelque clarinettiste qui souffle dans le tuyau de son : instrument, pour en expulser le bouchon de papier ii introduit par un camarade facétieux. Et le tout dégénère
en un petit air de bastringue, en un léger refrain d'homme saoul. | Y a du bon ! comme on dit dans Courteline.
Ce n’est pas tout : l'ennui s’avance maintenant. Passe LERR encore lorsque cette symphonie titubait; au moins elle w présentait ainsi quelque intérêt : il nous faut subir 1 désormais sa grandiloquence d'’ivrogne, et, dam! ce | 11 n’est plus drôle du tout. Enfin je somnole, résigné à ne pas comprendre ces discours où manquent la moitié des « syllabes, quand, au contraire, le largonji musical ne s’y émaille pas de déconcertants suffixes. Tout à coup À
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Ténie .
le s harpes i imitent en deux frôlements l’aimable mélodie | notice ma bonne quand elle essuie le clavier du - piano. Alors un appétit de vacarme se déchaîne en mon Dètre, et, si je regarde mes voisins, je crois m’apercevoir ï qu’ eux aussi aimeraient à y aller de leur petit chahut. Oh! pousser des cris d’animaux ! imiter le grincement . des scies, le hiement des poulies, le battage des ome- lettes ! Qu'on nous apporte des mirlitons ; qu’on traîne | des chaises sur le parquet; qu'on laisse claquer les fau- teuils à ressort! Qu'on rigole, bons dieux, mais qu'on - rigole donc pour de bon!!!
Le .… Et c’est cela de la grande musique!
Dimanche, quand les applaudissements éclatèrent, L. | mélangés de sifflets nourris, un farceur des galeries + hautes se mit tranquillement à jouer du flageolet : j'ai à Dren peur que ce ne soit la vraie moralité de l’histoire. Je viens de plaisanter, je n'aurais pas dû le faire. ban un admirable chapitre de l'Homme, Ernest Hello # 300 et commente superbement cette pensée singulière- ment profonde que le Rire est la parole de la relation | rompue, et que les Larmes sont la parole de la relation | sentie. La plus grande beauté du roman de Cervantes
tient è à ce que les deux langages s’ y cotoient continuelle- À ment: on aperçoit d’abord le brisement de la relation,
à un déploiement stérile de force contre les moulins à vent
pet Von rit; mais bientôt on touche au tréfonds de l'anec-
D. et l’on saisit alors les rapports intimes qui font 4 monter les pleurs jusqu'aux yeux.
…. M. Strauss semble n’avoir franchement saisi ni l’un 4 ni l’autre de ces aspects de l’âme chevaleresque. Il ne ;. fait parler à son orchestre ni le langage de la rela-
tion rompue ni le langage de la relation sentie; il s’en …
tient à la relation faussée, et ses plaisanteries, comme ses émotions, en prennent une allure de pur détraquage.
Peut-être me trompé-je, cependant j'incline à juger
cette œuvre entièrement inesthétique et dangereuse. De deux choses l’une : ou M. Richard Strauss ne comprit pas Don Quichotte, ou bien il exprima cette
physionomie aussi justement qu'il était possible d'y
réussir au moyen d'un orchestre. Dans le premier cason devrait dire que son talent ne sut pas légitimer le choix d’un tel sujet. Cette hypothèse me semble douteuse, et je crois plutôt le sujet anti-musical. La musique ne possède pas les moyens de peindre à la fois des sentiments graves et des facéties. Quand elle veut rire, il faut qu’elle le fasse franchement sans intentions compliquées : si de grands airs peuvent être très amusants dans une opérette ou dans un morceau bouffon, la réciproque n'est pas vraie. Un scherzo gracieux illumine heureusement une grave composition, mais une grosse farce n’aboutira jamais qu’à gâter toute la partie sérieuse d’une sympho-
nie, sans y passer elle-même pour autre chose qu’un.
pénible ricanement. |
Non! le Don Quichotte, de Richard Strauss n’est pas joyeux; il est fou, et mésuse des divines sonorités. Offenbach, lui, restait musical en écrivant ses Belle
Hélène et ses Orphée aux Enfers, en imaginant des rythmes de dynamisme joyeux. Mais prétendre compo- « ser des bruits grotesques, quelle vaine et fâcheuse entre-
prise! Si vous souhaitez imiter des aboiements, amenez un ventriloque à l'orchestre; si vous aspirez à l’imitation
servile d’un coup de tonnerre, secouez la plaque de tôle