EE V
d'années, dans l'Echo de Parts, si je ne me trompe,sous e la signature « Lundi », et dont j'ai gardé la coupure.
Mon capitaine, que je croise et salue, m'arrêéte et me dit :
— Vous avez un bouton de votre capote mal cousu. Il ne tient pas.
Et vif, il pose un doigt sur le bouton, comme s’il voulait l'empêcher de tomber.
Sans remuer la tête, l'œil plongeant, je tâche, par delà mon nez, d'apercevoir le bouton.
— Îl me paraît tenir, mon capitaine.
— Croyez-vous? je pourrais ne pas discuter. Maïs vous êtes intelligent ; vous occupez dans la vie civile une haute situation. Je le sais et j'en tiens compte. Si le soldat défend la patrie, je comprends que l'écrivain chante sa gloire. J'ai la prétention de connaître mes hommes et de les juger à leur valeur. En un mot, j'ap. plique le règlement avec tact et, pour vous, je désireme montrer bon garçon ; inais votre bouton ne tientpas du tout. .
— Cependant, mon capitaine.
Enhardi par son affabilité, je déplace une main, je saisis mon bouton, je tente de l'arracher etn'arrivequ'à osctller sur place.
— Je constate en vieillissant, dit mon capitaine, que les égards ne servent à rien. Tous les mêmes, tous têtus, vous voulez jouer au plus malin. Ah !misère ? Dégourdi, va ! Enfin, bref. 7 Et mon capitaine tire son sabre ; ille couche sur ma
FX
poit
hat. dl ER, 2.
Con" PARUS
nu 7: PARAPHRASES MUSICALES | 233
# re” + L
rine ; puis 1l scie prestement, fait sauter d’un
\Per w
coup sec mon bouton, le rattrape au vol, me le donne et
dit, plutôt attristé que sévère :
— Voilà comme 1l tenait, votre bouton.
M. Hollman, en jouant le Concerto de Saint-Saëns, m'a fait penser à ce capitaine: il manie avec la même aisance la preuve la plus irréfutable en soi, l’autorité. Que si, par hasard, vous lui eussiez dit : «Je n’aime pas les concertos. — Vous ne les aimez pas? etbien, nous allons voir ! » Que si vous lui eussiez ajouté, une sup-
. position: « Ce concerto de Saint-Saëns particulièrement
ne m’emballe guère. — []ne vous emballe pas ? Eh bien, vous allez l'entendre ! »... Que faire là-contre? et comment résister à l'évidence quand un artiste vous crève les yeux, si j'ose dire, de son archet vainqueur ? Ah ! qu'il l’a divinement joué, ce morceau, M. Hollman ; et comme il nous a bien persuadés qu’il n'est au monde rien de plus neuf que les triolets du début, rien de plus
chuchoteur, extatique et mystérieux que la phrase de
l’andante vaporeusement câlinée par lui : « Cela
ressemble au cri doux que l'herbe agitée expire. » J'ai
cru vraiment, sous l’empire de sa forte suggestion, que le finale était plein de vie, et les siffleurs terrorisés écoutèrent, comme moi, la cadence elle-même, un chef-
d'œuvre de serrurerie, tout prêts à s’agenouiller humble- ment, à chaque silence, devant le plectre érigé du
virtuose: « Parce, fidicen, parce populo tuo; ne in œternum irascaris nobis ! »
Certes, j'admire l'autorité, parce qu’elle témoigne de la foi en soi, du talent, de l'énergie sans lesquels il n’est
est un chef-d'œuvre (chose A qu us Pavoir entendu jouer par mon oncle, le commandant, ou par. 1 mon ami, le conservateur des hypothèques. HUTE
SOMMAIRE, — Parysatis, de M. Saint-Saëns, — L'Amour des Ondines, de M. Bachelet.. — M. Saüer, virtuose. — Penthésilée de M. Bruneau. — Jtalie et la Vie d’un Héros, de M. Richard Strauss. — Nouvelle audition d'Antar. — Salutations finales.
1e ayrtl 1003,
ERMETTEZ-MOI de passer rapidement sur l’en- Ÿ7 nuyeuse audition du Concerto de violon de FL ipé Brahms, et de la pâle Sérénade mélancolique de Le Tchaïkowsky, que nous joua, l’autre jour, au Châtelet, M. le professeur Auer, doctoralement. Ce sont là choses sans importance et je brüle de vous confier lesréflexions que me suggérala Parysatis de Saint- Saëns. Cette œuvre m'a fait un grand plaisir; je dirais plus, elle m’enthousiasme fort. DepuislongtempsM.Saint- Saëns ne nous avait offert aucun régal aussi parfait, et, le voyant affirmer de nouveau sa haute personnalité artistique, j'ai ressenti la même joie imprévue que nous causa l'apparition de Ramuntcho, alors que, de Pierre Loti, nous n'attendions plus aucun chef-d'œuvre.
Je né vous énumèrerai pas tous les morceaux de Parysatis exécutés par M. Colonne et ne vous conterai pas davantage l'affabulation du drame de Mme Dieulafoy, sur lequel est bâtie cette limpide musique. Lorsque je lis le compte rendu de quelque pièce nouvelle, je passe toujours l'analyse de « l'histoire » et m'attache uniquement aux considérations générales du critique, parce