AA A TR
1 décembre 1001.
La seconde symphonie de Beethoven est peut-être, :
après la sixième, la plus homogène detoutes. L'orchestre … des Concerts Lamoureux a donné cette Symphonieen ré …
le faire, la beauté parfaite, la grâce alerte, juvénile et forte d’une telle œuvre. L’exécution du finale, notam-
es.
majeur, le 10 novembre, avec une souplesse, une préci- … sion, un brio véritablement incomparables et quinousont permis de goûter, aussi parfaitement qu'il est possible de
ment, fut si prompte, si gaie, si robuste, que désormais
je ne sais plus aucune musique d’une allégresse plus
‘Pa
saine, ni rien de plus héroïque, par exemple, que la
modulation en ut majeur des bassons clamant la joie …
d'aimer et de vivre au milieu du vigoureux accompa
gnement des cordes. Et ces appogiatures enthousiastes! et ces trilles nerveux ! et la course trépidante et sûre des
Si
croches répétées ! et cet adorable chuchotement qui, sur «
les contretemps apeurés des violons, vient confier par
ne
phante ! | Les autres mouvements sont aussi remarquables
rantes interjections, et l’andante, l’andante le plus. exquis, je pense, que Beethoven ait jamais écrit. « Il n'est .
d'ailes rapides ! Ah ! combien délicieux tout cela ! quelle verve, quel poème de printemps et de passion triom- …
oi identique, tout fait de joyeux glissements et de fanfa-
deux fois une pédale mystérieuse de l’harmonie, tandis que, sourdement, les basses se laissent tomber à coups «
ft sw
7e d’ailleurs; le premier allegro, dans une note presque
nd Q
4 o point, dit Berlioz, traité de la même manière que celui ‘4
Dode la première symphonie; il ne se compose pas d'un * thème travaillé en imitations canoniques, mais bien - d’un chant pur et candide, exposé d’abord simplement par le quatuor, puis brodé avec une rare élégance, au moyen de traits légers dont le caractère ne s'éloigne - jamais du sentiment de tendresse qui forme le trait distinctif de l’idée principale. C’est là cette peinture ravissante d’un bonheur innocent à peine assombri par quelques rares accès de mélancolie. »
Cette courbe chantante, cette continuité mélodique -. me permettent précisément de goûter le second mouve- - ment de la Symphonie en ré, bien plus que la plupart - des autres andantes beethoveniens, parce que j'y sens è l’éclosion spontanée d’une page musicale venue d’un
seul coup, d’un même jet, sans l'intervention d’aucune - volonté d'écriture. Jamais le « travail » symphonique ne donnera semblable cohésion pour un mouvement lent et chantant, — je ne parle ni de la fugue ni des mouvements rapides, — et si je disposais d'exemples gravés j'aimerais à faire voir comment, sans aucun parti pris + d’ «imitation », par la simple unité de sentiment, les » divers endroits de la mélodie atteignent, en l’espèce, une . similitude absolue de lignes et de couleurs.
4 Je sais bien qu'en disant, l’autre jour, que les andantes ” me paraissent dans les symphonies de Beethoven d’une contexture moins heureuse que les allegros ou les scheros, j'ai paru follement téméraire et quelque peu blasphémateur; ce sont deux titres qui ne sont pas faits pour me blesser, et j'espère démontrer, la prochaine fois, sur la deuxième partie de l’ut mineur, modèle du genre, que mes blasphèmes et ma témérité ne manquent pas de
he eV ox di nel 6-2" ds
raison. Dans tous les cas, l'amour que je porte à la. douce rêverie de la symphonie en ré ne contredit aucunement mon opinion sur ce point; je crois plutôt qu elle la corrobore. :
Le dimanche suivant, M. Colonne donnait une matinée de longueur raisonnable et qui fut des plus intéressantes. … Je citerai seulement l'excellente exécution du « Morceau symphonique » de Rédemption et passerai rapidement sur la Symphonie en ut majeur de Weber. Avec l'inten- L tion d’être sérieuse, cette œuvre m'a paru friser de près la bouffonnerie; un rien de vouloir suffirait à l'y ame- … ner. L'adagio commence par une phrase de hautbois vraiment mordante et belle; mais il avorte presque tout de suite. Son excuse est d’être court. Le scherzo, qu’on présente comme le meilleur passage, ne me semble point tel ; ses trilles lui donnent quelque chose de saccadé qui confine précisément au comique, et le trio reste plat malgré certaine reprise des cordes assez bien venue. Le finale passerait facilement pour une ouverture d’Auber ou de Boïeldieu, mais toujours avec des intentions quasi-facétieuses. Et je préfère, en somme, l’allegro du début. Des 3 ; petites poursuites fort amusantes y mettent leur espièglerie, et les bassons lui communiquent un aspect très | particulier. D'ailleurs ces instruments, en dominant dans tout l'ouvrage, y apportent une couleur spéciale, mais un tantinet scatologique.
. Le gros morceau du programme était la Symphonie
Rat il a valu à M. Colonne une ovation légi-
time et chaleureuse, car ce chef d'orchestre excelle à . rendre la musique française et romantique, et conduit Berlioz avec une magnifique autorité. Vraiment on ne -
+ rer ‘ .
» saurait jouer avec plus de vie, de fougue, ni de « pa-
nn, |
TE en
Lin 0.”
CT. TT | mr TS.
ET die ho:
he |
PRET UNIL
PR TT D ET EU ù - : « de ”
. nache » que ne l'ont fait l’autre jour les musiciens du
Châtelet. L'œuvre s'y prête fort bien d’ailleurs. Tudieu! quel délire ! quelle musique littéraire! quelle intellectualité dans le jeu des timbres ! quelle puissance descriptive ! La note explicative que Berlioz a rédigée lui-même sur son effrayant chef-d'œuvre en est la meilleure analyse; aussi n’hésité-je pas à la transcrire ici malgré sa longueur.
« Un jeune musicien, d’une sensibilité maladive et d'une imagination ardente, s’empoisonne avec de l'opium dans un accès de désespoir amoureux. La dose
de narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le
plonge dans un sommeil accompagné des plus étranges visions, pendant lequel ses sensations, ses sentiments, ses souvenirs se traduisent dans son cerveau malade en pensées et en images musicales. La femme aimée, ellemême, est devenue pour lui une mélodie et comme une idée fixe qu'il retrouve et qu’il entend partout. Première partie. — Rêveries., Passions. — Il se rappelle d’abord ce malaise de l'âme, ce vague des passions, ces mélancolies, ces joies sans sujet, qu'il éprouva avant d’avoir vu celle qu’il aime; puis l'amour volcanique qu'elle lui inspira subitement, ses délirantes angoisses, ses jalouses fureurs, ses retours de tendresse, ses conso-
lations religieuses.
Deuxième partie. — Un bal. — Il retrouve l’aimée dans un bal au milieu du tumulte d’une fête brillante. Troisième partie. — Scène aux champs. — Un soir
d'été, à la campagne, il entend deux pâtres qui dialo- Pas P q guent un Ranz des vaches; ce duo pastoral, le lieu de la
HAT La