‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 31 sur 68 · VERT · texte numérisé non relu

VERT

modeler un Beethoven. A l'atelier, au concert, dans les

salons, partout, on prend des poses et des mines spé- Ciales pour écouter Beethoven. Et le moindre étudiant, destiné à devenir tout tranquillement avoué, notaire ou médecin de campagne, affiche le respect de Beethoven, comme un signe extérieur d’aptitude à comprendre le grand art. Par suite, l’esprit libre, qui veut librement s'exprimer, se trouve dans des conditions où il lui faut, je vous le jure, plus de vrai courage que de témérité, pour

émettre, en toute franchise, quelques restrictions à l’ido-

lâtrie beethovenienne. Mais, tantpis! je ne me mentirai

pas à moi-même, dussé-je me discréditer aux yeux de la masse.

N'ayant point passé ma jeunesse dans les grandes villes, j'avais plus de vingt-cinq ans lorsque j'entendis pour la première fois la Symphonte en ut mineur. C'était à Nantes, mais dans un concert donné par Lamoureux. Je l'avais jouée cent fois au piano et me faisais une fête de connaître enfin sa réalisation orchestrale. Les mouvements rapides m'enthousiasmèrent au delà de toute expression, mais l’andante me causa une déception telle que je crus à quelque défaut d'interprétation. J'imputai le morcellement des lignes et l'absence d'équilibre dans les valeurs à l'excès des nuances. Au piano l'unité de timbre et la faible puissance des sonorités m'avaient dissimulé le véritable caractère du morceau... Quoiqu'il en soit, on me permit de dire mon avis là-dessus dans une vaillante revue provinciale d'avant-garde. Je fis un article assez faux, où je récriminais contre le père Lamoureux et son orchestre, les chargeant des péchés dont Beethoven seul était responsable. Aujourd'hui je

sais mieux à quoi m'en tenir là-dessus et je rends à à César ce qui lui appartient.

En Susiane et en Chaldée, où l’on ne trouvait que de la pierre friable, on se servait de briques dans les constructions, — le musée Dieulafoy au Louvre nous montre des échantillons merveilleux de cette architecture céramique, — et l'on faisait, avec beaucoup de petits morceaux de terrecuite, tous de la même taille, d’énormes monuments d’une parfaite unité de contours, de couleurs et de surface.

L’allegro initial de l’Ut mineur présente dans sa composition des procédés analogues, (il ne s’agit pas de l’analyser ici, tout le monde le connaît par cœur), et je ne crois pas qu'il existe nulle part un autre agencement plus intime et plus véritablement symphonique de thèmes plus brefs et plus amalgamables. Non seulementc'estune merveille d'émotion, mais c'est un chef-d'œuvre de structure.

Avec l’andante, nous arrivons à un procédé tout à fait

contraire, ettel..., je vais lâcher ici la proposition scan-

daleuse, et tel que, au bout de 23 mesures, nous n’avons plus rien à apprendre. Ces 23 mesures sont remarquables, j'y consens, encore que gâtées par des répétitions de formules, le triolet sol la à si b la b trois fois répété par exemple, qui donne une impression d’essoufflement. Mais n'insistons pas, je veux bien accepter l’exposition de ces thèmes comme un pur chef-d'œuvre. Voici donc une grosse pierre magnifiquement sculptée. Que va faire

Beethoven ? Il prend une vingtaine d’autres blocs non

moins énormes, comptez-les, et quand il en a de nouveau sculpté la face, en s'inspirant de ses premiers dessins, il laisse côte à côte tous ces morceaux de pierre, et,

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