‹ Paris à cheval (volume 2)Chapitre 30 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Courses plates.

Lnnjjchamps et Clianlilly. — Comment et pourquoi l'on va aux courses. — Un jour de grami priï. — Un derby. — Le pesage. — Propriétaires et jockeys. — Bookmakers et parieurs.

II n'y a pas longtemps qu'on disait encofe d'un liomme dont le princij)al passe-temps était de suivre les courses : « Il ne fait rien. » Si aujourd'hui l'on vient à parler du même personnage, la formule qu'on lui consacre est singulièrement différente : a C'est un des hommes les plus occupés qu'on puisse voir. Il ne manque pas une course! « — Il n'est pas eu effet, à l'heure qu'il est, de profession plus absorbante que celle de sporstman. — Pour en faire consciencieusement le métier, il faudrait, outre le don d'ubiquité, posséder

iineactivilé ahsolunienl exceptionnelle. — Dans celte carrière, plus de vacances, pas un seul jour de chômage. La liste des hippodromes n'est pas autre chose que hi nomenclature complète de toutes les villes de France, et le calendrier a peine à contenir les dates de toutes les réunions.

Est-ce à dire que

l'amour du cheval soit

devenu parmi nous,

comme en.Angleterre,

^ une passion générale ?

Non.

Le goût du cheval, de l'équilation, a certainement augmenté dans une proportion considérable depuis quelquesannées; mais ce n est certainement pas la cause unique de la faveur dont sont l'objet de la part du public les réunions de courses.

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La furie des paris a plus fait pour le succès des hippodromes français que tous les efforts de la Société d'encouragement , et le moindre bookmaker a

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('•((• |)liis utile à la rcussilc de l'œiivro commune que le plus influent et le plus actif des membres du Jockey-Club.

C'est une vérité reconnue maintenant en économie politique, que les prodigues jouent, aussi bien que ceux qui s'adonnent à l'épargne, un rôle nécessaire dans le mouvement des capitaux, et contribuent dans une assez vaste mesure à la production générale.

Le joueur aux courses a égale-

ét'. -M ment son utilité, et tient sur les

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hippodromes le rôle que l'agioteur

occupe à la Bourse ; il aide incon-

..-^^ sciemment le véritable spéculateur

^i dans ses opérations les plus profi-

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)j ^ tables. La manie du jeu est certainement un mal, mais un mal nécessaire, qui, en dépouillant les oisifs, rejette dans le courant industriel des sommes considérables, qu'une économie trop générale finirait par immobiliser.

Les deux plus grands centres d'affaires sportives, l'équivalent des Bourses de Paris et de Marseille par exemple, sont incontestablement Longchamps et Chantilly, et le jour du Grand Prix de Paris pour l'un, celui du Derby pour le second, ont la même importance que les dates de liquidation générale.

Lnjour de Grand Prix, la physionomie ultra-impertinente de tout cocher de voiture de louage suffirait à démontrer qu'il s'agit d'une solennité pour laquelle leur concours est nécessaire, si dès le matin on n'avait vu circuler à travers Paris la collection complète des voitures spécialement consacrées au transport économique des habitués du turf : chars

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ù bancs giganlesquos, oiniiilnis-Lôviatlians se rendant à vide du lieu de remisage au lieu de stalionnenicnL

Le v6rital)le départ n';i lini (|ii':ipn's lo drjruncr. Do la porte de cliaque

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ctahlissenient où l'on mange, s'écoule un premier flot do voitures qui va se perdre dans le courant général.

A partir de la rue Royale, pour la rive droite; du pont de la Concorde,

pour la rive gauche, la foule prend les allures d'uua avalanche. Voûtes les voitures connues sont roj)résenlées dans ce défile précipité. Il y a de tout : des fiacres, des omnibus à quatre et à cinq chevaux, des mails, des coupes,

PARIS A CHFVAI,

(les landaus, des viclorias, des spydeis, <les pliaétons, des carts, des ducs, des poneys-cliaises cl des vélocipèdes. On dirait un peuple de fous, à roulettes, à lorgnettes et à tickets, poursuivis ])ar la trompette du jugement dernier.

„^ Rien ne les arrête!

/'^"^ r i">' Les voilures accrochent? Tant j)is ! on va avec trois roues! Les tuyaux d'ar- 1 rosage barrent la route?

On les franchit! Quant aux piétons, s'ils veulent traverser, on les traite comniedesimplcs tuyaux d'arrosage; — s'ils réclament, on les invite à formuler le lendemain leurs réclamations. Un jour de Grand Prix, ceux qui ne vont pas à Longchamps ne doivent pas avoir autre chose à faire que de regarder ceux qui s'y roiidenl.

Le vrai moyen de bien voir les voitures n'est pas, d'ailleurs, comme on le croit à tort, d'aller se poster sur un point quelconque du fleuve de carrosserie (pii j)rend sa source à la place de la Concorde et va se jeter dans la plaine de Longchamps. En procédant de la sorte, on voit beaucoup de poussière, quelques chapeaux de cochers, et puis c'est tout. I,es plus exercés reconnaissent par hasard trois ou quatre des équipages les plus connus, cl encore se tronq)ent-ils sept fois sur dix. C'est aux abords des tribunes que l'on peut

PARIS A CHEVAF,.

apprécier un atlolage, en choisissant le moment oii il s'arrête à l'cnlrée, puis s'en va choisir sa place dans l'une ou l'autre des longues queues qui se forment le long de la Seine, à droite et à gauche de la demi-lune qui sert de vestibule à l'enceinte du pesage.

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C'est là seulement qu'on peut juger de la valeur d'un équipage, du rapport qui existe ou devrait exister entre le véhicule et son attelage, et juger les contre-sens qui se commettent journellement et passent inaperçus dans une cohue où chevaux et voitures se comptent par milliers.

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Il est d'ailleurs bien inutile de voir les haliitanls d'une voiture pour se rendre compte de la position qu'ils occupent en ce bas monde. La tenue des hommes, à défaut de la valeur des animaux et de l'homogénéité de l'équipage, suffirait pour se faire une opinion. Exemple : voici deux calèches huitressorts peintes de même, livrée identique, le tout vert bouteille, avec flot vert et rouge au frontail des chevaux. Il n'est douteux pour personne que la pre-

PARIS A CHEVAI,.

mière a été acquise par des moyens avouables, el que l'argent qui a servi à la payer provient d'un patrimoine sérieusement établi, existant de longue date, et qui n'est pour le quart d'beure compromis dans aucune spéculation hasardeuse. En la regardant, on ressent une impression sérieuse, un sentiment de sécurité pour l'avenir de ses propriétaires, que la vue de la seconde n'inspire à aucun degré. Elle est achetée d'hier et sera vendue demain. 11 en est de même de l'attelage. Les chevaux du premier sont, à un an de distance, nés de la même mère et élevés sur la même propriété. Ceux du second ne marchent ensemble que depuis quinze jours; l'un vient de chez X..., le grand marchand de chevaux, et le second, du Tattersall, et, sous peu, celui qui vient de chez X... ira au Tattersall, pendant que celui qui vient du Tattersall ira chez X...

Ce véhicule appartient sans aucun doute à un parieur, et à un parieur auquel le sort n'a pas encore été ou a cessé d'être favorable. L'homme, le cheval, le chien, le propriétaire, sont arrivés dès l'aube, dans l'espoir de découvrir quelque secret d'écurie qui, moyennant un petit capital, pourrait fournir un gros bénéfice.

L'honnne qui garde le cheval, — un ami du propriétaire, — qui a l'expérience de ces stations, a pris le parti de dormir, sachant que la fortune sourit quelquefois à ceux qui ne la poursuivent pas.

Lapropriélairede cette Victoria est certainement une belle petite, et, qui plus est, belle petite qui a soupe longuement, ce qui fait que son cocher, qui a mal dormi sur son siège pendant la nuit précédente, se ratliape à l'intérieur de la voiture, s'en remettant au groom du soin de veiller sur h cheval.

PARIS A r.HEVAI,.

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Equipage rustique qui l'ait voii- ([iic la province, voire même la banlieue, prend sa jjart des émotions causées par le Grand Prix de Paris. On vient directement de la \'errière-sous-Noisy, vingt-trois kilomètres bien comptés, et l'on y retournera pour souper. Le cocher, qui jardine à l'ordinaire, s'est mis à l'aise, sa livrée étant devenue un peu étroite des épaules, et prend un à-compte sur le souper, qui n'aura lieu que tard, ses juments n'ayant jamais voulu faire plus de dis kilomètres par heure.

Le doij-cart d' Ernest. — Sa grand'nière kii a prêté son domestique et sa jument hollandaise. Lui a invité deuv de ses camarades du lycée; ils ont suivi pendant tout le long de la route la denii-daumont ci-après, dont la propriétaire a paru les remarquer.

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