‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 19 sur 68 · LES · texte numérisé non relu

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… vant jalousement de l'héritage qu'ils nous léguèrent tous Ne: les morceaux impérissables, abandonnons les autres sans remords et sans vaine sentimentalité, au fur et à + mesure que nous reconnaissons chez eux les atteintes de l'âge.

Heureusement que ce même concert nous Or comme dédommagement deux numéros d’un intérêt pri-

. mordial: l’'adorable Symphonie inachevée de Schubert, 14 - et la Shéhérazade de Rimsky-Korsakow. IL n. Avant de décrire certaines contrées ou certaines rêve- Lu —. ries, Pierre Loti se désole quelquefoisqu'’il n'existe point ni ! . dans la langue, de mots s’adaptant suffisamment à ces ni,

… besognes littéraires. J'avoue que je me sens tenté de pro-

férer aujourd'hui la même plainte, dans l'inquiétude de À DER par des louanges au-dessous d’elles les deux SR 00 admirables parties du chef-d'œuvre brisé de Schubert. mL. … L'analyser ?..… Est-ce qu’on analyse la perfection! Si 1h ce sont des poèmes quien présentent l'heureux épanouissement, on les récite comme une prière ; si c’est un temple grec, on le mesure du regard avec un étonnement ‘41

tacite ; pour une musique, une statue, silencieusement a a … on les admire. Mais, échues les premières minutes de 4h “… contemplation, le désir nous étreint, malgré tout, de pro- ue

— férer quelques cris d'enthousiasme, et c'est alors que le … choix des termes inquiète, et que nous préoccupe la "100

«dignité de l'éloge. Où donc, en notre cas, trouver les épi- ï 4 thètes assez claires, émues et sereines pour traduire ces a

— pages d'orchestre si pures, d’une transparence d’âme si Hi — cristalline, et d’une telle fraîcheur et d'une mélancolie à nt

ce point virginale P? Où rencontrer les expressions adé- ve quates au filtrage mélodique des violoncelles, jaillissant ‘a ‘Yi

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en un thème limpide et jeune à traversle treillis argentin que lui tissent les calmes contre-temps de flûte et de hautbois ? Par quelles phrases peindre les religieuses cadences de l’andante, ces élans de confiante aspiration, montant comme une vapeur matinale des voix de l’harmonie, et scandés par les instruments graves sondant de leurs doux et lents pizzicati les profondeurs sonores P... Mais on ne peut surtout, avec l'instrument irrégulier qu'est la prose, faire comprendre tout ce que cette musique si parfaitement pondérée renferme de justesse dans ses proportions, d'équilibre dans sa masse, de subtile économie dans ses moyens. Il y faudrait les séductions symétriques de la prosodie racinienne ; et mieux vaut, s’agenouillant avec une ferveur discrète au bord de certaines sources d'émotion, se contenter de boire à leurs ondes d’une lèvre pieuse, en se disant que les grandes joies du cœur, comme ses grandes tristesses, doivent

rester muettes.

Pour évoquer la Shéhérazade de Rimsky-Korsakow, je crains fort, au contraire, de n’atteindre pas à la loquacité papillotante qu'il siérait. Car tout l'Orient défile, dans cette suite symphonique, sur les Mille et une Nuits. Non point que ce soit là de la musique littéraire etje m'étonne que certains puissent lui adresser un tel | reproche. Assurément les combinaisons de timbres y. jouent un rôle plus considérable que n’importe où ; mais le coloris orchestral forme part intégrante de la plastique : sonore, et je ne vois pas qu'il relève aucunement du … domaine de l’intellectualité ! J’irais même plus loin, et. volontiers j'affirmerais que cette œuvre s'adresse presque »

| oreilles délicieusement chatouillées par des agencements À | voluptueux de sons et joie des yeux que de telles harmo- | nies grisent de lueurs, par associations d'idées. Pour Dome part j'ai réussi, je pense, à goûter complètement les aus parties de cette suite d’orchestre, et pourtant j’i- gnore les sujets dontelles s inspirent, n'ayant jamais lu les Mille et une Nuits parce que ces récits interminables, 1 L même traduits par le docteur Mardrus, rebutent immé- diatement ma nature trop impatiente. Il faut du reste … observer que le compositeur russe tenait tellement à se | cantonner sur le terrain de l’art, que, même pour tra- «) Dire un phénomène physique, comme le mouvement 4 de la mer, il l’a plutôt exprimé suivant sa représentation par entrelacs symboliques, à la manière maugrabine ou . persane, que d’après le véritable jeu des forces naturel- . les. C’est prendre position, si je ne me trompe, à l’anti- Buse de la littéralité, dans le champ synthétique du pit- A. toresque.

ne A ce parti pris de l’auteur, le poème symphonique ne . pouvait que gagner, car, après tout, sauf en certains cas 4 | exceptionnels l'agrément des sensations directes qu’elle | promeut ne marque-t-il pas le but vers lequel doit ten- 4 dretoute musique ? Je doute même que nulle part on ne l'ait plus complètement atteint qu'ici. Dans quelles ver- « reries, émaillées de mille teintes, ornées d’innom- } brables cabochons, Rimsky-Korsakow ne sut-il pas, en effet lenclore, le parfum des précieuses essences araboues | FA Le long des quatre parties du poème un même dessin de violon solo, glissant par rapides triolets de Lars vers

le grave, et remontant se perdre dans les récits sur les ailes d'un arpège, représente la narratrice Shéhérazade, dont la présence seremémore à l'auditeur de façon brève mais assez fréquente pour créer, entre tous les morceaux de la mosaïque, un lien d'unité.

Dès le premier de ces morceaux, la Mer et le Vaisseau de Sindbad, le motif de la Sultane alterne plusieurs fois, enlacé de harpes, avec une mélodie représentant ou plutôt symbolisant le rythme berceur des flots par ses nonchalantes ondulations, continuellement plissées de trilles, comme les rides qui moutonnent, symétriques, à la crète des vagues dans une peinture décorative. L’intensité de cette vision se gradue et s’accroît avec une science accomplie, pour s’achever dans un dialogue de flûte et de violoncelles d’une tristesse orientale, aromatique et chatoyante.

Un silence; puis la voix dé Shéhérazade repart; et voici le Récit du prince Kalender. J'ignore ce qu'il raconte. le prince, et je ne saurais vous le dire. Mais la première moitié de ce fragment est occupée par d’incroyables discours sur des rythmes fourmillants, par d’exquis bavardages des bois, à qui la clarinette basse donne, la première, l'exemple en une harangue inénarrable, jaspinage dont le ton convaincu fait l’irrésistible cocasserie. Une trompette bouchée chuchotte rapidement en sourdine, au milieu de ces beaux discours, quelque petite phrase brève, que répète un trombone; la trompette la recommence de plus belle, deux trombones la redisent, et dèslors s’échafaude, à travers tout l’orchestre, un radotage sans fin, un grouillement inouï où toute une foule s’agite hailloneuse et superbe ; voiles de gaze et de

| soie, p lores ; tout cela palpitant sous les rais du soleil au vent - d’une féerie charmante et mélancolique, chimérique et

lointaine, tout embaumée..., puérilement.

4 CUMULA pee

Après une nouvelle interruption le quatuor s'étale main-

tenant, et rôde, et traîne derrière soi, d’une allure trou-

blante et mesurée, les plis souples d’un long manteau. Parmi ce fastueux éploiement, pimpante et vive, la cla-

. rinette lance une gamme ascendante qui court, hésite une demi-seconde, et redescend, espiègle, vers son point de départ. Alors une fièvre de coquetterie saisit chaque instrumentet vingt traits semblables s’élancent et reviennent sur eux-mêmes aux flûtes, aux harpes, aux violons.

Voilà bien précieuse et jolie la jeune Princesse, et voici le jeune Prince, dont les battements légers du tambour annoncent l’approche. Combien il nous apparaît gra-

- cieux lui-même, tout fier d’aller sur les hymnes du

hautbois, nonchalant ettriomphal, au milieu de tant de crépitements et de miroitantes trompettes qui frissonnent

- à voix basse, sous les coups de langue fanfarons et vain- . queurs.. Shéhérazade reprend son récit et la symphonie s’attarde en des mélopées exquises.

Shéhérazade reprend son récit, et la dernière partie commence pleine de brülantes langueurs et de mollesses enflammées : Fête à Badgad, — la Mer, — Le vaisseau se brise contre un rocher surmonté d’un guerrier d'at-

rain, — Conclusion.

Tout ceci, que voulez-vous ! il faut l’entendre : c’est Charmeur et c'est superbe dans sa belle continuité rythmique. c'est fort et ce n’est qu’un souffle, c’est enfantin,

c'est magnifique. C’est le clinquantet le mirage, prestige

aillettes métalliques, plumes d'oiseaux multico-

Ars np

RS qui s'attarde plus longtemps sous l'archet nous dit bien, | familière et presque chérie maintenant, que, Mère des 4 contes étincelants, elle incarne l'éternelle Imagination, mi nourrice des peuples, consolatrice des heuressombreset …

1 . marraine de tous les beaux mensonges qui sont enfants 4 des arts!!!

| Sommarre : Musique et plastique. — (A propos de la direction de . M. Weingartner). — Fragments de Fervaal de M. d’Indy. — 4 L'évolution musicole de M. Massenet. — Le style d'Alfred Ernst. 3 - — Musique tchèque (symphonie /e Nouveau Monde de Dvoràk, M. Josef Suk, etc.). — La Symphonie avec chœurs.

1° nars 1001.

EUx dimanches de suite, M. Félix Weingartner

vient de diriger l’orchestre des Concerts La- \ moureux. Dois-je tenter, une fois encore, de Ne nS - décrire les côtés extérieurs de cette direction É se) magistrale, comme je m’y évertuai l’an dernier 2% lorsque l'éminent cappelmeister parut au théâtre Ride la République ? Ce n'est malheureusement pas un : | portrait, ni même une série d’instantanés qui peut fixer … le souvenir de ces gestes prodigieux, dont j'admire sans … réserve la variété, la justesse, l’eurythmie surprenantes. Et; je doute qu’il soit possible d'évoquer à l'imagination de qui ne les a point vues ces transformations d’un | | visage continuellement mobile, les ondulations de ce mn torse étonnamment souple, et surtout l’ardente gymnastique des bras, des mains, des doigts eux-mêmes, concourant à nuancer les sentiments à l’infini par une sorte « hiéroglyphie puissante et fine, où, jusqu’à l’apparente Ki D suspension des moindres mouvements, toutes les res- sx | sources de l'expression corporelle entrent successivement

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Chez quel chef d'orchestre, par exemple, trouver rien d'analogue à sa façon d'’abaisser brusquèment, sur la dernière note d'une phrase mélodique, les poignets rapprochés l’un de l’autre, de manière à creuser, entre cette phrase et ce qui la suit, un fossé dont l'étroitesse ne rompe point l’unité de l'œuvre, mais dont la profondeur en détermine irrévocablement les divisions ? Etcomment imaginer une trouvaille plastique plus fastueusement belle, après des battements saccadés scandant des staccatos ascendants, que cette façon de tendre les deux bras tout droits au-dessus de la tête, pour les épanouir lentement, pendant la mesure de cadence, en un grand geste circulaire,qui vientmourirle long des jambes immobiles?

Aujourd’hui je voudrais aborder un sujet plus grave que la description physique d’un tel artiste, et, scrutant la nature d'une mimique si complexe, mesurer, s'il se peut, l'étendue de sa légitimité. 4

J'entends, en eflet, beaucoup de musiciens me dire: | « Croyez-vous que l’orchestre des Concerts Lamoureux … conduit par M. Weingartner exécute les divers numéros 4 de son programme avec une perfection plus grande qu'il ne le ferait sous la direction d’un chef moins prodigue de. mouvements, de M. Chevillard par exemple ? » L'objec- 7 tion formulée de la sorte ne me touche pas, car dans les deux cas, je le concède, le résultat sonore demeure à peu « près égal. Mais Jà n’est point le cœur du problème, et : j'estime qu’il faut plutôt se demander : « Les auditeurs N qui votent M. Weingartner diriger une symphonie, « éprouvent-ils une jouissance d'art plus complète, com: À prennent-ils mieux cette symphonie, que s'ils en écou- « taient la musique sans le voir ? » :

LE

PSItOnS de à répondre avément : à ce postu- Métur, et pour nous justifier remontons jusqu'à ses prinses | $

- Je conçois une pensée. Quelle qu'en soit la nature, si je la juge intéressante et prétends vous la communiquer,

Le le fait même que l’un et l’autre nous vivons sous x ‘enveloppe matérielle du corps, je dois nécessairement,

À pour me faire entendre, user vis-à-vis de vous de moyens également matériels. Or les sensations olfactives et “sapides ne nous procurent pas de langage expressif ; ë es sensations tactiles ne servent à la manifestation réci- | proque des sentiments que dans certains cas particuliers sur lesquels on me permettra de ne point insister; les f sensations visuelles et sonores fournissent donc à elles ; | seules presque tous nos signes d’interrelation, et, dans la pratique ordinaire des choses, nous employons simul- tanément pour nous faire comprendre une langue humaine et des gestes nombreux.

… Ces derniers, remarquez-le bien, constituent le mode - d'expression le plus naturel, et dérivent directement du “ jeu continuel de nos émotions. À raison même de ce caractère ils servent à renforcer la puissance expressive des idiomes divers qui, sortis eux-mêmes de primitives …onomatopées, s'altèrent de race en race, de siècle en siècle, et deviennent à la longue presque entièrement conventionnels. De telle sorte que quand le Petit Poucet 0 supplie l’ogre de l’épargner, il se jette instinctivement à mcenoux, pensant fléchir peut-être par le geste celui qui se Montre insensible aux accents de sa voix. Et, vous le … Savez aussi bien que moi, plus le désir de convaincre » s'accroît chez l’homme, plus sa passion grandit, plus il

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