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La Symphonie en ut majeur de M. Dukas constituait le gros morceau de la journée : œuvre du plus haut intérêt certes, œuvre de tendances élevées, curieuse demoyens et témoignant de facultés remarquables... ; mais qu’il ne faudrait pas trop se hâter cependant de proclamer chefd'œuvre.
Trois mouvements composent cette symphonie.
Le premier, un allegro à six-huit extrêmement fougueux a le grand mérite d’être clair et surtout de conserver d’un bout à l’autre la vitesse palpitante et passionnée qui le signale dès le début. Les combinaisons de motifs et de rythmes y sont très nombreuses. L’un des thèmes exposé par les cordes et repris plus tard par les cors est d’une tristesse profonde et contenue, que souligne l’agitation continuelle des « dessous ». Mais l’autre motif, lancé par les violons dès les premières mesures et que les cuivres commentent dans la suite, est particulièrement typique par son allure d’arpège fanfarant et douloureux et je ne sais pourquoi son éclat particulier m'a fait songer à Mozart, qui souvent employa cette sorte de dessin fort net évoquant une impression mélancolique par la juxtaposition des harmonies ambiantes.
Je le répète, son mouvement tourmenté me semble la
qualité dominante de l’allegro. L’orchestration en est
franche quoique très nourrie ; tous les groupes, employés presque continuellement ensemble, y sonnent avec netteté, distinctement, non sans rudesse parfois. La dureté est d’ailleurs un défaut assez fréquent dans l’instrumentation de la pièce entière. Le plus souvent, si je ne me trompe, elle est due à l'écart énorme entre les instruments graves et les instruments aigus du quatuor, écart
mal rempli par des sonorités trop faibles ou par de instruments de timbres trop différents. Je citerai notamment, à cet égard, dans la coda du premier morceau, la marche harmonique des violons, qui paraît légèrement brutale à cause de la distance trop grande séparant des autres masses orchestrales ce dessin ascendant.
Je reprocherais aussi leur longueur aux trois parties. La première s'achève dans un tohu-bohu wagnérien dénué de personnalité, et qui vient gâter un peu le commencement si dramatique et de trame si serrée; la seconde, par une confusion nébuleuse tout à fait inutile et la troisième par un accelerando sans distinction.
Tout le début du second mouvement est délicieux. Le cor expose un motif ou plutôt un signe de cinq notes, sur deux degrés de la gamme seulement, qui, repris par tous les instruments de l'harmonie à tour de rôle et beaucoup plus tard par les basses, forme le substratum symphonique sur lequel va s'éployer un thème rêveur et quasi religieux des archets. Le passage où les seconds violons égrènent leur pizzicati, sur la polyphonie mélodique, est particulièrement exquis et mille trouvailles de couleur charmante émaillent la première moitié de cet andante, à peine gâté par une ou deux duretés harmoniques : une réponse de flûte dans le grave, sur l’ornement initial, qui se frotte désagréablement contre le même motif répété par les hanches et plus jan certains trilles un peu audacieux des violons.
Malheureusement M, Dukas a voulu tirer trop de déductions de sa pensée chantante ; le morceau traîne en longueur et, de même qu'une peinture trop souvent reprise souffre des recherches qu'on impose à la toile et
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DUNN /PARAPHRASES MUSICALES © Iël
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ble « fatiguée », les thèmes finissent par devenir ici
nuageux et décousus, pour avoir été « tripotés » à l’excès. Si je disais que le finale est une mazurque, on se rirait de moi peut-être, et c’est bien une mazurque pourtant, “ mazurque truculente et pathétique, avec des glisseà ments énormes etdes écarts fous, une mazurque géante | - Sur les cordes, dans le grave, elle s'élance plus timide- + ment, retenue par une invisible entrave, mais déjà les É bois la redisent... Un apaisement ; la tête nous tourne - un peu, et c’est le vague pâle qui s’étoile de souvenirs, ; avec des bribes mélodiques tournoyant dans la cervelle et (
des pizzicati qui chatouillent toujours le rythme obsédant. Délassés nous allons repartir ; quelques glissades d’essai et nous y sommes. Puis encore, sur des pizzicati des seconds violons scandant par leurs syncopes un rythme à deux temps, les autres cordes chantent banales. Cors bouchés sans grand imprévu, trompettes violentes, grande mazurque de guerre, et longue strette assez commune. [1 ne faut pas se faire d'illusions, cette fin est absolument vulgaire.
.… Tel quel, avec ses divagations et ses crudités, l'ouvrage possède une éminente qualité: la vie, vie non point littéraire (cette conception est exclusivement sonore), ni sentimentale (on le souhaiterait un peu plus quelquefois), mais vie musicale intense, vie rythmique surtout qui signale un compositeur de dons et de mérite incontestables, et sur qui l'on peut fonder de sérieuses espérances.
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SOMMAIRE. — La Symphonie en si bémol majeur, de Chausson et la Symphonie en fa majeur,de Boëllmann. Considérations sur
le genre symphonique. — Concertos et sifflets. — Edith au col de Cygne, mélodies de M. Georges Hüe. — Sur César Franck. (A propos de Psyché). — Quelques Russes. — Extinction des chandelles.
15 février 1902.
E n'ai pas entendu le Dante de Liszt aux concerts Lamoureux, les ouvrages plus nouveaux que donnait M. Colonne, m'’ayant attiré au Châtelet ces deux derniers dimanches. ;
Je ne parlerai donc aujourd’hui que de la Symphonie en si bémol majeur de Chausson et de la Symphonie en fa majeur de Boëllmann.
J’éprouve du reste le désir de causer un peu longuement du genre symphonique, la grande quantité d'œuvres purement orchestrales, qu'on nous fait entendre cet hiver, donnant à ce sujet un intérêt particulièrement actuel.
Je crains, il est vrai, de ne pouvoir étudier, comme je l’aurais voulu, la Symphonie de Chausson. J'ai
commis l'imprudence d’attendre dix jours avant de
prendre la plume pour transcrire mes impressions, qui se sont atténuées depuis lors, et que ne suffisent pas à ressusciter les notes forcément trop succinctes prises durant l’audition. Il me serait facile de me procurer une partition de cette œuvre superbe; mais, chacun de mes
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