‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 27 sur 68 · PA · texte numérisé non relu

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Er à besoin de les réentendre. A priori, je dois avouer qu’elles m'ont plutôt intéressé. L'orchestration en est chaude et … ferme, les développements s’y affirment logiques et pleins » d'ampleur. Quant au reproche de vulgarité, je crois bien qu on ne songerait pas à l’'adresser à cette musique, si le titre de Symphonie, surtoutde Symphonie pathétique, ne supposait une certainedignité d'expression qui, sûrement, … n'y est pas atteinte. Mais appelez cela : Suite d'orchestre, . et vous aurez quatre morceaux dont deux surtout, la danse à cinq temps et l’allegro vivace, ont beaucoup de caractère. Cet allegrv, qui doit représenter, je suppose, le pathétique militaire est particulièrement animé. Tou- …. tefois, preuve irrécusable à mon point de vue, de son … caractère prosaïque, et, comment dirais-jeP un tantinet . bourgeots, l'expression du patriotisme guerrier ne m’y …— apparaît pas très clairement. J’y vois plutôt la musique … du régiment jouant au kiosque municipal, sous la pluie, qui d’abord tolérable, finit par tomber en telles averses —… que la foule se réfugie dans les entrées, jusqu’au moment …—. où le ciel plus clément permet au bon public de venir “. écouter la fin du pas redoublé, qui se répercute aux quatre coins de la place. Peut-être n’est-ce pas très pathétique, mais c'est tout de même très musical et très enlevant.

Quant à la Symphonie en ut majeur, je l'ai entendue … avec un très vif intérêt, bien qu’interprétée non sans … quelque sécheresse. Evidemment ni les thèmes, ni la facture ne présentent, dans ce premier grand ouvrage de Beethoven, la magnifique arapleur que le Maître sut leur donner plus tard. Il contient pourtant les prémices d’une moisson splendide et des qualités de concision qui

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manquent, hélas! dans presque tous les chefs-d'œuvre

du symphoniste. Si l'on veut désigner quelque passage |

caractérisant l'aube d’un nouveau génie, je m'étonne …

qu’on ne cite jamais cet endroit du scherzo où les premiers et les seconds violons battent régulièrement à la tierce, en s’élevant d’un demi-degré toutes lés deux mesures, cependant que les basses et les anches se répondent par de brèves syncopes entrecoupées. Je crois bien qu'avant Beethoven on n'avait jamais réalisé d'une façon aussi

abstraite de la pure atmosphère symphonique, de la

couleur à ce point dénuée de forme. C'était un frisson nouveau qui naissait en musique.

.… Mais à vrai dire, je suis un peu comme ces admi-

rateurs de Raphaël qui, parmi les toiles du divin .

Sanzio, préfèrent celles où pas encore il n’était tout à fait lui-même, celles où l'influence de Mantegna et du Pérugin se faisait légèrement sentir. Et je me demande, voici déjà longtemps, si pour l’art musical ce ne serait

pas un bienfait immense que les jeunes compositeurs

se lançassent dans lé prébeethovenisme, comme sous l'influence de Rosetti, les peintres anglais se lancèrént

dans le préraphaëlisme, avec une ardeur qué les événe-

ments justifièrent depuis.

À coup sûr, dans la première symphonie, je préfère infi-

niment les trois autres mouvemefñts à l’andante, et dans

celui-ci jé rencontre d'un bout à l'autre deux défauts qui. se retrouvent dans presque tous les andantes du maître

et qui me les gâtent beaucoup. Autrefois j'aurais rougi de

l'ennui qu’ils me causaient; jé n’osais même pasm’avouer cet ennui. Maintenant je suis revenu de tous les fétichis- «

mes et je n'hésite plus à ne croire que moi-même, quand

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#4 mes sentiments et ina raison m'affirment quelque chose. . Or on ne me persuadera jamais que plusieurs des andantes de Beethoven n’ont pas deux vices capitaux : le morcellement et la monotonte. Nous le constaterons plus formellement encore dans la Symphonie en ut mineur, mais dès ici regardez cette phrase de six mesures, fort . jolie en soi, ce qu’elle a de bref, de cru, de limité dans son utilisation. Voyez comme elle va revenir, revenir sars cesse, toujours identique d'impression et de sentiment, même quand les valeurs changent, parce que ni le dessin, ni Ja couleur ne varient jamais. Les valeurs brèves ou les valeurs longues mettent un peu plus, un peu moins de hachures dans les contours, mais c’est toujours également appuyé, jamais estompé, jamais noyé. Pas de reflets; tout y sonne avec les mêmes exigences; et comme c'est souligné; comme cela s'arrête souvent pour repartir etredire la même chose! Vainement basses ou violons s’étirent tour à tour en sinuosités régulières et rases; ni le cœur ni l’esprit n’apprennent rien de neuf, et la noblesse du mouvement ne dissimule pas l'inutilité des commen- PA taires. C’est de l’Ingres musical ; et qui fut plus insoucieux 11e 0 de l’atmosphère que le peintre de l’Odalisque? II y a le in - style, je sais bien, et le plus admirable style. Aussi je . n'exagère ma pensée que pour insister plus clairement . sur cette différence extraordinaire, et que nul ne semble … remarquer, entre le dessinateur profond, mais ergoteur LAN … et compassé de beaucoup de pièces lentes, et le sympho- 5 . niste prodigieux des mouvements rapides.

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