‹ Parasitisme et mutualisme dans la natureChapitre 12 sur 28 · Comptes rendus de la Société de iiioloijie, 1887, p · texte numérisé non relu

Comptes rendus de la Société de iiioloijie, 1887, p

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complet (holoparasitisme) est rare ; en revanche les hémiparasites sont nombreux. Il n'y a pas d’holoparasites chez les mousses, les ptéridophytes (fougères, équisétinées etc.) ni chez les gymnospermes; ces groupes ne comprennent pas non plus de saprophytes. Chez les angiospermes le saprophytisme elle parasitisme paraissent s’exclure mutuellement : le premier se rencontre sur- t tout chez les monocotylées. En revanche les dicotylées exclusivement parasites telles que les halanophorées, ralllésiacées, orobanchées, ou* hémiparasites (loranthacées, santalacées) ou les familles dont quelques genres seuls sont parasites, telles que les convolvulacées, les scrofulariées, les lauracées n’ont pas de vrais saprophytes.

Des faits non moins intéressants s’observent dans le règne animal. Le parasitisme est très rare parmi les groupes inférieurs tels que les cœlentérés, très rare également parmi les mollusques, qu'en raison de leur structure et de leur genre de vie on s’attendrait à voir devenir souvent parasites. Les seuls mollusques parasites sont quelques pélécypodes (Montacuta, Leplon) et surtout des gastéropodes, qui vivent dans certains échinodermes, qui leur sont bien inférieurs en organisation. C’est parmi les vers elles crustacés qu’on rencontre le plus grand nombre de parasites; beaucoup d’insectes s’adonnent aussi à ce régime, de préférence à l’état larvaire ; rare parmi les coléoptères, orthoptères et névroptères, il est au contraire fréquent chez les diptères et les hyménoptères, plutôt parasites des animaux ; chez les hémiptères et les lépidoptères, dont les adultes ou les larves s’attaquent au règne végétal. Quant aux vertébrés, le parasitisme de nutrition est extrêmement rare chez eux ; on ne le rencontre guère que chez les poissons et encore la plupart des cas connus rentrent plutôt dans le commensalisme. Le parasitisme du jeune coucou est, comme tous les cas analogues, un parasitisme par emprunt

d'aliments, quoique la destruction de la progéniture de l’hôte soit inévitable.

Il faut, pour bien comprendre le rôle du parasitisme de la nature, nous dégager un moment de l’animalité à laquelfe nous appartenons. Gomme le dit fort bien Bordier 1 , lorsque nous regardons le parasite comme un importun qui vient arrêter un animal ou un végétal dans son évolution, nous supposons que ceux-ci ont un but marqué vers lequel ils tendent, et que le parasite se met en travers de la route qu’ils suivent. Mais en se plaçant au point de vue du parasite, on peut dire aussi que celuici tend vers un but déterminé qui est, comme chez tous les êtres vivants, de réaliser un maximum de vie. Dès lors c’est son hôte qui par les moyens de défense qu’il emploie se met en travers de sa route et l’empêche de remplir sa destinée. Nous savons d ailleurs qu’il est loin d’en être toujours ainsi : au lieu de réagir avec plus ou moins d’énergie pour se débarrasser de leurs parasites, un grand nombre de parasités s'y soumettent passivement. Quelques-uns leur rendent même des services, ou leur témoignent une sorte de sollicitude maternelle.

C’est d’ailleurs un phénomène bien remarquable que cette impuissance si fréquente des animaux à lutter contre les parasites. Fabre nous montre, dans ses admirables Souvenirs entomologirjues, de nombreux cas où des hyménoptères se laissent spolier par des parasites beaucoup moins armés qu'eux, notamment par des diptères, qu’un seul coup de leur aiguillon suffirait à détruire. Voici par exemple le Bembex, qui sert à sa larve des taons qu’il a tués. Un minuscule diptère, du

i.‘ À. Bordier, Pathologie comparée de l'homme et des êtres organisés. Paris, Eecrosnicr et Babé, 1889.

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groupe des tachinaires, embusqué près de l’entrée du nid, pond son œuf sur la proie au moment où le bembex l'introduit dans sa galerie. Celui-ci l'a vu, comme le prouvent son vol anxieux et les détours qu il fait pour le dérouter ; l’idée ne lui vient pas, à lui qui sait égorger des taons colossaux, de se débarrasser, d’un coup d’aiguillon. de cet être faible et désarmé. Bien mieux, les larves du parasite une fois écloses partagent les provisions de celle de l’hyménoptère et finissent par réduire celleci à l'inanition, ou même par la dévorer. Le bembex qui apporte journellement de nouveau taons ne peut suffire à pareille consommation. Chaque fois qu’il pénètre dans le nid pour servir sa larve, il touche, il sent ces affamés commensaux ; il doit s’apercevoir, si bornées que soient ses évaluations numériques, que douze sont plus que un, les dépenses en victuailles disproportionnées avec ses moyens de chasse l'en avertiraient d’ailleurs ; et cependant au lieu de tuer et d expulser les larves parasites, il les tolère pacifiquement, et, rééditant 1 histoire des oiseaux parasités par le coucou, il leur donne les mêmes soins maternels qu à sa propre larve.

Des faits analogues sont extrêmement fréquents ; ils rentrent dans la théorie générale de l’instinct: parfaitement adapté à son but tant que rien ne vient le dérouter et nous étonnant par la perfection des moyens mis en œuvre, l’animal guidé par l’instinct ne sait en général pas innover lorsqu’une circonstance inattendue vient rompre la série des phénomènes auxquels il est habitué. 11 faut d’ailleurs noter que si les parasités savaient se défendre, la vie du parasite deviendrait impossible. Il en a certainement été ainsi bien des fois au cours de l’évolution et nous n’observons le parasitisme que lorsque l’espèce attaquée n’a pas su résister à ses envahisseurs.

Il n’est pas possible de déterminer dans tous les cas particuliers V origine phylogénique du parasitisme. Pourquoi telle espèce a-t-elle adopté ce genre de vie, alors que celles qui lui sont immédiatement apparentées sont restées indépendantes ? Dans quelques cas des animaux avalés accidentellement par un autre ont pu ne pas périr et s’adapter pour vivre dans le tube digestif de leur hôte : une fois transformés au cours des générations, en vue de ce genre de vie si spécial, tout autre mode d’existence leur est devenu impossible; ce serait là l’origine des parasites intestinaux. Quant aux parasites externes, ce sont des animaux qui primitivement se sont fixés sur un support quelconque et qui se sont progressivement adaptés à un hôte vivant dont ils tirent leur nourriture. De même le parasitisme végétal a dû être fortuit au début, et ce n’est que peu à peu que la plante, entièrement modifiée, n a plus pu vivre autrement. On trouve dans la nature actuelle tous les degrés possibles entre la vie libre, la fixation et le parasitisme le plus confirmé. Ils nous montrent ce qu’à dû être révolution de celui-ci; les espèces les moins parasites peuvent en effet être considérées comme n’ayant pas achevé le cycle de leurs transformations parasitaires, et représentent des stades qui ont été dépassés par les espèces les plus parasites.

Les Crustacés décapodes sont infestés à la fois par des Cirripèdes parasites ou Rhizocéphales et par des Bopyriens qui sont des Isopodes souvent parasites des rhizocéphales. La coexistence de cirripèdes parasites chez tous les types de décapodes infestés par des Bopyriens a suggéré à M. Giard l’hypothèse que les Bopyriens ont été introduits chez les décapodes parles rhizocéphales. Tandis qu’une branche, celle des cryptonisciens, est restée fidèle à ses premiers hôtes et a fait sur eux de l’hyperparasitisme, un autre rameau s est adapté au parasitisme direct sur

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les décapodes et a donné naissance aux groupes des Phryxus, des Bopyras et des entonisciens. Ce changement d’hôte était d’ailleurs facile puisque, lorsqu’ils parasitaient les rhizocéphales, ces isopodes absorbaient déjà les sucs des décapodes par l'intermédiaire de ceux-ci. Nous aurons à revenir (p. 137) sur ce groupe de parasites, intéressant à plus , d’un titre.

Il est hors de doute que les parasites sont plus anciens que les espèces qu’ils infestent actuellement. Pour les uns, ce qui le prouve ce sont les caractères de supériorité qu'ils ont hérités de l’époque où ils menaient une vie libre. Pour les autres qui appartiennent aux échelons les plus inférieurs de la biologie, la preuve n’est pas à faire : les microbes virulents actuels vivaient déjà à une époque où aucun des organismes supérieurs n’existait encore. Leur milieu de culture était alors l’eau, l’air, le sol humide. Il est très possible que quelque microbe qui vit actuellement dans ces conditions n’attend qu’une occasion pour être déposé dans les tissus d'un animal et y devenir pathogène. Quoi qu’il en soit, qu’ils descendent d’êtres primitifs ou très évolués, les parasites n’ont pas été créés en vue du parasitisme sur un être déterminé. Ils s’y sont adaptés progressivement sous l’influence de conditions dont j’ai signalé quelques-unes tout à l’heure.

Mais il ne faudrait pas croire que le parasitisme soit toujours avantageux pour l’être qui s’y livre. Dans le parasitisme que l’on pourrait qualifier de conscient, ce n’est pas toujours par paresse que l’animal emprunte ses moyens d’existence à un autre. Le Slelis nasuta Latr. dépose son œuf sur les provisions de miel amassées par le chalicodome des murailles, à côté de l'œuf de celui-ci. Pour y arriver il creuse péniblement un puits à travers le dôme de ciment qui renferme les cellules, et ronge l’opercule de l’une d’elles ; il faut savoir que le mortier gâché par le

chalicodome a la dureté de la pierre et ne s’entame que difficilement au couteau. Une fois l’œuf pondu, le parasite comble avec de la boue la galerie qu’il s’est creusée. Il se livre donc à un métier des plus laborieux, puisque mineur d’abord, il devient ensuite pétrisseur d’argile. Or toutes les affinités du Stelis le rapprochent des anthidies ; avant donc de devenir parasites, ses ancêtres travaillaient le coton recueilli sur diverses plantes et le façonnaient en bourses où s’amassait la poussière pollinique récoltée sur les fleurs ; ou bien appartenant à une série voisine, ils édifiaient des cloisons de résine dans la rampe spirale d’un escargot. Dans ce cas comme dans bien d’autres la cause, qui a pu porter des êtres à abandonner un genre de vie relativement facile pour en adopter un autre bien plus pénible, nous échappe entièrement. Il en est encore ainsi, à plus forte raison, lorsque nous voyons la Sapyga punctuata Y. L., voisine des scolies et des mutilles dont les larves sont carnivores, abandonner ce régime et pondre son œuf dans une loge d’osmie ; après avoir dévoré l’œuf de celle-ci, sa larve se nourrit du miel qui lui était destiné. 11 y a donc eu un changement de régime complet chez les ancêtres de cet hyménoptère.

Dans tous les cas analogues nous ne pouvons que constater les faits et les classer, sans leur chercher pour le moment une explication. Mais si, en l’état actuel de la science, l’interprétation de chaque cas particulier n’est pas toujours possible, il n’en est pas moins certain que le parasitisme n’est qu’une des modalités du combat pour la vie. L’apparence énigmatique de certains faits tient à ce que les échelons intermédiaires nous font actuellement défaut. Nous avons vu qu'on peut expliquer ainsi le cas paradoxal des parasites tolérés et même protégés par leur victime. Car lorsque celle-ci s’est défendue avec trop de succès, l’espèce parasite a forcément disparu au cours de

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l’évolution. Celles-là seules ont persisté qui étaient plus ou moins bien tolérées par leurs hôtes. Il n’y a là qu’un cas particulier de la sélection naturelle.

Quant au rôle général du parasitisme dans la nature, il consiste à empêcher la trop grande pullulation de certains êtres vivants. A ce titre il constitue l’un des facteurs les plus importants de l’équilibre des espèces.

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