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rables poèmes symphoniques, un exemple magistral, et sachons nous avouer nos égarements.
Aiguille des balances du monde, qui jadis marquait avec tant de droiture et de sensibilité les moindres variations du rythme universel, nous nous entortillons aujourd'hui je ne sais comment, et nous n’indiquons plus aux nations désorientées la fiévreuse oscillation des plateaux. Reprenons donc, s’il se peut, notre fonction d'autrefois. Il importe que chacun trouve, en regardant la France, le sens de l'équilibre et de la justesse. Revenons à cet art bien élevé qui nous fut propre, à cette urbanité, à cet atticisme qui nous caractérisèrent et, dussions-nous ne plus gravir les cimes nuageuses,demeurons ce que nous sommes : « Ve sutor ultra crepidam. » Je crois d’ailleurs que nous pouvons, sans regrets, laisser aux voisins toutes ces vapeurs maladives taxées d’aspirations mystiques, et cette soi-disant profondeur qui, neuf fois sur dix, est uniquement de l'obscurité. Rester soimême, voilà le plus sûr moyen de paraître grand; et notre rôle à nous est de redevenir, en musique aussi bien que dans toutes les autres manifestations de la vie intellec-
tuelle, un peuple joyeux, simple et bien portant !
Le 22, après avoir entendu Parysatis une seconde fois (avec le même plaisir que la première), je courus au Nouveau-Théâtre, où j'arrivai juste à temps pour savourer le Deuxième Concerto de piano de M. Emile Saüer, exécuté par l’auteur, qui ressemble au lévrier de Magnus et s'égoutte les pattes, en dehors du clavier, après chaque trait. La pièce est ridicule, et des bis frénétiques et moqueurs en ont salué l’interminable péroraison. Non point que cela sonne mal; au contraire; c'est même très
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adroitement tourné. Mais quel VérABe. Huile idées | falotes, quel défaut de structure et de bon sens!
On a beaucoup ri, et l’on a eu raison; c’est ce qu'il y avait de mieux à faire. Il est regrettable tout de même qu'un interprète de cette valeur mette son immense talent au service d’élucubrations personnelles : j’ai rarement
entendu rythme plus précis, phrasé plus pénétrant, mé-
canisme plus sûr; et jamais certainement il ne m'a été
donné de rencontrer unesonorité siprodigieusementpuissante. Mais il est encore bien plus fâcheux qu'il se trouve
à Paris des chefs d'orchestre pour offrir l'hospitalité à de pareilles niaiseries. C’est à n’y rien comprendre!
Au cours du même concert, l’admirable voix et l’autorité magnifique de Mme Litvinne soulevèrent l'enthou-
siasme de la salle avec la Mort d'Yseult devenue sienne
par l'ampleur et la justesse de son style. Elle n’a pas obtenu de bravos moins chaleureux, dans Penthésilée, qu’elle lança, tour à tour pleine d’une furie et d’une émotion impossibles à surpasser.
Je n'avais jamais entendu cette œuvre de M. Alfred Bruneau. Bien qu’elle date des débuts de sa carrière, on y trouve déjà toute la vigueur particulière au maître du
Rêve et de l'Ouragan, ces triolets déchaînés, cette virilité
mélodique, cette personnalité de bon aloi qui lui assu- .
rent une place à part dans la musique contemporaine. Il y a là-dedans je ne sais quel vérisme, quelle fougue
incomparables; et comme c’est construit pour le coup!
Quel ménagement dans les effets! quelle localisation
des couleurs orchestrales! Production d’un esprit lo- 4
gique, volontaire et laborieux, Penthésilée, reine des
Amazones échappe à la facilité mâtinée de complications
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