CO CORAN
ait joué l’œuvre de Berlioz sur un instrument de son invention: la viola alta, sorte de grand alto à cinq cordes, au lieu d’user tout bonnement de l’alto ordinaire. Je n’ai pas retrouvé dans les sons de cette viole, assez « intensifs » en effet, mais un peu voilés et trop « blancs », la voix rauque et déchirante, judicieusement choisie par le compositeur, pour symboliser l’homme, le poète farouche, dont le timbre viril de l’alto exprime si heureusement les exaltations pathétiques et les mâles douleurs.
Le o mars, M. Chevillard donnait, comme nouveauté, le poème lyrique de M. H. Busser, À la Lumière, sur de beaux vers d'Anatole France. Nouveauté mal accueillie par le public, et je n’oserai pas dire injustement.
Non ! non! mille fois non!!! Une mélodie, quoiqu'on prétende, ne doit pas être cette chose invertébrée qu'un monsieur très habile, mais dédaigneux de toute inspiration, dévide avec une voix désorientée sur le fouillis d’une inextricable symphonie. Zéro plus l'infini, (l'infini
des intentions), ça ne fait, ça ne fera, ça ne peut pas
faire de la musique! Et la trompette la plus aigre de la terre ou le rudiment thématique le plus obstiné du monde ne remplaceront jamais une toute petite parcelle d'émotion tremblant dans sa fraiche et gracile nudité. Mlle Hatto a perdu son diapason au cours de ce rigaudon métaphysique. Elle l’a heureusement retrouvé, avec une ardeur communicative et un généreux élan, dans l’Air d’Obéron. On l’a beaucoup applaudie alors, ce qui a dû la consoler d’avoir été beaucoup sifflée auparavant. Ah ! seigneur ! quand les jeunes musiciens se résigneront-ils donc à être un peu moins remarquables !