‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 37 sur 68 · EL · texte numérisé non relu

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Em e la musique intéressante, l'étiquette ne

nous chaut guère, et, si la symphonie qu'il écrit est une

belle page d'orchestre, je me moque bien que vous la

considériez ou non comme une véritable symphonie. Je ne saurais partager cette indifférence. D'abord je

vois toujours avec peine un artiste gaspiller, dans un genre, des forces qu’il emploierait beaucoup plus utile-

ment dans un autre genre ; et surtout l’adoption systématique de recettes et de moyens, ne répondant pas aux nécessités de la conception intrinsèque et choisis par esprit d'imitation servile, me semblent une atteinte à la sincérité, sans laquelle il n’est pas de créations qui vaillent. Ces réflexions me furent suggérées par l’audition, à huit jours d'intervalle, des symphonies de Chausson et de Boëllmann. Tous deux sont morts, hélas ! et je puis, sans froisser aucune susceptibilité, avouer que je trouve la symphonie du premier de tous points admirable et celle du second déplorablement vide et justement anti-,

ou plutôt a-symphonique. Cet auteur cependant fit ou

crut faire tout ce qu'il fallait pour écrire dûment une symphonie. Il prit un thème leitmotiv afin d’en constituer la trame mélodique de son ouvrage, et, choisissant d’autres phrases simples, il les sema sur cette trame

constante en les déformant selon la formule. Notez que

je goûte beaucoup la personnalité musicale de Boëllmann. Je connais de lui des pièces fort intéressantes et des mélodies exquises, telles par exemple que « Ma bienaimée est un oiseau ». Il n'empêche que sa symphonie ne m'a paru, je le répète, aucunement symphonique et je parierais qu'il n’est pas un professeur de composition qui ne soit de mon avis. Je n'ai malheureusement pas

le temps d'examiner ici pourquoi le thème : ré, la do, la ré, leitmotiv de l’œuvre, y est employé trop ou trop peu : trop peu pour constituer par lui-même une mosaïque à la façon du sol sol sol mi b de l’ut mineur, trop pour former simplement le fond, le damasquinage, si vous voulez, d’une étoffe dont il brouille les dessins plus importants, et à laquelle il communique une grande monotonie.

Il y aurait à étudier à ce même point de vue toutes les phrases typiques de son œuvre. Mais, si j'ai cru longtemps que la brièveté des thèmes et leur emploi simultané constituaient le critérium du genre, et si je reste persuadé, (comme tous les musiciens), que la concision mélodique et l’enchevêtrement sont les marques extérieures les plus frappantes de la substance symphonique, je suis, en revanche, absolument certain désormais qu'elles ne sont que des effets et non point des causes. Remarquez-le d’ailleurs. Ce caractère de longueur plus ou moins grande, de malléabilité plus ou moins parfaite n’est appréciable qu’approximativement et quantitativement, et je ne crois pas qu'on puisse jamais baser une classification sur des approximations quantitatives. C’est l’éternelle histoire de la queue de cheval détruite, crin par crin, dont Horace nous parle quelque part. Mais il me semble, (encore un coup je ne prétends pas définir ici la symphonie, je tâche seulement d’en entrevoir un plus juste concept), il me semble que s’il fallait chercher la qualité qui spécifie le genre symphonique, ce serait dans la couleur que nous la trouverions.

Il s’agit de bien nous entendre, car voici le cœur du problème.

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