‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 24 sur 68 · À POV · texte numérisé non relu

À POV

PEER + < se ; + £ sn + ù RC RES A), SE Lis clé ne Luis de nn à,

’ “FÉTÉE ’ £

Ag ÈS | » témoignent de leurs difficultés en demeurant infruc-

tueux.

Deux numéros du programme m'ont, en revanche,

… très vivement satisfait. D'abord le poème symphonique

Nc ‘ll ee,

… quinerie descriptive, le célèbre musicien tchèque a mer-

de Smetana, V/tava, extrait du cycle : « ma Patrie ».

Vitava c’est la Moldau, dont les méandres assurent la richesse de la Bohême. Sans tomber dans aucune mes-

veilleusement rendu la marche du fleuve et les caractères

. diversement pittoresques de son cours. Un thème de . style populaire en célèbre l'épanouissement de la façon

la plus heureuse, et l’on a surtout goûté le passage, d’une

- couleur charmante, où les battements lents et réguliers

Bat ice he ph .24 15 0 Lis FF “NNCTSTE, ‘ be 7m ETS MNT

…—. des flûtes dans le médium peignent le calme éveil des

ondines, à la clarté de la lune, sur les flots argentés. C’est

. tout à fait exquis.

J'ai peut-être apprécié davantage encore la Suite de

M. Josef Suk pour instruments à cordes, appelée Séré-

nade. M. Suk, second violon du Quatuor tchèque, est un tout jeune compositeur, né en 1874 à Krecovice, en

- Bohême. Il est l’élève et le gendre de M. Dvoràk, et fera

quelque jour, où je me trompe fort, parler de lui dans le monde musical. Ecrite avec une aisance remarquable,

une continuelle variété de timbres, en dépit du seul

emploi des archets, et l'adresse la plus consommée, cette Suite, qui célèbre les rêves et les enthousiasmes de la jeunesse, possède, en effet, le rare mérite d’exprimer des sentiments réellement jeunes. On y trouve l'abandon lyrique d’une âme qui vibre fortement et ne rougit pas de ses impressions, donne franchement le meilleur de soi-même, et ne connaît pas cette peur, qui ronge trop

SFA ph.

de musiciens chez nous, de s'exprimer clairement, sans . réticences, avec l’expansion naturelle aux poitrines gonflées d’audace et de printemps. A la bonne heure !etque cela réchauffe, le rayonnement d'un talent sincère!

Le Vendredi et le Samedi saints, l'Association des concerts Lamoureux a donné, deux fois de suite, la Symphonie avec chœurs, de Beethoven.

Je me trouve, malheureusement, inapte à parler, comme il siérait, de cette œuvre stupéfiante, qui pour-. tant nous fut présentée, l’autre soir, d’une manière si limpide et si nette.

Quand le vieux Gurnemanz conduit Parsifal sous la. coupole de Mont-Salvat pour l’initier aux divins mystères, le jeune homme, rempli de terreur, contemple l’auguste cérémonie, mais n’en Saisit pas le sens et le vieillard chasse brusquement cet éphèbe dont les yeux ne se désillèrent point, que n'’illumina pas la lumière d'en haut. 1

Devant la Symphonie avec chœurs, me voici pareil, hélas ! au futur roi du Graal; je contemple, avec tout le respect qu'il m'inspire, le colossal chef-d'œuvre; inuti-. lement j'essaie d’en pénétrer les arcanés.

Ce n’est point que la beauté fulgurante m'en échappe. A la vue de la coupe mystique Parsifal demeurait inerte. Plus heureux que lui je sens du moins la splendeur du merveilleux ouvrage que nous légua Beethoven. Mais le. « sentiment » n’est pas « l'intelligence », et j'ai beau frémir d’un indéfinissable transport devant ces chants grandioses, devant ces insondables mélodies, je ne sais « quelles en sont ni la valeur précise, ni la portée réelle.

Certes j’estimerais stérile toute explication littéraire à

eu de la tusique souveraäineinent belle en soi. D'ailleurs et ‘à Ja poésie de Schiller, sur laquelle est bâti le dernier ; :( Tu suffirait à satisfaire une telle curiosité. Or, loin 4 É de procurer l'assouvissement à mon appétit de savoir, in les termes de cette poésie me gênent bien plutôt, et quand Me 1 je tressaille en présence du finale, aux accents de la voix | humaine, voix de mes frères exprimant, par ses cris, mille Hi À Dore et mille ivresses qui palpitent aussi dans mon a cœur, j'aimerais presque mieux qu’elle ne proférât les el, mots d'aucune langue. Car les pensées de joie ou de à - liberté, prises dans le sens exclusivement social qu’on . leur attribue, ne suffiraient point à m'expliquer un tel “ débordement d’harmonies, une semblable magie de … rythmes. Non, non ! l'esprit de Beethoven devait planer LH à à cette heure et plus haut, et plus vite, et, s’il se peut, 18) — d'un vol plus solennel que ne font les aspirations poli- a D tiques des peuples, même fouettées par le souffle des ke 1 ouragans ethniques. En écrivant ces pages inouïes, A8 … peut-être songeait-il, — comme chacun de nous y songe YUPe à de certaines minutes, — peut-être songeait-il aux pro- 40 & fondeurs infinies où grouillent, encore ignorées, les … vérités éternelles dont la connaissance est l’unique m… raison d’être des générations futures; et pour s'être … penché sur la margelle du puits, il se releva sans doute …. avec une telle épouvante, que sés mains brassèrent un À Decnnee de sonorités, le plus formidable qui soit au | monde... Affirmer que cet amalgame de notes si fantas- … tiques ne dépasse point les sensations immédiates dont … il nous ébranle, ce serait nier d’un seul coup l'intelli- gence humaine tout entière.

C'est donc ici que ma peine commence, puisque |

mal de ne comprendre point vient AE en mon âme le bonheur d'être ému.

Sans parvenir à discerner les raisons d’une si miraculeuse éloquence, en vain j'écoute l’orateur et ses inflexions poignantes et ses magnifiques périodes. Que célèbre-t-il ainsi? nos faiblesses conscientes et nos insignes douleurs, ou bien nos espérances, nos aspirations et nos gloires ? Quelles profondeurs a-t-il pénétrées, ce génie ? quels mystères dont je ne puis mesurer, à ses accents, la nature et la majesté sublimes ?

Dès le seuil du temple, dès le premier a/legro, dont les quintes descendantes m'entraînent vers des cryptes redoutables, je sais à n’en pas douter qu'il se passe derrière le mur épais du Saint des Saints quelque chose d’inconnu, d’effarant et de gigantesque, dont tremble le

symphoniste lui-même, et qu’il ne retrace qu’en frisson- : nant. — Mais quel est ce problème de conscience ou

cette loi cosmique, dont le tumulte assourdi de l’or-

chestre reconstitue les intimes données ?... J'entends « bien le scherzo, régulier comme la marche du temps, … fatal comme une combinaison chimique, et ces quatre“

coups rebondissants de la timbale qui me glacent à trois

reprises d’un indicible effroi. — Mais quelle cause déchaîne ce mouvement? quel vertigineux concept surgi”

de quelle commotion mentale ?.. Puis voici la quiétude

radieuse de l’adagio, cette action de grâces de la créa-« tion tout entière dans le calme illimité de son triomphe sur les ténèbres de l'abîime : — mais quelles ténèbres 2.

et de quel abîmer Et pourquoi chantent-elles enfin, toutes ces voix, avec tant de certitude et d’élan, de reconnaissance et de passion ? Quel monstre vient-on de

te |terrasser, quel térrible adversaire à la Vie, de l'Amour

Je l’ignore.

Un vague pressentiment toutefois me laisse encore

h nr espoir de pénétrer un jour dans le sanctuaire. En tous - cas, me souvenant avec « l'Imitation » que l’homme a

| deux ailes pour s'élever au-dessus des choses de la terre,

« la pureté de cœur et la simplicité d'intention, je m’aban-

| donnerai naïvement à la Neuvième Symphonie jusqu'à

| ce qu'elle me livre son secret. Car je ne saurais me con- D d’une jouissance faite de satisfactions corporelles, sans la possession de l'âme. Il en reste aux lèvres un goût

| trop amer de fiel et de cendre. Et l’Art, délicieux men-

| songe lorsqu'il ne vise pas au delà de sa propre essence, on atteint vraiment ses pleines destinées, comme c'est assu- 4 . rément le cas pour l'œuvre suprême de Beethoven, que s'il dépasse la valeur des moyens émotionnels, et frappe | avec puissance un but nettement psychique. Dés lors il | vaut surtout comme signe, et celui-là vraiment serait “ trop vite satisfait qui, s’arrêtant aux apparences exté- -rieures du symbole, ne tenterait pas d’en soulever les voiles, pour contempler le foyer lui-même et pour saisir, . vivante et féconde, derrière la sensation, l’Idée, l'Idée su- | blime, par quoi seul valent ici-bas les formes et les désirs !

1 pa aa Fi TER 1 VU

MOT AD ANR VA Êtra T'ON :

, PARCS RAM PIRES HAE “ Us Hu GUN F5 an NET fr ei ! + F3 OA WATEMNNCTICE « à fi 1Y £ L # 2 RU

SomMaiRE. — Les Danses du Prince Igor, de Borodine. — Les Préludes de l’Ouragan, de M. Bruneau. — La Symphonie pathétique, de Tschaïkowsky. — A propos des Symphonies de Bee-

thoven, — La Symphonie en ut majeur de Weber. — La Sym- : ts

| phonie fantastique, de Berlioz. — L'Adonis, de M. Théodore fi

Dubois. — Mélodies modern-style. — L'andante de la Svm- te

; phonie en ut mineur, de Beethoven. (10

Ki

1°" novembre 1901. 144

4 es concerts Colonne et Lamoureux ont rouvert |

leurs portes le dimanche 22 octobre. Ni

Au Nouveau-Théâtre on nous annonce A

peu de nouveautés pour la saison; mais les soins que M. Chevillard apporte à toutes les œuvres jouées chez lui permettent, en revanche, de compter sur des exécutions impecçcables. & La première séance nous çonfirme dans cet espoir : tir

PT Te VEN RER OT L3 Lee è

on ne saurait atteindre un plus haut degré d’habileté que 71 ne fait son orchestre dans /a Symphonie avec chœurs et # dans les Danses poloytsiennes de Borodine. Un délicieux Rs régal, ces danses du Prince Igor: un mets où les plus 4

À ti À

AUS RE AE ARE Le

(Van

RAA

véhémentes épices aiguisent la saveur de contours absolument classiques.

Le Prince Igor restait inachevé quand mourut Borodine en 1887; Rimsky-Korsakow et Glazounow terminèrent l'opéra de leur camarade, et les danses polovtsiennes furent instrumentées par le premier d’entre eux, l’auteur de Shéhérazade et d’Antar, poèmes orientaux si merveilleusement lumineux !

Tout autre est le coloris cette fois.

Rappelez-vous l'impression que dégageaient au Trocadéro les salles russes, en 1900 : une odeur violente et subtile qui prenait à la gorge dès l’entrée ; les essences des bois, les aromates et les senteurs de fourrures s’amalgamant en un parfum capiteux et lourd, tandis que le regard s’enfonçait voluptueusement dans les toisons profondes, se noyait parmi les flots d’étoffes sombres et chatoyantes. | |

La musique de ces danses offre quelque chose d’ana- ‘4 logue. Les harmonies en sont riches, mais atténuées, scintillent, mais derrière des voiles.Les mélodies, tantôt réveuses et tantôt brutales, se perdent dans une brume qui en amortit les chocs iacessants, n’offrent que des contours émoussés. Tout cela, ces lignes nerveuses et fuyantes, ces couleurs infiniment nuancées, mais tou- « jours rompues, où la blancheur des flûtes s’estompe ellemême de cendres crépusculaires, où la voix rauque des « altos renäcle sans cesse, où les harpes mettent des bruits de fêlures, où la batterie pose des lueurs tristes comme il en passe sur la peau des renards bleus, où les voix même paraissent étouffées..., tout cela donne l’ensemble le plus lointain, de plus étrange et le plus sau-

a bé à AE:

ST PR RTS eh

Page 1