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les dédoubler et vous en montrer six. Au premier abord - ceci doit paraître un jeu puéril, encore que dans l’appré- - ciation d’un artiste l'importance m'en semble capitale. | Car, si vous admettez ces divisions en « manières», vous - conservez inévitablement dans lesprit l’arrière-pensée | que le peintre ,le musicien, le poète choisit librementson genre et le change de propos non moins délibéré. Dès lors vous êtes en droit de lui intenter des procès de tendances, ou de lui adresser d’amers reproches dès qu'il cesse de vous contenter. Que si vous repoussez, au contraire, de telles divisions et ne considérez en ses trans- . formations de forme ou de pensée que l'effet constant et fatal de l'évolution, vous pouvez encore le préférer à telle ou telle phase de cette évolution, mais vous perdez toute aigreur contre lui et, reconnaissant que l’ambiance
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et les antécédents agissentirrésistiblement sur ses œuvres
vous devenez parfaitement équitable, en dépit de vos convictions personnelles.
Je crois que toute la question Massenet tient dans cette remarque : nous l’approfondirons tout à l’heure. Mais il faut avoir le courage de regarder les faits en face et de
les étudier froidement.. Il est incontestable qu’à l’heure
actuelle M. Massenet, en dépit de ses succès persistants
près de la foule, voit se tourner contre lui tout le clan des
musiciens, avec une violence peu raisonnable et des
façons le plus souvent de mauvais goût. Le fait me sem-
. ble grave, parce que, (bonne ou mauvaise), l’influence de
… ce compositeur, sur ceux-là mêmes qui le renient, maintenant fut immense.
Je commence par l'avouer : j'aimais passionnément
toute sa musique voici fort peu d’années encore; et
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mm | PARAPHRASES MUSICALES quiconque m'eût dit, lorsque le Mage parut, ne point
trouver le Mage admirable, m'aurait fort étonné. Si j'ai ; beaucoup changé dans la suite, je conserve une admiration tout à fait intacte pour Manon, et très vive pour certaines œuvres comme les ÆErynnies et Werther. Mais n’aimerais-je plus rien de tout cela, je n’afficherais pas du moinsl'ingratitude odieuse dont mes contemporains trouvent bon de payer tant de mélodies qui flattèrent les rêves de leur adolescence. Et si les jeunes musiciens nese mentent point à eux-mêmes par snobisme en niant avoir autrefois tressailli devant les parti-
tions de Marie-Madeleine et d’Hérodiade, tant pis pour
eux | Cela prouve qu'il n’eurent jamais vingt ans..., et je n’en suis d'ailleurs pas autrement surpris, quandije lis l’insensibilité de leurs âmes dans leurs propres élucubrations.. ! Quelques-uns m'accorderont toutefois que le Massenet « de la première manière » s’affirma par certaines qualités appréciables de grâce, de charme etd'élégance. Dites plutôt inappréciables : vous vous en êtes tant servis !« Mais, demanderez-vous, pourquoi donc depuis lors. ? » Voyons ! croyez-vous réellement que M. Massenet fût entrédans une voie différente en recherchant les effets de ce que vous appelez sa deuxième manière,— celle d’Æsclarmonde —s'iln’avait senti les moyens
de Ja première trop faibles pour exprimer ses émotions nouvelles ? Croyez-vous qu'il passa des folies charnelles
de cette légende dramatique aux violences de la Vayarraise, avec la seule idée de pasticher Mascagni ?... Vous | le savez bien, vous tous qui produisez, pour quelle part . infime entrent dans la conception de vos œuvres les calculs à priori, — du moins je vous le souhaite. Par le fait «
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| {seul que vous écriviez cela hier, aujourd’hui vous écrivez
. ceci, puis demain quelque autre chose encore. Les dernières notes que les compositeurs inventent
reposent en germe dans les premières lignes de leur pre-
mier ouvrage. Et comme elle éclate nettement cette loi pour le chantre de Manon !
Le chœur initial de Marie-Madeleine suffirait à mettre en nos mains le fil conducteur qui, sans solution de continuité, mène de cet oratorio jusqu'au Cid et du Cid à
Cendrillon, par vingt degrés tous différents, tous dérivés les uns des autres. Ce qui faisait la séduction de ses
œuvres anciennes devait irrésistiblement le conduire où . nous letrouvons maintenant.
Pour lui tout l'idéal de la musique gisait dans les seules vibrations corporelles que nous procurent les bruits
. harmonieux, et la portée de ses efforts n'allait point
au-delà de nos organes physiques. Il parcourait d’ail-
- leurs en virtuose le voluptueux clavier, se cantonnant
toujours, avec ses mélodies ondulantes et frôleuses, avec ses accords de pâmoisons et ses rythmes alanguis, dans
… le sensualisme des sons. Sensualisme quelquefois mys-
tique, semblable à celui d’Angélique se délectant en cachette devant des bouts de soie blanche, et quelquefois morbide, pareil à celui de M. Pierre Loti répandu
sur le tertre d’une tombe problématique.
Mais quand il en eut assez de ces amours langoureuses, il fallut à M. Massenet des émotions moins douceûtres. Ses mouvements prirent une allure trépidante, son orchestre se corsa, les héroïnes qui jadis roucoulaient se mirent à miauler comme des tigresses, et l’érotisme d’Esclarmonde et de Varedha fit son apparition.
Puis les étirements des flûtes et les soubresauts des trombones en démence lui parurent encore fades; alors en avant les fusillades, les coups de grosse-caisse, les duos en cinq-sec, tout le sadisme sonore que dès longtemps aurait pu prédire un critique avisé.
Dans tout ceci j’ai beau faire je n’aperçois qu’une succession normale de causes et d'effets et si l’on me parle de concessions au goût du public je répondrai qu'en fait d’opportunisme les créateurs en montrent surtout vis-àvis de leurs inspirations. Pour peu que celles-ci coïncident aver les souhaits de la masse, on accuse l’auteur à succès de flatter les passsions populaires, on l’accable volontiers sous l’épithète de malin. Mieux vaudrait, au
lieu de s’attarder à de si vaines apostrophes, compren-
dre que du point de départ dépend toute la carrière. Ne gourmandons pointsifort M. Massenet d’écriredes Vayarraises et des Sapho, mais reprochons lui, si nous en avons le courage, {nous nous montrerons ainsi plus
justes), les trop exquises Meryem et les Salomé d’autre-
fois.
Ou plutôt ne lui reprochons rien ; chaque arbre porte les fruits qu’il doit porter. Mais tâchons par cet exemple d'acquérir un peu d'expérience pour nous-mêmes. Certes notre jeune musique ne risque pas aujourd'hui de s'enliser dans les voluptés sensuelles ; — je ne parle pas de quelques élèves du Maître, qui, tout de suite, abordent les muses avec des dépravations séniles, — mais elle se penche, au contraire, au bord d’un gouffre dangereux, celui de l’analyse à outrance. Et de ce côté la pente ne me semble pas moins fatale que de l’autre, ni moins redoutable, car elle nous conduirait sûrement vers la
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encore là de vilaines « manières ».… … Le troisième acte de Siegfried formait, le dimanche - suivant, la piècederésistance du concert Lamoureux. Inu- | tile de répéter les incomparables splendeurs de ce duo | surhumain, source inépuisable d'émotions. Mais il con- vient que je signale de nouveau, en passant, mon horreur pour la traduction d’Ernst. Quel infâme jargon !
L'enfant cher donnai-je à Wotan.
L | Siegfried suis-je qui t’'éveillai.
| Pourquoi ces formes interrogatives ?
3 j à Quelque acte qu'ils fassent, Au couple jeune, moi, je cède avec joie.
È Est-ce une synecdoque ? Alors elle est téméraire. 4 Par lui je souffre, lui l’éveilleur;
De: : Il rougit armure et heaume.
É Siegfried porte donc un pot de peinture sur lui! - De rudes atteintes ne me meurtris.
- Il me semble que « meurtrir par » n’eût pas été mal.
Quand les yeux en feu se dévorent.
(+ Bon appétit !
Etc., etc... Et je parle ni des inversions continuelles, - nides hideuses allitérations, ni des hiatus les plus agressifs… Que voulez-vous ! Si ces barbarismes nous sont | imposés à tout jamais, c’est encore le snobisme qu'il . faut en remercier. Il en fera bien d’autres.
à La matinée débutait par une Ouverture de M. Savard - pour le Roi Lear. Cette page de noble allure demanderait le secours du geste. La variété des idées et les sursauts de
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