‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 20 sur 68 · CÈ · texte numérisé non relu

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multiplie ses gestes et plus il en orne son verbe. A fortiori, lorsque l’exaltation le pousse au lyrisme, et qu’au lieu de parler il chante, sa mimique doit encore s’amplifier, si bien que le ténor promenant sa douleur au clair de lune parmi les tombeaux, et jetant des cris de reproche ct de désespoir vers la bien-aimée infidèle, n’a plus de bras assez longs à dresser vers le ciel, ni de hochements de tête assez forts pour faire trembler comme il sied la plume souple de son toquet.. Ainsi l’union du geste et de la parole nous apparaît constante et d’autant plus intime et sensible que cette parole se hausse vers

les inflexions musicales. Toute une partie de l'esthétique :

wagnérienne repose sur cette observation.

Mais la musique instrumentale ou symphonique comporte-t-elle aussi des gestes ?

Il semble à priori que non. D’abord, et de toute évidence, on ne saurait attribuer une puissance expressive quelconque aux trémoussements des pianistes, des violonistes, (ni même des belles harpistes, depuis qu’elles ne portent plus le turban de Corinne). Le chef d’orchestre se trouve donc seul dans les conditions matérielles qui lui permettent une gesticulation véritable ; et nous revoici, le terrain déblayé cette fois, devant notre problème initial : ces gestes du chef d'orchestre peuventils présenter quelquefois une valeur artistique ?

Examinez, en premier lieu, le cas inverse du nôtre, et …

voyez le geste, dès qu'il s'accentue sous l’empire des émotions, dès qu'il s'exalte et devient la danse, loin de répudier les secours acoustiques, les réclamer impérieusement. Pourquoi la réciproque ne serait-elle pas vraie ? Les enfants, guidés par de sûres intuitions, dan-

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sent bien autour du kiosque, à Fa musique militaire, sur . n'importe quelle mélodie, et si nous n étions pas nous- … mêmes devenus si laids et si ridiculement vêtus, peut- “ être goûterions-nous une volupté suprême à danser les . symphonies de Beethoven.

4 Mais un argument bien plus fort milite en faveur de … ma thèse. Qu'est-ce donc, somme toute, qu’une œuvre s | symphonique, sinon l'expression musicale de certaines …— idées, de certains sentiments? Et puisque le chef d’or- À . chestre, s’il était acteur et s’il nous exprimait ces senti- | à ments et ces idées sous la forme poétique, devrait nécesà Sairement les éclairer d’une mimique nombreuse, « persuasive et choisie, pourquoi ne les soulignerait-il pas

# de même, par une gesticulation appropriée, quand l’au- Ë teur en confie l’expression au langage instrumental ?P... de M. Weingartner ne fait pas autre chose; et c’est | comme une sorte de commentaire merveilleusement - limpide que j’admire ses mouvements, où le lyrisme … d’une danse multiple et délicate se marie si prodigieuse- - ment à l’argumentation physique de l’orateur, à la subtilité manuelle du dialecticien.

Pour en prendreunexempleunique parmi les nombreuses pièces magistralement dirigées par lui ces derniers - jours,pensez-vous avoir jamaiscompris si nettement l’ou- verturede Léonore, avant qu’on vous la mimâtde la sorte? Quant à moi, j'avoue que ce me fût une révélation, et 1% suivant du regard, phase à phase, le drame joué de-

vant mes yeux par cet homme, j'en ai saisi les intentions 4 et les développements musicaux eux-mêmes avec une … émotion d'autant plus grande que j'en comprenais plus

clairement la psychologie et les épisodes successifs.

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Cette admiration ne comporte du reste pas le souhait de voir tous les chefs d’orchestré suivre un tel exemple. Certes non! Ce que M. Weingartner exécute par un don spécial, par une étrange faculté de transposer des rythmes et des mélodies en poses plastiques, d’autres, s'ils tentaient volontairement de l’imiter, courraient sans faute au plus lamentable des échecs. Il fallait, pour produire cet étrange phénomène, la rencontre chez le même être d’aptitudes musicales, mimiques et intellectuelles tout à fait supérieures. C’est précisément pour cela, — chacune de ces facultés corrigeant en lui ce que les deux autres offriraient d’excessif, — que ses mouvements res-. tent si rythmiques, si élégants et si justes. Jamais il ne tombe dans l’exagération. Qu’une allure de danse véritable se présente à lui, (le scherzo de la symphonie de Schubert, par exemple), il sait trop bien que des saltations cadencées répondraient seules exactement à cette musique, et vous le voyez se calmer aussitôt. Ses dé. tentes nerveuses correspondent mathématiquement aux . assouplissements de l’accentuation, et, que ses mains. s’abandonnent à la brutalité d’un condottière ou s’attar- ” dent aux minuties d’un ajusteur, on peut être certain … que c’est toujours à l'endroit voulu, pour un but nettement déterminé, psychologique et musical.

Si bien que sa direction ne constitue pas seulement . une habileté technique exceptionnelle, mais un art spé- | cial, de signification particulière, qui s’ajoute à la musique et l’illustre sans la désorganiser, parce qu’il en est. lémanation normale, la réalisation concrète et dramatique.

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15 Mars 1001.

à Les plus grandes solennités musicales de cette quin- -zaine ont été les deux auditions triomphales, au Châte- » let, de quelques fragments de Fervaal. Et je commence ë tout de suite par constater l’exécution très soignée qu'y PA reçurént les trop courtes pages de cé drame lyrique i inscrites au programme. Ce qui prouve que l'orchestre de M. Colonne et son chef peuvent, quand il leur plaît de S'en donner la peine, atteindre aussi bien que d’au- (tres un haut degré dé perfection. Finesse, ardeur ét net- É | teté, rien ne leur marqua cette fois, et M. Vaguet, | chargé de la partie vocale et secondé par des accompa- » gnateurs discrets, (événement assez exceptionnel rue des . Lavandières-Sainte-Opportune), fit brillamment valoir à ces deux concerts la dernière scène de Feryaal, toute pleine de beautés resplendissantes.

Ce n’est pas ici le lieu de parlér de l’œuvre toute entière ét pourtant j'aimerais à dire à la fois ma vive | admiration pour sa haute portée morale et mes craintes … qu'elle ne soit pas très bien saisie par la plupart des Le uditeurs. M. Vincent d’Indy, je n’en doute pas, a voulu 4 L dontrèr par son drame qu’il n’y à rien de plus fausse- Lu ent criminel et stérile que dé contraindre de jeunes & ommés à maudire l’amour, à le reniér avant même que de le connaître. Car les yeux de son Fervaal ne s'ou- |vrent à Pillumination d’en haut que dès l'instant où, net- | tement, il reconnaît sa folie d’avoir termé l'oreille aux » voix des naturelles tendances. Alors il frappe Arfagard, fauteur du serment inique et porte, comme un éten-

dard d'amour, vers les sommets de la be la ÿ vierge tuée par ses dédains antérieurs. 1 Comme toute affabulation conçue dans un but sym-. bolique a priori, ceci risque de paraître légèrement obs-. cur à la première audition, et jai bien peur que les spectateurs, frappés uniquement par le côté concret des. choses, ne voient dans la victoire des Sarrazins un chä-. timent à l'involontaire passion du jeune héros. Tandis. que j'espère ne pas me tromper sur les intentions de. l’auteur, quand je crois reconnaître, au contraire, dans la défaite des Celtes, la juste action des lois éternelles, déchainées contre eux par la conduite de Fervaal, parce que celui-ci mentit à ses propres énergies en délaissant. Guilhen, dont rien que de conventionnel ne lui interdi-. sait l'amour. | 4 À ce compte, m'objecterez-vous, Parsifal doit me. sembler d'une signification monstrueuse. Bien au contraire ! Mais {e symbolisme de Parsifal, beaucoup plus complexe et plus profond infiniment que celui de Fer-« yaal, est d’une portée tout à fait différente, et seules les personnes qui s'en tiennent aux apparences extérieures. peuvent avoir découvertentre ces deux créations quelques | analogies. | Ce qui risque d'amener une confusion sur le sens réel et d’ailleurs si grandiose de Fervaal, c'est précisément" que le compositeur combine de mysticisme l'apparition. de la lumière dans l’âme de son héros et prétend oppo=" ser l'Orient, tout amour, au druidisme, toute froides volonté. Il y a là quelque confusion de mots: l'amour mystique de 1 Orient ne se montre-t-il pas bien plutôt, dans la réalité, l'irréconciliable ennemi de l'amour.

| humain (que toujours il s'efforça d’étoufler, en désignant . la femme comme la source originelle de tous les maux) ? Et, d’autre part, devons-nous admettre historiquement que les prêtres celtes fussent et si farouches et si peu avertis que le pauvre Arfagard ?

Ces réserves nécessaires posées à mon admiration très réelle, je le répète, pour un poème si supérieur, comme élévation d'idées, voire comme lyrisme, à l’immense majorité des livrets d'opéra, je puis maintenant, sans remords de conscience, applaudir de tout cœur au splendide vêtement sonore que M. Vincent d’Indy jeta sur sa … conception dramatique. Si je dois m'en tenir aux fragments exécutés par M. Colonne, ils suffiront, je l’espère, à caractériser la variété de ces inspirations, et, tour à tour, leur charme, leur tristesse, leur solennelle ampleur.

Quoi de plus jeune et de plus chaleureux, par exemple, que le délicieux prélude du premier acte ? Après l’ondulante et calme ascension du cor, de la ffûte et du violon solo, il chante, sur le bercement délicat du quatuor, la grâce, presque enfantine encore, de l'adolescent endormi. L’on dirait la respiration rythmique d’un songe bienheureux ; et quand la voix grave et mâle des quatre cors reprend à son tour le thème d’une si fière tendresse, il ne reste vraiment plus l’ombre d’un doute que cette volupté » demeure vierge de toute impureté, car jamais on ne vit

plus exquise pudeur dans tant de passion.

Tout autre apparaît le caractère du dernier entr’acte.

__ Sur le tremblement douloureux des basses divisées, les

violons et les flûtes lancent de rapides gammes ascen-

dantes. Elles persistent durant tout le morceau, mêlant

leurs lugubres sifflements aux sonneries des cuivres qui À

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disent la douleur dé la patrie vaincue, aux fanfares sauvages clamant la mort et la dévastation. Jé ne pourris vous citer exactement les noms de ces thèmes, et pour cause. Certes on se documenterait facilement sür leur: signification précise; mais je m'en garderais, Car l'impression causée par une telle musique dépasse, et de combien ! les idées que pourrait inculquer là Connaissance analytique de ses intentions. Non vraiment; je sens trop nettement ici tout ce que l’auteur à voulu rendre, pour y chercher autre chose que ces émotions à quoi tendent les arts sonores, et je les éprouve avec une netteté parfaite. Oui, c’est bien le pays en deuil qui gémit dans ces rauques appels, et le désastre dont il périt gronde encore au-dessus de ses vallées, parmi la voix stri- | dente des archets.

D'ailleurs, une clarté merveilleuse distingue toutes les compositions de M. d’Indy et s'avère, plus quen'’importe où, dans la scène finale chantée par M. Vaguët. Il serait trop long de l’analyser phrase à phrase ; maïs ce qu'ily « faut constater avec joie c'est d’abord le goût parfait avéc lequel le compositeur sut garder un caractère de tecueil- | lement à ce finale susceptible de verser aisément dans la grandiloquence et qu’il maintint suf un domaine purement idéaliste, par la réserve de sés moyens et par l’austère dignité de son inspiration. C’est encore l'esprit de mesure, qui lui permit de se borner et de faire juste- … ment ce qu’il prétendait faire, qualité toute française, comme auséi la nature très directe de son langage mélo- M dique. Et, quelles que puissent être leurs opinions per- M sonnellés, soit Sur lé livret, soit sur les tendances musiéales di compositeur, tous ceux qui viennent d'écouter |

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reconnaître que C'est là quelque chose de noble et de réellement grand !

1e april 1001.

Le 10 mars, la Société des Concerts Colonné a consacré toute une séance aux œuvres de M. Massenet. Un festival est toujours chose intéressante, quelque auteur que l’on y célèbre, (à la condition que les-morceaux, dont l'audition se compose, appartiennent à des époques suffisamment diverses), parce que c’est un spectacle curieux et parfois émouvant de contempler toute une évolution pour en dégager, dans la mesure du possible, les lois qui la régirent. À cet égard on aimerait que les fragments exécutés se présentassent au programme suivant l'ordre chronologique de leur conception. Mais ce serait trop demander aux organisateurs de concerts, car ils affichent une sereine indifférence pour toute méthode, et je suis sûr qu’en leur parlant d’esprit philosophique on obtiendrait comme unique réponse un haussement d’épaules.

A l'auditeur, par conséquent, de rétablir les choses normalement et de se débrouiller parmi le heurt d'impressions auquel on ie condamne. Mais j'en viens à ce qui me préoccupe dans le cas actuel.

Chaque fois qu'on organise, pour un musicien, l’un de ces concerts récapitulatifs, ou, pour un peintre, l'exposition générale de ses œuvres, aussitôt vous entendez parler de leurs diverses « manières ». Si l’on ne donnait à cette expression qu'un sens vague et superficiel, je

la verrais employer volontiers, comme un moyen pra”

tique de s'entendre. Mais, ces « manières », on prétend

les compter pour chaque auteur, on les fixe à tel nombre et bientôt on leur accorde la valeur de bornes absolues … entre lesquelles doivent entrer de gré ou de force toutes les productions d'un maître. Ce besoin de cataloguer strictement conduit dans tous les domaines à de graves erreurs. En chromatique, par exemple, une habitude de : langage a décrété que les couleurs du spectre doivent se ramener à sept, alors que dans une série indéfinie de nuances on pourrait aussi bien choisir un tout autre nombre de types. Or il a suffi de cette affirmation gratuite pour tromper nombre d’esthéticiens et leur faire voir immédiatement dans les sept notes de la gammeune correspondance précise avec les sept couleurs de l’arcen-ciel, alors qu’en réalité ces notes ne correspondent pas au rouge, à l'orangé, au jaune, etc., mais aux difiérentes hauteurs, foncées, moyennes, claires, très. 1 claires, etc., d'une même nuance.

Des méprises de cette sorte se produiront partout où l’on ne comprendra pas que le nombre d’éfais d’un acte \ est indéfini, et quesi vous prenez dix clichés à la seconde pour un cinématographe, vous pourriez en prendre aussi 4 bien trente dans le même laps de temps, et alors ce qui vous paraît un état sur la première pellicule devient un acte par rapport à la deuxième, puisque sur celle-ci … un mouvement qui paraissait nul s’est décomposé. en trois phases, imperceptibles peut-être, mais cependant « réelles. “: #0

Je parais très loin du festival Massenet ; j'en suis cependant tout proche et vais, par analogie, vous faire observer que si vous attribuez de 1880 à 1900 trois ma-* nières à l’auteur d'Esclarmonde, je puis immédiatement

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