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ardentes et colorées du Sahel ou du Sahara, ferait à peu près ce que l'auteur de Samson réalisa magistralement dans sa lumineuse fantaisie pour orchestre et piano. Mme Roger-Miclos communique à cette pièce un merveilleux caractère. Esprit, clarté, puissance, rien n'y manque, et précisément le jeu de la brillante artiste n'est pas sans évoquer, dans sa perfection hautaine, les qualités d’un magnifique champlevé, dont il a les couleurs profondes et la belle précision de contours.
Le dimanche suivant, Mile Vicq interprétait au Nouveau-Théâtre l’air de Suzanne des Noces de Figaro. Le succès qu y remportèrent sa voix charmante et son goût pur et délicat l'aura consolée de l'accueil glacial obtenu d’abord avec deux mélodies de M. de Saint-Quentin. Ces mélodies ne pouvaient guère susciter l'enthousiasme du grand public. Soigneusement écrites, elles rentrent, par leurs contours amorphes et leur orchestration subtile mais invertébrée, dans la catégorie de ces déclamations modernes, où la musique n’ose rien ajouter à la beauté du texte poétique. C’est fort bien de s'abstenir de toute répétition de mots, de tout dédoublement de syllabes et de ne pas mettre Verlaine en couplets.… ; pourquoi même le mettre en musique P... Encore faut-il qu’il y ait dans une mélodie quelques point saillants, quelques méplats larges et solides où l'esprit s’accroche et se repose tour à tour. La mélopée et les modulations à jet tiède et continu finissent par donner la sensation pénible de ces horloges détraquées, dont le ressort se déroule sans arrêt, sitôt qu'on les remonte. La mode de cette inconsistance fà-
cheuse tend à se répandre, et c’est pourquoi j'y insiste. Pour ne citer que cet exemple, le commencement du
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grand duo des Barbares (dont le finale est si jolil)appartient à cette même rythmique de barillet affolé. Mais, revenonsaux mélodies de M. de Saint-Quentin ; En sourdine et Vision présentent le caractère décevant des soufflés à la confiture; on finit de les manger avant d'en prendre seulement le goût.
Ce qui me reste à dire, je supplie les personnes attachées à l'argument d’autorité de ne point y jeter les yeux : elles perdraient leur temps et leur patience. Il s’agit de l’'andante de la Symphonie en ut mineur. Les observations que ce morceau me suggère ne sont pas d'ailleurs l'effet d’une impression récente ni superficielle. Depuis des années j'hésite au contraire, dans la crainte de m'il- lusionner, à formuler mon humble avis là-dessus. Mais, remarquez-le bien, les précautions mêmes, que je suis forcé de prendre avant d'en parler sincèrement, indiquent assez l’état d'esprit tout à fait spécial auquel en est arrivée notre époque vis-à-vis de Beethoven. S'il s'agissait d'émettre telle ou telle objection personnelle relativement à la beauté d’une œuvre de Mozart, de Gluck, de Berlioz ou de Wagner, je le ferais sans peur et chacun trouverait cela parfaitement naturel. Mais les huit dernières symphonies de Beethoven, impérissable monument, j en conviens tout le premier, sont devenues monument intangible, ce que je ne saurais admettre. Beethoven, en est l’idole; son culte tourne au fétichisme. A la devanture des magasins, vous voyez son masque ; on a fait des tableaux d’après ce masque, et l'on vend des photographies des peintures de ce masque de
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peintre peint un Beethoven, tout sculpteur jeune rêve de
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