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seuls étrangers accaparent nos théâtres, nos concerts, : nos éditeurs eux-mêmes ; et peut-être vous étonnezvous avec moi que certaines œuvres récentes, de mérite artistique plutôt bref, réussissent brillamment Sur maintes scènes provinciales et parisiènnes.
Le succèsde tels ouvrages tient, sans doute, au chärme particulier que leur saveur dé terroir offre aux tendances inconscientes de la foule. Mais le jour où les compositeurs français redeviendront vraiment français, tenez pour certain que le bon peuple de France courra de préférence vers les productions de ses compatriotes, êt saura les faire triompher, en dépit de la résistance des trois ou quatre grosses de mondains qui croient plus chic de se déguiser l’âme, et qui, d’ailleurs, à linstigation d’un Jean Lorrain quelconque, voire d’un Octave Mirbeau, se chargeraient au besoin d’acclamer, dès demain au » soir, les Diamants de la Couronne et le Postillon de
. Longjumeau.
Je dois pourtant applaudir M. Albert Geloso, dont l’ar- | chet fit merveille à la même séance. Non point que je goûte sans restrictions la Symphonie espagnole, où le
violon, dit principal, sans doute par euphémisme, joue M bel et bien un continuel solo. Si j’admire de tout cœur
le musicien qui nous a jadis narré, dans une admirable « langue, le plus beau des contes armoricains, ma ten- « dresse particulière pour le Roi d’'Ys ne m'empêchera « pas de constater que les deux parties extrêmes de cette soi-disant symphonie sont pleines des laideurs coutu- « mières aux concertos : stériles vocalises, gaspillage de.
sonorités et ténébrante acuité des cordes, raccourcies sous dés doigts trop véloces. Il est vrai que ces défauts.
- ee son a dage Porecqie à peine entaché de den
ou trois traits inexpressifs, et surtout par un andante » d’une grâce élégiaque exquise, où les trilles balbutient 4 les tremblantes ardeurs d’une tendresse éplorée.
Ce n'est pas le genre que je déteste en soi, mais le 4 D nibie abus que l’on en fait d'ordinaire, et je n’hésite
14 | point, par exemple, à reconnaître la joie sans mélange
. que me causa, le dimanche suivant, chez M. Colonne, le Concerto en fa du même auteur, violoné par M. Jacques Thibaud d'une façon tout bonnement adorable. Quelle pièce accomplie, de couleur délicate, sereine et | mélancolique tour-à-tour, jeune, fraîche et finement j émue en sa constante musicalité ! Puis donc, que l'on è peut écrire des concertos de cette sorte, pourquoi fabri- F Eur encore les odieux générateurs d'énergie, dont je m'étonne qu'Alphonse Allais ne songe pas à se servir pour actionner des dynamos P.. Seule manière, après À tout, de rendre utiles à quelque chose les trémoussements 1 des acrobates sonores.
r La semaine suivante, deux numéros du programme s -valaient amplement le voyage au Nouveau-Théâtre ; les Le Nocturnes de M. Claude Debussy et le Faust de Lis » sans compter un sublime Concerto de Bach.
À « Le titre « Nocturnes », nous prévient-on, veut à prendre ici un sens plus général, et surtout plus décoà ratif. II ne s’agit donc pas de Ia forme habituelle du Ë nocturne, mais bien de tout ce que ce mot contient d’im- | pressions et de lumière spéciales. »
| On ne saurait imaginer en effet de symphonie plus
LAURE | ab
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délicieusement impressionniste. Toute faite de taches sonores, elle ne s'inscrit pas dans les sinuosités de courbes mélodiques définies, mais ses agencements de timbres et d'accords, — son harmonie, diraient les peintres — ne lui en conservent pas moins une sorte d’homogénéité très stricte qui remplace la ligne par la beauté tout aussi plastique de sonorités savamment distribuées et logiquement soutenues... Sur trois morceaux dont se compose cette suite, on ne nous a malheureusement servi que les deux premiers.
Les Nuages d'abord. — En quelques batteries voilées, où les intervalles les plus rares mettent l'atténuation de leurs rapports indirects, les anches pastellisent lentement le grand ciel sombre et doux, qui se prolonge à perte de vue sous la pédale élevée du hautbois. Les violons en sourdine reprennent cette couleur monotone, en un vaet vient d’estompe, couvrant les fonds d’une poussière ténue ; et, dans l’immuable prestige de la nuit profonde et bleue, le cor anglais et la clarinette tour à tour disent la fuite lointaine des nuages. Parfois ce n’est qu'un murmure insaisissable, glissement silencieux des vapeurs dans les plaines veloutées de l’espace, et parfois la rapide ascension de quatre notes mordantes active d’un souffle plus vif la course mélancolique des grandes nues. Les violoncelles cependant éclairent à peine cette obscurité de leurs calmes pizzicati, les bois y mettent des brises plus lumineuses, et quand la flûte mêle à tous ces chuchotements la blancheur de sa voix, on dirait qu'un rayon de lune, filtrant à travers les grandes ouates fugaces, jette sur leurs silhouettes un peu de sa clarté crayeuse..., jusqu’à la minute où le cor