‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 6 sur 68 · PARAPHRASES USA · texte numérisé non relu

PARAPHRASES USA

Cette phrase a bien un sujet, mais je n’en vois pasle verbe... ou bien: |

Combien tu regretteras ce temps,

Tout en haut d’une tourelle, |

Alors que tu n'avais que sept ans, Etais doux comme une tourterelle! ;

Cette fois c’est un verbe qui n’a pas de sujet.

Ce n’est pas là de l’archaïsme, ce n’est pas de la poésie, c’est du mauvais français et du jargon ! |

Quant à la musique de M. Erlanger, entendons-nous bien. Si vous dites qu'elle est « intéressante », jé vous l’accorde volontiers; j'y vois évidemment l'œuvre d’un homme qui sait son métier, et pour peu qu’un tel mérite puisse vous contenter, je vous concède qu'il y a là de quoi vous satisfaire.

Si vous dites que ces sonorités vous plaisent, je me garderai bien davantage encore de vous contredire: une impression subjective ne se discute pas. : 6

Mais si vous me demandez la valeur musicale, j'en- … tends le degré d'émotion ressentie par M. Erlanger devant son sujet, et sa puissance d'expression inconsciente, je ne . crois pas trop m'avancer en affirmant qu’il n’y en a pas trace dans la Chasse fantastique. Tolstoï a caractérisé É d'un mot cruel, maïs juste, ce genre de productions, qui désormais règne en maître dans l’immense majors des 4 cas: c'est de l’art simulé. 4 4e On apprend dans un Conservatoire, dans une École 4 Fate des Beaux-Arts, comment tel génie exprima tel senti- - ment, tel autre génie tel autre sentiment et, pour peu

qu’une bonne fée vous ait au berceau doué de quelques

, ve .

ya se

: ilités An iec ti une AU ou à à fuir des pinceaux, on f brique, avec quelques recettes, des trompe-l’œil et d es trompe-l’oreille, où le cœur, le pectus, n’a rien à voir, mais qui suffisent à épater les bonnes âmes, ou à ravir De malins, très amusés de voir « comme c'est bien hi » | Une montre peut être une merveille d'horlogerie par » ragencement et la finesse de ses rouages, mais sans res- 4 sort elle ne me dira pas l’heure, et le seul ressort d’une | œuvre d’art, ce n’est pas l'intelligence, c’est l'inspiration. ne. Eh! parbleu, je ne demande pas au musicien moderne À des mélodies développées, seule forme sous laquelle se 1 concevait jadis l’émotion musicale; mais que ses sym- phonies vibrent du moins, et ne se contentent pas de « sonner, que ses leitmotive nous rémuent et ne se bor- . nent pas à étiqueter conventionnellement des idées indif- férentes. Non, je ne suis point misonéiste ; loin de là! Voyez donc toute l’école russe nouvelle, si recherchée, “ mais si frémissante! Voyez, parmi les mélodies mo- dernes, la Chanson perpétuelle ou Les Heures de Chausson; lisez cet admirable Puits, dans les Solitudes des frères Hillemacher. Rappelez-vous les thèmes si brefs et “ pourtant si tragiques del’Aftaque du Moulin, et l’allegro À ; nal de la deuxième symphonie de Rabaud, d'inven- tion mélodique à peu près nulle, mais d’une intensité Doc vraiment poignante?

… Et, pour opposer à M. Erlanger M. Erlanger lui-même, | reprenez quelques-unes de ses mélodies, Fédia, par exemple, d’une couleur si juste, si douloureuse, d’une Démorion si simple et si vraie!

T avais pris des notes nombreuses pour analyser ici la

Chasse fantastique. Je renonce à les transcrire; d’ailleurs les généralités que je viens de développer en disent plus au lecteur que ne le pourrait faire une énumération de catalogue. On peut, je le répète, juger très différemment Saint Julien. Il n'empêche que je crois être dans le vrai quand je signale ce qu’il y a de déplorablement factice dans presque toute la musique contemporaine, et quand je regimbe, fût-ce un peu durement, contre le pli des conventions accepté vraiment par trop de monde.

17 février 1900.

Je sors du Château-d’'Eau, tout frémissant de l’admirable audition que nous y offrit M. Chevillard.

À vrai dire, ce n’est pas Russia de Balakirew qui m'a si fort enthousiasmé. J'aurais peut-être besoin d'entendre de nouveau cette pièce bâtie sur des thèmes nationaux tout à fait charmants et même instrumentée avec la surprenante perfection dont son auteur sut inculquer le secret à ses disciples : Cui, Borodine, Rimsky et Mous-

sorgsky. Mais elle me cause quelque déception. J’atten-

dais vainement un épanouissement orchestral qui ne s’y produit point, et je ne comprends pas pourquoi les motifs qui s’y succèdent demeurent en quelque sorte indépendants les uns des autres, sans unité réelle, et constituent plutôt un pot-pourri de qualité supérieure.

qu'une véritable rapsodie. Le thème principal de l'œuvre «

rappelleun chœur des bateliers du Volga : « Eïa ouknem», que j'entendis, il y a quelques années, chanter sans accompagnement par une chapelle russe, et je n’oublie-

it # PP

ai jamais l’impression Die autrement t forte qu'il me. … produisit ainsi, dans sa simplicité vocale. Fe a Ce n’est pas, non plus, la Symphonie héroïque, ni | même Siegfried-Idy ‘ll,exécutées avec un soin pieux, “a mn ont ravi tout à l'heure.

. Ces pièces pâlirent à côté de l’interprétation véritablebn extraordinaire que M. Chevillard et ses musiciens 5 de nous donner du Prélude de Tristan, et de la Mort d Y8eull. Leslongs bravos qui doivent encore … Jeur tinter aux oreilles n’ont été que l’expression fidèie d’une admiration spontanée de l’auditoire. Jamais aucun À SH n’a pu rendre, jamais aucun orchestre n’expri- . mera avec une perfection plus ardente, avec une poésie | plus intense, avec une plus lucide exaltation, ces deux - pages sublimes de Wagner. Pas un détail de ces conceppor si complexes ne nous a échappé, pas une mesure qui n'ait pris sa valeur, son sens, sa portée, pas une . note qui n'ait jeté sa plainte ou son cri de joie dans ce 4 vaste ensemble. Et, par un miracle de volonté, les deux …. morceaux n’en ont pas moins conservé d’un bout à y autre une tenue, une cohésion, un élan merveilleux. Je ne crois pas que Wagner ait jamais eu la joie d’en- tendre exécuter /a Mort d'Yseult avec une passion si … jeune, si vive, si sincère, avec une joie si caressante, si

Donne avec un tel rayonnement d'ivresse !

24 février 1900.

R . Le « clou » de la matinée d'hier, au Château-d'Eau, fut a 3° scène du 3° acte de Siegfried, merveilleusement exé-

par M. Rousselière et par Mme Chrétien-Vaguet, dont les accents pathétiques ont fort bien traduit ces redoutables pages.

Sans doute ïil serait un peu ridicule de découvrir aujourd'hui ce chef-d'œuvre. Cependant qui pourrait, au moment où la troisième journée de la Tétralogie triomphe un peu partout, ne point clamer l'enthousiasme qu’un ouvrage si haut et si généreux communique irrésistiblement ? Comment, —— pour m'en tenir au fragment que vient de nous donner l’Association des concerts Lamoureux, — comment ne point frémir d'émotion devant les idées sublimes dont Wagner entoura le réveil de Brunnhilde ? Où trouver une situation plus neuve et plus belle que cette rencontre du jeune héros, à qui la vue d’une femme apprend pour la première fois la peur, et de la vierge endormie dans les flammes, revoyant la lumière pour apercevoir aussitôt devant ses yeux le fils du frère à qui jadis elle sacrifia sa divinité? Cet enfant, mais il est sien par la tendresse qu'elle lui voua de longues années à l’avance, par l’inté-

rêt qu'elle lui porta, dès les entrailles maternelles ! C’est

lui sur qui toutes ses espérances fondèrent le rachat du monde! Et les voici, l’un devant l’autre, vibrant de sentiments également profonds, invincibles, l'un ouvrant son âme à l’amour, et l’autre à la vie humaine, attendue dans le magique cercle de flammes.

Tout ce qu’il peut gîre de délicieuse ardeur dans l’in-

cestueux amour d’une créature pour le fils de ses rêves, amour unissant la tendresse de la protectrice à celle de

l'amante, et dénué de toute immoralité par le génie d'un poète qui prit soin de garder à son héroïne la virginité

| © ment conservée : tout ce qu’il peut y avoir de plus énve- . loppant dans le concours d'une affection quasi filiale et du désir, Wagner a su l’évoquer dans un dialogue | éperdu, où les pensées les plus profondes, sur le souveà rain respect qu'il serait sage de garder à de telles | aimées, s s’allient au lyrisme d’une juvénile et débor-

Et n'est-il plus permis, après vingt années, de songer | avec stupeur que le même cerveau, capable de concevoir , <e telles situations, sut les animer au souffle d’une n. musique tellement grande qu’elle peint, sans faillir, une … humanité supérieure, l'épopée des célestes guerrières, des … héros et des divinités gigantesques, et des passions sous » J’énormité desquelles nous demeurons écrasés? Cet . orchestre véritablement formidable, où l'amour, la ; jeucr esse, tous les sourires de la terre trouvent tant d’ado- R. rables accents, de murmures divins, les désirs et les volon- | tés s’y déchaînent aussi, non seulement exprimés par | des sonorités illimitées, sans défaillances, mais carac- D | térisés par une mélodie perpétuelle, dont la ligne ne se rompt jamais, et par des thèmes si robustes que, toute nue, leur RES inlassable soulèverait encore des mon-

| tagnes!! QE RU ri

15e | 3 mars 1000.

Page 1