‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 13 sur 68 · TT RS · texte numérisé non relu

TT RS

EP et

- ris, le style, l’émotion, toutes les qualités propres aux - deux éminents compositeurs se retrouvent au plus haut à. | degré dans ce morceau, qu’on donnait pour la première % fois aux concerts dominicaux. Il ouvre la partition de 4 musique de scène écrite pour le drame de George Sand, à que l'Odéon monta l'hiver dernier. Le sujet de la pièce est éminemment sentimental : c’est l’histoire d'une pau- | vre fille séduite puis abandonnée, qui, pour cacher sa honte et sa misère, vient s'engager comme servante, à l'époque de la moisson, dans une ferme du Berri, où le K. hasard lui fait rencontrer son galant.

… … « Les thèmes qui traversent l’ouverture, — nous dit à la notice, — notamment celui de la « Gerbaude » (fête

champêtre qui termine solennellement la moisson) , — sont bâtis, plus ou moins tronqués, sur des rythmes populaires berrichons, quelques-uns recueillis et notés par Mme Sand elle-même. »

Dès les premières mesures le caractère campagnard ; du sujet s’accuse dans un thème populaire, sorte de ; refrain vigoureux soutenu par les vielles, dont un tutti, .

surprenant comme trituration de timbres, évoque les sonorités grinçantes. Ce n’est qu'une aquarelle, mais lavée d’un pinceau nerveux et haut en couleurs, et d’où ne tarde pas à émerger la chanson cajoleuse d’une flûte. Elle sonne à découvert dans le grave, et sa voix troublante et sournoisetrouve aussitôt un écho dans le gémissement du hautbois. La clarinette marie ses angoisses à la leur. Puis c'est le cor anglais qui jette à son tour une : plainte sur la palpitation rapide des anches, et ce dia-

logue singulièrement rustique, avec ses rythmes qui ne à s’alanguissent point, fait place au plus douloureux 1 ensemble de cordes qui se puisse concevoir. Ici la contexture instrumentale échappe à l'analyse. MM. Hillema- « cher sont d’une adresse consommée : semblables aux M meilleurs impressionnistes, ils procèdent par petites M touches, — dont la justesse de valeur et de ton n'ébranle « jamais, du reste, la sévère tenue de l’ensemble, — et je M puis constater seulement l'émotion qui se dégage de 4 toutes ces voix dolentes et sombres. Les archets s’étirent et leurs sanglots se répondent et s’entrecroisent, se dé- à ploient et se rétractent, s’affirment et se renient tour à tour ; se rétractent et se renient surtout, accentuant « l'impression d’une souffrance concentrée, d’une douleur » sans éclat, d’une fêlure que l’on cache et qui tue. Mais «

aucun autre RE horine C'est Le cette none du sen- . timent que gît surtout le secret de la personnalité très - nettement accusée de MM. Hillemacher, dans ce reploie- À ment interne de la force, et je ne vois guère d'inspiration É . proche parente de la leur que celle de Fromentin, le Fro- - mentin de Dominique et du Désert. De toute cette torture $ psychique le petit air de flûte émerge encore, frissonnant 4 et nu, livide cette fois comme le souvenir d’un bonheur 4 à jamais envolé. Mais un sourd grondement de timbale - dissipe une atmosphère si mélancolique, et l'ouverture F s'achève, de même qu'elle débuta, par des rythmes | agrestes d'un chatoiement intense, qui, sans banalité ni + laideur, campent devant nos yeux un solide plein air.

1 De tels musiciens, tout en profondeur, ne s’adressent

va

évidemment pas à la foule. Avec un peu plus de laisser- - aller pourtant, ils toucheraient toutes les naturessensibles que déroute une contention peut-être excessive. Et tels quels, par ce quelque chose detrès sincère et de très subtil à la fois, de très aristocratique et de très humain qui les | caractérise, il n’est pas, ce me semble, une seule âme

4 artiste qu'ils ne doivent séduire.

Huit jours plus tard le programme du Châtelet paraissait assez alléchant, en ce qu'il se composait presque uni- .quement d'œuvres romantiques, rarement exécutées à Paris, et que devait conduire M. Félix Mottl. … J'ai témoigné trop souvent mon enthousiasme à l'égard ‘ des cappelmeisters allemands, surtoüt de M. Weingartner, que je considère comme un merveilleux artiste, - pour que l’on puisse me suspecter de parti pris contre

… cux. Mais, sincèrement, je ne voue pas à M. Mottiune

admiration semblable. Sans doute ce n’est point le pre- : mier venu. Son ardeur convient on ne peut mieux au

déchaînement des ouvertures de Weber. Il montre parfois infiniment de flamme et même un certain souci du détail qui se manifeste surtout, chose étrange, dans les passages les plus tumultueux et se traduit par un mouve-

ment saccadé du bras, dont la course complète, du temps

fort au temps faible, s'exécute alors par une série de secousses, avec un cran spécial pour chaque accident rythmique. Mais son intuition s’en tient à la surface des morceaux qu’il aborde, à leur matière, et ne paraît pas pénétrer jusqu'à leur âme intime. Cette extériorité de direction ne gène pas dans des œuvres comme la filan-

dreuse Marche en si mineur de Schubert, ou comme les à Préludes, poème symphonique de Liszt, dont un beau ; frissonnement échevelé de quelques mesures ne com- « pense pas suffisamment à mon gré l'inutile grandilo- | quence du début et le final terriblement « pompier ». Je . n’en puis dire autant quand il s’agit du Prélude de Tris- « tan, mené par lui mollement, lâchement, sans nervosité, sans ferme vouloir d’en faire jaïllir le cri d'humanité souffrante qu’il renferme... Non, non! nous avons mieux 4

que cela chez nous, heureusement !

Je n’aime pas beaucoup non plus ses arrangements

Sérénade de Schubert. J'ignore ce que fait ordinaire-

ment M. Mottl dans cet ordre d’idées ; je me suis laissé

dire qu’il y montre un réel talent. Ici, je constate, au

contraire, une timidité de moyens, une vulgarité d’eflets, à

une maigreur 4 sonorité qui me SRDEENAERE Quel con- à

Han dont Liszt a su doter nee au Der MP Motti a, du reste, obtenu le même succès, . très vif et très légitime, dans chacun de ces trois lieder, . qu’elle chante avec infiniment de grâce et de finesse, avec | . unesimplicitécharmante d’expression vocaleetd’attitude. 4 .….. Tout à l’heure je parlais de musique « romanprare ». En réalité les classifications de ce genre de- . meurent bien stériles. « Il n’y a pas d'art nouveau, se D laitont: répéter les partisansles plus fanatiques des mani- festations décoratives baptisées précisément de ce nom ,il n'y a qu’un art éternel, en continuelle voie de transtormation, et dont les produits supérieurs et sincères constituent les impérissables modèles du beau, à quelque » époque et suivant quelque système qu’ils aient été conçus. » Rien n’est vain comme les querelles d’anciens et de modernes, etle romantisme lui-même, en musique aussi bien qu’en peinture et qu’en poésie, n’est pas une école, — il n’en existe pas, — mais une simple manière d’être. Le à concert dont je parle nous l’a bien fait sentir en nous révé- . Jant Harold en Iialie comme un chef-d'œuvre abso- - lument « classique » désormais, en dépit du grand souffle Méniancipateur de 1830 qui passait, plein de violence, dans " crinière de Berlioz, à l’heure même où le magnifique + poème d'orchestre germait en son cerveau. Pour la genèse de ce quadruple morceau je me vois - contraint, faute de place, de renvoyer le lecteur au récit “bien amusant, — et bien instructif sur la mentalité des - virtuoses, — qu'a laissé dans ses Mémoires l’auteur de - la Damnation. J'aurais voulu dire aussi ce que je pense - sur le sexe des timbres, et combien me paraît judicieuse l’utilisation de l’alto pour représenter la voix du d!

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poète ; mais je me vois contraint de célébrer sans aucun commentaire l’admirable équilibre de l’œuvre, lalogique de son exposition, la grandeur de chacun de ses quatre mouvements.

Je tiens cependant avant de finir à constater, non sans stupéfaction, la froideur avec laquelle on a reçu cette pièce, exécutée pourtant d’une façon plus que satisfaisante par les musiciens et par le soliste, M. Monteux, et parfaitement menée par M. Mottl, force est de le reconnaître. Il faut croire vraiment que le public, non prévenu par une éclatante renommée, reste inaccessible à toute beauté plastique. Comment expliquer autrement son indifférence en face de la Marche des pèlerins, par exemple ! Car une telle page n’évoque pas seulement | l'impression de la pureté grecque, mais, par la sveltesse de ses lignes, par la netteté de ses contours, elle fait encore songer à ce qu’il y a de plus élégant, de plus « dé- | | graissé » dans l’art égyptien. Comme les figures incisées . d’un burin tranchant dans le granit poli d’un obélisque, « les courbes mélodiques s'offrent ici toutes rayonnantes d’acuité. Le délicat estompage des arpèges d’alto, les larges hachures de la flûte et du cor y mettent tour à tour de l’orabre et de la lumière. Et l’on songe involon- 1 tairement devant cette phrase de huit mesures, si poé-. tique et si limpide, qui se répète constamment après le bref repos d’une harmonie pleine et grave, à ces théories d'amis et de serviteurs, peints aux murs des mastabas et, que sépare seulement, de place en place, l’ample décor d’un cartouche royal. À

15 décembre 1900.

+ Rien que des noms de compositeurs français inscrits au programme du quatrième concert Lamoureux, et d Dpas une œuvre dictée par les légendes ou l’histoire, les sites ou les mœurs de notre pays. De Chabrier, l’ouè | verture de Gwendoline; de Lalo, la Symphonie espagnole; deM. Bourgault-Ducoudray la Rapsodie cambodgienne ; de Berlioz enfin, Roméo et Juliette, un fragment de la … Prise de Troie, et l'ouverture du Carnaval Romain. 4 Comment donc les jeunes musiciens de chez nous ne | songent-ils pas davantage, en présence d’un tel état de « choses, à se lancer dans le champ presque inexploré de 4 l'inspiration nationale P A l’époque où la couleur locale ne s'imposait pas aux esprits comme à présent, les K maîtres disparus purent écrire de la musique naturelle- . ment conforme au génie propre de leur race, tout en - prenant leurs sujets dans n’importe quelle littérature. F. Mais aujourd'hui ?...

ne Vraiment on dirait que la France n’est pas la contrée la plus riche en contrastes pittoresques, ne possède pas des contes délicieux, et n’est entrée pour aucune part à dans les épopées du cycle carolingien, des croisades, ke de Jeanne d’Arc et du premier Empire! Nos compa- » triotes jugeraient-ils humiliante la recherche d'’inspira- | tions adéquates à leurs facultés ataviques, ou supposentils que, si Peau d’Ane lui était conté, notre public, féru Hide nébulosités, n’y prendrait plus aucun plaisir ? Que % n'essaient-ils de faire violence à tant de poseurs ? On ne Die de répéter que, parmi les musiciens modernes, les

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