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SOMMAIRE : Ouvrages divers. — La Septième Symphonie de Beethoven. — Musique allemande et musique italienne. — La Symphonie en sol mineur de Lalo. — La Symphonie Roma de Bizet. — Le jeu de M. Raoul Pugno. — Le Concerto de violon de M. Jaques-Dalcroze. — M. Rosenthal, virtuose. — La Symphonie en ut majeur de M. Dukas.
1* Janvier 1002.
la rue Blanche on vient d'entendre successive-
ment les sixième, septième et huitième sym-
phonies de Beethoven. Je n'ai assisté qu'à la
séance où se donnait la septième. Ce fut du
reste un miracle d'exécution. L’al/egretto m'en a
paru plus admirablement beau que jamais, grâce à l'unité rythmique absolue que sut lui imprimer M. Chevillard,
en mettant mieux en valeur que de coutume les pizzicati binaires des basses et en atténuant au contraire les triolets
des premiers violons, qui jusqu’à ce jour m'’avaient paru morceler un peu le mouvement... Mais le finale reste, à mes yeux, la page la plus surprenante qu'ait jamais écrite Beethoven : le tourbillon des mondes en gésine peut seul égaler ce déchaînement sonore et l’orchestre Lamoureux lui donna toute son effarante grandeur, par une interprétation souverainement puissante et cataclysmatique.
Un Prélude religieux, de M. Paul Lacombe, suivaitde près cette redoutable conception. Voisinage fatal s’il en fut ! Je doute que l’on ait écouté beaucoup l’œuvre nouvelle, d’une religiosité sulpicienne sans grand relief.
Maïs on he l’insulta point et c’est déjà beaucoup pour une
première audition, vu les mœurs affichées depuis quelque temps par les merles de nos poulaillers symphoniques. L'autre jour ils ont encore sifflé, chez M. Colonne,
le Poème symphonique pour piano et orchestre, de a
M. Gabriel Pierné. J'ai beau faire, je ne vois pas que
cette pièce méritât le moins du monde un accueil impro-
batif. Elle m'a plutôt semblé d’un tour généreux et d’une
belle progression sonore, et, devant ses qualités plastiques, je suis forcé de croire que le sentiment cocardier …
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qui l’inspira, déterminait seul une telle ire chez les anar-
chistes des hauteurs. En effet, ce poème est inspiré par
les vers de Victor Hugo :
Ceux qui, pieusement, sont morts pour la patrie Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau; Toute gloire auprès d'eux passe et tombe éphémère, | Et, comme férait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau.
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Mais alors pourquoi la même foule applaudit-elle aux
mêmes sentiments exprimés en un langage ROMA UR “Ù
chez le duc d’en face ?
Mystère et nihilisme !
Avec la séance des concerts Lamoureux, qui me sug-
gère ces divagations, j'en finirai bien vite, pour l’excel- |
lente raison que le triple concerto de Beethoven, (piano,
violon, violoncelle et orchestre), triplement ennuyeux m'a fait prendre la fuite. Quel singulier besoin d'exhiber
de pareilles défroques ! J'ai constaté, non sans joie, l'una- …
2 | soporifique. Pour ma part, l’allegro initial m'a suffi et - j'aipris la porte, me croyant à ces mauvais jours, où, dans un salon de province, quelques vieux énergumènes,
dilettantes fossiles, que M. de la Laurencie nomme spi-
% rituellement des « colophanistes », râclent consciencieu-
+ sement n'importe quoi, trop heureux pourvu qu'ils - râclent!... Mlle Chaigneau s'est trouvée compromise # dans ce fâcheux déballage de vieux tiroirs. Quant à 4 MM. Hugo Heermann et Hugo Becker, ils avaient l'air 4 heureux comme poissons dans l'onde, au milieu des | radotages d'un grand maître.
à Quoi qu’il en soit, je commence à me sentir singuliè- À reément énervé par cette germanisation de toute la mu- : sique, vers laquelle nous marchons à grands pas. L’AI- - lemagne a produit les plus grands musiciens du monde, . elle a créé l'expression souveraine de la pensée sonore, | j'y consens. Mais enfin les émotions humaines con- 3 naissent d’autres formules chantantes, et l’on aurait à grand tort de nous imposer uniquement un teutonisme substantiel, mais qui finirait par sembler indigeste.
En tous cas, ce n’est pas à nous, Français, qui devons . concilier les qualités des races latines et celles des races . du Nord, à nous laisser « monter le coup ». N’abdiquons pas les privilèges d'esprit ét de mesure qui appartiennent à notre pays et tâchons de nous convaincre qu’en nous lançant à corps perdu dans le culte exclusif des bonshommes à lunettes d’or, nous ne ferons pas de meilleure besogne que ne firent nos pères en se mettant à la remorque des Italiens.
: Et puisque je viens de prononcer le nom de ceux:ci,
Run d 45 ne à nier cette œuvre ultra
RARES permettez-moi d'avouer que je regrette l'injuste oubli …
dans lequel on les tient à cette heure.
I me semble qu’il serait d’un éclectisme judicieux de ne pas les dédaigner à ce point, je dis les Italiens italianisants. De temps à autre nous aurions plaisir à entendre quelques fragments de leurs œuvres. [l me paraît que Bellini n'est pas tant à dédaigner, que ce serait un régal d'ouïir nos parfaits orchestres jouer les ouvertures du Barbier et de Gutllaume Tell. Et je ne vois pas pourquoi, lorsqu'on mobilise une armée de chanteurs pour
quelque ouvrage moderne on ne nous donnerait pas telle
page méritant, comme le sextuor de Lucie, par exemple,
de survivre au naufrage d’un opéra vermoulu. Ceci ne …
rentre-t-il pas tout à fait dans les attributions des grands concerts. Et quand même on jugerait toute cette musique, si limpide et si rafraîchissante, un peu claire, on devrait encore la mélanger aux coulis des abstracteurs de quintessence, ne fut-ce que pour délayer le jus pâteux des Brahms et tutti quanti.
Peut-être nous apercevrions-nous alors de la dose
respective d'action et d’intériorité qui convient aux créa- -
teurs de notre race, et finirions-nous par rendre à nos jeunes compositeurs le respect d’une personnalité qu'ils abdiquent devant les maîtres d’Outre-Rhin ! . Mais j'oublie les concerts du Châtelet, et pourtant il me reste à clamer l'admiration que m inspire la Sr phonie en sol mineur de Lalo, merveilleusement jouée.
par M. Colonne et ses musiciens. Vraiment je ne sais.
dans notre musique rien de plus caractéristique, de plus original que cette symphonie. A l'instant je parlais du mélange d'action et de pensée qui caractérise l’art fran-
CFP ENT CNT EPP RE RTE FRERE MEET Pr EEE dE dut Et €) es
Peas. one ici l’on trouve tement ce précieux
ï alliage donnant un produit élégant, plein de fougue,
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d’allure et d'homogénéité !.…
Voyez, par exemple, l’a//egro du début, que son carac- | tère constamment tumultueux et sombre aurait pu doter de quelque monotonie, avec quelle force l'auteur du Roi . d'Ys l'accentua de contre-temps énergiques, le jalonna
. de brèves explosions en soufflets, semblables à ces res-
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sauts du granit qui fournissent à l'œil quelques points de
. repos dans les lignes austères d’une falaise. Au lieu de la
continuité statique des rêveurs, il a su créer [à mille
À recommencements quisont de la continuité dynamique.
Le vevace, plein de mélancolie, même dans ses parties sautillantes, et si profondément triste dans l’intermède . qui le coupe, offre le même aspect d’activité, grâce à l’intervention rythmique des cuivres contrebutant sans cesse le thème sentimental et méditatif.
Pas de phrase chantante plus délicieuse que celle de
l'adagio. Ici encore la tenue est parfaite, l'unité d'inspiration totale, avec les altos gémissant ainsi qu'une bise lente et sûre, avec l'exquisité nonpareille des montées de violons s’élevant, parfumées comme une volute d’encens, vers les régions éthéréennes. Et certains agencements
. polyphoniques, absolument propres à ce maître, sauvent
le chant de toute fadeur. Ce ne sont point un amalgame de sonorités, mais le jeu simultané d'organes indépendants encore que solidaires.
Que tout cela est sain! quelle émotion candide et quelles couleurs chaudes quoique un peu sombres! quelle belle pâte robuste, grasse et généreuse !
Le finale est une joie épanouie, juvénile, une joie
d’amoureux de seize ans. Une joie !... et qu'y at il: au à
légèreté de touche, la discrétion, la vivacité qui chez |
ignorant la musique de Beethoven et des maîtres germa- 4
monde de plus élevé qu'une vraie joie? À Telle m'a paru cette œuvre parfaite, où règnent la
nous, chez nous seuls, peuvent s’allier aux émotions les L plus intenses, aux pensées les plus hautes : l'ardeur du . tempérament et l’urbanité de l'expression. — Ars Gal lica.
15 janvier 1902.
Pour clore l’année, on donnait au Châtelet, le 29 dé- … cembre, la Symphonie en ut majeur (Roma) de Bizet. J'aidl pris beaucoup de notes sur cette œuvre et me décide à ne … pas les transcrire. Cet ouvrage est trop insignifiant pour. k qu'il vaille la peine de s’y attarder. Le scherzo fut sifflé. en 1863 et depuis il devint, sinon célèbre, du moins fort à applaudi. Je ne vois pas qu'il méritât ni cet excès d’ hon-. j
neur, ni cette indignité. Il y a quarante ans, le public, |
niques, pouvait trouver ce scherzo très audacieux, mais. Bizet les connaissait et je ne trouve pas qu'il fût si pro fondément novateur qu'on se plait à le dire. À part le à finale (Carnaval romain), qui a beaucoup de vie, cette | symphonie est plutôt ennuyeuse ; on y sent la constante influence de Gounod, et l'adresse d'écriture n’en exclut | pas, à mon sens, une certaine gaucherie des sonorités monotones et ternes. Je dois avouer d'ailleurs que lew tempérament de Bizet ne m'est pas très sympathique ; je ÿ lui trouve presque toujours quelque chose de contraint et d'essoufflé, et si je n'avais pas eu tout juste un lustre | quand on joua pour la première fois Carmen, j aurais à
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