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dire, le discours de la Damoiselle racontant qu’elle attend avéc impatience dans le Paradis l’arrivée de son sweet … heart est une des choses les plus soporifiques que je . connaisse. — Cette musique est pourtant intéressante! | me direz-vous. — Mais cértainéement que la musique de
M. Debussy est très intéressante. Disons mieux: sôn
orchestre; car vous ne sauriéz défendré sériéusément la monotonie de la partie vocale. Dans un article sur Manfred j'ai parlé quelque part des voix automatiques de . Pelléas. Ici nous sommes en préséncé de la même décla- À mation à la fois cassante et invertébrée, fibreusé et sèche. :
Huysmans, — car il faut toujours en revenir à ce diable u de saint homme, quand on veut préciser des sensations modernes, — Huysmans dirait qué c'est du vérmicelle … cru, et c’est en effet continu ét fragile comme cela, et . toujours la même chose ; chaque nœud de phrase, sans … êtré pareil, est toujours semblable au voisin. Seulèément je vous accorde que c’est du vermicellé doré. — Allons, allons! vous diVaguez, mon chér ! — Je déraisonne ; cé « n'est probablement pas de ra faute; maïs je veux bien vous accorder que le chant lui-même est parfait. Encore … un coup, c'est convenu ;le musicien qui aécrit les Nuages et les Sirènes est ün artiste merveilleusement doüé!.… Mais là, par exemple, où je devièns intraitable, c’est quand il s’agit de son esthétique, et je n'hésite pas à lui % faire un procès de tendantes. La Damoïsellé élue, tout commèe Pelléas et Mélisande, est moralement une mauvaise œuvré. Vous savez si j’admire lé Maëterlinck M d'aujourd'hui, celui de /4 Sagesse et la Déstinée, de là à. Vie des Abeilles ét de Monna-Vanna. Je détésté non moins ardemment le Maeterlinck d'autrefois, et vous
| PARAPHRASES MUSICALES - (VS à | | comprenez, dès lors, que je ne saurais admettre qu’on gaspille du talent sur des naïvetés factices, frisant la niaiserie, comme le poème de Rossetti qui nous occupe. . C'est peut-être du dernier galant, cest peut-être déli- cieux ces raffinements mièvres et mystiques, mais c’est de l’art de luxe, de l’art pour riches! Et des stupidités dans ce genre : « La lune annelée était comme une
pétite plume flottänt au loin dans l’espace » neséduiront jamais que des ésprits marinés dans le snobisme, les par- . fums, et les luxures émollientes. M. Malherbe, qui est u musicographe de talent et un parfait érudit, met . dans le programme du concert : « L'obscurité fait ici partie de la beauté. » Ça, non, non, mille fois non ! Là-contre je m'insurge. L'obscurité ne saurait être une beauté. Une œuvre obscure peut être belle quoique, mais jamais parce que ; jamais! jamais ! vous l’entendez, jamais !!! L'obscurité est une source d’erreurs, et l’erreur n'est jamais belle.
Laïssons donc de côté toutes ces rêveries si distinguées: damoiselles penchées sur la barrière d’or du ciel et vols d'anges horizontaux, et regardons la Vie! La musique, aussi bien que les autres manifestations sociales, peut cormettre des erreurs capables d'appeler un jour de terriblesreprésailles. N’irritons pas, avecnos déliquescences,: les forcés implacables de là matière, Ecoutez bien cé que je vous dis, chère Madame, et ne Vous moquezpas de moi, si je vaticine: ne jouons pas avec notre raison, Car, à cette heure, il y va d'elle tout simplement ! .… J'espère, du reste, que M. Debussv, fatalement, subira la mème évolution que M. Maeterlinck et dégagera, comme lui, ses regards des brumes qui les voilent, pôur admirer
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tout bonnement la splendeur inépuisable du vrai, et pour la traduire avec ce style magique qu'il a su se créer. Ce ne sont nises neuvièmes, ni ses onzièmes que je: critique c’est sa recherche enfantine et maladive de sensations rares et d’exquisités conventionnelles.
Et, sur ce, je reviens à mon emballement du début. Il s'agissait de M. Cortot. Mme Litvinne chantait avec son indiscutable autorité, (mais non sans quelque fatigue apparente), le finale du Crépuscule et le jeune chef d'orchestre qui dirigea, la saison dernière, les représentations wagnériennes du Château-d’Eau, conduisait pour la première fois à découvert, et par cœur, je vous prie, l’un de nos grands orchestres. Le coup d’essai a été un coup de maître, absolument sensationnel; et l’ovation spontanée que lui a faite la salle entière le classe tout de suite parmi les maîtres du genre. Il faut reconnaître que cet éminent pianiste est devenu bien rapidement un cappelmeister de premier ordre, ettous, aujourd’hui, nous avons admiré la souplesse de sa direction, la beauté de son geste, la clarté de ses rythmes, la précision tour à tour incisive et puissante de ses accents. Si je n'étais limité par la place (dont je n’abuse que trop), j'aimerais à vous peindre cette mince silhouette brune, ardente, nerveuse, et magistralement en possession de ses attitudes, même dans les plus fougueux élans. Elle m'a fait une grande impression, et l’image toute neuve
d’un chef d'orchestre, qui demain sera populaire, s'est «
à tout jamais gravée dans mon esprit, avec la promp-
titude saisissante d’une force inconnue, soudain mani- «
festée. Que ce soient les propriétés des rayons X que l'on découvre, ou quelque grand artiste qui perce, il me
rit
AT
semble que tous les esprits vraiment humains doivent en
ressentir le même contre-coup.
Parts, le 5 janvier 1903.
Chère Madame, je commence par vous souhaiter la
bonne année, — la bonne année musicale, naturellement:
beaucoup de belles œuvres nouvelles, un opéra original, quelques symphonies profondes et... le moins possible
de concertos !.. Ceci fait, j'attaque rapidement les
comptes-rendus de ces derniers dimanches, car, vous le pensez bien, chère Amie, j'ai dans le moment force lettres à écrire à des créatures moins imaginaires que vous,
hélas!
Le 28 décembre, je fus au Concert du Châtelet où l'on fit une ovation chaleureuse à M. Colonne pour une belle exécution du Morceau symphonique de Rédemption, où
j'entendis une seconde fois geindre la Damoiselle élue
et où M. Cortot dirigea le Prélude de Tristan et la Mort
Fe d'Yseult. Il y fut aussi remarquable chef d'orchestre que
dans le finale du Crépuscule, il obtint les mêmes bravos et nulle sanction ne manque à sa gloire naissante, pas
même la jalousie de quelques aînés.
La séance commençait par la Symphonie en la de M. Ch. M. Widor. Je préfère ne point m'appesantir sur elle, car, sauf son premier mouvement dont j’admire l’ardeur et la vie, tout le reste de l’œuvre me semble si funambulesque et si « farce » qu’en parlant d'elle je perdrais la
gravité nécessaire au critique musical et dont je ne me
dépars jamais, n'est-il pas vrai, Madame ?P Sans doute en l’écoutant j'avais la berlue, je me croyais à la pantomime
! j ty K l CM PRNE se Rors x 210 PARAPHRASES MUSICALES
etla vue du compositeur — il conduisait lui-même —
picorant l'orchestre de sa main gauche installée en bec de canard, ou cherchant désespérément sa poche, n'était pas faite pour diminuer ma jovialité involontaire. Il me semble pourtant qu'une symphonie doit être quelque chose de plus sérieux, et qu'une marche de marionnettes,
même entendue au microscope, ne saurait constituer
l'idéal pour ce genre de musique.
À tout ceci je préfère les Siances de Sapho et le Roi des Aulnes, splendidement chantés par Mme Litvinne. Que voulez-vous ! je crois toujours au dynamisme émotif d'une belle phrase et ne puis encore me persuader que le mépris de la mélodie soit le commencement de la musique. |
Hier le hasard m'a fait retrouver quelques numéros d’une grande revue, datant d’une dizaine d'années. À ce moment on cherchait en littérature, comme on le fait en musique aujourd’hui, à tirer des eflets d’un certain nombre de défauts artistiques : l'obscurité passait pour de la profondeur, les associations d'idées individuelles tenaient lieu de personnalité, (on sous-entendait l’un des termes, pour avoir l'air plus original), les fautes de syntaxe devenaient des fleurs de rhétorique et beaucoup de cacophonie donnait un semblant de distinction. C'était
le temps des poètes maudits, et le pauvre Lélian lui-
même, pris au piège à force de naïveté, s'était mis à
écrire comme dans ce tragment : « Qui donc eût été mieux à sa place (à l'académie) que Baudelaire, ce lettré, .
cet impeccable, lui autant, certes, que Gautier, ce jamais
content de son travail, à l'égal, je pense, de Flaubert P Et, À
au fond, ce vrai correct, ce hautain comme il faut, et ce